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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 30 avril 2013 12 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsSolidarités & familleTravail & emploi

Jean-Luc Mélenchon

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:13FerméeRéponse directe

    En êtes-vous à regretter d'avoir appelé à voter pour lui ?

  • 0:39OuverteRéponse partielle

    Est-ce que ça vous semble une bonne mesure ?

  • 2:09OuverteRéponse partielle

    Favoriser l'esprit d'entreprise, c'est un objectif louable ou convenable ?

  • 4:20FerméeRéponse directe

    Donc, le gouvernement aurait dû résister aux pigeons ?

  • 5:59OuverteRéponse directe

    Les chefs d'entreprise, vous les voyez d'abord comme des exploiteurs avant de les voir comme des créateurs d'emplois ?

  • 8:38OuverteRéponse directe

    Qu'espérez-vous obtenir ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:18Invité politiqueFait
    « Non, parce que qu'aurais-je pu faire d'autre ? »
  • 0:22Invité politiqueFait
    « Il aurait fallu au deuxième tour de l'élection appeler à voter Sarkozy, c'était stupide. »
  • 3:21Invité politiqueChiffre
    « Autrefois, on montrait M. Copé du doigt, parce que cet homme nous a coûté quand même 23 milliards en 5 ans, si mes souvenirs sont bons. »
  • 3:28Invité politiqueChiffre
    « Du temps de M. Copé, il avait été décidé qu'elle ne le serait plus, et ça avait coûté 23 milliards. »
  • 7:45Invité politiqueChiffre
    « Dans les années 80, 3% de la richesse du pays était distribuée en dividendes, c'est-à-dire en parts pour les actionnaires. »
  • 7:51Invité politiqueChiffre
    « Maintenant, c'est 9%. Ça veut dire que ça nous coûte 120 milliards supplémentaires sur le coût de la production dans notre pays. »
  • 9:14Invité politiqueChiffre
    « Il y a une démonstration de force. Il existe une gauche dans ce pays. Plus de 100 000 personnes. »
  • 11:18Invité politiqueFait
    « Je dis, on n'attendra pas 2017 parce que les gens souffrent, M. Cohen. Les gens souffrent aujourd'hui, tous les jours. »

Temps de parole

  • Jean-Luc Mélenchon86 %
  • Présentateur14 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, le 7-9 de Patrick Cohen. Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Un an de président Soland, on connaît vos critiques et vous allez les détailler je pense à nouveau dans cette émission. En êtes-vous à regretter d'avoir appelé à voter pour lui ?

0:15
Jean-Luc Mélenchon

Non, parce que qu'aurais-je pu faire d'autre ? Il aurait fallu au deuxième tour de l'élection appeler à voter Sarkozy, c'était stupide. On avait condamné sa politique, on l'a condamné par le bulletin de vote au deuxième tour. C'est clair que j'aurais préféré voter pour moi au deuxième tour, je ne vous le cache pas.

0:29
Présentateur

Oui, bon, alors l'actualité du jour c'est le dépôt d'une proposition de loi PS, loi Florens qui pénaliserait une entreprise qui refuserait de vendre un site rentable jusqu'à 20 fois le SMIC, 20 SMIC par emploi supprimé.

0:43
Jean-Luc Mélenchon

Est-ce que ça vous semble une bonne mesure ? Je ne veux pas commenter ce que je n'ai pas lu. J'attends de lire cette loi parce que je sais précisément ce que nous en attendons. Je vais voir aussi comment le gouvernement articule cette idée avec la lutte contre les licenciements boursiers, qui est quand même le minimum de sens moral dans une période comme celle dans laquelle nous nous trouvons. Et ça, il y a une loi que nous déposons nous le 16 mai. Mais j'attends de voir, sans idée négative préconçue, mais le crayon à la main, nous regarderons ce qu'il y a. Parce que de nombreuses difficultés se présentent.

Est-ce que oui ou non, on donne aux travailleurs le droit, lorsqu'ils y sont prêts, je ne dis pas l'obligation, lorsqu'ils y sont prêts, de reprendre en coopérative une entreprise, c'est le cas de Fralib aujourd'hui, or il ne se passe rien là-bas, on a abandonné les gens eux-mêmes. Est-ce que, lorsque une entreprise, comme c'est le cas de M. Mittal, puisque cette loi, paraît-il, est surnommée loi Florange, mais M. Mittal peut harguer du fait que s'il décide de fermer un haut fourneau ici, c'est quelque chose qui regarde la vie de son entreprise, et que l'État n'a pas à se mêler de savoir quel haut fourneau doit être fermé ou ouvert.

Moi je pense que l'État, si, a le droit, au nom de l'intérêt général, de dire par exemple, nous estimons que la France doit garder une capacité de production d'acier, de telle quantité par an, pour être autonome. Donc vous voyez, il y a tous ces aspects que je viens de dénumérer, il y en a bien d'autres, sont-ils dans la loi, ou bien est-ce une simple incitation qui est faite aux entreprises ? Je ne veux pas en préjuger, j'attends de lire.

2:09
Présentateur

Favoriser l'esprit d'entreprise, comme François Hollande s'y est engagé hier à l'Elysée, devant un parterre de chef d'entreprise, de patron, c'est un objectif louable ou convenable ?

2:19
Jean-Luc Mélenchon

Alors, en soi, tout objectif est louable, par exemple, rendre les gens meilleurs, espérer qu'ils fassent plus beau, tout ça. Oui, mais l'esprit d'entreprise, c'est aussi un concept. Bien sûr, mais ô combien, l'esprit d'entreprise est important. Mais est-ce qu'on ne confond pas l'esprit d'entreprise et la cupidité ? Parce que, voyez-vous, une entreprise, ce n'est pas que ses actionnaires, ni les gens qui, ayant trouvé un procédé, peuvent décider, en vendant leur entreprise, de réaliser immédiatement des profits gigantesques. Une entreprise, c'est un collectif humain, c'est un produit, c'est des qualifications professionnelles, c'est une manière de produire, ça nous intéresse beaucoup.

Comment on produit ? Qu'est-ce qu'on produit ? Est-ce que c'est écologiquement soutenable ? Donc, la société est intéressée à la façon dont fonctionne ce collectif humain, qu'on n'a pas l'entreprise. Là, de quoi on parle ? On parle seulement du fait que des gens, ayant pleuré de grosses larmes, parce qu'ils estimaient qu'ils étaient taxés excessivement, ont obtenu du chef de l'État une super niche copée. Autrefois, on montrait M. Copé du doigt, parce que cet homme nous a coûté quand même 23 milliards en 5 ans, si mes souvenirs sont bons. Vous savez, quand une entreprise vend ses actions, elle est taxée, c'est normal, sur la plus-value qu'elle réalise. Du temps de M.

Copé, il avait été décidé qu'elle ne le serait plus, et ça avait coûté 23 milliards. Enfin, qu'elle ne le serait plus autant qu'auparavant. Et alors, dorénavant, M. Hollande a décidé qu'on allait encore baisser les prélèvements qui sont faits sur les cessions d'actions des entreprises. Voilà. Et je pense qu'il se trompe deux fois. Premièrement, parce qu'il donne une espèce de prime à l'argent qui rentre et qui sort. Vous et moi, quand on entend jeune entreprise, start-up, on imagine le jeune patron ou la jeune patronne, le professeur Cyclotron, qui a trouvé une invention géniale et qui, bon, a réussi. Très bien, ça, nous l'encourageons.

Mais le plus souvent, ça a été fait avec des fonds qui sont arrivés de l'extérieur, qui sont souvent des fonds de gros fonds d'investissement, n'est-ce pas ? Et c'est eux qui vont bénéficier principalement de cette décote de la taxation des plus-values qui vont être réalisées lorsque les actions seront vendues.

4:20
Présentateur

Donc, le gouvernement aurait dû résister aux pigeons ?

4:22
Jean-Luc Mélenchon

Tout à fait, parce qu'il y a d'abord les pigeons, c'est eux qui nous prennent pour des pigeons, qui croient que nous sommes capables d'adhérer à leur petite comptine. Mais réfléchissons-y. Il faut décourager l'argent qui rentre et qui sort, c'est-à-dire l'argent vite placé. Or, là, la décote est de 50% pour ceux qui placent de l'argent deux ans. Donc, c'est vraiment typique du, ce qu'on appelle le fonds d'investissement, le LBO, qui font des effets de levier. C'est une erreur. Deuxièmement, réduire l'entreprise à ça est une deuxième erreur. Troisièmement, imaginez que l'on va enseigner de la sixième à la terminale, mais quelle rigolade, absolument.

Il ne faut pas faire rentrer l'entreprise à l'école. Mais elle y est déjà. Que voulez-vous de plus ? Il y a déjà de l'alternance, c'est-à-dire des jeunes gens qui vont en entreprise tester leur capacité professionnelle. Mais je vais vous dire une chose... Là, ce serait dès le collège, avec des rencontres, avec des patrons, des stages, des initiatives sur l'économie. Ça existe déjà, et je vais vous dire une chose qui correspond à ma conviction personnelle. Je pense que ça n'est pas du tout la priorité. Je pense qu'un jeune élève a bien d'autres choses à apprendre avant de se faire enseigner la cupidité. Je crois que l'entreprise repose d'abord sur des qualifications professionnelles.

Puis-je faire remarquer que l'enseignement des qualifications professionnelles existe déjà dans l'enseignement professionnel, et pour une part, dans le collège. Donc, qu'est-ce que ça s'appelle ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Enseigner l'esprit d'entreprendre. Ah bon, on va enseigner l'esprit maintenant. Ça n'a pas de sens. Ça n'a pas de sens parce que ça n'a pas de contenu. Et de la sixième à la terminale. C'est une manière de faire de la com', je dirais sur le dos des enfants. Je ne suis pas d'accord.

5:59
Présentateur

Par deux fois spontanément en parlant d'entreprise, vous avez employé le mot cupidité. Les chefs d'entreprise, vous les voyez d'abord comme des exploiteurs avant de les voir comme des créateurs d'emplois ?

6:10
Jean-Luc Mélenchon

D'abord, la sornette sur la création d'emplois a cessé de m'amuser. Il y a besoin d'emplois pour faire tourner une entreprise. Donc, on arrête de considérer que c'est une faveur que fait l'employeur au bon peuple. Maintenant, par deux fois, j'ai parlé de cupidité, M. Cohen, en effet. Pourquoi ? Parce que je ne crois pas que la cupidité soit le seul moteur de l'existence. Le travail bien fait, le produit intelligent, la belle découverte, souvent suffisent à remplir le cœur d'un homme ou d'une femme qui est content de le faire. J'ai donné à de multiples reprises l'exemple de cet ingénieur qui a inventé la molécule qui permet de se débarrasser de l'arthrose des principales artères du corps.

Cet homme n'a jamais rien eu d'autre que sa paye. Et il en était satisfait. Il était content d'avoir inventé quelque chose qui a sauvé la vie à Sanofi. Il a sauvé la vie à 400 000 personnes, cet homme. Donc, je ne confonds pas, premièrement, l'entreprise et l'actionnaire. Deuxièmement, je ne confonds pas les patrons entre eux. Je vais vous le dire, M. Cohen. La moitié d'entre eux sont à 4 000 euros et la plus grosse partie d'entre eux sont à 1 500 euros. Donc, je ne confonds pas le chef d'entreprise avec le patron du CAC 40. Donc, à partir de quel seuil vous le rejetez dans la catégorie des cupides ? À partir du moment où il n'y a aucun investissement personnel.

Je pense qu'une partie des grands patrons du CAC 40 n'ont aucune espèce d'investissement personnel dans leur entreprise. Ils sont là comme ils seraient ailleurs. Ils sont là exclusivement pour faire de l'argent. D'abord, le leur et celui des autres. Mais, je demande surtout qu'on comprenne qu'à mes yeux, aujourd'hui, le problème clé de l'économie, parmi de nombreux problèmes, ce n'est pas le coût du travail, M. Cohen. Parce que, parlons sérieusement, ce n'est pas le coût du travail, c'est le coût du capital. Car dans les années 80, 3% de la richesse du pays était distribuée en dividendes, c'est-à-dire en parts pour les actionnaires. Maintenant, c'est 9%.

Ça veut dire que ça nous coûte 120 milliards supplémentaires sur le coût de la production dans notre pays. Voilà quel est le coût du capital. Donc, ce n'est pas le coût du travail qui coûte et c'est pourquoi, le 5 mai, nous faisons la manifestation contre la finance et contre l'austérité. C'est-à-dire, faire respirer ceux qui travaillent, ceux qui produisent, ceux qui sont en emploi, pour que ceux qui n'ont pas d'emploi puissent en avoir un et lutter à mort contre le cancer qu'est la finance dans l'économie.

8:18
Présentateur

Contre la finance et l'austérité. Donc, dimanche prochain, 5 mai, et la 6ème République. Alors, oui, parce qu'on rappelle que cette manifestation, vous y avez appelé au moment de l'affaire Cahuzac. Donc, les modes d'ordre sont fourre-tout. C'est finances, austérité, contre la corruption, les paradis fiscaux, l'argent sale. Qu'espérez-vous obtenir ?

8:39
Jean-Luc Mélenchon

Monsieur Cohen, vous avez raison, ce n'est pas fourre-tout. Je trouve que là, vous y allez un peu vite. C'est tout un, à nos yeux. Lorsqu'un système institutionnel concentre tous les pouvoirs sur une personne, il déresponsabilise tout le reste de la hiérarchie et c'est ce qui se passe. C'est pourquoi des gens circulent si facilement entre l'État, la fonction publique et l'argent roi qui est naturellement maintenant totalement libre de faire ce qu'il veut. Qu'espérez-vous obtenir ? Donc, vous voyez qu'il y a un rapport entre les deux. D'abord, j'espère faire une démonstration. La droite et le MEDEF n'ont pas gagné dans ce pays.

Les gens qui veulent faire des cadeaux aux actionnaires n'ont pas gagné dans ce pays.

9:12
Présentateur

Donc, mettre du monde dans la rue, plus de 100 000 personnes.

9:14
Jean-Luc Mélenchon

Il y a une démonstration de force. Il existe une gauche dans ce pays. Plus de 100 000 personnes. Eh bien, je l'espère parce que nous travaillons à ça de toutes nos forces parce que des tas de gens sont en train de consentir des sacrifices pour être présents physiquement ce jour-là. Et oui, nous allons tout faire pour y arriver. Il y a une gauche dans ce pays, vous allez le voir, le 5 mai dans la rue.

9:31
Présentateur

La 6ème République, c'est vraiment un thème porteur. Vous pensez que réellement que vos électeurs attendent en priorité ? C'est un changement institutionnel ? Il vous en parle ?

9:38
Jean-Luc Mélenchon

Il ne faut pas se soucier de ce qui est bien ou mal vu. Il faut se soucier de ce qui est juste. Le pays doit changer d'institution car les institutions de la monarchie quinquennale ne sont pas bonnes. Premièrement, il doit permettre, par exemple, le référendum révocatoire à l'égard des dirigeants dont il est lassé. Deuxièmement, il doit établir la citoyenneté en entreprise dont on ne parle jamais. Les Français ne sont plus citoyens quand ils rentrent la porte de leur entreprise. Troisième élément, M. Cohen, vous, moi, en dépit de toutes nos divergences, nous avons quelque chose en commun. Nous sommes des êtres humains. Et donc, nous avons une responsabilité devant notre écosystème.

Donc, la règle verte. Vous voyez ? L'humain d'abord. C'est trois raisons. Oui, exactement. Et vous verrez que le 5 mai, j'espère que nous allons être très nombreux.

10:17
Présentateur

Et donc, le 6 mai, lundi matin, François Hollande apparaît à la télévision pour dire j'ai compris, j'ai vu la foule et j'appelle Jean-Luc Mélenchon à Matignon ?

10:25
Jean-Luc Mélenchon

Je ne sais pas. Vous avez l'air de disposer de meilleures informations que moi sur le sujet, M. Cohen. Non, non, je mets ce scénario pour voir s'il correspond à vos souhaits ou à vos rêves. Ah, il vous paraît plausible, M. Cohen ? Je ne sais pas, c'est à vous de me répondre. Voilà, je suis comme vous, j'attendrai le 6 pour le savoir. Et pour vous, ça vous paraît plausible ou souhaitable ? Qu'est-ce qu'une démocratie ? À quoi bon parler ? À quoi bon argumenter si rien ne sert à rien ? Moi, je crois que ça sert à quelque chose. Le président de la République n'a pas été élu roi de France. Il a été élu président de la République.

C'est lui qui a décidé de mettre le curseur de sa majorité sur les sols féryniens et la droite du parti socialiste. La même majorité peut servir à faire une autre politique. C'est pourquoi j'ai dit je suis capable d'être Premier ministre. Mais vous avez remarqué que je l'ai fait après avoir dit pourquoi Montebourg ne le ferait pas ? Pourquoi aucun d'entre eux n'a le courage de dire je monte en ligne et j'assume la situation ? Eh ben moi, oui, au nom du Front de Gauche, je le fais. Et je dis, on n'attendra pas 2017 parce que les gens souffrent, M. Cohen. Les gens souffrent aujourd'hui, tous les jours. Et le devoir d'un président de gauche, c'est de s'occuper de ceux qui souffrent.

Pas des pigeons et de je ne sais quel patronat cupide qui n'a rien à voir avec la production réelle à laquelle moi j'aspire.

11:32
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, invité de France Inter jusqu'à 9h. On vous retrouve dans quelques minutes, M. Mélenchon, avec d'autres questions et celles des auditeurs de France Inter qui appellent nombreux au standard 0145 24 7000.