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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 11 mai 2022 34 min

Édouard Durand : la justice à hauteur d’enfant

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

et dans l'actualité des idées aujourd'hui la justice à hauteur d'enfant comment lutter contre la maltraitance et les violences faites aux enfants comment restaurer le langage quand le silence s'est imposé quelle culture de la protection mettre en place que peut le droit et que dit la loi avec nous aujourd'hui le magistrat edouard durant il est l'auteur de défendre les enfants qui vient de paraître au seuil un livre d'entretiens menés par la journaliste delphine saubaber longtemps juge pour enfants il co préside aujourd'hui la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants la civis créée après la publication du livre de camille kouchner et dont les conclusions intermédiaires viennent d'être rendus c'était fin mars cette année bonjour à vous edouard durante bonjour bonjour je mesure cette responsabilité en recevant beaucoup de lettres beaucoup de mails beaucoup de messages sur instagram qui me sont adressés ou en tout cas qui sont un partage voilà et se partagent là je crois qu'il faut que je continue à le porter un peu à porter cette parole on peut essayer de chercher partout si les enfants ne sont pas en confiance s'ils ont l'impression qu'ils ne peuvent pas confier leurs paroles ils parleront pas la voix de camille kouchner hauteur de la familia grande d un an après la publication de ce livre choc livre phare aussi où elle faisait le récit de l'inceste subies par son frère avec en cause leur beau-père le politologue olivier duhamel annoncé en janvier 2021 la commission que vous coprésider edouard durant a été créée plus ou moins suite à la publication de ce livre dans cet extrait camille kouchner parle des retours qu'elle a eues mais aussi de la responsabilité qui a été la sienne à partir de la publication de ce livre responsabilité quelle mesure parce que ce livre qu'est ce qui l'a provoquée on parle parfois d'un mythe ou inceste mais il a provoqué une libération de la parole vous avez le sentiment qu ami kouchner indéniablement a le sens des responsabilités oui bien sûr et par ce livre qui sans doute lui a demandé un très grand courage camille kouchner a protégé de nombreux enfants et il faut que la société le comprennent et lui en soi gré parce que par la publication de la famille est grande et camille kouchner a suscité une réflexion profonde dans la société d'abord à partir d'une émotion la prise de conscience de ce qu'est réellement le viol d'un enfant l'agression sexuelle d'un enfant le viol incestueux et à partir de cette émotion la colère la société a exigé un changement non seulement dans les politiques publiques mais dans la façon dont nous regardons nos enfants et dans la façon dont nous laissons l'impunité aux agresseurs le secrétaire d'état adrien taquet avait annoncé cette commission au mois d'août 2020 mais après la publication du livre de camille kouchner il y a eu un fort mouvement de l'ordre de la politique qui a donné un élan nouveau très fort responsable là aussi à la civis que nathalie mathieu et moi président voilà ce sont des sujets que vous vous travaillez comme juge pour enfants juge des enfants depuis très longtemps à ces questions là des violences faites aux enfants et notamment des violences sexuelles parfois dans un dans un silence que vous devez déploré aussi comme magistrat parce que ces sujets ont tendance à être beaucoup ont fui sous le tapis la société a du mal à les affronter donc pour vous aussi ce livre a été le déclencheur pour la justice d'un d'un changement qui s'est répercutée immédiatement après la prise en main du politique vous avez vous à la place qui est la vôtre change chant senti cette évolution oui on peut le dire de cette façon là je pense que ce qui est très important c'est de bien prendre en compte que dans l'existence humaine de choses fondamentales s'oppose le langage et la violence la parole et la violence l'agresseur qui fait le choix de la violence pour prendre pouvoir sur l'autre impose le silence à l'enfant victime la femme victime de violence conjugale ou de violences sexuelles à toute personne victime de violences mais sa stratégie est aussi toujours de contaminer le groupe la famille d'amy kouchner le dit d'une manière lumineuse mais le groupe s'est aussi la société tout entière et donc il faut toujours faire l'effort sur soi-même de récuser le silence et de faire le choix de la violence de le faire le choix du langage pardon combien de témoignages avez vous reçu après la création de cette commission quand sa création a été rendu public un témoignage ou une avalanche de deux témoins d'une avalanche de témoignages ont six mois nous avons reçu plus de 11500 témoignages c'est phénoménal c'est absolument phénoménale quelques heures après l'ouverture de la plateforme téléphonique de recueil de témoignages des centaines et des centaines de personnes téléphonaient et pour beaucoup d'entre elles disaient j'ai attendu ce moment toute ma vie la semaine dernière encore je recevais une personne soixantaine d'années une femme d'une grande dignité et qui disait que notre parole soit recueilli par une instance de l'état par une instance publique c'est phénoménal et il faut donc bien comprendre que la civis répondait à un besoin qui était très ancien qui était silencieux et qui aujourd'hui trouve par l'espace de solidarité que nous avons créé sa légitimité alors cette commission maintenant qu'elle est en place doit recueillir en imagine d'abord ces témoignages les entendre et puis qu'est ce qu'elle fait avec cette matière là une fois que ces témoignages sont là devant vous sur votre table edouard durant écouter à chaque fois qu'une personne une femme un homme nous fait confiance prendre la décision nous contacter pour faire le récit des violences auxquelles elle a été confrontée dans son enfance elle dit toujours qu elle le fait pour deux raisons indissociables je le fais pour moi et je le fais pour que les enfants aujourd'hui et demain ne vivent pas ce que j'ai vécu pour un plus jamais ça pourra plus jamais sable et donc nous nous recueillons cette parole exactement pour les mêmes raisons d'abord pour elle même telle qu'elle se donne sans autre objectif que l' écoute l'attention la solidarité nous sommes là ensemble et quand nous faisons des réunions publiques comme nous serons demain à nancy où le 16 mai prochain au palais de la femme à paris eh bien il ya 50 100 200 personnes qui sont là et qui pendant deux heures s'écoute avec une grande bienveillance mais respecté cette parole c'est aussi la prendre en considération pour construire sur elle des politiques publiques de protection c'est notre devoir bien sûr or la protection des enfants n'attend pas nous n'attendrons pas le dernier jour de la commission pour faire des préconisations de politiques publiques à chaque fois que nous avons été en mesure de le faire nous l'avons fait avec notre avis du 27 octobre pour pour mieux protéger les enfants victimes d'inceste parentale avec nos conclusions intermédiaires qui contiennent 20 préconisations réalistes et réalisables pour qu'à chaque fois le seuil de protection augmente comme quoi par exemple dans ses dernières mesures et bien sûr nos quatre axes qui sont le repérage le traitement judiciaire la réparation et la prévention nous avons des lignes très clair la première chose c'est que nous vivons dans un monde où des enfants sont déjà victimes de viols et d'agressions sexuelles l'urgence c'est d'aller les chercher pour les mettre en sécurité nous disons il faut poser la question à tous les enfants la question des violences subies est ce que quelqu'un t'a déjà fait du mal est-ce que ça t'arrive d'avoir peur ensuite quand l'enfant révèle des violences il faut le protéger nous disons obligation de signalement pour les médecins et en contrepartie protection contre les poursuites disciplinaires nous disons aussi que la justice soit se doit se mettre davantage à hauteur d'enfant pour que le procès l enquête pénale ne soit pas un champ de mines où à chaque étape l'enfant risque une sur victimation puis nous disons une chose extrêmement importante des soins spécialisés en psycho trauma existent ils doivent être dispensés chaque enfant chaque adulte doit bénéficier de ces soins qui permettent d'atténuer la souffrance et de reprendre sa vie en main sur victimisation l'a aussi entendu sursis l'ancien sion trop de silence un trop de victimes c'est le cas notamment pour des enfants en situation de handicap qui ont un risque plus fort encore que les autres trois fois plus fort plus élevé d'être victimes de violences sexuelles avec une parole qui est encore moins écoutés moins crue plus difficile encore à formuler voulez-vous qui est juste un chiffre on estime à 160 mille le nombre d'enfants victimes de violences sexuelles ce chiffre là je sais pas précisément d'où il vient il est il faut établir et à penser la réalité de ces violences sexuelles par leur ampleur et leur ampleur ces deux choses indissociables le nombre et la gravité à partir des grandes enquêtes de victimation des données des ministères notamment du ministère de l'intérieur nous pouvons construire ce chiffre qui correspond à cette réalité chaque année au moins 160 mille enfants c'est chaque est victime de violences sexuelles dans notre pays la france il y a urgence à aller chercher ses enfants qui encore reste largement invisibles qui passe sous nos yeux en attendant que nous les protégions mieux protéger les enfants lutter contre l'impunité des agresseurs c'est donc le sens et la fonction de cette commission vous avez dit la parole des victimes c'est la légitimité même de la commission c'est à dire parce que nous sommes là pour ça parce que longtemps nous nous tous vous et moi compris nous avons laissé sous silence cette réalité des violences sexuelles que il ya quelques années encore on les mines ils y ont les minimisait on lé banalisé et qu'encore aujourd'hui on ne croit pas un enfant qui révèle des violences or si aujourd'hui par la cie vise la société est prête à dire à une personne adulte de 50 60 70 ans nous vous croyons nous aurions dû vous protéger c'est qu'elle doit être prête aussi à dire un enfant qui est un enfant aujourd'hui qui à 7 8 9 ans 4 en disant je te crois je te protège l'un ne va pas sans l'autre c'est donc notre légitimité bien sûr nous nous appuyons sur cette parole que nous respectons pour penser la culture de la protection je te crois je te protège ça paraît évident ans apparaître des mots simples et pourtant ce sont des ce sont des mots qui n'ont pas été prononcés si souvent ou assez souvent par le passé et notamment de la part du corps judiciaire vous parliez d'une justice à hauteur d'enfant la justice a trop longtemps était surplombante sur cette question là la justice aussi bien que toutes les autres institutions parce que c'est une chaîne la protection et qu'une chaîne ne vaut que ce que vaut le maillon le plus faible de la chaîne et chaque institution chaque professionnel chaque intervenant doit se remettre en question pour augmenter le seuil de la protection mais vous savez chaque personne adulte qui a fait le récit qui a écrit un livre un texte sur les violences qu'elle a subies dans son enfance et son parcours dans la protection sociale le dis toujours ce qui m'a longtemps retenu de parler c'est la peur de ne pas être cru et nous savons que les enfants eux mêmes souvent se dessine sans bouche parce que telle est la stratégie de l'agresseur c'est pourquoi la première étape de la protection c'est de poser ce postulat de faire ce show nous décidons que nous mettons en sécurité chaque enfant qui révèle des violences et nous décidons que nous allons permettre aux enfants de révéler les violences qu'ils subissent il n'y a qu'un seul moyen pour que l'enfant révèle les violences qu'il subit c'est de lui poser la question créer les conditions du silence c'est peut-être la première violence comment apprendre et permettre à ces enfants de dire l'indicible je vous propose d'écouter les mots d'une écrivaine romancière christine angot qui a longtemps témoigné qu'ils continuent dans dans ses livres de livre en livre de l'inceste qu'elle a subies christine angot je ne dis pas qu'il faut pas employer les mots jeudi qu' il faut faire des phrases avec les mots de façon à ce qu'il y ait un sujet qu'ils puissent exprimer quelque chose et non pas prendre les mots et en faire des concepts qui serait applicable à tout le monde et qui donc faux disparaître la singularité de chaque personne personne n'a la même intériorité c'est pas la victime d'inceste ça n'existe pas donc les quatre mots n'ont pas à être comme ça colle et sans aucune sans les remplir par prenons les quatre nommés remplissons les voilà christine angot qui est écrivaine et qui se méfie des mots de ces mots aussi kiki qui simplifie trop souvent la réalité les réalités les vécu deux de ces personnes il n'y a pas une victime d'inceste vous êtes d'accord avec ça edouard durant oui bien sûr c'est très important ce que fait l'agresseur par le passage à l'acte c'est qu'il fait de l'autre l'enfant la femme adulte l'adulte un objet de violences l'enjeu est bien sûr de remettre la loi sa place et donc de restaurer cette personne comme sujet unique inaliénable et de restaurer le langage je me souviens que quand christine angot présentait l'un de ses livres une semaine de vacances qui est un livre absolument prodigieux voici ce que peut la littérature nous confronter à ce point aurait elle par le talent de christine angot elle disait je veux que les mots soient visibles et évidemment ça m'avait beaucoup fait réfléchir - comme magistrat comme juge comme professionnels qui travaillent avec ce matériau extraordinaire qu'est langage faire que les mots soient visibles c'est lutter contre l'effacement du sujet c'est lutter contre l'effacement du sujet et donc contre la stratégie de l'agresseur quand nous disons que nous avons reçues 11500 témoignage quand je dis que en 17 ans dans les tribunaux pour enfants j'ai rencontré beaucoup d'enfants victimes ou d'adultes qui ont été victimes dans leur enfance je vois des visages j'entends des voix unique de personnes uniques avec leur manière de dire et leur confrontation très particulière à cette épreuve existentielle qui est le choix par un autre de l'acharnement du mal et ce qui est important aussi à travers chaque récit singulier c'est de construire une pensée ses devoirs du commun c'est de voir de la répétition ce que marie-france cazalis emmanuel piette ernestine ronai le collectif féministe contre le viol ont appelé la stratégie de l'agresseur parce que oui chaque récit chaque mot est unique et appartient aux sujets qui les prononcent mais ils décrivent toujours cette stratégie de l'agresseur ils recherchent sa proie ils disent hall il crée un climat de peur et de terreur il passe à l'acte ils inversent la culpabilité il impose le silence ils recherchent des alliés il assure son impunité et face à la stratégie de l'agresseur nous devons construire une stratégie de protection c'est saison en question est comment dénouer l'emprise cette emprise qui qui est si fort d'autant plus que l'histoire même de christine angot le raconte souvent la personne qui agresse est une figure d'autorité et même parfois une figure aimante et aimée par l'enfant ou par la victime c'est une figure qui pervertit l'amour qu'attend l'enfant ou qu'attend la personne adulte elle aussi victime de violences sexuelles ou de violence conjugale de ce que j'appelle les violences de la maison c'est toujours une perversion du besoin de sécurité du besoin d'amour d'attention de la personne qui est agressée et ensuite de ceux ci je pense que nous mettons sur les épaules des enfants un poids beaucoup trop lourd en leur demandant de s'opposer à l'adulte et en leur exigeant d'eux mêmes qu'ils sortent du silence c'est au tiers de le faire c'est au tiers de le faire de deux manières en dix ans les mots de la loi et les mots de la violence et en remettant la loi à sa place et en remettant la culpabilité sur les épaules de l'agresseur vous savez parce que l'agresseur dira à l'enfant victime de violences sexuelles tous les frères qui font comme ça c'est le livre de laurent boyer il dira c'est parce que tu es particulier toi c'est parce que je t'aime c'est notre secret il faut donc qu'il y ait un tiers qui disent que l'agresseur a perverti le langage pour que l'enfant puisse penser la loi et la transgression et qui est ce tiers légitime à quel moment ça se joue est-ce que c'est justement au sein de la commission par l'écouté des discussions vous pourrez avoir est-ce que ça passe forcément par une étape judiciaire par ce temps de la justice par par l'audience le tiers c'est vous madame c'est moi c'est chacun d'entre nous dans l'espace qu'il occupe celle institutrice à l'école c'est le professeur au collège c'est la psychologue en consultation c'est le pédiatre qui reçoit un enfant par leur père à poser la question des violences et bien sûr c'est le rôle éminent de l'autorité judiciaire que de remettre la loi à sa place à partir de cette position de l'aide de départ croire l'enfant qui révèle des violences et le protéger sans attendre le procès l'audience est là pour ça restaurer le langage vous écrivez vous edouard durand qui est magistrat il ya deux choses qui s'opposent sur cette question du langage et de la violence et bien ce jeu c'est justement ce qui s'oppose le langage et la violence la violence veut tuer la parole toujours mon rôle est de remettre le langage en place violent fait de sa victime un objet dans la violence il a toujours une chosification de l'autre qui se trouvent privés de parole ou dans dont la parole n'est pas reconnu le violent ne veut pas que l'autre soit un sujet mais un objet à sa disposition maîtrisé et il impose le secret pour assurer son impunité impunité tiens comment en sortir justement de cette impunité ou es ce que vous avez appris vous comme juge comme magistrat edouard durant à écouter s'il peut être l'essence même de votre métier mais avant même de juger mais où est ce que vous avez appris ça votre écoute cette écoute la cie pour une part cette écoute ça prend alors je les ai appris à l'école nationale de la magistrature et au fil des audiences que je conduite comme juge et puis on s'engage dans ces métiers dans ces vocations par choix parce qu'il ya quelque chose qui répond à une exigence intérieur peut-être l'écoutant fait elle partie je dirais pour répondre précisément à votre question que je suis vraiment devenu juge des enfants alors que j'étais déjà juge des enfants mais quelques mois quelques années après avoir été nommé à ce poste lorsque les violences de la maison est précisément les violences conjugales sont devenues une réalité dans mon expérience et mon expérience professionnelle et ça m'a conduit à revisiter la totalité des principes qui me structures comme juge qu'on m'a enseignées à l'école nationale national de la magistrature et que j'ai moi même enseigne et quand j étais professeur dit prêt ces principes ces grands principes juridictionnelle le principe de l'impartialité des juridictions le principe de la charge de la preuve le principe du contradictoire nous devons respecter mettre en oeuvre ces principes la présomption d'innocence et j'en suis le gardien en tant que magistrat mais nous devons les mettre en oeuvre d'une telle manière qu'ils ne généreront pas l'impunité des agresseurs la présomption d'innocence n'a jamais été conçu par les humains pour générer un système d'impunité des agresseurs et le principe de l'impartialité n'est pas la neutralité parce que entre le loup et l'agneau entre l'agresseur et la victime être neutre cet être du côté du loup de l'agresseur il faut faire le choix de la loi la loi n'est pas neutre être impartial c'est tout de même être du côté de la loi et récusé la violence et pour autant vous disiez l'important c'est de pouvoir dire un enfant je te crois j'ai été entendu et je te crois mais peut-on tout croire est ce que la parole de l'enfant est infaillible deux éléments de réponse à cette question qui est extrêmement importante la première c'est que contrairement à ce qu'on pense à une idée reçue un doute qu'on a toujours dans la tête le risque d'être manipulé le risque de fausse dénonciation de mensonges de manipulations est extrêmement faible deuxièmement un enfant qui révèle des violences et qui prend conscience que l'adulte acquis 2 révèle ces violences ne le crois pas risque un effondrement psychique un enfant qui révèle des violences et qui n'est pas protégée immédiatement perd confiance dans le monde des adultes le risque que nous courons n'est pas d'inventer des victimes le risque que nous courons et je dirais même que nous tolérons et de laisser passer des enfants sous nos yeux sans les protéger aujourd'hui au nom de ces principes mal interprété la société accepte de faire courir le risque à l'enfant c'est profondément injuste ça vous êtes arrivé à vous vous n'avez pas vu parfois oui oui bien sûr je le dis dans ce livre défendre les enfants moi j'ai des insomnies de juge ce qui me réveille ce sont les jugements que j'ai rendu est aussi les erreurs que j'ai commises et pour bien être en capacité de prendre une décision individuelle adaptée à chaque situation il faut avoir en tête des grands modèles qui permettent de penser la réalité qui permettent de restaurer le langage ce que je disais à l'instant des grands modèles de situation ce que j'appelle les quatre configurations conjugales l'entente l'absence le conflit la violence ce que j'appelle aussi les quatre registres de la parentèle affiliation l'autorité parentale le lien et la rencontre parce que c'est avec ces grandes situation et notamment la distinction entre le conflit et la violence que l'on peut alors s'approcher au plus près du réel éprouvé par l'enfant quelle distinction comment vous définissez bien la différence entre conflits et violences intéressant explique c'est extrêmement important vous savez je pense à une audience où j'étais en présence d'une professionnelle qui représentait un service d'investigation éducative et qui a passé l'audience à faire son rapport en disant mais c'est un conflit c'est un conflit conjugal c'est un conflit parental et moment de l'audience je lui dis mais de vous sûr que c'est un conflit elle réfléchit un peu et elle me dit mais en fait je ne vois pas d'autre mot alors je lui demande mais est-ce que les deux parents sont en capacité d'exprimer son point de vue l'un à l'autre me dit ah non ça c'est sûr madame elle ne peut pas exprimer son point de vue à monsieur est ce que vous pensez que le parent qui ne peut pas exprimer son point de vue à l'autre parent a peur de cet autre parent elle me dit ah oui c'est sûr ça madame à la peur de monsieur alors je dis c'est pas conflit ces violences parce que l'enjeu c'est la symétrie à chaque fois qu'il y avions lens il y a asymétrie ce que la violence n'est qu'un instrument ce que cherche l'agresseur c'est prendre le pouvoir sur l'autre et nier sa capacité de sujet autonome capable de langage vous dit edouard durant vous venez de nous dire que parfois vous fait des cauchemars de juger que vous revoyez dans vos nuits des jugements que vous avez pu rendre sauf que vos jugements dépendent aussi du cadre légal dans lequel vous vous inscrivez ce qu'il vous arrive est ce qui vous est arrivé ce qui vous arrive encore aujourd'hui de vouloir changer la loi ou est-ce que tout est là merci madame de me poser cette question qui est extrêmement importante pour moi d'un certain point de vue tout est là dans la loi d'un autre il faut changer la loi c'est ce que j'appelle parvenir à édicter une législation plus impérative parce qu'en effet on peut dire qu'il y a dans la loi tous les instruments qui permettrait de mieux lutter contre les violences conjugales de mieux lutter contre les violences sexuelles de mieux protéger les enfants victimes de violence mais que ces instruments ne sont pas mises en oeuvre ou qu'ils sont mises en oeuvre d'une façon trop aléatoire ici on protégera ici on ne protégera pas pour limiter cet aléa il faut ce que j'appelle une législation plus impérative il faut écrire dans la loi lorsqu'il y à des violences conjugales le parent qui est l'auteur de ces violences conjugales ne peut pas disposer de l'exercice de l'autorité parentale lorsqu'il ya des violences conjugales le parent violent ne peut pas rencontrer l'enfant sans contrôle social d'un tiers pour protéger l'enfant ça c'est pas déjà le cas aujourd'hui et 7 c'est possible mais ce n'est pas impératif donc on maintient l'exercice conjoint de l'autorité parentale et donc on laisse aux violences conjugales la possibilité de perpétuer l'emprise et la violence il faut écrire dans la loi lorsqu'un parent et condamné pour le viol incestueux de son enfant l'autorité parentale lui est retirée automatiquement sans aléas parce qu'il n'ya pas de transgression plus grave de l'autorité parentale que de violer son fils ou sa fille ou son fils on a aussi beaucoup parlé de la question de la prescription un pas simplement pour pour les violences sexuelles les crimes sexuels sur mineurs mais aussi autour des violences faites aux femmes cette question de la prescription pour les agressions sexuelles pour les viols et ce qu'il faut une fois encore allongé le délai de prescription pour permettre de aux juges de mieux juger de faire reconnaître aussi ces violences quand elles auraient été commises je vous propose d'écouter des mots de l'avocate marie dosé la prescription c'est comme la présomption d'innocence c'est contre nature on a vite fait de dire prescription égale impunité est quelqu'un qui est menotté est forcément coupable d'abord le réflexe que l'on a première remarque tout de même de réforme en réforme et à force de réformes et les réformes plus grand chose ne pourra être prescrit à l'échelle d'une vie entre l'allongement des délais de prescription le report du point de départ la prescription glissante et très franchement en matière de crimes sexuels sur mineurs en tout cas le droit applicable aujourd'hui fait que je ne vois pas très bien comment on pourrait un jour se retrouver dans voire un crime prescrit et je pense que ça risque au contraire d'être difficilement vécue par certaines parties civiles parce qu'on va multiplier en tout cas seront multiplié les ordonnances de non mieux les classements sans suite et les acquittements où les relaxe faute de preuves c'est ce que j'écris la preuve elle n'est pas éternelle est-ce qu'il faut allonger le délai de prescription pour vous edouard durand est ce que ça c'est un des sujets importants qu'il faudrait mettre sur la table c'est un sujet important qu'il faut mettre sur la table si aujourd'hui madame j'avais une conviction tranche est clair en moi je vous la dirai c'est une question importante que je continue de me poser et que la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants se posent et aura l'occasion d'exprimer le moment venu en revanche aujourd'hui je peux dire que je n'ai été convaincu par aucun argument d'autorité et que je ne vois aucune raison de ne pas se poser la question de changement nouveau dans les règles de la prescription ou de l'imprescriptibilité puisque les humains on pensait déjà que l' imprescriptibilité pouvait être possible et légitime d'une part mais aussi penser que la prescription pouvait avoir un sens oui est-ce qu'elle a des vertus parfois cette prescription points alors on dit la prescription et a été conçu pour assurer la paix sociale moi je dis la paix de qui ce qui a été pensé pour assurer la paix sociale c'est le fait de rendre la justice c'est de restaurer un être humain qui a subi une transgression de la loi dans sa place et sa légitimité est le seul moyen que nous avons trouvé pour ça c'est rendre la justice n'ont pas fermé la porte des tribunaux ensuite on nous dit il y aurait une déperdition des preuves je suis assez peu en accord avec cette affirmation parce qu'il y à déjà très peu de cas où il ya des preuves matérielles corporelle en réalité la preuve et longtemps dans l'histoire judiciaire la preuve des violences sexuelles commises contre les enfants a notamment été sa propre parole et tout ça a changé en raison de discours anti victimaire qui sont venus eux discrédité par avance par anticipation la parole de l'enfant en l'idée de l'enfant corrupteurs l'idée de l'enfant mandeure et puis enfin vous savez je voudrais quand même que la société parviennent à davantage le prendre en compte ces onze mille cinq cents personnes qui témoignent à la civis qui nous font confiance qu'ils nous confient leur existence elle parle d'un présent perpétuel de la souffrance elle ne parle pas d'un mauvais souvenirs prescrits la souffrance est imprescriptible et j'aimerais qu'on le prenne davantage en considération la réforme de la justice des mineurs alors député ces réformes cette idée de réforme et ses réformes elles se sont enchaînées depuis des années il reste ces chiffres on l'évoquait 160 mille victimes par an chez les enfants de violences sexuelles mais seulement je crois vous confirmerez edouard durant six sept autres cet autre chiffre est juste 70 % de classement sans suite comment mieux lutter quelle est la première réforme à faire en matière de justice des enfants pour vous alors nous avons demandé et obtenu en début d'année d'année 2022 qu'une mission d'évaluation soient confiées aux inspections générales des ministères de la justice de l'intérieur et des affaires sociales pour comprendre la chaîne d'intervention des professionnels du repérage des violences jusqu'au traitement judiciaire est arrivé à comprendre ce niveau très élevé de classement sans suite vous avez une personne que j'ai reçu il ya quelques semaines personne qui avait été victime disait avec colère elle disait mais il faut savoir qu'on envoie les enfants dans des procédures judiciaires pour rien il ya comme une injonction paradoxale il faut parler il faut révéler les violences mais on ne vous croira pas cela doit changer et ensuite dans dans toute la chaîne judiciaire il ya plusieurs choses à faire en même temps c'est le recueil de la parole être mieux formés mieux compétent pour mieux recueillir la parole de l'enfant si nous faisions ça ce serait déjà essentiel voilà et vous êtes un magistrat devoir durant qui dit qu il y expliquait écrivait qu'il est important parfois d'écouter ses émotions de ne pas toujours les mettre à distance défendre les enfants raconte votre engagement et votre pratique ce livre des changes d'entretiens avec delphine saubaber a paru au seuil merci beaucoup à vous d'avoir été avec nous un grand merci à l'équipe de la granta d'avoir préparé est programmée cette émission cette grande table des idées lucas bretonnier avec mayalen despiau cours et à la réalisation louis valentin forêt avec jordan fuentes à la technique