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interviewBFMTV· 22 septembre 2025 11 min

Reconnaissance de l'État de Palestine: l'interview en intégralité de Manuel Bompard (LFI)

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

L'invité de 60 minutes, il est coordinateur de la France Insoumise. Que pense-t-il de la reconnaissance de la Palestine ? Des représailles déjà annoncées par Israël et des drapeaux hissés au fronton des mairies. Il y en a plus de 80 de ces mairies qui ont hissé le drapeau palestinien à l'appel notamment du patron du Parti Socialiste, Olivier Faure. Merci beaucoup, je vais accueillir à présent Manuel Bompard qui nous rejoint ce soir à la table de 60 minutes. Bonsoir M. Bompard. Bonsoir.

Dans quelques minutes, vous débattrez, je le précise, avec l'ancien patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Béziot, au sujet de la taxation des plus riches, de la taxe Zuckman et des accusations lancées ce week-end par Bernard Arnault contre Gabriel Zuckman. Bernard Arnault, qui est l'homme le plus riche de France et patron de LVMH. D'abord, si vous voulez bien, la reconnaissance de l'État palestinien. J'ai dit la France tout à l'heure, mais en réalité, il y a une dizaine de pays qui ont fait de même ces dernières heures et qui vont faire de même dans les heures qui viennent, dont le Royaume-Uni, l'Australie, le Canada, qui ont embrayé derrière la position française.

Est-ce que malgré tous vos désaccords avec le chef de l'État, et on sait qu'ils sont nombreux, vous saluez une victoire diplomatique d'Emmanuel Macron ?

1:05
Manuel Bompard

Écoutez, je dis qu'il était temps. Vous dites qu'un certain nombre d'autres États vont le faire en même temps que la France, mais il faut noter que 75% des États dans le monde l'avaient déjà fait avant. Et qu'il y a 10 ans en France, à l'Assemblée nationale comme au Sénat, des résolutions avaient été adoptées pour la reconnaissance de l'État de Palestine. Mais des présidents de gauche ne l'ont pas fait, c'est Emmanuel Macron.

1:27
Présentateur

Est-ce que vous le saluez simplement d'un mot ?

1:29
Manuel Bompard

Non, mais je vais vous répondre franchement. Je pense que c'est une bonne nouvelle qu'est la reconnaissance de l'État de Palestine. Mais maintenant, je dis aussi que la reconnaissance de l'État de Palestine ne servira strictement à rien si elle ne s'accompagne pas de mesures immédiates et concrètes pour mettre un terme au génocide qui est en cours aujourd'hui à Gaza. Parce que sinon, ça revient à reconnaître un cimetière. Donc, moi, j'attends du Président de la République, pas seulement qu'il décide de reconnaître l'État de Palestine, qui encore une fois devrait être fait depuis des années et des années.

J'attends du Président de la République qui décide enfin d'infliger des sanctions au gouvernement de M. Netanyahou. J'attends du Président de la République et du gouvernement français qui décrètent un embargo total sur les livraisons d'armes. Comment on peut comprendre qu'on continue à livrer des armes à un État qui commet un génocide ? Et ce n'est pas juste mes propos. Encore la semaine dernière, une commission de l'ONU disait que... Dépendante de l'ONU, ce n'est pas l'ONU qui a... Une commission partie intégrante de l'ONU, ce n'est pas l'Assemblée Générale de l'ONU.

2:28
Présentateur

Je ne défends personne dans cette affaire, Manuel Bompard. Je ne dis pas que vous défendez qui que ce soit. Non, non, mais je précise pour les gens qui nous regardent, une commission qui a été internationale d'enquête, mandatée par l'ONU, mais qui ne parle pas au nom des nations.

2:39
Manuel Bompard

Ce n'est pas une décision de l'Assemblée Générale de l'ONU, mais cette commission a une légitimité. Elle parle de génocide. Et il y a deux ans, la Cour internationale de justice parlait de risque de génétique.

2:48
Présentateur

Alors vous nous dites, Manuel Bompard, ça ne change rien si on ne va pas plus loin, si on ne sanctionne pas sévèrement le gouvernement de Benyamin Netanyahou. À l'opposé du spectre politique, Marine Le Pen estime que cette reconnaissance est un cadeau fait aux islamistes du Hamas, qui contrôlent, on le rappelle, la bande de Gaza. Et elle l'a dit ce matin sur BFM.

3:05
Invité

« On considère que la reconnaissance de la Palestine aujourd'hui est une faute extrêmement grave, et notamment à l'égard des nations qui luttent contre le terrorisme. La réalité, comme je l'ai écrit, c'est que c'est le Hamas-tan, en fait, qu'Emmanuel Macron ne reconnaît pas la Palestine. À partir du moment où il n'y pose absolument aucune condition, eh bien il donne le sentiment à tous les terroristes islamistes du monde que lorsque l'on commet un crime aussi ignoble que la barbarie qui s'est déroulée le 7 octobre, on en tire des bénéfices. »

3:41
Présentateur

Reconnaître l'État palestinien moins de deux ans après les crimes du 7 octobre, et alors qu'une cinquantaine d'otages sont toujours détenus sur place à Gaza, c'est renforcer le Hamas.

3:49
Manuel Bompard

Mais pas du tout, c'est précisément l'inverse, en vérité. Ce qui renforce le Hamas, dont il faut quand même dire que pendant des années et des années, c'est le gouvernement de M. Netanyahou, et tout ça est largement documenté, qui a essayé de faire monter le Hamas pour affaiblir l'autorité palestinienne. Ce n'est pas le gouvernement de Netanyahou qui allait prendre des otages ? Évidemment, mais c'est le gouvernement de Netanyahou pendant des années et des années qui a joué du Hamas comme concurrence à l'autorité palestinienne pour précisément empêcher le peuple palestinien de pouvoir disposer d'un État. Et d'ailleurs, ces derniers mois, M.

Netanyahou fait pareil en essayant de faire monter Daesh pour maintenant faire concurrence au Hamas. Donc Mme Le Pen fait partie des derniers soutiens en France au gouvernement d'extrême droite de M. Netanyahou. Quant à la question des otages, parce que c'est une question très importante, à quel moment, depuis deux ans, des otages ont été libérés ? Quand il y a eu un cessez-le-feu et la conclusion d'accord de cessez-le-feu dans lequel il y a eu des échanges entre des otages et des prisonniers politiques palestiniens.

Et d'ailleurs, c'est la raison pour laquelle les familles des otages aujourd'hui, qui sont détenues aujourd'hui par le Hamas, demandent précisément un cessez-le-feu et un accord parce qu'ils savent, eux, que c'est la manière avec laquelle les otages peuvent être libérés.

4:58
Présentateur

Vous avez sans doute lu, Manuel Bampard, une tribune qui a été publiée par une vingtaine de personnalités, dont Philippe Torretton, l'animateur Arthur, par exemple, qui disent « Nous devons, la France doit conditionner cette reconnaissance de l'État de Palestine à la libération des otages

5:13
Manuel Bompard

et au démantèlement du Hamas ». Mais moi, je vous dis précisément, d'abord, donner des conditions à une reconnaissance revient à... – C'est ce qu'a fait le Royaume-Uni. – Non, mais reviens à ne pas reconnaître. – C'est ce qu'a fait le Royaume-Uni. – Le Royaume-Uni va reconnaître. – Le Royaume-Uni, là, va reconnaître.

5:26
Présentateur

– Mais on ne connaît pas la date de la reconnaissance par Londres.

5:29
Manuel Bompard

– Un certain nombre de pays vont le reconnaître et je vous le redis, 75% des États dans le monde reconnaissent aujourd'hui l'État de Palestine. Précisément, une fois que cette reconnaissance a eu lieu, elle doit s'accompagner d'un processus politique et dans ce processus politique, évidemment, qu'il doit y avoir, par exemple, la libération des otages, mais il doit y avoir aussi la fin de la colonisation en Cisjordanie parce que Mme Le Pen peut dire ce qu'elle veut, mais en Cisjordanie, aujourd'hui, c'est pas le Hamas qui est aux commandes et au pouvoir. Or, la Cisjordanie fait partie intégrante de l'État de Palestiniens qu'il s'agit de reconnaître aujourd'hui.

Donc, les gens qui continuent à soutenir et à appuyer de manière inconditionnelle, comme Mme Le Pen, un État qui commet un génocide, doivent avoir beaucoup de mal à se regarder dans une glace le matin en se réveiller.

6:09
Présentateur

– Parmi les signataires de cette tribune, Manuel Bompard, il y a Charlotte Gainsbourg qui a donc demandé la reconnaissance en même temps que la libération des otages et le démantèlement du Hamas. Votre eurodéputée, Rima Hassan, a réagi sur les réseaux sociaux en signalant que Charlotte Gainsbourg suit sur ces mêmes réseaux sociaux le compte de l'armée israélienne et un autre compte pro-israélien. Dans la foulée de ce message de Rima Hassan qui a été vu 800 000 fois, c'était il y a quelques minutes, une campagne de haine contre Charlotte Gainsbourg a débuté sur les réseaux sociaux. Il y a des choses absolument abjectes qui sont écrites. Ça s'appelle quoi ?

C'est du cyberharcèlement que fait Rima Hassan ?

6:46
Manuel Bompard

– Non mais d'abord là, vous faites une corrélation entre deux phénomènes qui n'en ont pas. – Pourquoi donner le nom de Charlotte Gainsbourg et signaler qu'elle suit ?

6:53
Présentateur

Je ne sais pas si vous, vous suivez le compte de l'armée israélienne.

6:56
Manuel Bompard

Ça pourrait être considéré comme une source. – Non, non, non, ce n'est pas une source. Et d'ailleurs, j'ai déjà eu l'occasion de dire sur vos plateaux que ce serait bien peut-être d'arrêter de leur donner la parole, y compris de les inviter sur les plateaux de télévision.

7:07
Présentateur

– Le compte de l'armée israélienne, ça mérite d'être signalé sur les réseaux sociaux.

7:10
Manuel Bompard

– Non mais attendez, Charlotte Gainsbourg et les personnes qui ont signé cette tribune prennent une position politique. Donc il est légitime que d'autres combattent ou contestent leur position politique.

7:20
Présentateur

– Mais suivre quelqu'un…

7:21
Manuel Bompard

– Pour le reste, attendez, attendez, monsieur Fauvel, moi j'ai toujours été très clair. Pour le reste, si qui que ce soit a recours à de l'insulte ou à de l'agression, etc. Moi je ne suis pas d'accord avec ça, je l'ai toujours dit, envers qui que ce soit. Une fois qu'on a dit ça, maintenant, la question qui nous est posée, parce que je vois bien dans le débat sur ce qui se passe à Gaza, comment ça se passe en France. C'est-à-dire que dès qu'on veut parler et dénoncer le génocide qui est en cours à Gaza, tout le monde cherche en permanence à essayer de parler d'autre chose. Alors là, depuis une semaine, on parle de savoir s'il faut mettre des drapeaux palestiniens sur les mairies ou pas.

– Je vais vous poser la question. – Vous allez y venir, non mais vous pouvez y venir. Mais est-ce qu'on peut parler à un moment de l'essentiel ? L'essentiel, c'est que vous avez des dizaines de milliers de personnes qui sont mortes à Gaza. L'essentiel, c'est que vous avez des gens qui meurent de faim. – Je crois qu'on en parle tous les jours, Manuel Bancar. – Pas suffisamment et je trouve que dans le débat politique en France, on ne parle jamais du vrai sujet. C'est qu'est-ce qu'on fait concrètement pour arrêter ce génocide à Gaza ? À quel moment on va arrêter de livrer des armes ? À quel moment on va faire des sanctions financières ?

Il y a eu 18 trains de sanctions contre Vladimir Poutine parce qu'il a violé le droit international. Il n'y a pas eu un seul train de sanctions contre le gouvernement de Netanyahou qui viole tous les jours le droit international et qui massacre des gens, qui est sous le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale. – Et on continue à faire comme si de rien n'était. – Quasiment quotidiennement également sur cette antenne, Manuel Bancar.

– Mais très bien, si vous voulez, vous le rappelez peut-être, mais les autorités politiques de ce pays doivent agir, doivent faire quelque chose, pas seulement d'essayer en permanence de faire des polémiques subalternes sur des sujets qui ne sont pas les sujets centraux. – Des drapeaux… – Les sujets centraux, c'est ce qui se passe là-bas.

8:46
Présentateur

– Je vous pose la question d'un mot. – Comment on fait ? – Des drapeaux palestiniens sur les mairies, comme l'a demandé Olivier Faure, c'est quoi ces gadgets, ça n'a aucun sens ?

8:52
Manuel Bompard

– Non, mais pourquoi pas ? Si ça permet, moi, les maires insoumis l'ont fait, je les soutiens, je les appuie, je salue tous ceux qui l'ont fait. – Même si l'idée vient d'Olivier Faure, il ne vous a pas coupé l'article là-dessus ? – J'ai bien compris qu'Olivier Faure essaye en quelque sorte de se racheter une image sur ce sujet, alors que le Parti Socialiste a été en dessous de tout depuis le début, que Mme Delga, membre éminente du Parti Socialiste, proposait d'interdire les manifestations de solidarité avec le peuple palestinien. Mais moi, je ne suis pas là, les actes symboliques sont importants.

Ce que je dis là, et c'est vrai pour les mairies comme pour la reconnaissance de l'État de Palestine, c'est qu'on n'en est plus au moment où il faut de la symbolique, il faut du concret pour arrêter ce génocide.

9:29
Présentateur

– Un dernier mot, les représailles israéliennes possibles à cette reconnaissance, vous vous dites que ça ne changera rien, le gouvernement Netanyahou n'est pas forcément de cet avis, il dit qu'il y aura des sanctions diplomatiques probablement, peut-être la fermeture de l'ambassade de France sur place, des ministres d'extrême droite de Benjamin Netanyahou vont plus loin en disant il faut envisager d'annexer purement et simplement la Cisjordanie. Si cela arrive, si l'armée israélienne entre et prend le contrôle de l'ensemble de la Cisjordanie, quelle doit être la réaction de la France ?

9:56
Manuel Bompard

– Mais en fait, indépendamment de savoir s'ils vont le faire ou pas, pardon mais ils le font déjà, la colonisation en Cisjordanie, la violence en Cisjordanie ne s'est pas arrêtée.

10:05
Présentateur

– C'est une occupation aujourd'hui, je sais que les mots…

10:06
Manuel Bompard

– Non mais ça serait un stade supplémentaire qui serait franchi évidemment, mais les mesures dont je vous ai parlé, les suspensions d'accords d'associations économiques, l'embargo sur les armes, les sanctions économiques, elles doivent être prises là, maintenant, immédiatement.

10:19
Présentateur

– L'accord économique entre l'Europe et Israël, il a déjà été remis en cause la semaine dernière.

10:22
Manuel Bompard

– Non, il sera peut-être suspendu partiellement, mais ce n'est pas le sujet. Enfin, un génocide, ça ne vous suffit pas ? Il faut en plus qu'il y ait l'occupation de la Cisjordanie pour qu'on commence à réagir ? Non, on doit réagir tout de suite là, tout de suite, maintenant. Ça fait déjà bien longtemps qu'on aurait dû réagir sur ce sujet. Enfin moi, je vous le dis avec un peu d'émotion parce que je trouve qu'on est en dehors de la réalité et que je pense que pendant des années et des années, on aura une forme de culpabilité et de complicité sur les actes horribles qui ont été commis à Gaza depuis maintenant des mois et des mois, et que c'est une tâche de sang sur le drapeau de l'humanité.

Et que la France, elle est forte quand elle porte une parole de paix, quand elle est capable d'empêcher ces massacres et quand elle est capable d'assurer et de garantir le respect des droits humains partout dans le monde.