2027 : Glucksmann a-t-il ses chances ?
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Questions et réponses
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- 0:57OuverteRéponse directe
Le directeur général d'opinion de l'IFOB, Steve Jourdain est avec nous. Ne vous présentez pas, mais par contre, présentez votre livre.
- 1:07OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'on pouvait s'attendre à un tel score de 66% pour Raphaël Glucksmann ?
- 2:47OuverteRéponse directe
Comment Raphaël Glucksmann, qui ne voulait pas faire de politique à la base, s'est-il lancé ?
- 4:19OuverteRéponse directe
C'est une surprise, ce score de 66% dès le premier tour ?
- 4:51OuverteRéponse directe
Cette victoire clarifie-t-elle la ligne du PS vis-à-vis de LFI ?
- 5:36RelanceRéponse directe
Une primaire permet généralement de clarifier l'offre électorale. Pourquoi cette victoire de Glucksmann est-elle contre-intuitive ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 22:37Locuteur 1Fait
« « La gauche a choisi son candidat, le candidat de Saint-Germain-des-Prés. Maintenant il va falloir proposer des choses pour la France. » »
Temps de parole
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Vous
écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
La
gauche sociale démocrate qui a donc son candidat pour la présidentielle, Raphaël Glucksmann, a plié le match dès le premier tour et a remporté la primaire avec 66% des voix avec ce score. A-t-il ses chances pour la présidentielle ? Peut-il rattraper Jean-Luc Mélenchon ? Bien avancé dans sa campagne, peut-il rassembler la gauche pour en parler ? Nous sommes avec Frédéric Dhabi. Bonjour Frédéric.
Bonjour Réane, bonjour à tous.
Le directeur général d'opinion de l'IFOB, Steve Jourdain est avec nous. Steve,
je
ne vous présente pas, mais par contre
je vais présenter
votre livre. Les Glucksmann, un étrange appétit du pouvoir.
C
'est aux éditions de l'Observatoire, excellent livre. Et je ne
dis
pas ça parce que c'est vous, c'est très agréable à lire, c'est super, on apprend plein de choses. Camille Girard, ravie de vous accueillir. Journaliste politique à France Info et réalisatrice de documentaires politiques. Frédéric, vous ne pouvez pas sonder les électeurs avec un corps électoral aussi restreint, mais quand même vous les connaissez ces électeurs de gauche. 66% dès le premier tour pour Raphaël Luxemann. Est-ce qu'on pouvait s'attendre à un tel score ?
C'est difficile de vous répondre. L'IFOB, comme la plupart de ses conférences, n'ont pas fait d'enquête puisque effectivement un corps électoral trop petit. On pouvait dire que par homothésie, les sympathisants socialistes allaient se comporter comme se sont comportés ses adhérents et ses personnes qui sont venues dans le corps électoral. Effectivement, c'est extrêmement net, c'est un record puisqu'il y a 20 ans, la primaire socialiste également fermée, on avait un petit peu plus voté, 160 000 personnes avaient donné ses gains royales à 60%. Jamais dans une primaire fermée, même ouverte, un candidat l
'a
emporté si nettement au premier tour. Alors la question qui se pose, est-ce qu'il va y avoir un effet d'impulsion, une dynamique ? Disons-le, Auriane, dans le passé, ça s'est systématiquement produit. Après la primaire de 2021, Valérie Pécresse est montée à 18% dans les enquêtes d'attention de vote. Après celle de 2017, Benoît Hamon, pourtant peu connu des Français, a
été
monté à 17, 18, 19 avant de, dans notre rolling, il faut être fiducial, de perdre du terrain systématiquement. À l'époque, Jean-Luc Mélenchon était à neuf, mais il y avait des possibilités de vases communiquants entre ces deux gauches, c'est plus salatoire maintenant. Et le record, si je puis dire, les deux moments les plus forts, c'était après la victoire de François Fillon, qui était monté jusqu'à 28%, qualifié systématiquement au second tour. Et également, François Hollande avait connu ce phénomène d'impulsion. La question qui se pose, c'est est
-ce
que sur la durée, une fois l'effet de désignation, élection, est-ce que les choses, est-ce que le leadership se produit dans la durée ? On est toujours sur une incertitude énorme sur cette élection présidentielle, s'agissant de l'ordre d'arrivée, voire des qualifiés pour le second tour.
Et on va en parler, puisque Raphaël Luxemann le dit lui-même le plus dur. Comment, Steve ? Vous qui avez rencontré Raphaël Luxemann à plusieurs reprises pour ce livre, pour quelqu'un qui ne voulait pas faire de politique à la base, c'est ce qu'il vous dit, c'est plutôt une entrée en matière régie
?
Oui, c'est à la fois sa force et sa faiblesse, Raphaël Luxemann. C'est de ce côté, je reste, je demeure un militant, et en même temps, je me lance en politique, et donc j'adopte les codes de la politique. Je mets le costume,
je
mets la cravate, depuis six mois maintenant, il a une cravate à chaque fois qu'il sort de chez lui. Il y a ce truc-là, donc c'est à la fois sa force et sa faiblesse. Sa faiblesse parce que maintenant, il va falloir se coltiner Mélenchon, Le Pen et le bloc central dans les débats, donc ce sera le plus dur, effectivement, commence pour lui. Juste pour rebondir sur ce que disait Frédéric, c'est une vraie surprise. C'est-à-dire que, jusqu'il y a deux semaines, dans l'entourage de Raphaël Luxemann, on nous disait, on va exploser tout, on va gagner au premier tour. Ensuite, il y
a
eu un changement de communication. On s'est dit, bon, il ne
faut
peut-être pas utiliser ces arguments, parce que ça peut être utilisé contre nous. Et en fait, il y
a
une surprise, parce qu'il y avait ces 80 000, quand même, électeurs, dont personne ne savait d'où ils venaient.
Il
y avait trois coréens pour l'EPS, Place Publique et ses nouveaux
électeurs. Ces 80
000, on ne savait pas d'où, enfin, il n
'y
avait pas d'affiliation partisane. Il fallait s'inscrire sur la plateforme, c'était échanger.
Choisir 2027.
Choisir 2027, et on pouvait, voilà, on n'avait pas besoin de dire pour qui on penchait. Donc, il y avait cette confiance très forte dans l'entourage de Glucksmann, et en même temps, cette surprise de voir, voilà, 66% avec cet inconnu des 80 000 électeurs.
C'est une surprise, Camille Gérard, ce score. Dès le premier tour, il y
a
plus de 50 points d'écart avec Olivier Faure. Non mais c'est une surprise, il a plié le match, tout le monde le dit ce matin, c'est un plébiscite pour Raphaël Glucksmann. Et donc, en plus de l'effet qu'il y a avec la primaire en général, ce que disait Frédéric Dhabi, où en effet, on voit en général 10 points de plus pour le candidat qui l'emporte, là, il
y
a une clarification très nette. Clairement, ceux qui sont venus voter à cette primaire ne veulent pas de lien avec la France insoumise, parce que c'est ce qui est affiché politiquement de manière la plus claire du côté de Raphaël Glucksmann. Mais ce qui est intéressant ce matin, c'est qu'à la fois, il y
a
une clarification, donc pour le Parti Socialiste, très nettement, c'est ce candidat-là qui a été choisi. Et en même temps, ça rajoute du trouble au reste de la campagne, parce que ça rajoute un candidat dans ce qu'on pourrait appeler l'extrême centre. Alors même si Raphaël Glucksmann va certainement vouloir s'en départir en disant « moi, je suis un candidat de gauche et pas du centre », mais ça rajoute aussi de la complexité par rapport à un François Hollande qui pouvait espérer être candidat, là, avec un Raphaël Glucksmann, s'il tient la ligne, s'il tient la ligne, parce qu'après, il peut perdre des points et qu'il y
ait
de nouveau une possibilité pour François Hollande. Mais ça rajoute donc du trouble sur ces espaces-là. Et puis Jean-Luc Mélenchon, là, il a un vrai candidat à gauche face à lui, clair aussi. Donc c'est un moment intéressant parce que là, la campagne part véritablement.
– Ce que vous dites est extrêmement intéressant, c'est
vrai
que c'est contre-intuitif. D'habitude, une primaire permet de clarifier l'offre électorale. C'est pour cela, d'ailleurs, que les électeurs LR, Horizons, Renaissance, alors même qu'ils ont chacun leur candidat, veulent, quand on les interroge, une primaire. Ils sont à quasiment trois quarts favorables au principe du primaire parce qu'ils veulent une réduction ad candidatum. Ils veulent factoriser l'offre électorale pour avoir celui ou celle qui va leur éviter le second tour cauchemar à leurs yeux, à savoir Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen.
Là, c'est vrai que la victoire très nette de Raphaël Glucksmann, et c'est très intéressant, quand on fait l'addition Glucksmann-Gedge, le premier et le dernier, ça fait 73%. C'est exactement à un point près le résultat d'un sondage de mes confrères de Clos, 117 je crois,
qui
montrait que, ou plutôt des labs, qui montrait que 72% des sympathisants PS ne voulaient pas d'alliance avec la France insuffise. Il y a une clarification très claire sur la ligne, il n'y a pas encore de clarification, loin de là, sur cette offre électorale extrêmement compliquée.
– Et on va l'écouter justement Raphaël Glucksmann parler de Jean-Luc Mélenchon.
C
'est la victoire de tous ceux qui croient qu'il faut une gauche démocratique dans notre pays, que la gauche doit rompre avec cette hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur elle, qu'elle doit proposer un projet qui renforce la République, qui renforce la démocratie, qui renforce la justice sociale, qui renforce
l
'impératif écologique. Vous savez,
moi
je suis convaincu qu'il y a des millions de Françaises et de Français qui attendent ce moment, qui attendent de pouvoir voter sans sacrifier une partie d'eux-mêmes, sans se dire que simplement ils votent contre, mais qu'ils veulent pour ce qu'ils croient, pour ce qui constitue leur identité politique. Moi c'est à eux que je m'adresse, votre temps est venu, cette élection va être notre élection.
C
'est aussi le message qu'il voulait faire passer, Raphaël Luxman, ce message que la gauche et la gauche sociale-démocrate étaient de retour.
Oui,
c
'est un des thèmes de son programme, refonder la gauche. Alors pour l'instant on ne
voit
pas bien, c'est ce que disait aussi Frédéric,
c
'est qu'on ne
voit
pas bien dans quel espace et avec qui on va refonder cette gauche. Il va falloir parler aux écologistes, avec Marine Tourdelier quand on voit les déclarations
hier, c'est quand même très mal parti.
C
'est compliqué, pareil avec les communistes, Fabien Roussel, il a quand même envie d'y aller, donc on ne voit pas bien pour l'instant avec qui cette refondation de la gauche est possible. Mais il y a effectivement cette clarification de la ligne qui n'est pas accessoire, parce qu'on a beaucoup dit pendant les trois débats, oui, il parle beaucoup de l'alliance ou pas avec LFI. Alors oui, ce sera juste simplement au moment des législatives que ce sera intéressant de voir s'il
y a
des alliances dans les circos, etc. Mais il y a une clarification idéologique qui est très importante, je pense, et qui est très claire.
Et d'un retour de la gauche, parce que vous en
parlez dans votre livre, vous vous rappelez un écrit de Raphaël Luxman qui date de 2015, où il parle d'une gauche qui s'était trop confortablement installée au pouvoir et après la victoire de François Hollande. Est-ce que c'était ça aussi le message de Raphaël Luxman, de relancer cette gauche-là
?
Ce qui est intéressant, c'est qu'il n'a jamais, ni lui ni son père,
n
'ont jamais été proches du Parti Socialiste. André Luxman était très anti-Mitterrandien. C'est pareil pour Raphaël Luxman, qui n'a jamais été dans la roue du Parti Socialiste, avec beaucoup de critiques, et beaucoup de critiques notamment contre Mitterrand, pour son rôle dans le génocide au Rwanda, enfin le rôle de la France dans le soutien au
génocide au Rwanda.
Il y avait vraiment ce rejet de Mitterrand. Et puis Raphaël Luxman se construit politiquement contre François Hollande, contre la politique de l'offre de 2014, contre le CICE. C'est à partir de là, si vous voulez, d'une certaine manière que Raphaël Luxman, qui n'est pas né à gauche, qui est un libéral, disons de centre-droit, commence sa mue et sa conversion vers le socialisme ou vers le Parti Socialiste. Et après, cette conversion va s'accélérer au moment d'Emmanuel Macron en 2016-2017.
Mais
d'ailleurs, ce qui est intéressant pour le Parti Socialiste, et ce dont on ne parle pas forcément aujourd'hui, parce qu'on est en train d'analyser la victoire de Raphaël Luxman, c'est
que
c'est potentiellement la fin du Parti Socialiste, quand même, pour la première fois, le candidat à l'élection présidentielle...
François
Mitterrand, en 65, il n'est pas membre
du PS. Je vais jusqu'au bout de ma réflexion. C'est-à
-dire qu'à la fois, là, ce
n
'est pas un candidat socialiste, et en plus, là, il y a en effet une ligne claire pour la présidentielle, qui est d'être à distance des Insoumis, sauf que le Parti Socialiste, ça ne va pas forcément le faire marrer, qu
'il
n
'y ait
pas d'accord aux législatives, parce que ça, ça peut faire disparaître aussi le Parti. Donc, on est dans un moment où, là, il y a une unité qui est obligée d'être affichée, et dont ils vont avoir besoin pour la présidentielle, mais en fait, il y a deux élections en parallèle, et même qui se rassemblent, et les législatives, ça, ça peut être très compliqué de dire aucun accord avec les Insoumis à aucun moment. Donc, à la fois, ça peut soit faire de la division, soit qu
'il
n
'y ait
pas d'accord, mais qu'il y ait très, très peu d'élus socialistes. – Et la division, elle a commencé, parce que Nicolas Maillard-Rossignol, qui était sur ce plateau, premier secrétaire délégué du PS, il est numéro 2 du Parti, il dit, l'élection d'hier, ça a clarifié la ligne, soit Olivier Faure la suit, c'est-à-dire une ligne anti-LFI, soit il devra en tirer les conséquences.
–
Oui, c'est vrai que le score d'Olivier Faure est une vraie déception, c'est une vraie gifle pour lui. Alors, il y a un cas, il y a un précédent. Martine Aubry, première secrétaire du PS, perd la
première
de 2011, et voilà.
– 45% avec beaucoup plus électeurs. – On
est tout à fait d'accord, le rapport de force est extrêmement serré, malgré tout, même si la victoire de François Hollande est nette, et avec l'effet de masse des personnes qui ont voté à la première d'octobre 2011, elle garde le parti, elle fait un accord avec les écologistes, et on sait comment les choses se passent. Alors maintenant, il
y
a une sorte d'étonnement que j'ai quand je vois certaines personnes dire « mais Dravet Glucksmann n'est pas socialiste
».
Oui, alors comment se fait-il qu'il est dans l'écosystème, dans l'univers socialiste, c'est simplement que la direction du PS et Olivier Faure, qui était déjà premier secrétaire, lui offre, lui propose, la tête de liste socialiste aux européennes de 2019. Alors, le PS était dans un
état catastrophique. – Le PS est
dans un
état catastrophique après la victoire d'Emmanuel Macron. – Il y a
seulement 30 députés PS, et il lui repropose en 2024. Donc voilà,
l'atterrissage… – Oui, c'est la troisième
fois qu'il portera les couleurs du
PS.
– Tout à
fait, et je rappellerai
que la dernière fois qu'il s'est confronté aux insoumis, en l'occurrence Manon Aubry, il l'emportait assez nettement. Ce n
'est
pas le même scrutin, mais on aura une sorte de revanche de ce rapport de force entre les deux gauches irréconciliables, PS, place publique d'un côté, les insoumis de l'autre.
Donc,
sa présence n'est pas le fruit du hasard, mais c'est vrai, François Mitterrand, je le disais, n'était pas socialiste en 1965, la direction du PS,
c
'était comme
Guy Mollet,
mais il l'était après, puisqu'il a été élu par les Français à deux reprises, c'est une autre question, mais c
'est
vrai que c'est intéressant, ce cheminement du centre-droit vers le PS, ça rappelle un cheminement encore plus à droite en termes de points de départ, s'agissant du président Mitterrand.
– Ça a clarifié la ligne, Steve, du coup, et le rapport avec LFI, vous racontez dans votre livre de manière très détaillée, très informée, le désarroi de Raphaël Luxman en juin 2024, au soir de la dissolution, juste après sa victoire aux européennes, et vous racontez également les coulisses des négociations avec le nouveau Front populaire. Ça, avec la victoire de Raphaël Luxman, c'est définitivement du passé ?
–
Je pense qu'il est aujourd'hui rassuré, il y a beaucoup d'amertume chez Raphaël Luxman à propos de cette période, donc effectivement, je raconte ce moment où les négociations du NFP s'enclenchent, c'est dimanche, dissolution d'Emmanuel Macron,
on
commence à se réunir à partir du mardi, et il y a dans toutes ces négociations un épisode qui revient, en tout cas dans l'imaginaire de Raphaël Luxman, c'est le 1er mai 2024, où il est dans ce défilé à Saint-Etienne, et il se fait exclure Manu Militari par des militants, qui étaient des militants LFI et communistes, et on le traite de sionistes, de génocidaires, etc. Ça, ça l'a beaucoup marqué, et ça a déterminé beaucoup de choses. Ensuite, au moment, effectivement, des négociations avec le NFP, où il se dit que ce n
'est
pas possible pour lui, personnellement, de donner un blanc-seing à tous ces accords avec les insoumis. Et donc, il sort quelque chose à ce moment-là, il sort une charte contre l'antisémitisme, et il dit aux insoumis, aux communistes et aux écologistes, soit vous signez, soit ce sera sans nous. Finalement, il
y
a beaucoup de négociations.
Il
y a un moment où je raconte où Mathilde Panot arrive dans cette salle de réunion et dit pourquoi pas signer une charte sur les SIC pendant que vous y êtes. quelque chose d'absolument hallucinant. Et en tout cas, ça a cristallisé beaucoup de tensions dans ces négociations. Et je pense que Raphaël Guzman est plutôt content de voir que sa ligne anti-LFI a gagné hier.
Même si on a vu hier une espèce de bataille de partisans de Jean-Luc Mélenchon et de Raphaël Guzman, des Mélenchons présidents face à des Raphaël présidents. On a aussi vu, alors on ne sait pas d'où ça vient et qui est l'auteur, mais Raphaël Guzman qui a été enfariné hier au moment de quitter l'endroit où il était réuni avec ses partisans. Elle va être compliquée, cette campagne qui commence pour
lui
? Oui, elle va être violente. Avoir les Insoumis en adversaire, ça va être difficile. Et puis, en effet, il y
a
une manière de faire de la politique chez les Insoumis qui est d'aller au contact. Pour le moment, ils ont laissé d'ailleurs plutôt tranquille cette primaire. Ils l'ont traité d'une manière de... Ça n'existe pas, ça ne nous intéresse pas. Moi, je pense que ce qui est intéressant aussi dans le pari de Raphaël Guzman, parce qu'hier,
il
dit, voilà, en gros, mon enjeu,
c
'est de rassembler et tout le monde le regarde en disant, bah oui, mais rassembler qui ? On ne
voit
pas bien. On parlait de Marine Tondelier, des écologistes. Je pense que son pari, c'est de rassembler les électeurs. Il a bien compris que ça ne va pas passer par les partis, les représentants des candidats, des ralliements forts et que lui, ce qu'il a en tête, c'est les 14% qu'il a fait aux européennes en 2024 et que ce socle de 14%, s'il arrive à le reprendre et à gagner quelques points, le ticket d'entrée est assez bas pour le second tour. Alors, pareil, on est quand même dans une élection très mouvante, c'est-à-dire que Marine Le Pen,
elle
est donnée très haut mais on ne sait pas si il
y a
des conséquences de la faire barder là, s'il y
a
un effritement au fur et à mesure mais si elle est très haut, le ticket d'entrée est assez bas. Donc,
c
'est 14%, là, ce trésor de Raphaël Glucksmann, s'il rajoute quelques points en plus, il peut passer. Donc, je pense que son pari, il est là. Il n
'est
pas avec les partis, il est avec les électeurs. Frédéric ?
Oui,
je
suis tout à fait d'accord avec vous. Il a aussi un autre double trésor, ce sont les électorats présidentiels. L'électorat d'Emmanuel Macron de 2022, il y avait beaucoup d'électeurs du centre-gauche, il y avait l'effet drapeau suite à l'invasion russe en Ukraine. Dans les enquêtes actuelles, il arrive à capter 10 à 15% de l'électorat Macron de 2022, ça paraît peu mais ça fait 2, 3, 4 points. Et puis, l'électorat de Jean-Luc Mélenchon, le score formidable de Jean-Luc Mélenchon de 2022, les 21,5%, il y avait quand même beaucoup d'électeurs écologistes, d'électeurs de centre-gauche, d'électeurs socialistes qui par vote utile ont choisi Jean-Luc Mélenchon pour éviter Marine Le Pen.
Donc il y a quand même beaucoup de potentialité. Il y a aussi effectivement des fragilités parce que c'est une campagne qui va être âpre, qui va être dure mais il a quand même un atout que je trouve très intéressant, c'est le seul ou presque, avec David Lysnark qui n
'est
pas encore complètement candidat, le candidat nouveau. Traditionnellement, une élection présidentielle comme 2007, comme 95% de renouvellement, on attend des candidats nouveaux et là, Le Pen-Mélenchon c'est la quatrième candidature, il y
a
les candidats, ils sont à deux candidatures d'Arlète Aguillet, il y a les... –
Très dit
comme ça,
on
ne peut pas...
–
Ça
n'est pas très moderne. –
Voilà, au-delà de ça, il y a les candidats du bloc central, il y a tous ceux qui ont plus ou moins été dans le macronisme, lui, il peut incarner, c'était le cas également aux européennes de 2019, c'est pour ça qu'il a limité les dégâts, il arrive à faire six ou six et demi, il arrive à incarner une forme de nouveauté, est-ce que c'est suffisant compte tenu des attentes des Français, compte tenu de la défiance jamais vue visée du personnel politique et du statut d'archi-favorite au premier tour de Marine
Le Pen. – Mais juste,
Frédéric, parce que Jean-Luc Mélenchon n'a pas réagi aux résultats de cette primaire, c'est une bonne ou c'est une mauvaise nouvelle pour lui ?
– Vous
savez, il est dans sa logique, il est plutôt en dynamique, il a une équipe, un cap, une campagne qui se déroule plutôt bien, il peut surfer sur le mouvement étudiant, voilà, maintenant…
–
C'est sa manière de dire « la gauche, c'est moi »,
donc je ne parle d'aucun autre candidat à gauche.
–
Vous
avez tout à fait raison, il va y avoir une bataille de légitimité entre ces deux gauches irréconciliables pour dire « voilà, l'État, c'est moi », disait Louis XIV, la gauche, c'est moi, mais il ne suffit pas de dire « la gauche, c
'est
moi », il faut gagner l'élection présidentielle et quand on s'étonne de l'éparpillement de la gauche, ça a été toujours le cas à une élection présidentielle, contre exemple, en 1974, la gauche est complètement unie derrière Mitterrand, elle perd, 1881, elle est extrêmement désunie, 5 voire 6 candidats si on met la gauche, la gauche gagne, donc ce n
'est
pas une question d'aligner des offres électorales, mais de créer une véritable dynamique.
– D'autant, on va juste, je vous donne la parole, mais regardez les derniers résultats de la gauche aux deux dernières présidentielles, Benoît Hamon, 2017, 6,36%, Anne Hidalgo, 2022, 1,74%.
– C
'est
parlant.
Non,
mais c'est ça, c'est qu'il y a une question aussi de vote utile qui va se poser et la compétition entre Mélenchon et Glucksmann, elle va se jouer sur lequel des deux incarnera le plus le vote utile pour la présidentielle. Là, aujourd'hui, la gauche, c'est 32, 33%. – Ça fait 10 ans que
la gauche
aux élections
nationales
n'a pas dépassé 30,
32%.
– Voilà, donc il
y
a une compétition, pas de nain, mais en tout cas une compétition pour récupérer ce vote utile aujourd'hui. Je sais qu'il y a beaucoup d'insoumis qui disent «
Ah,
mais c'est très bien, c'est Raphaël Glucksmann
»
sur les réseaux quand on regarde « Ah,
c
'est très bien, c
'est
Raphaël Glucksmann, ça nous laisse un espace à gauche. » En off, certains responsables insoumis sont moins affirmatifs parce que Raphaël Glucksmann, effectivement, il a carte cette nouveauté un peu anti-establishment politique, etc. Et ça, ça peut aussi embêter certains insoumis qui, voilà, si ça avait été Olivier Faure, Ségolène Royal, bon, c'est quoi vraiment la différence entre les deux ? Voter pour la copie originale, voter pour Mélenchon et pas pour un autre. Là, ça va être un petit peu différent, surtout qu'il va
y
avoir partir vers les insoumis. Avant, Mélenchon pouvait dire «
C
'est la gauche, c'est moi, maintenant il va devoir un peu réviser son modèle, en tout cas changer un peu sa rhétorique.
»
Ce
n'est
pas forcément une bonne nouvelle pour Jean-Luc Mélenchon
?
Non, ce n
'est
pas forcément une bonne nouvelle pour Jean-Luc Mélenchon, mais en effet, sa stratégie pour le moment, c'est surtout de s'attaquer à Édouard Philippe et à Gabriel Attal et d'ailleurs,
de
faire...
Surtout
Gabriel
Attal en ce moment. Oui, en
ce moment, mais de faire exister les deux pour diviser le centre. Il est très fort Jean-Luc Mélenchon en stratégie électorale. Donc pour le moment, il s'occupe du centre, de les diviser et puis en effet, si Raphaël Glucksmann monte, là ce sera un problème. Par exemple, ce qui pourrait être très problématique pour Jean-Luc Mélenchon et je ne sais pas si vous allez le tester, c'est Raphaël Glucksmann face à Marine Le Pen au second tour. Qu'est-ce que ça donne ? Parce qu'aujourd'hui, le point faible de Jean-Luc Mélenchon, c'est d'être le meilleur candidat à gauche pour aller au second tour mais on l'a dit et redit, le pire candidat face à Marine Le Pen et donc le vote utile,
il
va se jouer là aussi pour beaucoup d'électeurs. Comment ne pas avoir Marine Le Pen présidente avec en plus un Édouard Philippe qui se fait distancer ? Il y
a
eu un sondage de 57% pour Marine
Le Pen,
43% pour Édouard Philippe. Bon, c'est variable mais si Raphaël Glucksmann arrive à faire mieux que Jean-Luc Mélenchon dans des sondages de second tour, ce sera intéressant.
Non mais c'est vrai qu'il y
a
une dissociation plus faible que par le passé entre le premier tour et le second tour et quand on interroge dans des enquêtes qualitatives des électeurs, ils sont très nombreux à dire je vote au premier tour pour éviter tel ou tel second tour et c'est vrai que les enquêtes de second tour qu'il faut prendre de manière très distante avec beaucoup de prudence puisque quand on pose la question de second tour l'IFOP n'en a pas fait au mois de septembre, c'était l'idée de, on ne connaît pas les résultats du premier tour, on ne mesure pas une éventuelle dynamique mais effectivement va être regardé les scores de second tour d'Édouard Philippe, on était à 52-48 dans une enquête IFOP, ceux de Jean-Luc Mélenchon, ceux de Raphaël Glucksmann pour savoir celui qui est auprès de cet électorat anti-RN le plus à même de battre le rassemblement
Donc il y aura un vote
utile dès le premier tour
plus que jamais
? On l'a vu en 2022, il y a eu un vote utile dont on pâtit Valérie Pécresse, dont on a pâtit Éric Zemmour et bien sûr Anne Hidalgo donc c'est clair que là la question du second tour va se poser de manière très forte y compris dans cette campagne
Raphaël Glucksmann l'a dit hier son premier adversaire c'est Marine Le Pen c'est l'extrême droite on va écouter justement comment réagit le rassemblement national à sa victoire Laurent Jacobelli le porte-parole du RN était l'invité de France Info ce matin
La
gauche a choisi son candidat le candidat de Saint-Germain-des-Prés maintenant il va falloir proposer des choses pour la France j'entends beaucoup M. Glucksmann parler d'Europe d'écologie punitive de nouvelles taxes je n'entends pas parler de coûts de l'énergie de pouvoir d'achat de la vie quotidienne des français la priorité du logement quand tant de français ont du mal à se loger écoutez on verra bien si ce candidat hors sol arrive à rentrer dans la campagne
Il a encore cette étiquette qui lui colle un peu à la peau de candidat bobo de candidat hors sol et que visiblement va lui étiqueter va lui rappeler le Rassemblement National Il
y a plusieurs choses dans cette critique il
y
a le côté fils de grande bourgeoisie etc c'est absolument pas le cas c'est des parents les parents de Raphaël Guzman la famille c'est pas une famille qui roule sur l'or c'est une famille de militants très engagés une famille communiste militante qui a un peu changé au fil du temps mais en tout cas c'est certainement pas un grand bourgeois il y a une autre étiquette effectivement de personnalité détachée des problématiques des français c'est vrai qu'il est un peu détaché et je pense qu'il ne s'en cachait pas à l'époque maintenant il va devoir s'en cacher un peu plus sur la problématique le quotidien l'essence le diesel etc tout ça c
'est
des sujets qu'il ne maîtrise pas forcément sa force c'est les relations internationales c'est l'union européenne c'est sur ça qu'il a misé d'ailleurs pendant sa campagne à l'occasion des primaires mais il commence il essaye d'apprendre effectivement à parler du quotidien des français on l'a vu pendant les débats c'est pas forcément toujours très réussi quand il doit parler des retraites quand il doit parler du chômage de l'emploi etc et ça il va devoir prouver qu'il maîtrise ses dossiers
et essayer de le retourner peut-être à son avantage il a eu cette phrase hier il a répété à plusieurs reprises je me suis préparé toute ma vie pour ce moment où les démocraties devraient affronter leurs ennemis et montrer qu'elles sont fortes c'est ça plutôt le combat de la vie de Raphaël Luxman et de la famille Luxman
et
il essaie d'en jouer en disant bon bah de toute façon un président de la république qu'est-ce qu'il fait ? le président de la république il doit gérer des crises internationales il doit s'occuper du domaine réservé qui est précisément les relations internationales et la diplomatie internationale mais il ne peut pas gagner on ne
peut
pas gagner une présidentielle si on ne parle pas du pouvoir d'achat des français alors qu'on est en pleine crise des carburants il ne
peut
pas ne pas
parler
sur la menace Poutine ça fait 20 ans que Raphaël Luxman
alerte là-dessus est-ce
que ça ça peut être mis à son avantage dans cette
campagne
?
oui
ça clairement vous avez des candidats qui recréent un peu leur passé là lui clairement depuis 15 ans il alerte sur la menace Poutine tel point que certains le qualifient ça d'obsession mais c'est vraiment quelque chose qu'il a d'ailleurs hérité de ses parents l'obsession sur la menace russe et la menace Poutine ça c'est quelque chose qu'il faut mettre à son crédit il a alerté depuis très très longtemps ça
peut jouer dans cette campagne où l'international Frédéric on le dit va être très présent ah
oui c'est très présent c'est vrai que c'est une rupture par rapport au passé c'est peut-être une des tendances d'opinion les plus fortes l'intérêt pour les français s'agissant des questions internationales est très fort ce n'est plus cantonné comme par le passé à des personnes retraitées 4 sup à capital culturel élevé les français ont pris conscience et ils ont payé pour voir que ce qui se passait dans le bureau val de Donald Trump ce qui se passait en Ukraine n'a pas sur leur vie quotidienne et c'est vrai que dans les enquêtes qualitatives quand on demande c'est quoi le président idéal très vite sort la dimension il faut qu'il parle à Donald Trump il faut qu'il s'oppose à Vladimir Poutine c'est un vrai atout ça sera quand même moins fort sans doute que la question du pouvoir d'achat mais rappelez-vous 2022 la campagne qui avait été percutée par l'affaire ukrainienne
c
'est un vrai atout d'autant plus quand on entend par exemple Jean-Luc Mélenchon qui ce week-end encore a dit il serait bien qu'il y
ait
des nouvelles élections en Ukraine par rapport à Volodymyr Zelensky et Donald Trump qui se fâche très fort en ce moment contre le président ukrainien qui l'empêche un peu de faire ses deals sur le pétrole avec la Russie donc
pour
dire cette ligne très claire contre Vladimir Poutine contre les contre ces ces personnalités politiques qui ne respectent pas les démocraties oui c'est au cœur de l'engagement de Raphaël Glucksmann et par rapport à Jean-Luc Mélenchon qui n
'a
quand même pas une ligne toujours très claire face à la Russie face à l'Ukraine c'est un point fort en revanche là aussi où je vous suis c'est que c'est compliqué de ne pas être aussi proche des français et que oui le rassemblement national a bien compris son point faible quand il parle de candidats hors sol et d'ailleurs il n'a pas construit une histoire il est eurodéputé je veux
dire
il n
'est
pas député d'un territoire et c'est pas ancré quelque part et ça c'est vraiment un point faible dans une campagne présidentielle Merci merci beaucoup à tous les trois je remonte votre livre Les Glucksmans un étrange appétit de pouvoir c'est aux éditions de l'Observatoire pour mieux comprendre la trajectoire et la ligne de Raphaël Glucksmann bravo pour ce livre Steve merci à tous d'être venus
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