Entretien exclusif Edouard Philippe
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Bonsoir M. le Premier ministre. Bonsoir. Merci de nous accorder cet entretien ici dans la salle du Conseil municipal de la commune d'Irak. Alors hier encore, la France a connu une forte mobilisation avec des violences. En quoi ces deux jours de délocalisation du gouvernement en Charente peuvent-ils répondre à la situation en France issue de cette crise des Gilets jaunes ?
L'habitude de délocaliser mon cabinet a été prise il y a déjà quelques temps. L'idée pour moi c'est pendant deux jours, c'est à la fois très court et en même temps deux jours entiers, deux nuits. C'est très dense. C'est très dense. C'est de venir, constater la façon dont la politique que nous décidons est mise en œuvre, constater les effets qu'elle produit, constater les éléments et les remarques qui sont formulées par ceux qui sont directement concernés par ces politiques et qui nous disent attention là il faut peut-être un peu modifier ou au contraire il faut amplifier tel ou tel mouvement. C'est de le faire moi bien entendu.
Mais ce qui est aussi intéressant c'est de venir ici en Charente pendant deux jours avec les membres de mon cabinet, des femmes et des hommes qui travaillent beaucoup, vraiment beaucoup.
Ils ont mené des rencontres, je crois en parallèle, on a parlé de vos visites, on vient de le voir, mais ils ont travaillé sur quel sujet, avec quel résultat ?
En fait ils travaillent avec les interlocuteurs qui sont les leurs dans le cadre des sujets qu'ils travaillent. Alors ça veut dire que ceux qui travaillent avec moi sur les questions relatives à l'intérieur ou à la sécurité voient leurs homologues ou les responsables de la police ou de la gendarmerie. Ceux qui travaillent avec moi sur les questions agricoles rencontrent les responsables des syndicats agricoles, les responsables de la chambre d'agriculture. Bref, nous essayons de faire en sorte qu'on travaille beaucoup à Paris et c'est normal et c'est indispensable.
Mais on travaille souvent mieux quand on peut multiplier ses contacts et voir l'impact précis des décisions qu'on prend ou les problèmes précis qu'il nous faut essayer de résoudre. Donc c'est une démarche pragmatique qui est utile, pas simplement à moi, moi d'une certaine façon pour moi c'est, je retrouve le plaisir d'être maire, je retrouve le plaisir du contact direct avec mes interlocuteurs et je ne vous cache pas que ça me fait du bien. Mais pour l'ensemble de mes collaborateurs, c'est vraiment un moment pression.
Alors est-ce que c'est aussi une manière de répondre au coup de colère d'Emmanuel Macron, il paraît qu'il s'est un peu fâché mardi en Conseil des ministres, en disant en somme que le gouvernement ne mouillait pas assez la chemise pour faire le service après-vente des mesures annoncées ? Est-ce que c'est aussi une réponse à cela ?
Mon habitude, ce n'est pas de commenter le Conseil des ministres et certainement pas de commenter les commentaires du Conseil des ministres. Ce que je peux dire, parce que c'est vrai et parce que c'est bien, c'est que le président de la République, il est exigeant, il est déterminé et il est exigeant. Et il veut que les décisions qu'il a prises, les orientations qu'il a données puissent se transformer rapidement en décision et en effet visible pour nos concitoyens. Cette exigence, cette détermination du président de la République, elle est nécessaire. C'est tout.
Et notre détermination aux membres du gouvernement et plus généralement à la majorité, c'est de faire en sorte qu'elle puisse se traduire dans les faits le plus rapidement possible. Comme nous l'avons fait au mois de décembre, avec des mesures annoncées par le président de la République qui produisent leurs effets. C'est un des objectifs de la journée d'aujourd'hui de rencontrer celles et ceux qui ont vu leurs primes d'activité augmenter, ont pu bénéficier de la prime exceptionnelle totalement défiscalisée décidée par le président et qui ont pu être versée par un certain nombre d'entreprises.
J'ai rencontré un certain nombre de salariés aujourd'hui d'entreprises qui ont bénéficié d'une prime exceptionnelle totalement défiscalisée de 350 euros. Et puis ceux qui peuvent bénéficier des mesures relatives aux heures supplémentaires. C'est un total d'environ 8 milliards. C'est de cet ordre-là. Alors 8 milliards, j'ai bien... 8 milliards, c'est beaucoup d'argent. Mais je peux parfaitement comprendre que pour nos concitoyens et même pour moi à certains égards, dans la vie quotidienne, qu'est-ce que ça veut dire 8 milliards ? Laissez-moi juste vous donner un exemple.
Un salarié qui gagne 1500 euros par mois, qui effectuerait la moyenne du nombre d'heures supplémentaires qu'on exerce en France, c'est-à-dire environ 11 heures supplémentaires par mois, par mois, pas par semaine, par mois. Eh bien, les mesures sur l'exonération de la fiscalité en matière d'heures supplémentaires représentent chaque année un revenu supplémentaire de l'ordre de 600 euros net. C'est loin d'être négligeable. De même, la prime a été versée à un nombre considérable de salariés, là encore représentant des augmentations de pouvoir d'achat qui sont précieuses, qui sont utiles et qu'il est bon de constater et de pouvoir discuter avec ceux qui sont...
Alors, un exemple des annonces du président de la République, ce sont les maisons France Service, qu'on appelle en Charente les maisons de service public. Il y en a déjà 18 aujourd'hui. Vous en allez visiter celle de Montmoreau demain matin. Absolument. Est-ce qu'Emmanuel Macron ne nous a pas déjà vendu quelque chose qui existe sur le terrain ?
Il existe, bien sûr, des maisons de service ou d'accès aux services publics ou des maisons de service public partout en France. Dans certains départements, il en existe beaucoup. Dans d'autres, elles sont plus rares. Mais néanmoins, elles existent. L'idée, ce n'est pas de leur changer simplement le nom pour faire... Pas du tout. L'idée, c'est d'arriver à concevoir, avec l'ensemble des services de l'État, mais au-delà, avec les opérateurs, la CAF, Pôle emploi, l'ensemble des opérateurs publics.
Et le cas échéant avec les collectivités territoriales, discutons-en avec elles, des bouquets de services, une présence effective des services publics au plus près de nos concitoyens, partout en France. Dans chaque canton, a indiqué le président de la République, il y a un peu plus de 2000 cantons, donc dans chaque canton, et parfois plusieurs par canton, qui sait ? Essayons de faire en sorte que la révolution numérique, que la transformation de l'organisation administrative ne se traduise pas, pour nos concitoyens, par des contraintes en plus, mais par un service en mieux. C'est ça l'objectif de ces maisons France Service.
C'est un sujet sur lequel le président de la République est extrêmement déterminé. Et nous allons les mettre en œuvre, rapidement. Je suis assez optimiste, parce que je pense qu'en effet, en réorganisant l'administration telle que nous sommes en train de le préparer, c'est-à-dire en faisant en sorte qu'il y ait moins de fonctionnaires à Paris, plus de fonctionnaires sur le terrain, on arrivera à apporter une amélioration dans la qualité de service aux concitoyens, où qu'ils soient.
Deux questions concrètes. D'abord, les écoles. Le président de la République a promis qu'il n'y aurait pas d'école fermée sans l'accord des maires. En Charente, on est particulièrement concerné, parce qu'il y a une dizaine d'écoles qui devraient fermer à la rentrée prochaine. Est-ce que ce soir, vous dites à ces maires, si vous êtes contre, elles ne fermeront pas ?
Je dis tout à fait ça. C'est un engagement pris par le président de la République. Notre objectif, c'est de faire en sorte... Il y aura peut-être... Il peut y avoir des fermetures de classes. Quand la population d'enfants scolarisés diminue et diminue nettement, il peut arriver qu'on ait besoin de fermer des classes. On en ferme dans certains endroits pour en ouvrir ailleurs. Et c'est très bien. Il faut le faire. Ce que nous ne voulons plus, c'est la fermeture d'écoles complètes qui cassent la perspective dans le monde rural et qui empêchent ceux qui veulent vivre dans le monde rural de pouvoir y demeurer.
Donc, notre objectif, c'est de dire si vous, maire, vous considérez que ce serait une très mauvaise idée de fermer l'école, si vous pensez qu'on peut la réorganiser avec la commune d'à côté, dans ce cas-là, on le fera. Mais c'est uniquement avec l'accord des maires. Et c'est évidemment quelque chose d'extrêmement très sûr.
Alors, autre question. Les 80 km heure, le président du conseil départemental de Charente, M. Bonneau, vous a demandé, vous a interpellé aujourd'hui même, parce qu'il voudrait rétablir les 90 km heure. Qu'est-ce que vous lui avez répondu ? Il ne m'a pas interpellé. Il en a parlé très poliment et très calmement.
Ah, vous m'a interpellé. Il vous a posé la question. Oui, oui. Mais moi, je tiens à la précision des mots et à la qualité des relations que j'ai avec les élus locaux. Il ne m'a pas du tout interpellé. Il m'a fait part de sa position, qui n'est pas exactement la même que la mienne. C'est vrai. Mais il l'a fait avec beaucoup de respect, beaucoup de politesse et aussi beaucoup de détermination de sa part. Je lui ai dit que nous étions en train de travailler d'abord sur une vague de déconcentration de décision. Ce qui veut dire déconcentration et décentralisation de décision.
Donc, ça veut dire que nous allons essayer de faire en sorte qu'un beaucoup plus grand nombre de décisions soient prises localement par rapport à ce qui se fait aujourd'hui. C'est un élément général, mais c'est le premier élément de ma réponse. La deuxième chose, c'est que nous allons travailler avec un certain nombre de présidents de conseils départementaux, puisque l'essentiel du réseau est géré par les conseils départementaux, pour voir la façon dont nous pouvons faire évoluer ce dispositif. Avec, de ma part, une exigence, qui est une exigence de responsabilité.
Je crois qu'elle est partagée par les présidents de conseils départementaux, mais elle est très clairement exprimée aujourd'hui, et je le fais depuis le début, sur la nécessité de garantir le plus haut niveau possible de sécurité routière. Nous ne devons pas, je le dis, nous ne devons pas, pardon ce terme un peu trivial, mégoter avec la sécurité routiale.
Merci. Merci beaucoup, Edouard Philippe. Merci de nous avoir accordé cet entretien ce soir depuis la commune de Dirac en direct. Et nous suivrons bien entendu la suite de votre visite attentivement demain en Charente. Merci.
Édouard Philippe