Hommage à Lionel Jospin : Emmanuel Macron salue "un grand destin français"
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Repos. - E.Macron: Ce jour, la nation rend hommage à un homme qui fut aimé des siens et respecté de tous.
Profondément respecté. L.Jospin fut toute sa vie durant un humble militant cherchant dans la rigueur et la grandeur de l'histoire les moyens de l'accomplissement, Menant des combats de justice et de liberté et servant notre République.
D'abord, le temps de l'apprentissage, l'enfance et cette conception exigeante de l'existence. L.Jospin fut lesté par l'amour et le son de sa famille protestante et humaniste.
Robert, son père, militant socialiste laic, pacifiste, qui révérait Jaurès, doté du sens du verbe et du goût de la culture. Mireille, sa mère, sage-femme. Elle transmettait à sa fratrie cette forme particulière d'esprit, rebelle à l'embrigadement, sensible aux choses humaines, lucide dans le rapport à l'autre.
Puis vint le temps des engagements. Après Sciences Po et l'entrée à l'ENA, il fut de ces jeunes officiers appelés en Algérie qui, comme J.Chirac ou J.-P.Chevènement, refusèrent d'approuver ceux qui se mutinèrent contre de Gaulle.
Là, il découvrait les injustices, les affres de ces années et s'engagea pour les causes de sa génération: l'indépendance de l'Algérie, la décolonisation puis le refus de tous les totalitarismes. le temps de sa jeunesse, entre diplomatie et enseignement, évolutions et réformes, trotskisme et socialisme, avant de choisir avec force et résolution, en digne héritier de Jaurès et de Blum, d'emprunter le chemin ouvert par F.Mitterrand.
Ce fut un choix qui s'imposa au terme d'un long cheminement politique intime, dont lui seul, au plus profond de sa conscience, savait les tenants et les aboutissants. Ses engagements se cristallisèrent dans le choix du socialisme, qu'il embrassa à sa manière, avec discipline, rigueur et sens de l'absolu. C'est ainsi que ce jeune professeur d'économie, après avoir été reconnu comme tel par P.Joxe, puis distingué par F.Mitterrand, entra en socialiste dans la vie publique, au grand jour.
L.Jospin fut de cette génération qui accompagna, tout au long des années 70, le premier secrétaire d'un PS renouvelé depuis le congrès d'Epinay. Dès lors, il décida de suivre F.Mitterrand de congrès en congrès, de motion en motion, du programme commun aux 110 propositions, de la défaite de 1978 à la victoire du 10 mai 1981.
L.Jospin demeura fidèle à l'enseignement de Jaurès, socle de son engagement: fidélité à l'idéal, sens du réel, recherche de la vérité, rigueur de l'action...
Après le 10 mai 1981, le président Mitterrand demanda à L.Jospin de demeurer rue de Solférino, premier secrétaire du PS, premier parti de France. Contrairement à nombre de ses camarades, L.Jospin, nouveau député de Paris, n'entra pas au gouvernement.
Là encore, fidèle à l'enseignement de Blum, il accepta la mission: garder la vieille maison. Il est vrai que pour L.Jospin, l'esprit de rigueur fut toujours inséparable de l'esprit de sacrifice.
Il s'acquitta de la mission avec rectitude, tenant uni le parti tout en laissant à M.Rocard et J.-P.Chevènement la liberté de défendre ce qui leur tenait à coeur, et ce faisant, aida à la réélection de F.Mitterrand.
Ce n'était pas rien. C'était même beaucoup, aux yeux du président. C'est pour cette raison qu'il put entrer enfin au gouvernement, ministre de l'Education nationale.
Dans cette fonction qu'il aima tant, il agit pour offrir à notre jeunesse les moyens de son émancipation, faisant adopter la loi du 10 juillet 1989 qui porte son nom, réformant en profondeur le système éducatif dans le but de donner à tous les élèves de France l'accès à la liberté par le savoir, alliance de la connaissance et du mérite. L'année suivante, il lança le plan université 2000 et fut un gardien vigilant du respect et du principe de laicité, tout en se montrant soucieux de préserver la liberté de conscience, dont les protestants savent combien elle fut une conquête de longue lutte. Amené à quitter le ministère, s'ouvrit alors pour lui un temps de réinvention du destin, un temps de liberté.
Le PS était entré dans un cycle nouveau et ce fut un intense travail de réflexion qu'il mena en conformité avec ses principes, voulant tirer les leçons de la décennie Mitterrand qui s'achevait. En conscience, il voulut redéfinir les conditions de l'exercice du pouvoir quand on est socialiste, héritier de Blum...
C'est ainsi qu'il fut désigné par ses camarades pour être candidat à l'élection présidentielle de 1995, parvenant en tête au soir du 1er tour et recueillant 47,3 % des voix face à J.Chirac au second. Une défaite plus qu'honorable pour un camp qui n'en espérait pas tant. "Il fallait relever le camp", disait-il.
Redevenu par devoir premier secrétaire du PS, il s'attacha à convaincre les forces de la gauche de former une coalition plurielle. Elle remporta les élections législatives de 1997. Il déclara alors que cette victoire était la preuve d'une soif raisonnée et pressante de progrès réels, nouvelle preuve que de son point de vue, seul l'esprit de rigueur rend possible l'idéal.
Alors, aux côtés du premier secrétaire, F.Hollande, responsabilité éminente ô combien à ses yeux, L.Fabius étant alors président de l'Assemblée nationale, L.Jospin s'attacha à conduire et animer cette majorité inédite dans la cohabitation avec le président Chirac.
Premier ministre, L.Jospin se voulut d'une détermination sans faille dans le but de tenir les engagements pris devant les Français. Avec un sens aigu de l'organisation, menant un gouvernement formé de nombreuses personnalités politiques qui ont marqué la vie du pays, animant des équipes encore présentes aujourd'hui et attachées à lui depuis toujours, L.Jospin a, durant ces années, modernisé la vie économique, sociale et démocratique de la nation de manière inédite.
Il a contribué à faire entrer la France dans ce siècle qui s'ouvrait. Le gouvernement qu'il menait fit adopter la loi sur les 35 heures, mit en oeuvre la couverture maladie universelle, instituant la parité dans les élections, réduisit le chômage, soumit à référendum le quinquennat présidentiel. Il fut signataire de l'accord de Nouméa, prenant ses responsabilités sur la Nouvelle-Calédonie et défendit les engagements européens de la France, permettant aussi à la monnaie unique de devenir.
Ce fut aussi le 1er gouvernement à reconnaître que l'amour entre personnes de même sexe devait être, au nom de l'égalité, source de droit. Ce fut une 1re étape vers le mariage pour tous. Chacun ici connaît la suite: la campagne présidentielle, l'étrange soirée du 21 avril 2002 et le choix immédiat de tirer sans hésiter la leçon de l'histoire.
Le retrait de la vie politique, pas par abandon, non, par franchise, par sens de l'absolu, encore, par choix. Ainsi, L.Jospin demeurait-il fidèle à l'enseignement de L.Jospin.
Mais il ne s'effaça pas pour autant. Vint le temps de la transmission. L.Jospin ne renonça jamais à convaincre du bien-fondé de ses choix, profondément démocrate.
Il ne se lassa jamais d'expliquer, expliquer encore. Il revêtit de nouveau les habits du professeur d'économie qu'il avait été un temps après une courte carrière de diplomate. Il expliqua jusqu'au bout à qui voulait l'entendre ce qui lui paraissait juste, nécessaire, certain que chacun peut accéder à la vérité.
Pour convaincre, il avait le goût des autres. Ainsi partageait-il son idéal dans le but de faire grandir tous ceux qui croisaient sa route. Membre du Conseil constitutionnel, L.Jospin y fut là aussi un gardien guidé par son exigence de sagesse, un passeur de temps.
Pour reprendre un titre de son épouse, S.Agacinski. Oui, L.Jospin fut un homme de fidélité.
Fidélité et fiabilité pour ceux qu'il aimait. L.Jospin était là pour Hugo et Eva, ses enfants si talentueux, nés de l'union avec Elisabeth.
Il était là pour son épouse Sylviane, pour Daniel, pour tous ses petits-enfants. Fidélité pour ses amis, la bande de la section du 18e arrondissement, D.Vaillant, B.Delanoë, tous les autres, P.Moscovici...
Tant de générations de camarades de la rue de Solférino, de la rue de Matignon ou des voisins de l'île de Ré. Fidélité à ceux qui partagèrent son chemin, traces de son lien authentique avec chacun. A Paris et en Haute-Garonne, L.Jospin connaissait le nom des gens et les choses de la vie: bonheurs simples, plaisirs français, aimer, vivre, chanter, lire et vibrer.
Des galeries d'art, du tennis au cinéma...
Tel était cet homme. Beaucoup l'aimèrent et l'aimeront encore pour son exigence et sa persévérance. Esprit pluriel qui refusait de séparer éthique et politique, morale et démocratie, intégrité et engagement.
Scrupule qui dissout l'incertitude, enfant du mérite républicain devenu un homme d'Etat. C'est ainsi qu'il nous apparaît en cette heure. Un soir de juin, chez lui, à Cintegabelle, en Haute-Garonne, L.Jospin est là, lunettes sérieuses et cheveux de neige, prenant en note les résultats qui scandent la victoire de la gauche aux élections législatives de 1997.
Sylviane, Eva, Hugo, Daniel l'entourent, puis le brouhaha, les camarades socialistes qui s'engouffrent dans la pièce. Soir de liesse, jours heureux, comme au temps du Front populaire que racontait Robert Jospin à son fils. L.Jospin se tient dans cette atmosphère de liesse avec une forme de réserve, de gravité et, soudain, il sourit, conscient d'avoir accompli sa tâche sans rien avoir renié de lui-même, conscient aussi de ce qui l'attend: devoir conduire le gouvernement du pays à la lumière de cette même exigence, fort de ces mêmes qualités.
C'est ce qu'il fit. Par-delà la mort, notre mémoire sera toujours à cette place singulière. Un modèle pour certains, un adversaire pour quelques autres.
Pour tous, à coup sûr, un repère dans notre histoire et notre esprit. Au soir de la mort de F.Mitterrand, L.Jospin avait dit: "La mort n'est pas pour moi une occasion de lyrisme." De lyrisme, non.
De reconnaissance de la nation, oui, sans aucun doute. Alors, pour tout cela, merci. Vive la République.
Vive la France. - J.-B.Marteau: L'hommage d'E.Macron. "Un homme profondément respecté, militant jusqu'au bout, qui a profondément modernisé la France", dit le chef de l'Etat à propos de L.Jospin. ... - Présentez armes!
Repos. Roulement de tambours. ...
Sonnerie "Aux Morts". ... ... ... ... "La Marseillaise". ... ... ... ... ... - J.-B.Marteau: "La Marseillaise" après l'hommage d'E.Macron à L.Jospin.
Voilà pour la partie de cet hommage national qui va se poursuivre dans la cour du Dôme, devant l'église des Invalides, en présence de toute sa famille. La femme et les 3 enfants de L.Jospin sont là. - N.Saint-Cricq: 2 enfants de son 1er mariage et un fils qu'avait Sylviane et qu'il a reconnu, devenu son 3e fils, avec qui il s'entendait parfaitement.
En entendant "homme de culture"...
C'est vrai que... - J.-B.Marteau: On entend "Les Feuilles mortes", clin d'oeil à cette chanson qu'il avait chantée lui-même dans une émission de P.Sébastien en 94.
C'était "Carnaval", sur TF1. - J.Wittenberg: C'était pour casser son image d'homme austère.
Il avait poussé la chansonnette et chanté. On se souvient de ces archives devant la France entière. Peut-être qu'on va écouter la chanson. "Les Feuilles mortes", d'Y.Montand. ... ... ... ... ... ... ... - J.-B.Marteau: Voilà Pour cette reprise par l'orchestre de la Garde républicaine, "Les Feuilles mortes".
Il l'avait interprétée sur cette émission de P.Sébastien en 1994. 84, pardon. - Présentez armes! - J.-B.Marteau: Il y aura les obsèques à 14h30.
Cérémonie là aussi ouverte au public, qui sera aussi très politique. - N.Saint-Cricq: Contrairement à ce qui se passe parfois, avec le cimetière qui est le lieu de la famille et des amis...
Là, il y a des emblèmes de son gouvernement. Il y aura une prise de parole de F.Hollande, de M.Aubry, de D.Vaillant, qui fut son ministre de l'Intérieur, et une prise de parole de P.Moscovici.
Ce sera des discours de politique...
En tout cas, probablement plus en austérité que ces penchants dans les sentiments...
On voit qu'il y a l'émotion de la famille, tous ceux qui sont au 1er rang. ... ... ... ... ... ... ...
Emmanuel Macron