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interviewRMC· 10 janvier 2024 21 min

🔴 DIRECT - L'interview intégrale de Manuel Bompard sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Contre quoi vous vous êtes opposé et qui a plu aux Français ?

0:02
Manuel Bompard

Non mais attendez, d'abord le succès de Gabriel Attal. On parle, je crois, de son bilan au ministère de l'Éducation nationale, c'est ça ? Qui fait qu'aujourd'hui, la France est championne d'Europe des classes surchargées. Qui fait qu'aujourd'hui, en France, les rémunérations des enseignantes et des enseignants sont à peu près 20% inférieures à la moyenne de l'OCDE. On parle du fait qu'à la rentrée 2023, une classe sur deux n'avait pas d'enseignants. Qui n'ont pas pu être remplacés. Si ça, vous appelez ça un succès ? Moi, j'ai plutôt l'impression qu'en Macronie, en quelque sorte, on promeut les ministres qui ont le plus mauvais bilan.

0:39
Présentateur

Vous ne l'avez pas vu, cette fusée Attal décoller ? L'opinion publique qui, sondage après sondage, en a fait le personnage politique préféré des Français.

0:47
Manuel Bompard

Je pense que Gabriel Attal fait essentiellement de la communication. Et je crois que les Françaises et les Français, ils attendent d'avoir des dirigeants qui changent leur vie, qui font en sorte que la situation soit moins difficile. En l'occurrence, par exemple, dans l'éducation nationale, qui fasse en sorte que nos élèves aient des professeurs devant eux quand ils vont à l'école, que nos élèves aient des fournitures scolaires pour pouvoir étudier dans des bonnes conditions. Et sur ces sujets-là, je crois effectivement que le bilan de Gabriel Attal n'est pas un bon bilan.

1:14
Présentateur

On va revenir sur le bilan. Et d'ailleurs, on entend les différents syndicats qui, d'abord, reprochent à Gabriel Attal de quitter l'éducation nationale. Donc, au fond, est-ce que ça ne laisse pas entendre qu'ils étaient plutôt contents qu'ils soient à l'éducation nationale ? Ils ne veulent pas qu'ils partent ?

1:26
Manuel Bompard

Vous croyez ? Moi, écoutez, j'ai lu les réactions des organisations syndicales d'enseignants après le départ de M. Attal. Ils lui reprochent effectivement de partir. Ils lui reprochent aussi l'absence de politique pour répondre aux difficultés qu'ils rencontrent au quotidien. Vous ne le savez peut-être pas, mais par exemple, lundi, il y a eu un vote à ce qu'on appelle le Conseil supérieur de l'éducation. Le Conseil supérieur de l'éducation, c'est une instance dans laquelle il y a justement les représentants du personnel, les représentants des enseignants. Ils ont donné un avis sur la réforme du lycée professionnel. Il y a eu zéro voix pour, 50 voix contre, à peu près 20 abstentions.

Ça, c'est concret, vous voyez, ce n'est pas de la communication. Donc, je vois bien le récit qu'on essaye d'installer de Gabriel Attal, qui aurait été un ministre extraordinaire de l'éducation nationale. Je crois que la réalité est toute inverse.

2:12
Présentateur

J'écoute ce que disent notamment les syndicats de profs. Et puis, j'écoute aussi...

2:14
Manuel Bompard

Les syndicats de profs, ils ne disent pas qu'ils sont très contents du bilan de Gabriel Attal et de l'éducation nationale.

2:17
Présentateur

Non, non, mais je vous ai dit exactement ce qu'il disait. C'est-à-dire qu'il lui reproche pour l'instant de partir. Mais c'est vrai que quand on reproche à quelqu'un de partir, c'est qu'on a envie qu'il reste. Manuel Bompard, l'interdiction de la Bayra, qui a été une des mesures emblématiques de Gabriel Attal, l'autorité, faire de l'autorité, du retour de l'autorité, la sélection, le fait de remettre des examens. Tout ça, c'est exactement ce sur quoi vous vous êtes opposé. On est bien d'accord.

2:41
Manuel Bompard

Bien sûr, mais je continue à m'y opposer. D'ailleurs, je pense que, par exemple, l'interdiction de la Bayra a été une formidable opération de diversion pour faire en sorte qu'on ne regarde pas précisément quelles étaient les difficultés de la rentrée scolaire. Et les difficultés de la rentrée scolaire sont celles dont je vous ai parlé tout à l'heure. C'est-à-dire le fait qu'il n'y avait pas d'enseignants pour éduquer nos enfants. C'est-à-dire le fait que nos enfants avaient du mal à pouvoir disposer des livres, des fournitures qui leur permettent d'étudier dans des bonnes conditions. Et je pense que M. Attal est un spécialiste des gadgets de communication.

Mais ce ne sont pas les vrais problèmes auxquels est confronté aujourd'hui l'enseignement.

3:15
Présentateur

Vous remettriez la Bayra ?

3:17
Manuel Bompard

Mais ce n'est pas moi qui décide de mettre ou de ne pas mettre la Bayra.

3:19
Présentateur

Si vous êtes au pouvoir, ça fait partie des décisions. Est-ce que vous réautoriseriez ?

3:25
Manuel Bompard

Bien sûr, je pense que cette mesure était une mesure inutile, qui était une mesure de diversion, qui concernait une toute petite poignée. Non, mais ce n'est pas au-delà, c'est quand même le sujet principal.

3:34
Présentateur

Sur le fond, vous, elle est fine au pouvoir.

3:36
Manuel Bompard

Mais moi, j'étais opposé à son interdiction, Apolline de Malherbe, je suis cohérent. Donc à partir du moment où j'étais opposé à son interdiction, il est évident.

3:42
Présentateur

Vous autoriseriez officiellement le port de la Bayra à l'école ?

3:45
Manuel Bompard

Mais bien sûr, je pense que c'était une mesure stigmatisante, totalement inutile. D'ailleurs, on nous avait annoncé des grandes difficultés, il n'y en a eu aucune, qui était bien la preuve que les jeunes femmes qui mettaient cette tenue n'étaient pas du tout dans une logique d'affrontement. À partir du moment où la loi a été changée, elles l'ont respectée. Et je pense qu'elles l'ont mal vécue.

4:02
Présentateur

Mais vous reviendriez en arrière, en tout cas, si vous arrivez à...

4:04
Manuel Bompard

Mais oui, parce que je pense que c'était une stigmatisation totalement inutile. Bref, vous êtes en train d'essayer de me faire croire que le bilan de Gabriel Attal à l'éducation nationale était formidable. Je pense que c'est un bilan qui est un bilan calamiteux. Et je pense que le président de la République le promeuve en dit long, sur la manière avec laquelle on progresse en Macronie, c'est-à-dire quand on fait une mauvaise politique.

4:22
Présentateur

Alors écoutons ce qu'il a dit hier lors de son arrivée à Matignon. Il a parlé notamment du rapport au travail. « Travailler doit toujours payer plus que ne pas travailler ». Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?

4:34
Manuel Bompard

Ah bah oui, bien sûr, je suis d'accord. Mais alors, dans ce cas-là, j'imagine, par exemple, qu'il va faire en sorte de s'attaquer au fait que cette année, on a connu un record historique de versement des dividendes aux actionnaires. Les dividendes, ce ne sont pas des revenus du travail. Alors que dans le même temps, les salaires, depuis deux ans, ont progressé plus faiblement que les prix. C'est-à-dire que très concrètement, les Françaises et les Français ont vu leur salaire diminuer. Donc là aussi, moi, je veux aller au-delà des mots, des grandes phrases que M.

Attal, s'il veut aller au bout de cette logique, nous dise ce qu'il compte faire pour faire en sorte que les salaires des Françaises et des Français progressent enfin. Est-ce qu'il est prêt à augmenter le SMIC ? Est-ce qu'il est prêt, comme on l'a proposé dans notre niche parlementaire au mois de novembre dernier, à indexer les salaires sur l'inflation, pour faire en sorte que quand les prix augmentent, le pouvoir d'achat des Françaises et des Français ne diminue pas ?

5:22
Présentateur

Les annonces et les différents économistes, c'est d'ailleurs qu'en 2024, les salaires vont augmenter encore plus que l'inflation. Donc si on est sur votre loi, ça va presque tirer les salaires vers le bas.

5:29
Manuel Bompard

Non, parce que c'est un minimum, Apolline de Malheur. On n'empêche bien évidemment pas d'augmenter. Non, parce que là, ça se fait tout seul. Non, ça ne se fait pas tout seul, ce n'est pas vrai. Depuis deux ans, si vous prenez l'augmentation des salaires par rapport à l'augmentation des prix, les prix ont augmenté davantage que les salaires. Depuis deux ans ? Non, mais ça, on est bien d'accord. Depuis deux ans, le conseil est totalement clair. M. Le Maire, il nous a annoncé depuis un an et demi qu'on était au pic de l'inflation. Depuis un an et demi, il nous dit « ça y est, c'est fini ». Depuis un an et demi, les prix continuent à augmenter et à progresser. Donc je vois que M.

Attal nous a fait une belle formule sur le travail qu'il doit payer. Mais aujourd'hui, le travail ne paye pas. Il y a beaucoup de travailleurs pauvres. Il faut faire en sorte que leur salaire augmente. Il faut faire en sorte qu'on bloque les prix. On va avoir, il fait froid en ce moment, on va avoir au 1er février de cette année encore 10% d'augmentation sur le prix de l'électricité. Il y a déjà eu 25% d'augmentation du prix de l'électricité l'année dernière. Est-ce que M. Attal va s'engager à bloquer les prix de l'électricité pour faire en sorte que les Français ne soient pas encore plus en difficulté pour pouvoir se chauffer, par exemple ? Ça, c'est des sujets concrets.

Sur lesquels, moi, j'attends maintenant que M. Attal nous présente une feuille de route, qu'il vienne devant l'Assemblée nationale, qu'il présente cette feuille de route, et qu'il se soumette, comme on le fait dans toutes les démocraties du monde...

6:35
Présentateur

Et qu'il se soumette à votre motion de défiance. Non, non, non, à un vote de confiance. Vous avez quand même tout de suite dit, s'il demande un vote de confiance, on déposera une motion de défiance.

6:43
Manuel Bompard

Non, vous avez mal compris ce que nous disons.

6:45
Présentateur

Alors expliquez-nous, c'est ce que j'ai compris hier des propos de Mathilde Panot.

6:50
Manuel Bompard

Nous demandons à ce que, comme dans toutes les démocraties du monde, dans toutes les démocraties parlementaires du monde, un Premier ministre, quand il vient d'être nommé, il se présente devant l'Assemblée nationale. Il présente sa feuille de route, et il se soumet à un vote de confiance. Voilà ce que nous demandons. Et nous disons que si M. Attal refuse de se soumettre à un vote de confiance, nous le forcerons, entre guillemets, à se soumettre à un vote de confiance par le dépôt d'une motion de censure. Mais moi, je préfère qu'il se soumette à un vote de confiance, et dans ce cas-là, il n'y aura pas besoin de motion de censure.

7:20
Présentateur

– Mais elle se fera naturellement, la censure.

7:21
Manuel Bompard

– Je ne sais pas, pourquoi ne se soumettrait-il pas à un vote de confiance ?

7:25
Présentateur

– Peut-être parce qu'il se dit qu'il n'a pas la majorité.

7:27
Manuel Bompard

– Oui, mais écoutez, il y a quand même quelque chose de formidable dans cette histoire. M. Macron a licencié Mme Borne. Je crois que tout le monde a lu le courrier de départ de Mme Borne, tout le monde a compris que c'est lui qui l'avait licencié. Dans une équipe de football, Mme Apolline de Malherbe, quand on licencie l'entraîneur, c'est que les résultats ne sont pas bons. Donc, qu'est-ce que M. Macron reproche à Mme Borne ? Et qu'est-ce qu'il a l'intention de demander à M. Attal de changer ? Ça serait quand même normal qu'on le sache.

7:53
Présentateur

– La logique pour vous aurait été vers la dissolution ? Vous la demandez toujours ?

7:57
Manuel Bompard

– Non, la logique, c'est qu'à partir du moment où il y a un nouveau Premier ministre, il nous présente sa feuille de route, et il nous dit sur la base de quelle majorité il compte gouverner le pays. Et que s'il n'est pas capable de réunir une majorité, effectivement, on retourne au vote devant les électrices et les électeurs pour qu'il puisse y avoir une majorité. S'il n'y a pas de majorité, on va avoir exactement la même chose que ce qu'on a depuis un an et demi, c'est-à-dire la multiplication des 49-3 à répétition, c'est-à-dire des tractations de couloirs, comme on l'a connue tout au long de l'année 2023, pour essayer d'arracher une majorité sur tel ou tel texte de loi.

8:29
Présentateur

– Mais comment techniquement, j'ai l'impression que tout ça est très théorique, on sait que dans les faits, il n'y a pas de majorité ?

8:33
Manuel Bompard

– Je ne sais pas, pour qu'il puisse y avoir… – Vous le savez, vous savez compter. – Mais non, mais parce qu'Apolline de Malherbe, vous partez du principe… – Non, mais vous savez compter, tout le monde sait compter. – Je sais compter, je sais que ce qui constitue aujourd'hui la minorité gouvernementale est effectivement minoritaire. – Voyez, vous-même vous le dites. – Mais bien sûr.

8:47
Présentateur

– Donc vous dites je ne sais pas, mais enfin vous l'avez la minorité.

8:49
Manuel Bompard

– Mais attendez, attendez, allons au bout du raisonnement. À partir du moment où vous avez un Premier ministre, sa responsabilité, c'est d'aller chercher une majorité pour soutenir sa politique. Mais à partir du moment où il ne veut rien changer, il ne veut rien bouger, il considère que tout le monde doit s'aligner sur ses positions, alors oui, effectivement, il ne peut pas convaincre de majorité, mais il pourrait avoir une autre démarche, essayer de chercher une majorité pour faire en sorte que sa politique soit soutenue par une majorité de députés et pour qu'elle puisse être mise en œuvre.

9:14
Présentateur

– Alors allons jusqu'au bout, il vient vous voir, il vous dit écoutez, est-ce qu'on pourrait gouverner ensemble ? Vous dites pourquoi pas ?

9:18
Manuel Bompard

– Je lui dis qu'est-ce que vous êtes prêt à changer par rapport à ce que vous faites depuis un an et demi, depuis sept ans bientôt, et si vous voulez mettre en place la même politique, bien sûr que non, puisque je la conteste et que je la combats. Mais si M.

Attal, il ne le fera pas, vient me voir et me dit je suis prêt à bloquer les prix sur les produits de première nécessité, je suis prêt à augmenter les salaires, je suis prêt à mettre en place enfin une vraie planification écologique, je suis prêt à passer à une sixième république, alors discutons, mais vous savez très bien qu'il ne le fera pas, puisque tout ce qu'il fait depuis maintenant sept ans, c'est précisément l'inverse que ce que je viens de proposer.

9:50
Présentateur

– Sur cette question des salaires, effectivement, il a dit qu'il fallait une plus grande différence entre ceux qui travaillent et qui vivent de leur travail, et il a laissé entendre, ça veut dire qu'il faut aussi moins aider les autres, en quelque sorte. Il l'avait dit d'ailleurs quand il était ministre du budget, il avait dit les classes moyennes ont le sentiment qu'on balance des canadaires d'argent public pour aider ceux qui ne bossent pas. La France laborieuse qui se lève tous les matins en ayant le sentiment de travailler pour les autres, c'est cette France-là qui est notre priorité.

10:17
Manuel Bompard

– Mais attendez, qui sont les privilégiés dans ce pays ? Il faut arrêter avec cette logique. Vous croyez qu'une personne qui aujourd'hui vit au RSA, une personne qui cherche un travail mais qui n'en trouve pas et qui touche des allocations au chômage, vous croyez que c'est une personne privilégiée, vous croyez qu'elle vit bien, vous croyez que quand les prix de l'alimentation ont augmenté de plus de 20%, les prix de l'énergie de 25%, vous croyez que les gens vivent bien quand ils n'ont pas de travail aujourd'hui ?

10:38
Présentateur

– Un certain gars, il y a répondu par des manifestations, il avait dit… – Voilà qui sont les vrais privilégiés. – Il s'était adressé à vous, à l'Assemblée, il avait dit quand est-ce qu'une manifestation a rempli le frigo ?

10:47
Manuel Bompard

– Plein de fois, au moment du Fonds populaire, quand on a augmenté l'augmentation des salaires, heureusement qu'il y a eu des gens qui se sont mobilisés pour faire en sorte que la vie augmente, quand on a obtenu la mise en place de la sécurité sociale, heureusement qu'il y a eu des mobilisations sociales dans ce pays et M. Attal, qui soi-disant est censé venir de la gauche, devrait se rappeler que l'histoire de la gauche, c'est justement l'histoire de mobilisation sociale, l'histoire de coquilles sociaux qu'on a arrachées, pas uniquement par le pouvoir politique, mais aussi par la pression sociale. – Il rappelle qu'il avait manifesté quand il était jeune ?

– Oui, il a aussi manifesté il y a quelques années, quand des postiers étaient en grève pour défendre leur travail et il a manifesté contre les postiers qui étaient en grève pour dénoncer les gréviculteurs à l'époque. Un gréviculteur qui est un terme qui a été inventé par Jean-Marie Le Pen, je voudrais quand même le rappeler ici. – Pour vous, il est plus de gauche. – Pour moi, je vous le dis franchement, il ne l'a jamais été de mon point de vue.

11:40
Présentateur

– Quand il était militant du Parti Socialiste.

11:42
Manuel Bompard

– Oui, mais malheureusement, le Parti Socialiste a enfanté un certain nombre d'horreurs comme sans doute Gabriel Attal et M. Macron lui-même en fait partie d'un point de vue politique, oui bien sûr.

11:51
Présentateur

– C'est un mot très fort quand même, vous diriez une horreur.

11:55
Manuel Bompard

– Du point de vue de la continuité ou du fait qu'il porte…

12:00
Présentateur

– Ça vous a un peu échappé, vous n'êtes pas très content d'avoir dit ce mot.

12:02
Manuel Bompard

– Non, attendez, attendez, Apolline de Malherbe, j'utilise les mots qui sont les humains, il n'y a aucun problème. Je considère que la politique qui est mise en place par M. Macron et par M. Attal est effectivement une horreur. Maintenant, je vais vous dire, on était en train de dire qui sont les vrais privilégiés ? Eh bien, je conteste fermement l'idée qu'on essaye de faire passer dans ce pays qu'il y aurait finalement des gens qui profiteraient des situations quand ils sont au RSA ou quand ils sont à leur location chômage.

12:25
Présentateur

– C'est moi, la France laborieuse qui a l'impression de bosser pour les autres.

12:27
Manuel Bompard

– Oui, mais moi, je pense effectivement qu'une grande partie de la France bosse pour les autres, mais on ne parle pas des mêmes autres. Moi, je vous parle des actionnaires du CAC 40 qui ont reçu cette année un record de dividendes, alors que de l'autre côté de la chaîne, les Françaises et les Français tirent la langue. Il y a effectivement une grande partie de la population qui en a assez de bosser pour une toute petite minorité de la population qui s'en met plein les poches alors qu'elle ne fait rien et qu'elle ne contribue en réalité pas à la vitalité économique du pays.

Donc, je vois bien la nouvelle politique macroniste qui est en permanence d'essayer de pointer du doigt les pauvres comme étant les responsables de tous les maux. Eh bien, excusez-moi de vous le dire, mais vous me trouverez toujours contre ceux qui vont continuer à tenir ce type de discours. Et si M.

Attal veut faire quelque chose de bien pour le pays plutôt que d'aller stigmatiser une partie de la population qui a des très lourdes difficultés aujourd'hui, qu'il pose la question de comment on va enfin partager les richesses dans ce pays, comment on va faire en sorte que les super profits qui ont été accumulés depuis maintenant deux ans soient enfin taxés tels qu'ils devraient l'être depuis maintenant plusieurs semaines, de faire en sorte qu'on bloque et qu'on encadre les marges, notamment les marges dans la grande distribution, les marges dans l'industrie agroalimentaire qui sont responsables de l'inflation aujourd'hui.

Voilà s'il veut être courageux, parce que ce n'est pas courageux de s'attaquer aux faibles. Ce qui est courageux, c'est de s'attaquer effectivement aux forts qui profitent de la situation.

13:43
Présentateur

Manuel Bompard, voilà la réaction de Jean-Luc Mélenchon hier. Attal retrouve son poste de porte-parole. La fonction de Premier ministre disparaît. Le monarque présidentiel gouverne seul avec sa cour. Malheur au peuple dont les princes sont des enfants. Vous vous attaquez à son âge ?

14:01
Manuel Bompard

Non, pas du tout.

14:02
Présentateur

Il est trop jeune ?

14:02
Manuel Bompard

Non, pas du tout. Pas du tout.

14:05
Présentateur

Enfin, moi je le comprends comme ça. Un malheur au peuple dont les princes sont des enfants.

14:08
Manuel Bompard

Mais souvent, ça arrive, Pauline, que vous ne compreniez pas toujours très très bien nos expressions. Est-ce que vous ne les expliquez pas très bien ? Mais heureusement, je suis là pour vous éclairer.

14:16
Présentateur

Heureusement qu'on a l'explication de texte et la traduction. Alors ça veut dire quoi ? Malheur au peuple dont les princes sont des enfants.

14:22
Manuel Bompard

Je ne crois pas que le sujet, ce soit l'âge du capitaine, en l'occurrence. Le sujet, c'est le cap. Maintenant, la question qui est posée, c'est que le parcours de Gabriel Attal est un parcours assez singulier. On ne peut pas dire qu'il a connu, qu'il a beaucoup travaillé. On ne peut pas dire qu'il a beaucoup été confronté aux difficultés des Françaises et des Français. Et donc, il n'est pas forcément très bien placé pour gouverner ce pays et pour savoir quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés les Françaises et les Français. Moi, j'ai 37 ans.

14:54
Présentateur

À partir de quand vous avez estimé que vous étiez capable ?

14:58
Manuel Bompard

Oui, mais écoutez, moi, j'ai 37 ans, j'ai fait des études, j'ai travaillé, j'ai fait un doctorat, j'ai fait un post-doctorat, j'ai travaillé dans une petite entreprise qui travaillait sur le sujet de l'intelligence artificielle. Je pense que j'ai plus que M. Attal, qui est quand même peu sorti des 6e et 7e arrondissements de Paris, été confronté aux difficultés auxquelles sont confrontés les Françaises et les Français. On a quand même le droit de dire que le parcours singulier de Gabriel Attal et pas le parcours de n'importe quelle Française et de n'importe quel Français. Je ne crois pas que ce soit une attaque personnelle à son égard de dire ça.

15:30
Présentateur

Oui, sauf que là, en l'occurrence, Jean-Luc Mélenchon, il parle de l'âge, il estime que c'est un enfant.

15:34
Manuel Bompard

Ben non, je ne crois pas. Je crois qu'il parle justement de son expérience, des éléments de la vie auxquels il a été confronté.

15:40
Présentateur

C'est souvent compliqué de comprendre ce qu'il veut dire, Jean-Luc Mélenchon.

15:43
Manuel Bompard

C'est parce que souvent, vous ne voulez pas toujours bien comprendre ce qu'il dit.

15:45
Présentateur

Moi, je ne sais pas. Le mot « enfant », je le comprends comme le mot « enfant ». Je ne savais pas qu'en fait « enfant », ça ne voulait pas dire « enfant ».

15:50
Manuel Bompard

Peut-être qu'enfin, ça veut dire « enfant », mais peut-être qu'enfin, ça veut dire du point de vue des éléments de la vie auxquels on a été confrontés. Mais après, si vous voulez poser des questions à Jean-Luc Mélenchon, le mieux, c'est de les poser à lui. Parce que moi, vous savez, je ne suis pas non plus son…

16:03
Présentateur

Il est absolument le bienvenu, mais semble-t-il, il n'aime pas se lever le matin.

16:05
Manuel Bompard

Vous l'inviterez. C'est en tout cas comme ça qu'il me répond. Il aura l'occasion d'expliquer ce qu'il voulait dire par là.

16:10
Présentateur

Mais n'hésitez pas à lui dire que ça vaut la peine de t'entendre, mais je lui dirai « il n'y a pas de problème ».

16:13
Manuel Bompard

Mais en l'occurrence, il me semble que mon point de vue et la caractérisation que je fais de Gabriel Attal et de la politique qu'il envisage de mener est politique et certainement pas personnelle. Moi, je n'ai jamais l'habitude de mélanger la politique et le personnel. Je n'ai pas de problème personnel avec M. Attal. Par contre, je conteste sa politique et je conteste les choix qu'il a fait pour l'instant et les choix qu'il manifestement s'apprête à faire.

16:34
Présentateur

Qu'est-ce que vous retiendrez d'Élisabeth Borne ?

16:37
Manuel Bompard

Des 49-3, une réforme des retraites passée en force malgré l'opposition de à peu près 9 actifs sur 10. Je pense que Mme Borne a fait beaucoup de mal au pays. La fin de son mandat est aussi dramatique que l'ensemble des actions qu'elle a posées avec cette loi immigration qui est une honte, qui a défiguré la France et que Mme Borne a pris elle-même les rênes dans la dernière ligne droite des négociations pour avaler toutes les couleuvres et céder à l'ensemble des injonctions de l'extrême droite. Et je pense que de ce point de vue-là, elle prendra une très lourde responsabilité qui, il faut le comprendre, fait beaucoup de mal à la France.

Vous savez, quand vous vous déplacez un petit peu en dehors de notre pays aujourd'hui, les gens ne comprennent pas et ont le sentiment que la France est en déclin, qu'elle se replie sur elle-même, que maintenant on s'attaque aux étudiants étrangers en France alors que ça devrait être une fierté de faire en sorte que la France accueille des étudiants étrangers, qu'on partage notre savoir, que la France soit attractive. Je pense que Mme Borne, en relayant et en mettant en place la politique de M. Macron, fait beaucoup de mal à notre pays et que le choix qui nous est posé aujourd'hui, c'est est-ce qu'on continue dans ce déclin de la France ou est-ce qu'on offre une alternative ?

Et moi, avec la France insoumise, j'essaye de proposer un autre chemin, un autre chemin pour faire en sorte qu'on vive mieux dans ce pays, pour faire en sorte qu'on résolve enfin les problèmes de nos services publics.

18:04
Présentateur

Mais sur cette loi immigration, est-ce que vous aussi, vous serez dans la rue le 21 janvier ? Il y a cet appel à la mobilisation de 201 personnalités ?

18:13
Manuel Bompard

Bah écoutez, moi je manifesterai déjà dimanche, parce qu'il y a une première date de manifestation, c'est ce dimanche, le 14 janvier, contre cette loi immigration pour exiger son abandon.

18:22
Présentateur

Vous n'avez pas pu nous mettre d'accord ?

18:24
Manuel Bompard

Bah c'est pas moi, moi je soutiens les deux appels à manifester. Je vais vous dire franchement, j'aurais préféré qu'il n'y en ait qu'une. Mais il y en a deux en l'occurrence.

18:30
Présentateur

Mais pourquoi vous ne renoncez pas celle du 14 pour celle du 21 ?

18:32
Manuel Bompard

Parce qu'il y a des gens qui manifestent le 14, il y en a qui manifestent le 21, et moi je suis d'accord avec tout le monde, donc je vais manifester avec les deux. Donc vous manifesterez les deux dimanches ? Bah voilà, mais si c'était moi qui décidait, je vous promets, il y aurait eu une seule date de mobilisation.

18:41
Présentateur

Mais le 21, il y a notamment les organisations syndicales. Bien sûr, bien sûr.

18:45
Manuel Bompard

Donc c'est une date importante, le 21 janvier, moi je manifeste, j'appelle les Françaises et les Français à manifester. Je crois que tout le monde doit comprendre que, contrairement à la communication qui a été faite sur le sujet, cette loi sur l'immigration, en l'occurrence, elle ne va résoudre aucun problème des Françaises et des Français. En quoi un Français aujourd'hui va avoir sa vie améliorée ? Parce qu'on va rendre la vie plus difficile pour un travailleur étranger. Et je voudrais que tous les gens qui nous écoutent le comprennent.

Si l'ensemble des travailleurs qui travaillent en France et qui sont de nationalité étrangère, décider d'arrêter le travail pendant une journée, une journée où les travailleurs étrangers arrêtaient de travailler, le pays ne pourrait pas tenir. Parce qu'on a besoin de ces travailleurs étrangers, que vous connaissez comme moi, quand vous vous levez le matin très tôt, que vous allez dans le RER, que vous allez dans le métro, vous les voyez, c'est eux qui occupent les fonctions essentielles à la vie de la nation aujourd'hui. Et donc les pointer du doigt, les stigmatiser, comme le fait le gouvernement, je trouve ça odieux.

19:35
Présentateur

Qui va diriger votre liste LFI ? C'est Manon Aubry ?

19:38
Manuel Bompard

Manon Aubry, c'est aujourd'hui notre chef de file. On a une convention sur les élections européennes de lancement officiel de notre campagne qui aura lieu au milieu du mois de mars. Il n'y aura pas de n'y fesse ? Je le souhaite toujours. Je vais vous dire franchement, je pense que le vote de la loi immigration devrait sonner comme un élément qui déclenche un sursaut à gauche. J'ai proposé immédiatement à l'ensemble des composantes de la NUPES de se réunir. Si on veut être en capacité de proposer une alternative face à la Macronie qui est en train de se dérober, et face à l'extrême droite qui apparaît comme une alternative possible, il faut proposer un autre chemin.

Et je pense que la NUPES devrait être en capacité de proposer cet autre chemin. Ils ne m'ont pas répondu, tout simplement. Je leur ai proposé qu'on se rencontre, qu'on se réunisse. Donc je profite du micro ici pour leur relancer l'appel, pour leur dire franchement...

20:32
Présentateur

On est plus efficace que les textos et les appels.

20:34
Manuel Bompard

Je leur dis franchement, ce serait irresponsable que dans cette situation-là, face à de tels dangers, à une telle gravité, ce serait irresponsable que la NUPES ne soit pas en capacité d'avoir une liste commune aux élections européennes. Il faut le faire. Franchement, on est dans une situation terrible. Hier, une femme est morte à cause du froid. Je voudrais juste en dire un mot et après j'ai compris qu'il fallait s'arrêter. Que fait le gouvernement sur ce sujet ? Ok, le théâtre, la comédie du remaniement, à un moment, il y a des difficultés en face de ça. Et ces difficultés, c'est notamment le froid. 300 000 personnes qui dorment dans la rue.

Je demande un plan d'urgence pour qu'il y ait zéro SDF, la réquisition des logements vides. Donc, enfin, des nouvelles places d'hébergement pour faire en sorte qu'il n'y ait pas davantage de gens qui meurent face au froid.

21:14
Présentateur

Manuel Bompard, coordinateur national de la France Insoumise, merci d'avoir répondu à mes questions ce matin.

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