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interviewRMC — Face à Face· 5 mai 2022 19 min

L'interview : Olivier Faure - 05/05

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, l'interview à Pauline de Valherbe. Bonjour Olivier Faure.

0:13
Olivier Faure

Bonjour à vous.

0:14
Présentateur

Merci de répondre à mes questions ce matin sur RMC et BFM TV. Vous êtes le premier secrétaire du Parti Socialiste. Ça va, vous avez quand même réussi à dormir un peu ?

0:22
Olivier Faure

Pas beaucoup, je suis là devant vous avec plaisir. Je pense que nous vivons un moment qui est un moment important. Et donc, il faut parfois faire provision avant et puis on dormira plus tard.

0:36
Présentateur

Mais les quelques heures où vous avez dormi, vous aviez le sommeil léger ? Quand on regarde quand même que François Hollande, que Bernard Cazeneuve, que Stéphane Le Foll, que Anne Hidalgo, estiment qu'en réalité le Parti Socialiste que vous représentez aujourd'hui n'est pas le vrai Parti Socialiste, que le Parti Socialiste est mort.

0:51
Olivier Faure

Le vrai Parti Socialiste, c'est un Parti Socialiste qui a accepté dans son histoire d'être un parti qui bousculait, qui, avec François Mitterrand, avec Lionel Jospin, a accepté l'idée d'aller vers même une forme de radicalité. Les réformes, qu'on se souvienne, des 35 heures, des congés payés, de tout ce que nous avons fait, y compris pour les retraites, c'était des réformes qui étaient jugées impossibles, inimaginables, et pourtant nous l'avons fait. Et mes racines, elles sont là. Elles sont dans celles et ceux qui se sont toujours battus pour celles et ceux que le Président appelle les gens de rien.

Ce sont ces gens-là qui m'intéressent aujourd'hui parce que c'est eux qui attendent la gauche. C'est eux qui mettent appel dans les rues quand, depuis 15 jours, nous évoquons cette possibilité d'un accord. C'est eux qui me disent « tenez bon ».

1:44
Présentateur

Alors que François Hollande, non, ça compte pour rien ?

1:47
Olivier Faure

Mais je ne dis pas, je ne suis pas là pour juger les uns ou les autres. Et ils le font bien souvent à mon endroit. Je me limite en général à simplement tenir une ligne, celle de la gauche, celle de la volonté de transformer ce pays.

2:02
Présentateur

On va revenir sur les propos qu'ils ont tenus depuis hier. Bernard Cazeneuve a été jusqu'à démissionner tout simplement du parti. Vous avez donc conclu cet accord de principe. Il devra encore être enterriné aujourd'hui dans votre Conseil national. Il y aura 70 candidats socialistes. Ça veut dire 507 circonscriptions sans candidats socialistes.

2:21
Olivier Faure

Pas tout à fait. Il y aura l'outre-mer qui n'a pas été évoqué.

2:24
Présentateur

Donc il peut en rester quelques-uns, une poignée. Sur le fond, l'Ukraine, ce n'est pas grave par exemple ? Les Ukrainiens, on les laisse tomber ?

2:31
Olivier Faure

Nous avons signé hier un texte avec les insoumis qui dit exactement l'inverse.

2:37
Présentateur

Vous avez entendu Jean-Luc Mélenchon comme moi, qui par exemple était contre l'envoi d'armes aux Ukrainiens. Ça ne vous dérange pas ?

2:42
Olivier Faure

D'abord, la première chose, c'est que je ne suis pas devenu insoumis dans la nuit. Ce que je pense, je continuerai à le penser. Et évidemment, sur la question ukrainienne, je continuerai à défendre les livraisons d'armes aux Ukrainiens, les sanctions contre le régime de Vladimir Poutine. Et cette intransigeance ne se modifiera pas. Mais ce que nous avons signé avec les insoumis, c'est que nous sommes effectivement effarés devant les atrocités de Vladimir Poutine, qui est cité expressément dans le texte. Et que bien sûr, nous accorderons ensemble un soutien plein et entier aux Ukrainiens.

3:15
Présentateur

Mais Olivier Faure, vous signez avec celui dont Anne Hidalgo, votre candidate, disait qu'il était le complice de Poutine.

3:21
Olivier Faure

Oui, il y a des expressions qui ont été celles de la présidentielle. Et je pense que maintenant, il faut passer à autre chose.

3:27
Présentateur

Ce n'est pas de l'expression, je vous parle du fond. Elle considérait vraiment qu'il était complice de Poutine. Ce n'est pas juste une formule.

3:33
Olivier Faure

Quelle est la réalité, la politique de Malherbe ? C'est que la position défendue par Jean-Luc Mélenchon était une position qui était défendue au même moment par des gens comme Hubert Védrine, qui considéraient, eux aussi, qu'il ne fallait pas aller chatouiller l'ours russe, et que l'OTAN pouvait être un problème pour le régime russe. Ce n'est pas ma position. Mais c'est une position qui était dans le domaine public et qui n'était pas l'exclusivité de Jean-Luc Mélenchon. Et donc, il faut maintenant...

4:03
Présentateur

Quand Jean-Luc Mélenchon, en janvier, dit effectivement à propos des Russes qui mobilisent des troupes aux frontières de l'Ukraine, il dit les Russes mobilisent à leurs frontières, mais qui ne ferait pas la même chose avec un voisin pareil, sous-entendu un pays lié à une puissance qui les menace continuellement, c'est-à-dire que le méchant, c'était toujours les Américains, et donc le gentil, plus ou moins, les Russes ? Aujourd'hui, vous dites, bon, ce n'est pas si grave.

4:27
Olivier Faure

Absolument pas. Je maintiens mes positions et je ne vois pas pourquoi je les modifierais. Si vous me demandez s'il y a une forme de soumission aux insoumis, la réponse est clairement non. Il y a un accord, la volonté de construire une coalition avec des divergences qui se maintiendront, et puis aussi des points de convergence qui sont tellement nombreux qu'il serait complètement fou de passer à côté et de considérer que parce que nous avons des désaccords, nous ne pouvons pas gouverner ensemble. Je pense exactement l'inverse. et il y a des sujets nombreux sur lesquels vous pourrez trouver des différences.

4:58
Présentateur

Mais qui ne sont pas des petits sujets. On parle de l'Europe. Ce n'est pas grand-chose pour vous, l'Europe ?

5:03
Olivier Faure

Mais qui vous a dit ça ?

5:05
Présentateur

Je ne sais pas. J'écoute Jean-Luc Mélenchon qui appelle à la désobéissance européenne. Ça ne vous dérange pas ? Vous qui avez toujours été un parti très attaché à la construction européenne, à l'Union européenne, à ses règles.

5:16
Olivier Faure

Apolline de Malherbe, est-ce qu'on peut parler sérieusement ?

5:19
Présentateur

Ce n'est pas sérieux, l'Europe ?

5:20
Olivier Faure

Bien sûr, mais est-ce que vous pensez que les pays européens et la France au premier chef ont toujours été dans le respect absolu de toutes les règles européennes ? Quand la France a-t-elle respecté le pacte de stabilité ? Est-ce que vous avez une réponse à cette question ?

5:36
Présentateur

On ne l'a pas respecté. Aujourd'hui, il n'existe plus.

5:39
Olivier Faure

Aujourd'hui, il n'existe plus. Il n'existe plus parce qu'effectivement, la crise sanitaire est venue par là. On voit bien que ce qui était timuable, ce qui était la table de la loi pour un certain nombre d'Européens, est devenu de la poussière en quelques heures. Et donc, ce que nous disons les uns et les autres, c'est qu'il faut faire évoluer les règles européennes.

5:57
Présentateur

Je vous cite, en 2019, vous disiez à Jean-Luc Mélenchon, à propos de Jean-Luc Mélenchon, mais Jean-Luc, si tu veux, l'Union, il y a deux conditions, l'Europe et l'abandon du populisme. Mais c'est vous qui avez finalement baissé la garde sur ces questions-là ? C'est vous qui avez renoncé ?

6:11
Olivier Faure

Mais pourquoi voulez-vous voir un renoncement ? En fait, où est-ce qu'on a renoncé ? Quels sont les points sur lesquels vous pouvez dire aujourd'hui que nous avons renoncé ? Le texte dit expressément que nous ne sortirons pas de l'Union européenne, que nous ne sortirons pas de l'euro, que nous avons la volonté de construire avec les Européens, parfois dans la confrontation, parce que l'évidence, c'est qu'y compris l'Europe, elle avance quand on s'oppose parfois aux règles qui sont posées. Est-ce que nous voulons une Europe libérale ? La réponse est non. Nous voulons une Europe qui accepte l'idée... Mais vous voulez toujours l'économie de marché ?

Bien sûr qu'on veut toujours l'économie de marché. Et donc, on n'est absolument pas dans une situation où on est en train d'expliquer que l'Europe, c'est fini. C'est tout l'inverse. On veut une Europe. Qu'est-ce qui détruit l'Europe aujourd'hui ? Qu'est-ce qui fait que la défiance des Européens est de plus en plus forte ? C'est précisément que les règles européennes sont trop inspirées par l'idéologie néolibérale et que ça conduit, malheureusement, des millions et des millions d'Europains à se détourner d'elle.

7:04
Présentateur

Pour que Bernard Cazeneuve, qui n'est quand même pas le premier des sceaux, considère que votre accord est inacceptable au point qu'il démissionne du Parti Socialiste, comment vous expliquez alors que François Hollande dit qu'il ne se reconnaît plus ni sur le fond, ni sur la forme dans votre accord ? Comment vous expliquez que Jean-Christophe Cambadélis, que Julien Drey, que vos anciens compagnons, votre ancien président de la République, votre ancien Premier ministre ne s'y retrouvent pas ?

7:31
Olivier Faure

Mais il y a des gens...

7:32
Présentateur

Ils ne sont pas bien lus ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

7:35
Olivier Faure

Mais il y a des gens qui ont un droit absolu. Je ne vais pas, moi, m'exprimer sur leur liberté de conscience. Ils ont le droit de penser qu'on ne peut pas s'allier avec les insoumis. Il y a des gens qui disent, au Parti Socialiste, qu'ils ne voulaient pas s'allier avec les Verts, qu'ils ne veulent pas s'allier avec les insoumis, et qu'ils considèrent que, seuls, nous sommes plus forts que toutes et tous et que nous avons raison contre tout le monde. Moi, ce que je dis, c'est qu'il y a eu un scrutin. Que les Françaises et les Français ont fait le choix massif de l'Union. Qu'ils souhaitent cette Union.

À 93%, celles et ceux qui sont sympathisants de la gauche souhaitent que nous nous retrouvions. Donc, effectivement, on peut considérer que l'isolement est la meilleure façon d'avancer. Moi, je crois l'inverse. Je crois, au contraire, que nous avons besoin, non pas de gens qui nous expliquent que dans 20 ans ou dans 30 ans, on fera les choses différemment, mais qui veulent que dans 5 semaines, ça puisse changer pour eux. Sur le pouvoir d'achat, sur le service public. Tout à l'heure, vous receviez le Préfesseur Salomon, qui vous a expliqué à quel point l'hôpital public craque aujourd'hui.

8:31
Présentateur

C'était son conseil dramatique.

8:33
Olivier Faure

C'était poignant. Et quand j'ai fait le tour de France des hôpitaux, des urgences, avant même la crise sanitaire, je peux vous dire que les témoignages que j'ai reçus étaient poignants. Des gens, des médecins, des infirmières, des aides-soignantes qui pleuraient dans mes bras parce que, tout simplement, elles avaient le sentiment que leur vocation était totalement maltraitée et qu'eux-mêmes étaient devenus maltraitants avec leurs patients. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On dit, voilà, on a des désaccords, donc c'est insoluble. On n'y arrivera pas. Ou bien est-ce qu'au contraire, on s'allie et on fait ensemble en sorte que les choses puissent changer dans cinq semaines ?

C'est ça l'objectif et c'est ça que je veux faire.

9:05
Présentateur

Mais qu'est-ce que vous lui dites à François Hollande ?

9:07
Olivier Faure

Mais je lui dis qu'en réalité, qu'est-ce qu'on veut faire aujourd'hui ? Est-ce qu'on est dans une situation où on considère que tout va bien et que finalement, il n'y a rien à changer ? Est-ce qu'on dit qu'on va dérouler le tapis rouge sous les pieds d'Emmanuel Macron en considérant que finalement, la politique qui va mener les 65 ans, la retraite à 65 ans, le travail forcé...

9:27
Présentateur

Mais vous allez aller carrément jusqu'à, et ça figure dans votre accord, renier votre propre loi, vos propres lois, c'est-à-dire la loi Touraine, la loi El Khomri, c'était des ministres socialistes, dans un gouvernement socialiste, avec un président socialiste.

9:40
Olivier Faure

Je peux bien croire. Je le comprends, mais c'est très surprenant quand même. Tout à l'heure, j'ai entendu Laurent Neumann dire que nous avions voté la loi El Khomri. Aucun député socialiste n'a voté la loi El Khomri. Mais El Khomri, Myriam El Khomri n'est pas socialiste ?

9:53
Présentateur

Myriam El Khomri n'est pas socialiste ?

9:54
Olivier Faure

Ce n'est pas ce que je dis. Je dis que la loi El Khomri a été imposée avec un 49-3.

9:58
Présentateur

Ça vous arrange maintenant finalement que ça a été un 49-3 ?

10:00
Olivier Faure

Mais pas du tout. Mais même à l'époque, reprenez les archives, j'étais déjà opposé à la loi telle qu'elle nous a été présentée. J'ai cherché un compromis que j'avais trouvé. Et c'est à ce moment-là qu'à l'époque, le Premier ministre avait choisi de sortir le 49-3 pour empêcher toute forme de discussion avec les députés. Voilà ce qui s'est passé. Et donc, je ne vais pas moi-même maintenant défendre une loi que je n'ai pas défendue à l'époque. Voilà, donc c'est aussi simple que ça.

10:24
Présentateur

Vous avez été négocié avec la France Insoumise. C'est vrai que la négociation a été longue. Beaucoup plus longue pour vous, le Parti Socialiste d'ailleurs, que pour Europe Écologie, les Verts par exemple. Et vous dites, mais on sort de cette présidentielle aussi avec ce rapport de force. Vous avez fait, et c'est vrai, 1,7% des voix. Mais la réalité, c'est qu'aussi, vous continuez à diriger 5 régions. Vous avez 14 villes de plus de 100 000 habitants. Vous avez 100 villes de plus de 30 000 habitants. Vous dirigez 25 départements. Là où la France Insoumise est quasiment absente des territoires. Ça ne vous donnait pas un tout petit peu plus de poids ? Pourquoi vous êtes arrivé là que basse ?

10:59
Olivier Faure

Merci pour l'hommage.

11:02
Présentateur

Non, mais le Parti Socialiste est un des partis aujourd'hui très présents dans les territoires français.

11:05
Olivier Faure

C'est vrai, il va le rester.

11:07
Présentateur

Et là, vous n'aurez que 70 circonscriptions où vous serez présents.

11:09
Olivier Faure

Oui, à la proportionnelle, si on avait appliqué le strict calcul qui relevait de la présidentielle, nous aurions eu 31 députés. Donc, il y a eu un effort qui a été consenti par nos partenaires avec cette idée qu'effectivement, le Parti Socialiste n'est pas simplement, il n'est pas réductible au 1,7% réalisé dans la présidentielle. Et donc, évidemment, j'aurais préféré avoir mieux. Bien sûr que j'aurais préféré faire davantage, mais je suis aussi un démocrate. Et j'accepte l'idée que dans ce scrutin, dans ce scrutin national, eh bien nous avons fait beaucoup moins que d'autres. Et donc, évidemment, ça n'est pas satisfaisant complètement.

J'aurais préféré, et je vois les sacrifices que nous consentons, avec des gens qui ont, pendant des années, investis, qui ont travaillé sur leur territoire et qui ne seront pas candidats. Je le sais bien, c'est très dur pour eux. Et c'est très dur pour nous toutes et tous, parce que c'est évidemment un crève-cœur que de voir des gens qui sont des gens de talent, qui ne pourront pas être candidats, c'est vrai.

12:02
Présentateur

507 circonscriptions où il n'y aura pas de candidats socialistes. C'est historique, ça aussi.

12:07
Olivier Faure

Alors, ce ne sera pas 507 au final, puisque je vous ai dit que l'Outre-mer et la Corse n'étaient pas encore considérés. Mais il y aura effectivement de nombreux territoires où nous ne serons pas présents directement. Mais nous serons avec des candidats qui sont des candidats communs à toutes et tous et qui porteront un projet identique. Donc, celles et ceux qui se reconnaissent dans ce que nous portons pourront voter pour nous. Pourront voter pour nous, pour celles et ceux qui feront ensuite vivre, je l'espère, une nouvelle majorité.

Et donc, mettre fin à cette domination sans partage de La République en marche et faire en sorte que les réformes puissent être à nouveau des réformes qui permettent d'améliorer le sort des gens. Parce que là, vous me parlez à chaque fois des désaccords, de ceux qui grognent, de ceux qui ne sont pas contents. Mais moi, j'aimerais vous parler de celles et ceux qui, au contraire, sont là, nous encouragent et nous témoignent tous les jours de leur volonté de nous voir nous unir.

12:53
Présentateur

Mais vous dites qu'on aura des candidats qui partagent nos idées. Je vous parle de la laïcité, par exemple. C'est un des points sur lesquels vous-même, vous avez souvent pointé les ambiguïtés, c'est le mot que vous avez utilisé, les ambiguïtés de Jean-Luc Mélenchon. Vous dites qu'il ne les a jamais levées. Vous dites qu'il a participé à des manifestations auxquelles vous-même, vous n'auriez jamais participé, notamment la manifestation contre l'islamophobie. Il y aura dans ces rangs et sous la même bannière que vous des candidats qui, parfois, se revendiquent de ne pas être Charlie. Ça ne vous dérange pas, ça ?

13:22
Olivier Faure

D'abord, sur ces différents points. Moi, je suis un républicain, un laïc, universaliste. Et là non plus, je ne changerai pas d'avis. Je suis à la fois complètement dans la lutte contre les discriminations. Je suis évidemment dans la lutte contre le racisme qui vise les musulmans. Mais je considère que la laïcité est un des piliers de la République et que nous ne pouvons pas y toucher. Et que donc, il y a pour moi une évidence au fait que ça doit rester intangible. Dans le texte que nous avons signé, nous rappelons ces principes et nous rappelons que nous les défendrons ensemble.

Et donc, à chaque fois que j'aurai le sentiment que ça n'est pas le cas, je m'exprimerai, je ne laisserai pas faire quoi que ce soit. Et il n'est pas question, pour qui que ce soit chez nous, de devenir, en fait, de relativiser cette règle qui, pour nous, est vraiment un des éléments centraux et là, pour le coup, qui plonge jusqu'à nos racines historiques puisque nous sommes celles et ceux qui avons inventé la laïcité avec Jaurès, avec Briand, avec Combe. Et c'est donc une évidence pour moi.

14:24
Présentateur

Vous n'avez pas d'État d'âme ?

14:27
Olivier Faure

Mais qui n'a jamais d'État d'âme ? Moi, j'ai des États d'âme, bien sûr. J'aurais préféré faire non pas 1,7, mais faire 22. J'aurais préféré que les choses soient inversées. J'aurais préféré que les Françaises et les Français entendent le message que nous portions. Mais je suis aussi lucide sur ce qu'il s'est passé et sur la volonté des Françaises et des Français maintenant de nous voir nous retrouver. Parce que je veux aller retrouver celles et ceux qui ont fait le choix d'un candidat qui leur donnait le sentiment de pouvoir les emmener au second tour et de pouvoir gagner une élection présidentielle.

Il y a une frustration terrible aujourd'hui à gauche avec des gens qui ont le sentiment que le premier tour aurait pu être, en fait, un premier tour différent. Puis ensuite, ils ont vu un débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Dans ce débat, on a vu une candidate qui avait un projet qui était un projet, en réalité, xénophobe, un projet qui ne pouvait pas conduire la France dans le respect de ses propres valeurs et un président qui a juste joué en contre mais qui n'a jamais exposé quelle était sa propre vision en dehors de la tête à 65 ans et de vouloir stigmatiser les bénéficiaires du RSA et j'y ajoute la question de la redevance.

15:28
Présentateur

Est-ce que vous avez parlé avec Anne Hidalgo, par exemple ?

15:30
Olivier Faure

Mais je parle avec Anne Hidalgo.

15:31
Présentateur

Non, mais là, depuis hier.

15:32
Olivier Faure

Non, pas récemment.

15:34
Présentateur

Non, pas récemment. Vous vous imaginez bien qu'elle ne va pas être tout à fait enchantée de cet accord.

15:39
Olivier Faure

Mais je sais très bien qu'il y a des gens qui contestent cet accord.

15:43
Présentateur

Vous ne parlez pas avec Hollande, vous ne parlez pas avec Hidalgo, vous parlez avec qui ? Avec Jean-Luc Mélenchon.

15:48
Olivier Faure

Vous voulez résumer le Parti Socialiste à...

15:51
Présentateur

Ce n'est pas rien, c'est votre dernier président et votre dernière candidate.

15:55
Olivier Faure

Mais je parle avec Anne Hidalgo. Vous me demandez si j'ai dans les derniers jours parlé avec elle, je vous réponds que non. Mais j'aimerais que vous ne traitiez pas uniquement la vie politique par l'anecdote, en considérant que c'est simplement la parole...

16:07
Présentateur

C'est anecdotique, le fait que François Hollande ne se reconnaisse pas dans votre accord.

16:11
Olivier Faure

Mais je vous dis simplement une chose, c'est que vous ne pouvez pas résumer le socialiste à quelques personnes. Les socialistes, ils sont nombreux. Et il y a aujourd'hui une direction, il y a aujourd'hui des milliers de militants. Et je ne voudrais pas que vous fassiez... Depuis tout à l'heure, la chose que vous faites, c'est de me dire que vous m'opposez aux éléphants les uns après les autres. Non, je vous oppose à vos propres mots. À vos propres mots sur l'Europe,

16:31
Présentateur

à vos propres mots sur la laïcité, à vos propres mots sur l'Ukraine. Mais je n'ai pas changé,

16:34
Olivier Faure

Apollino Malherbe, je n'ai pas changé. Ne croyez pas qu'il ait fallu une nuit pour me transformer en autre chose que ce que je suis.

16:40
Présentateur

Il y aura ce soir ce rassemblement des membres du Conseil National du Parti Socialiste, 300 membres, qui devront décider si oui ou non l'accord dont vous avez donné un accord de principe est oui ou non accepté. C'est un peu comme l'Assemblée Nationale de votre parti. Est-ce que vous avez des doutes, des craintes sur le fait que l'accord ne soit pas accepté ?

17:02
Olivier Faure

Mais je ne sais pas ce que sera ce soir la décision que prendront les socialistes. et je leur fais confiance et je leur dirai moi les raisons pour lesquelles je pense que nous devons retrouver les Françaises et les Français à cette occasion et leur dire où nous nous situons. Nous sommes clairement dans un espace qui est celui de la gauche et nous devons considérer qu'aujourd'hui la gauche a besoin de se rassembler pour pouvoir gagner et que je ne veux pas, je vous l'ai dit à l'instant, mais dérouler le tapis rouge sous les pieds d'une majorité présidentielle qui va être à l'origine de graves régressions pour les Françaises et les Français.

Nous avons déjà vécu la réforme de l'assurance chômage. On nous prépare maintenant la réforme des retraites. On nous a aussi expliqué qu'il n'y aurait pas d'imposition nouvelle. Mais la réalité, c'est que en fait, ceux qui vont payer le quoi qu'il en coûte, ce sont les Français eux-mêmes à travers la réforme des retraites, à travers la réforme de l'assurance chômage, à travers cette CRDS qui va être maintenue alors qu'elle aurait dû s'arrêter l'année prochaine. Voilà les raisons pour lesquelles nous devons effectivement nous opposer massivement, frontalement à ce qui se fait et ce qui se prépare avec Emmanuel Macron.

18:07
Présentateur

Et si toutefois, vous n'arriviez pas à les convaincre, ces membres du Conseil national, s'ils croyaient davantage François Hollande ou Bernard Cazeneuve ou encore Anne Hidalgo, alors est-ce que vous démissionneriez ?

18:19
Olivier Faure

Mais je vous verrai bien ce que je fais si d'aventure... Vous n'y avez pas pensé

18:24
Présentateur

ces derniers jours ? Quand on entend Stéphane Le Foll qui dit votre honneur, dit-il. Stéphane Le Foll, vous avez été très proche, c'est quand même vos compagnons de route, il dit que votre honneur aurait été démissionné.

18:34
Olivier Faure

Mon honneur, Apolline de Malherbe, c'est de servir la gauche. C'est d'être de ceux qui, aujourd'hui, vont permettre peut-être à la gauche de retrouver le pouvoir. Dans les sondages, la coalition que nous formons, elle est à 36%. 9 points devant La République En Marche et ses alliés. Mon honneur, c'est de faire en sorte que cet attelage-là puisse aller à son terme. Faire en sorte que les Françaises et les Français qui souffrent puissent retrouver une forme d'espérance avec nous. C'est ça mon honneur.

19:03
Présentateur

Olivier Faure, votre honneur, il se jouera aussi ce soir avec cette décision des membres du Conseil National du Parti Socialiste auquel vous soumettrez cet accord, ce projet d'accord alors qu'il est Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti Socialiste. Merci d'avoir répondu à mes questions ce matin. Merci.

19:19
Locuteur

Merci. Merci. Merci.