Élection présidentielle : « Les discussions actuelles au PS sont pathétiques »
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 28 %Attaque 19 %Défensif 46 %
Questions et réponses
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- 1:41OuverteRéponse directe
Pourquoi utilisez-vous le terme « gauches » ? Le PS a-t-il sa place dans la gauche aujourd'hui ?
- 3:05OuverteRéponse directe
Quels sont les contours de la gauche aujourd'hui selon vous ?
- 4:29OuverteRéponse partielle
Mélenchon parle de « VIe République ». Pouvez-vous détailler ce projet ?
- 5:57OuverteRéponse directe
Comment analysez-vous la stratégie de Mélenchon pour élargir son électorat ?
- 8:02OuverteRéponse directe
Quels sont les effets de la campagne de Mélenchon sur les autres partis de gauche ?
- 8:42OuverteRéponse directe
Quels événements récents illustrent les difficultés de LFI ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:05Chiffre
« Le PS ne vote que dans la moitié des cas des textes avec Renaissance, les macronistes »
- 3:45Fait
« Nous réparerons les dégâts. Au temps du chaos écologique, nous répondons avec la planification et la régionalisation écologiques »
- 3:45Fait
« Nous refusons les nouveaux accords de libre-échange, comme Mercosur ou avec l’Inde »
- 3:45Fait
« Nous refusons l’économie de guerre ! »
- 3:45Fait
« Les traités européens sont obsolètes »
- 3:45Fait
« Nous changerons le modèle agricole »
- 3:45Fait
« Nous interdirons l’usage des polluants cancérigènes »
- 4:29Chiffre
« Quand neuf milliardaires possèdent 90 % des médias, c’est inacceptable ! »
- 6:36Fait
« Il y a eu d’autres meetings à gauche. La semaine d’après, Ilyes est allé voir un meeting de Raphaël Glucksmann. C’est sans commune mesure en termes de nombre de personnes »
- 7:19Fait
« il parle même de projet collectiviste »
- 11:29Fait
« Vinted, le site d’achats en ligne. Vinted, qui est consulté par beaucoup de gens, comme vous et moi, et donc LFI a demandé à l’État de se saisir de ça »
- 12:08Fait
« LFI essaye de contourner un peu le cordon sanitaire que le reste de l’échiquier politique essayait de construire entre LFI et elle »
- 15:37Fait
« Il y a aussi l’ancien Premier ministre, Bernard Cazeneuve. Il a quitté le PS en 2022 pour fonder son mouvement. Il s’est dit prêt à être candidat en 2027 »
- 19:55Fait
« Le simple fait que le PS vote aujourd’hui, donc ce soir, en conseil national, une désignation interne, propre au PS pour l’instant, entre le 1er et le 31 octobre ou le 30 octobre, ça montre bien que déjà, la date du 11 octobre, il l’enjambe complètement »
- 21:19Fait
« Le reste de la gauche, quand bien même certains de ses membres ont indiscutablement des idées, ça reste de la gauche. On retient d’elle qu’elle parle d’elle-même, beaucoup, qu’elle parle de Mélenchon, aussi beaucoup, et c’est à peu près tout »
- 22:04Fait
« Moi, je pense que l’écologie ne peut pas être compatible avec la social-démocratie, parce que la social-démocratie s’arrange d’un système économique libéral qui est à la source du problème écologique que nous connaissons »
- 23:35Fait
« Marine Tondelier s’est fait élire sur l’idée du trait d’union entre les gauches avec l’idée de ne pas choisir parce que sinon, le parti éclate »
- 24:56Fait
« ils ont fait le récit qu’une candidature de Mélenchon au second tour, c’était la victoire assurée de l’extrême droite »
- 25:38Fait
« Fabien Roussel se voit candidat. Ce matin, sur BFM, il a dit : « Je serai candidat parce que nous voulons... » Enfin, il n’a pas dit ça, il a dit : « Nous ne voulons pas avoir à choisir entre Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann » »
- 28:53Chiffre
« Revaloriser le travail, l’augmentation du Smic à 1 690 euros par mois. LFI, c’est 1 700 »
- 29:35Fait
« Marine Tondelier, cette idée de congé climatique qui gagnerait probablement à être approfondie et à être mise en débat, elle a le mérite d’exister »
- 30:12Fait
« un projet présidentiel, ce qu’a fait Chloé Ridel, et on sait très bien qu’en fonction du ou de la candidate qui est désigné, il ou elle prendra certaines choses, en laissera d’autres et remaniera tout à sa main »
- 30:56Fait
« il y a quand même à la fois l’obstacle juridique réglementaire des 500 signatures et 500 parrainages d’élus locaux, et à la fois l’obstacle budgétaire financier d’une campagne présidentielle »
- 32:57Fait
« Ce qui est reproché à Anasse Kazib, ce sont des retweets qui parlent des attaques du 7-Octobre et qui les qualifient de résistance en les saluant »
- 33:37Fait
« la criminalisation du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Ce qui est reproché à Anasse Kazib, ce sont des retweets qui parlent des attaques du 7-Octobre et qui les qualifient de résistance en les saluant »
- 36:23Fait
« il a redit sa volonté ancienne de sortir de l’OTAN, de remettre au centre l’ONU, le droit international, et il a défendu sa ligne de non-alignement sur les États-Unis »
- 37:08Fait
« il dit qu’il faut engager avec la Russie des discussions qui permettraient des garanties mutuelles sur la suite des événements, après un retrait de la Russie en Ukraine, quitte à consentir à des changements de tracés de frontières »
- 38:33Fait
« un des enjeux de Jean-Luc Mélenchon, c’était aujourd’hui d’aller récupérer presque des gens qui étaient venus à lui dans les derniers jours, parfois en 2022, ou même en 2017 »
- 39:56Fait
« Sur la Palestine, il y a eu un mot au début pour les peuples opprimés ou qui subissent actuellement les guerres. Il y a eu le Liban qui a été cité, l’Iran, la Palestine »
- 41:13Fait
« « N’allez pas chez Mélenchon. Son problème, c’est celui-là » »
- 41:57Fait
« ce qui se joue, c’est vraiment qui va porter la voix du PS à la présidentielle »
- 44:06Fait
« ce soir, un des points centraux qui reste à trancher pour le Parti socialiste, c’est : combien il faudra payer pour voter en octobre pour le candidat socialiste »
- 44:44Fait
« plus le champ électoral, plus le corps électoral est vaste, plus, a priori, ça fait voter des électeurs qui sont des sympathisants au sens large »
- 46:02Fait
« il essaie de donner des gages progressistes de gauche sur certaines questions, l’écologie, certaines questions sociales »
- 46:47Fait
« Son directeur de campagne démissionnaire, qui vient de quitter la campagne, c’est Aurélien Rousseau, qui était un pilier de la politique menée par Emmanuel Macron ces dernières années »
- 48:44Fait
« le cabinet d’avocats August Debouzy, dont il est un associé depuis 2017, a organisé une conférence pour aider les grandes fortunes à transférer leurs avoirs au Luxembourg »
- 50:04Fait
« Pour lui, la meilleure nouvelle, c’est que ce soit un Cazeneuve, un Hollande ou un Glucksmann qui soit candidat parce qu’il estime que ça va empêcher Édouard Philippe ou Gabriel Attal ou une candidature post-macroniste d’attirer cet électorat-là »
- 51:27Fait
« En 2024, aux législatives, il se déclare le dernier jour. Il avait caché sa candidature à tout le monde »
- 52:47Fait
« Il est l’un des rares à gauche qui parle autant à Jean-Luc Mélenchon qu’à Olivier Faure, et très souvent »
- 53:40Fait
« Ce qui a fait sa fortune, c’est restructurer les dettes des États en difficulté financière, ce qui veut dire, concrètement, faire une cuisine financière qui, derrière, permet et a pour résultat d’imposer des coupes drastiques, en général, dans les budgets sociaux des pays concernés. »
- 53:55Fait
« Sa ligne de défense, c’est de dire que c’est comme des familles surendettées, ces États, et donc on les aide à sortir la tête de l’eau. »
- 54:20Fait
« Il a toujours travaillé dans la banque. »
- 54:40Fait
« Il a croisé des gens comme Emmanuel Moulin ou comme son successeur... Le nouveau directeur de la Banque de France. »
- 55:10Fait
« À partir de quel moment les choses seront plus claires ? »
- 55:33Fait
« Fabien Roussel est probablement désigné candidat communiste. »
- 55:40Fait
« Il y a le vote, début octobre sûrement, du Parti socialiste. »
Temps de parole
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Bonjour. Bienvenue sur Mediapart. À l’approche de l’été, un article récent de Mediapart résume bien la situation au sein des gauches : Mélenchon accélère, le reste des gauches bricole, avec dans ces gauches dites « non LFI » ou « non mélenchonistes », une profusion de candidats et de candidates, dont certains revenants et d’autres qui tentent d’imprimer. Des batailles internes aussi, dont on a vraiment perdu le fil et une difficulté à faire entendre des propositions de fond. Dans cette émission, on fait le point sur l’état des forces et des dynamiques au sein des gauches avec trois journalistes du pôle Politique de Mediapart, à l’orée, c’est évident, d’une élection présidentielle décisive, où l’extrême droite revendique le pouvoir, extrême droite qui saura ce mardi 7 juillet
si Marine Le Pen est condamnée en appel et donc inéligible dans l’affaire des détournements de fonds publics des assistants parlementaires de son parti, le RN, au Parlement européen. Nous sommes le 30 juin. C’est « À l’air libre », l’émission de Mediapart.
« À l’air libre », l’émission de Mediapart, est disponible sur YouTube et les plates-formes de podcasts, possible grâce à vos abonnements. Si vous le pouvez, abonnez-vous à Mediapart. Salut à vous trois. Ils ne me répondent pas. Salut à vous trois ! D’habitude, tu nous présentes individuellement. Sarah Benhaïda, Pauline Graulle, Ilyes Ramdani, vous êtes journalistes au pôle Politique de Mediapart et chaque jour, vous documentez ce qui se passe à LFI, au sein des autres partis des gauches au sens large et sur le contexte de cette précampagne présidentielle et avant cette pause estivale qui va arriver pour « À l’air libre » aussi, on avait envie de dresser avec vous cet état des lieux. Sarah, ce titre que j’ai cité, « Mélenchon accélère et le reste de la gauche bricole encore »,
c’est un de tes articles récents qui date du 8 juin et ça m’amène à une première question pour vous de sémantique, parce que régulièrement en commentaires de vos articles ou de cette émission, quand on parle « des gauches », des abonnés, des gens sur les réseaux sociaux nous disent : « En fait, de quoi vous parlez exactement ? » Ils nous disent aussi parfois : « Le PS et ses alliés, ils ont gouverné. On a vu que c’était plus la gauche. » Ils nous disent : « LFI, c’est la seule vraie gauche. » Pourquoi on utilise, pourquoi vous utilisez ces termes ? Qui veut répondre ? Déjà, une question, est-ce que le PS a sa place dans la gauche aujourd’hui ? Moi, je pense qu’il y a une réponse assez simple, c’est de regarder les votes à l’Assemblée nationale. Et on voit que dans 72 à 78 % des cas,
la gauche communiste, écolo, socialiste et insoumise votent ensemble. Par exemple, le PS ne vote que dans la moitié des cas des textes avec Renaissance, les macronistes. Et aussi, ils sont à gauche de l’hémicycle, donc c’est un petit peu une manière arbitraire, mais enfin, ça se justifie quand même sur le fond. Par ailleurs, à chaque échéance électorale, qu’il s’agisse des législatives, des municipales, etc., les alliances se font dans cet espace politique-là, avec plein de vicissitudes et de péripéties qu’on raconte à chaque fois, mais les alliances se font dans cet espace-là. Le NFP, la Nupes, c’était dans cet espace. C’est que tout le monde accepte plus ou moins que les contours de la gauche aujourd’hui, ce sont ceux-là. Ce qui ne nous empêche pas, papier après papier,
de raconter les reniements, les renoncements et les écarts vis-à-vis de la doctrine traditionnelle de la gauche que font les uns et les autres. En ce début d’été, celui qui a déjà vraiment lancé sa campagne, c’est Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise. Il concourt à sa 4e élection présidentielle. Il s’est déclaré il y a deux mois, le 7 juin, à Saint-Denis. Il a fait son premier meeting de campagne, 25 000 personnes revendiquées. Une démonstration de force, selon de très nombreux médias, avec un programme de rupture sur beaucoup de sujets. Petit passage en revue. La France est un champ de ruines social depuis Macron. Nous réparerons les dégâts.
Au temps du chaos écologique, nous répondons avec la planification et la régionalisation écologiques. Nous refusons les nouveaux accords de libre-échange, comme Mercosur ou avec l’Inde. Nous refusons l’économie de guerre ! Les traités européens sont obsolètes. Nous changerons le modèle agricole. Nous interdirons l’usage des polluants cancérigènes. Et aussi des réformes de l’État et des institutions. La nouvelle France appelle sa nouvelle République. En avant vers la VIe République !
Les régions seront entièrement restructurées autour des grands bassins versants des fleuves. Nous accompagnerons spécifiquement la Corse vers l’autonomie étendue et la Calédonie Kanaky ira vers l’indépendance. Nous restructurerons de la cave au grenier la politique de sécurité, la police ! Mélenchon qui installe un duel avec l’empire Bolloré et l’extrême droite. Quand neuf milliardaires possèdent 90 % des médias, c’est inacceptable ! Oui, oui ! Zappez Bolloré !
Nous ne renierons pas, mesdames, messieurs les fachos, les sacrifices et l’amour de nos grands-parents qui nous permettent d’être ici et dans ce pays qu’ils ont tant contribué à bâtir. On est chez nous ! Et qui se pose en force d’attraction du reste des gauches. Sans contestation possible, la première force politique de la gauche et du changement, la voici ! Voilà pour ce meeting. Depuis, la campagne a continué. Dans ce discours, il dit : « Pour une fois, les planètes sont alignées. La primaire, comprendre la primaire des autres, elle est finie et c’est "venez nous rejoindre", en gros,
pour participer à cette bataille pour la VIe République écologique et sociale. » Donc une campagne lancée. Il accélère avec comme objectif simple la qualification au second tour face à l’extrême droite. En l’état actuel des choses, on peut dire qu’il est loin devant, qu’il a toutes ses chances pour arriver évidemment au premier tour, possiblement au second tour. En termes d’organisation, on l’a vu, on était avec Ilyes à ce meeting, c’est effectivement beaucoup de gens qui sont rassemblés dans un endroit extrêmement symbolique en termes d’images. Il a tout de suite posé les choses et à gauche, il est tout seul. Personne en face. Il y a eu d’autres meetings à gauche. La semaine d’après, Ilyes est allé voir un meeting de Raphaël Glucksmann.
C’est sans commune mesure en termes de nombre de personnes, de représentativité du public. On était à Saint-Denis avec des gens de tous les âges, des gens racisés, non racisés, des Blancs, des non Blancs, des gens venus d’un peu partout de la gauche. Et donc en termes d’organisation, il est très bon, en termes de discipline du parti, alors qu’en face, beaucoup de partis à gauche ont du mal à se mettre en ordre de bataille, LFI, c’est parti. Il y a un chef, il est le candidat et tout le monde est derrière lui. Ilyes, sur un programme de rupture, on l’a vu. Les propositions, c’est les propositions de l’avenir en commun qui sont anciennes. Et ce que disait Sarah, il parle même de projet collectiviste, ce qui a fait hurler certains éditorialistes, mais les mêmes éditorialistes reconnaissent
que l’entrée en campagne, elle est réussie. Oui, objectivement, de toute façon, c’est quand même difficile de dire autre chose pour toutes les raisons que vient d’énumérer Sarah. Après, le montage montre, tu as raison, que sur le fond, sur le programme, il est très constant par rapport à ce qu’il proposait dans les précédentes campagnes sur une plateforme de gauche radicale. Par contre, autour de tout ce qu’on a montré dans ce montage-là, il y a quand même un enrobage qui a été beaucoup plus conciliant et modéré que ce qu’il a pu incarner à d’autres moments. C’est très stratégique de sa part. C’est-à-dire qu’au moment des européennes, il y avait un discours qui était beaucoup plus clivant et depuis, beaucoup plus frontal à l’égard du reste de la gauche.
Là, dans ce discours-là, à Saint-Denis, il y avait quelque chose qui relevait d’une forme de pacification à l’égard des autres partis de gauche, où dans son esprit, il a passé les dernières années à ancrer un socle électoral très fort qui, a priori, ne bougera plus, qui lui fait confiance et qui lui sait gré d’avoir résisté sur un certain nombre de sujets : les discriminations, le génocide en Palestine, etc. Aujourd’hui, son enjeu, c’est d’élargir. On a senti dans ce discours qu’il était passé à une autre phase, une phase de campagne, une phase où aujourd’hui, la cible électorale qui était la sienne, c’est ces gens qui ne font pas partie du socle premier peut-être, mais qui se diront : « À gauche, le candidat crédible, c’est lui. » On va revenir à ça très vite,
à ce que ça déclenche comme effet de bord, y compris dans les autres partis et dans le reste des électeurs de gauche. Sarah, tu as documenté, je crois, avec Ilyes aussi, pour une partie de cela, deux événements récents qui montrent un peu comment aussi cette campagne débute, dans quel contexte elle débute, avec des épisodes qui finalement nous projettent déjà dans ce qui va se passer un peu dans cette année à venir. Bon, cet épisode quand même assez ubuesque de l’interdiction du concert organisé par LFI place de la République, le jour de la Fête de la musique par le préfet de police de Paris, finalement autorisé, ce concert, par le tribunal administratif. Et puis, une drôle d’affaire d’ingérence israélienne sur trois candidats au moment des municipales.
Mais déjà, ce moment de l’interdiction, c’est toujours pareil : on en a beaucoup parlé, y compris parce que le préfet de police de Paris dit : « Pas de meeting, pas de concert ». Et en fait, on en parle beaucoup et du coup, on parle beaucoup de Jean-Luc Mélenchon. Exactement. Il est beaucoup dans les médias. Il est présent sur tous les tableaux. Cette Fête de la musique, elle était précédée d’une marche antiraciste, que Pauline a couverte, évidemment lancée à l’initiative de Bally Bagayoko, qui est une de ces nouvelles figures qu’on voit à LFI, qui là aussi draine beaucoup de gens, qui est le maire de Saint-Denis, la plus grande ville tenue par La France insoumise après les municipales de mars. C’était un énorme symbole. Derrière lui, il y a aussi d’autres syndicats,
d’autres organisations de gauche qui sont dans la roue et qui participent au même titre que les autres forces et qui amènent du monde. Là, c’est à destination de la jeunesse. Donc, la place de la République tout entière était recouverte d’immenses banderoles « Mélenchon 2027 ». Ça a marché. Il y a eu énormément de monde. On a beaucoup parlé, effectivement, avant, de l’interdiction possible, qui est tombée très rapidement, puisque les arguments se sont révélés fallacieux. On a parlé d’artistes qui n’étaient même pas au programme de ce concert. Tout ça renforce en plus le narratif qui fait qu’on voit qu’il y a potentiellement des bâtons dans les roues des candidats LFI. Ça s’est vu particulièrement aux municipales avec cette histoire d’ingérence qu’Ilyes a aussi couverte.
On parle de trois municipales, on parle de celle à Roubaix avec David Guiraud, celle à Marseille avec Sébastien Delogu et celle à Toulouse avec François Piquemal. François Piquemal, c’est l’exemple le plus fou. Il s’est retrouvé, le samedi avant le second tour, un jour de trêve électorale, où on n’est pas censé faire de propagande, sur des fausses publicités de femmes en voile intégral, qui posent en disant : « Je vote Piquemal demain », et tout ça, diffusé sur des sites comme Vinted ou La Dépêche du Midi. La Dépêche du Midi, c’est 22 millions d’impressions par jour, donc potentiellement énormément d’électeurs — qui ont vu ces images et l’État... — Vinted, le site d’achats en ligne. Vinted, qui est consulté par beaucoup de gens, comme vous et moi,
et donc LFI a demandé à l’État de se saisir de ça. VIGINUM, qui est l’outil de vérification de l’État de lutte contre les ingérences, notamment en ligne, a fait diligence et trouvé qu’il y avait bien une entreprise israélienne qui s’appelle BlackCore qui serait derrière ces attaques, mais on n’en sait pas plus. La presse est allée plus loin. Nos confrères de Libération, de Haaretz, de Reuters ont identifié des personnalités proches de cette entreprise et du gouvernement Nétanyahou, de M. Nétanyahou, le Premier ministre israélien, et des services de renseignement israélien. — Ilyes, là-dessus ? — Très rapidement, pour revenir sur la Fête de la musique, c’est intéressant de voir comment LFI essaye de contourner un peu le cordon sanitaire
que le reste de l’échiquier politique essayait de construire entre LFI et elle. Par exemple, on a vu à Saint-Denis le discours d’Annie Ernaux, on voit des personnalités du monde de la culture, on voit cette Fête de la musique avec des artistes qui, pour la jeunesse et pour les gens qui suivent ce type de musique, sont des visages connus. Il y a quand même une stratégie qui, à mon avis, est assez maligne de se rendre compte que dans l’espace médiatique mainstream, si on peut dire les choses comme ça, et dans l’espace politique, ça va être très compliqué de construire un contre-récit par rapport à celui qui est aujourd’hui installé de LFI, hors du champ républicain. En revanche, il y a une volonté quand même de contourner tout ça
par la culture, par l’art, par des personnalités différentes. Theodora, c’est assez drôle comment cette chanteuse est mise en avant aujourd’hui par LFI. Ça va permettre quand même probablement de se détacher un peu de la mise au ban qui était jusque-là très forte à l’égard de La France insoumise. Alors, pendant ce temps, pendant que Jean-Luc Mélenchon déroule sa campagne, il y a un vaste espace politique qui se cherche. Cet espace, il est souvent qualifié dans les médias, parfois par les acteurs eux-mêmes de « gauche non LFI » ou de « gauche non mélenchoniste ». C’est très intéressant à relever, parce que ce qui les unit, au-delà de leurs différences, c’est souvent deux idées. La première, c’est une idée unitaire. Face à l’extrême droite, il faut une unité des gauches.
Reste à savoir de quoi on parle précisément. Une partie de ces gens sont convaincus qu’il faut une démarche unitaire, peut-être pas tous d’ailleurs. On en reparlera. Et puis la deuxième, c’est que oui, certains aspects du programme de Mélenchon, selon eux, sur le plan hexagonal, international, sur sa personnalité, sa pratique du pouvoir au sein de LFI seraient trop problématiques ou trop radicaux pour espérer unir assez de voix au second tour face à un ou une candidate d’extrême droite. Forcément, cet espace réunit des gens différents politiquement. Il y a des anciens de LFI, comme François Ruffin et Clémentine Autain, jusqu’à un certain centre gauche ou carrément un centre, en fait, pas si éloigné des options politiques du macronisme.
Résultat : une profusion de candidats possibles ou envisagés. On commence par lui, Raphaël Glucksmann. Officiellement, le député européen, leader de Place publique, se donne jusqu’à septembre pour dire s’il sera candidat ou pas. Il a tenu en juin son premier meeting. Il rêve d’endosser le costume du rassembleur. Notre gauche sera à la hauteur de l’histoire. Elle se réunira. Elle se réunira par-delà les doutes, par-delà les différences. Et elle gagnera en 2027 ! Côté PS, il y a vraiment beaucoup de monde. Olivier Faure, premier secrétaire du parti, n’a pas encore réussi à imposer la primaire qu’il voudrait. Il dit se préparer pour la présidentielle sans se lancer, pour l’instant. Boris Vallaud, on va le voir, président du groupe PS à l’Assemblée,
s’est opposé à l’idée de la primaire que veut Faure, mais il veut aussi être candidat potentiellement. Dans le parti, certains ont déjà franchi le cap, comme Jérôme Guedj. Il s’est lancé le premier en février. Il veut porter la voix d’une gauche, je cite, « républicaine, laïque, universaliste ». Et il y a eu, plus récemment, cet homme, qui a essayé de faire parler de lui avec une histoire de poulet. Le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, lui a emboîté le pas. Moi, Karim Bouamrane, je suis candidat pour les prochaines élections présidentielles. Mais il faut compter aussi sur les anciennes et anciens du PS, comme Delphine Batho, ex-ministre de François Hollande. Elle a déclaré sa candidature pour incarner une, je cite, « écologie capable de gouverner ».
Il y a aussi l’ancien Premier ministre, Bernard Cazeneuve. Il a quitté le PS en 2022 pour fonder son mouvement. Il s’est dit prêt à être candidat en 2027. C’était dans un entretien au Figaro en avril. Retour aussi de Ségolène Royal, ancienne candidate PS en 2007, dans les starting-blocks. Elle a lancé sur Facebook son mouvement, L’Ordre Juste, avec un message : « Et si on se mettait en mouvement ? » Clin d’œil. Et puis surtout, il y a François Hollande. L’ancien président, redevenu député, se rêve en recours de la gauche et il attend le bon moment pour sortir du bois. Je ne suis pas encore prêt. Je serai prêt le moment où je me déclarerai. Le mois de décembre est le mois qui est celui de la candidature. Voilà pour le PS, mais il y a aussi les anciens Insoumis déjà déclarés :
le député François Ruffin, dont l’hostilité déclarée à l’immigration de travail a fait polémique à gauche. Il est officiellement candidat. Autre ancienne Insoumise, la députée Clémentine Autain. Candidate, elle veut incarner le rassemblement de la gauche. Nous pouvons gagner en 2027 ! Que personne n’en ait le doute. Chez les écologistes, Marine Tondelier est candidate. Elle se lance actuellement dans un grand tour de France en van électrique. Ça ne pollue pas. Les communistes, en revanche, n’ont pas tranché, mais le secrétaire national Fabien Roussel pourrait se lancer. Le parti se prononcera le 6 septembre sur l’idée d’une candidature autonome. Chez Génération.s, cet homme, le député Benjamin Lucas, siège avec les écologistes à l’Assemblée.
Il s’est déclaré candidat, tout comme Lydie Massard, ancienne eurodéputée et porte-parole de l’Union démocratique bretonne. Et puis, on en reparlera, hors partis, il y a la candidature potentielle du banquier d’affaires Matthieu Pigasse. « Si la solution passe par moi, j’y serai prêt », a déclaré le patron de Radio Nova et des Inrocks. Sarah, on en reparlera, puisque vous avez fait une enquête sur lui avec Alexandre Berteau. Bon, voilà, on a fait la liste. C’est un peu fastidieux à faire. Les gens s’y perdent pas mal. Des candidats ou potentiels candidats déjà très nombreux. La première chose à dire, peut-être Pauline, c’est qu’ils défendent des options politiques très variées. On a des espaces politiques très différents. Ils ne parlent pas du tout forcément aux mêmes électeurs
ou aux mêmes coalitions électorales potentielles. C’est pour ça que le terme de « gauche non mélenchoniste » est assez éloquent, c’est-à-dire qu’on sait ce qu’ils ne sont pas, mais on ne sait pas vraiment ce qu’ils sont et surtout, jusqu’où ça va, c’est-à-dire côté centre, parce qu’autant « non mélenchoniste », ça prend évidemment les anciens Insoumis, qui ont finalement à peu près le même projet programmatique que La France insoumise, mais sans Mélenchon, qui leur pose problème pour un tas de raisons. Par contre, jusqu’où ça va au centre ? C’est un peu l’enjeu qui va être mis en débat jusqu’à la rentrée, où là, finalement, tout le monde est un peu pris en otage par le Parti socialiste, qui doit lui-même définir une méthode de désignation interne d’un potentiel candidat.
Donc il y aura un conseil national ce soir et tout ça est très compliqué et a pris énormément de temps pour un résultat qui sera peut-être qu’en fait, ils soutiendront à la fin Raphaël Glucksmann. On voit qu’il y a une profusion de candidats qui est énorme. Après, ce qu’on peut dire, c’est qu’en gros, ça se joue quand même entre Raphaël Glucksmann, Olivier Faure et François Hollande à la fin, en tout cas pour l’espace socialiste, — social-démocrate ou socialiste. — Et les autres ? Les autres, ils font un petit tour. Je veux dire, Bouamrane, Guedj ou Philippe Brun, qui vient de se déclarer, qui est député, c’est des gens qui ont besoin de visibilité. Boris Vallaud, je pense, a plus ou moins... Ça va être très compliqué. On reviendra un petit peu après sur le PS, justement,
mais je voudrais qu’on revienne justement sur cet espace. En gros, il y a eu, on ne va pas tout refaire, mais il y a eu l’idée d’une primaire unitaire, en gros, dans les espaces socialistes, écologistes, communistes et d’autres petits partis, qui iraient de Clémentine Autain à pourquoi pas François Hollande, en passant par Marine Tondelier. Cette idée, elle a longtemps vécu. Mélenchon l’a dit à son meeting de lancement de campagne : « La primaire, cette primaire-là, elle est finie. » Est-ce qu’aujourd’hui, on peut cautionner ce qu’il dit, être d’accord avec lui que cette primaire est terminée ? Je parle sous le contrôle de Sarah et Pauline, qui ont beaucoup suivi ça aussi, aujourd’hui, objectivement, il n’y a plus beaucoup de monde qui croit que le 11 octobre, à la date qui a été annoncée,
il y aura une primaire de la gauche non mélenchoniste. Ceux qui y croient, ils se comptent peut-être sur les doigts d’une main. Le simple fait que le PS vote aujourd’hui, donc ce soir, en conseil national, une désignation interne, propre au PS pour l’instant, entre le 1er et le 31 octobre ou le 30 octobre, ça montre bien que déjà, la date du 11 octobre, il l’enjambe complètement. Donc pour l’instant, déjà, ce qu’on peut dire, c’est qu’à la date annoncée, c’est assez peu probable qu’il y ait le vote prévu. Est-ce qu’il aura lieu tout court ? Aujourd’hui, ça a l’air très compromis. Plus le temps passe et moins il y aura le temps d’organiser une primaire, donc... Et alors, on va regarder, justement, ce que ça produit déjà, le lancement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon.
C’est le fruit d’un de vos articles récents, Sarah et Pauline, puisque la dynamique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, eh bien, elle crée des mouvements, elle crée des remous. On va regarder ce qu’a dit récemment Benoît Hamon, ancien candidat socialiste à la présidentielle de 2017, choisi à l’issue d’une primaire, à l’époque, fondateur du parti Génération.s. Alors, officiellement, il est retiré de la politique, mais il continue quand même de donner son avis. Dans une vidéo publiée en mai sur les réseaux sociaux, il le disait : sa préférence va à Jean-Luc Mélenchon. Voici pourquoi. Mélenchon, il parle de la France, de l’Europe, du monde. Il met ses propositions sur la table, il désigne la droite et l’extrême droite comme adversaires et il déroule.
Le reste de la gauche, quand bien même certains de ses membres ont indiscutablement des idées, ça reste de la gauche. On retient d’elle qu’elle parle d’elle-même, beaucoup, qu’elle parle de Mélenchon, aussi beaucoup, et c’est à peu près tout. Il y a trois jours, invité du journal L’Humanité, il insiste en fustigeant le nombre de candidatures à gauche qu’on a vu. C’est compliqué de dire : « Nous sommes la gauche responsable parce que nous sommes la gauche de gouvernement », les autres ne l’étant pas, et avoir 14 candidats. Chez les écologistes, Sandrine Rousseau appelle son parti à envisager une alliance avec LFI à la présidentielle. Il y a deux alternatives : soit une alliance avec le Parti socialiste, soit une alliance avec La France insoumise.
Vous, vous préféreriez quelle option ? Moi, je pense que l’écologie ne peut pas être compatible avec la social-démocratie, parce que la social-démocratie s’arrange d’un système économique libéral qui est à la source du problème écologique que nous connaissons. Ça désigne quand même un chemin d’alliance assez clair. Oui, absolument. Et il n’y a pas que les écologistes qui sont divisés par la question d’une alliance avec Jean-Luc Mélenchon. Sur Mediapart, des militants d’autres partis témoignent.
C’est ce que vous rapporte un membre du PC, Sarah et Pauline, dans un de vos articles récents.
Ça, c’est un militant de Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann, qui vous l’a dit. Bref, ça craque dans tous les sens. On va commencer chez les écologistes, parce que c’est peut-être là où ça craque le plus en ce moment. Des élus et militants avaient déjà rejoint LFI au moment des municipales dans certaines villes. Marine Tondelier a déclaré sa candidature, mais elle est contestée, cette candidature. Le parti est écartelé. Qu’est-ce qui se passe ? Comment résumer ce qui se passe ? Il y a plein de votes, de motions, de déclarations. Comment on résume ça synthétiquement ? C’est-à-dire que Marine Tondelier s’est fait élire sur l’idée du trait d’union entre les gauches avec l’idée de ne pas choisir parce que sinon, le parti éclate. Et là, on est à ce moment-là précis,
c’est-à-dire qu’elle a un pied à sa droite vers le PS, un pied côté LFI et elle fait le grand écart. C’est en train de.... Voilà. Donc, en fait... Avec par exemple Yannick Jadot, ancien candidat écologiste, qui soutient Raphaël Glucksmann. Sandrine Rousseau ne cache pas que sa préférence va largement à Jean-Luc Mélenchon. Et aussi, au sein du groupe parlementaire, il y a quand même une bonne partie des députés qui ont été élus sur des circonscriptions qui sont plutôt favorables à la gauche radicale. Donc, en fait, ils sont vraiment dans cette espèce d’entre-deux très compliqué. Donc, Marine Tondelier essaye de continuer à emmener, à garder uni son parti en présentant sa candidature.
Ça évite aux gens d’avoir à choisir et au parti de se diviser en deux, et en même temps, on sent qu’il y a une impatience terrible, que ce soit chez les communistes, chez les écologistes ou même chez les socialistes, avec des gens qui ont envie de se positionner, parce que la présidentielle est un enjeu majeur et historique. C’est quand même le risque de l’extrême droite. Et face à une gauche non mélenchoniste qui patine, qui n’arrive pas à trouver de stratégie, qui s’enfonce dans le marasme absolu pendant des mois, en fait, les gens en ont un peu marre de ça. Et effectivement, Mélenchon, c’est carré, il y a une ligne. Ce n’était peut-être pas le candidat qu’ils avaient choisi au départ et il y en a plein qui ne voulaient plus voter ou s’allier avec Mélenchon
et qui y reviennent, faute de mieux, en fait. Donc, il y a vraiment presque un mystère sur pourquoi cette gauche non mélenchoniste n’a pas réussi, alors que ça fait des années qu’ils pensent que Mélenchon non seulement n’est pas un bon candidat, mais qu’en plus, il peut perdre face à l’extrême droite... C’est ce qu’ils disent, c’est ça que tu dis ? C’est-à-dire qu’ils disent... Ils ont fait le récit qu’une candidature de Mélenchon au second tour, c’était la victoire assurée de l’extrême droite. Je pense qu’il y en a plein qui pensent vraiment que s’il se retrouve face à Bardella, Mélenchon perd. Donc c’est un enjeu énorme et c’est incompréhensible pour tout le monde de voir qu’ils n’arrivent même pas à proposer une alternative à ça. Sarah, je ne sais pas si tu veux rajouter quelque chose
sur les écologistes, mais ça craque aussi au PCF. Le secrétaire national, Fabien Roussel, se voit candidat. Ce matin, sur BFM, il a dit : « Je serai candidat parce que nous voulons... » Enfin, il n’a pas dit ça, il a dit : « Nous ne voulons pas avoir à choisir entre Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann. » Sous-entendu : « Il y aura une candidature PCF » et sous-entendu : « Ce sera moi. » Mais là encore, cette candidature et même la ligne politique qu’il veut défendre sont contestées. En fait, tous ces chefs de parti se retrouvent devant un dilemme. Ils ont besoin de porter la question unitaire et de dire : « On est un parti, on existe et la preuve, c’est que je suis votre candidat et si vous vous rangez derrière moi, on va aller loin »,
mais en même temps, il y a les réalités qui font que... Effectivement, ils ont tous les yeux rivés sur les sondages et les sondages ne sont pas toujours à leur avantage dans le récit qu’ils voudraient donner. Ils sont aussi contestés en interne par des élus qui, eux, ont des circonscriptions à sauver. Donc c’est un peu le... Fabien Roussel, comme Marine Tondelier, pourrait temporiser jusqu’à ce que vraiment, c’est ce que disait François Hollande, décembre, c’est le moment de la candidature... Décembre, ça va être le moment de vérité où, même si on a porté une candidature autonome, ce que fait Marine Tondelier avec son tour de France en ce moment par exemple, on peut se dire qu’en janvier, on en rediscute et là, vu le nouvel état de fait, on va se ranger derrière quelqu’un d’autre.
Pour l’instant, ils ont besoin d’exister et la réponse, c’est souvent des sanctions pour ceux qui vont contester la possibilité d’une candidature du parti. C’est le cœur de votre article, justement, cette « sanctionnite » qui monte dans ces deux partis. Je voudrais qu’on parle un peu du fond, puisqu’on peut avoir l’impression qu’avec cette profusion de candidats, ces candidats qu’on a vus, ne font que ça, s’occupent juste de batailles, de « est-ce qu’il y aura une primaire », « qui sera candidat », de gens qui veulent apparaître, etc. C’est ce que dit Benoît Hamon, c’est peut-être le sentiment qu’ont beaucoup les gens. Pour autant, il y a des campagnes, donc Marine Tondelier, tu en parlais, notamment dans ce moment de canicule, elle a fait un certain nombre de propositions,
un congé climatique, 7 milliards pour l’adaptation. François Ruffin, alors, il fait des propositions, notamment sur le travail, et il a commis un certain nombre d’erreurs, notamment avec cette BD que tu as documentée. Clémentine Autain fait aussi des propositions. Bref, ces gens continuent, ce n’est peut-être pas médiatisé, mais continuent de proposer des choses et tentent de faire des campagnes, quand même. Le PS, par exemple, qui n’arrive pas à décider sur quoi il va voter et comment il va voter et quand il va voter pour sa candidature, vient de voter pour son programme. C’était un document immense avec des centaines de propositions, des centaines, voire des milliers de militants en ont discuté. C’est passé complètement inaperçu.
Et malheureusement, ça n’existe pas dans le débat médiatique qui est effectivement accaparé, phagocyté par les nombreux candidats ou candidats putatifs du PS. C’est aussi quand même à la charge des partis parce que les programmes, les propositions ne sont pas toujours très innovants. Le programme du PS, en l’occurrence, il additionne un certain nombre de propositions thématiques, onglets, etc. Mais c’est vrai qu’en termes de logique globale, de cohérence, il n’y a pas de réinvention très forte du logiciel socio-démocrate, il n’y a pas une connexion très forte avec le monde intellectuel, académique, scientifique. C’est aussi ce qui dessert les partis.
Sur le PS, ils disent : « On veut être une gauche radicale de gouvernement. » C’est la citation de Chloé Ridel qui a préparé ce programme. « Gauche radicale de gouvernement », c’est la citation. Revaloriser le travail, l’augmentation du Smic à 1 690 euros par mois. LFI, c’est 1 700, donc voilà. Abandon de la retraite à 64 ans sans nous dire ce que serait l’autre proposition, renforcement de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. D’ailleurs, vous aviez souligné, je crois que c’est toi, Ilyes, dans un article sur Mediapart sur la canicule notamment, le PS et le climat, le PS et Raphaël Glucksmann avaient été plus silencieux. C’est Pauline et moi, effectivement, dans un article cette semaine. Les écologistes ont au moins le mérite...
Par exemple, Marine Tondelier, cette idée de congé climatique qui gagnerait probablement à être approfondie et à être mise en débat, elle a le mérite d’exister, cette proposition, et d’amener une idée nouvelle dans le débat public français. C’est vrai que côté socialiste, pour l’instant, il y a plus de difficultés à la fois à réinventer la cohérence globale, comme je le disais, et à la fois à amener ce type de propositions qui font débat. C’est dur de médiatiser le renforcement de la lutte contre le racisme. Dans l’absolu, je pense qu’à gauche, tout le monde est pour. C’est peut-être un peu trop imprécis et connu des programmes de gauche pour que, effectivement, ça infuse réellement dans le débat. Par ailleurs, on sait très bien qu’un programme...
C’est un projet présidentiel, ce qu’a fait Chloé Ridel, et on sait très bien qu’en fonction du ou de la candidate qui est désigné, il ou elle prendra certaines choses, en laissera d’autres et remaniera tout à sa main. Ça a été validé par le Bureau national du Parti socialiste, je crois, à 80 ou 90 % des voix, mais... 83 %. 83. Bon, c’est une apparence de consensus, mais on n’en est pas encore aux choses sérieuses à écrire sur des tracts, à imprimer, à diffuser. Et on verra justement qui, dans cette sphère social-démocrate, prétend plus en détail à la candidature. On va préciser que tout à gauche de la gauche sont candidats
à cette présidentielle Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière, pour la quatrième fois, et Anasse Kazib, cheminot syndiqué à SUD-Rail et porte-parole de l’organisation Révolution permanente. Signalons au passage aussi qu’hier, le NPA, la partie Philippe Poutou et Olivier Besancenot du NPA, a annoncé qu’il soutenait Jean-Luc Mélenchon. — Exactement. — C’est important à dire. On rappelle une évidence, mais il y a quand même à la fois l’obstacle juridique réglementaire des 500 signatures et 500 parrainages d’élus locaux, et à la fois l’obstacle budgétaire financier d’une campagne présidentielle. Quand on parle de cette profusion de candidatures, à un moment, ces barrières-là, on se souvient même de Christiane Taubira en 2022 qui avait buté dessus, Dominique de Villepin par le passé.
Donc, en dehors du Parti socialiste et de La France insoumise, aujourd’hui, il y a peu de forces politiques qui sont capables de mener une campagne de premier plan à gauche. Les communistes réussiront à avoir les 500 parrainages, sans doute, mais ça aussi, c’est à prendre en compte, y compris dans la réflexion des écologistes, par exemple, qui, seuls, sans le Parti socialiste ou La France insoumise, ne sont pas en mesure a priori de mener une campagne présidentielle de premier plan. Il y aura un moment de vérité à partir de la rentrée qui va arriver assez vite. On fait les comptes, on regarde jusqu’où on peut aller. Je parlais d’Anasse Kazib, Sarah, c’est important à signaler parce que ça nous dit aussi des choses sur le contexte de cette campagne présidentielle.
Il a été poursuivi pour apologie du terrorisme. Ce procès s’est tenu le 25 juin, un procès qui a mis en lumière un élément qui sera important dans cette campagne présidentielle et qui dure depuis des mois : la criminalisation des voix pro-palestiniennes. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il y a eu ce procès, d’autres rendez-vous vont suivre pour discuter de cette question parce que Rima Hassan, qui est eurodéputée LFI, sera aussi en procès pour apologie du terrorisme le 7 juillet. C’est le prochain rendez-vous qu’on a. Anasse Kazib, ses avocates ont déjà mis un pied dans la porte en forçant la justice à reconsidérer les associations qui se portent partie civile pour ces affaires d’apologie du terrorisme. L’apologie du terrorisme, là, en l’occurrence, c’est un soutien...
Alors, c’est la criminalisation du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Ce qui est reproché à Anasse Kazib, ce sont des retweets qui parlent des attaques du 7-Octobre et qui les qualifient de résistance en les saluant. Mais plus globalement, le mouvement pro-palestinien en France, qui actuellement est beaucoup incarné, sur le plan des partis politiques, par LFI, uniquement quasiment par LFI, est sous le feu des critiques. Il y a eu des condamnations, il y a aujourd’hui quelques relaxes, mais c’est une ligne de fracture qui, par exemple, fait que beaucoup d’électeurs du PS ou de candidats du PS disent qu’ils se présentent parce que c’est impossible de voter Mélenchon car cette question du génocide à Gaza est passée par là, des accusations d’antisémitisme.
C’est devenu une ligne de fracture vraiment importante à gauche et quelque chose qui peut rassembler puisque, en l’occurrence, au procès d’Anasse Kazib, Jean-Luc Mélenchon a passé une tête avant pour lui apporter son soutien en disant que tous les deux étaient candidats à la présidentielle et que si l’un des deux était élu, l’une des premières mesures qu’il prendrait serait d’abroger, de remettre, en tout cas, sous le droit de la presse, cette question de l’apologie du terrorisme. Et on a eu l’impression, Ilyes, que finalement, ce cycle-là va se rejouer tout le temps puisqu’au même procès, justement, Jean-Luc Mélenchon a dit que la question de la forme de la résistance que l’on oppose à une oppression ou une occupation pouvait être une affaire qui se discute.
Il faut rappeler que, après le 7-Octobre, LFI avait été critiquée pour ne pas avoir parlé de, je cite, « terrorisme », pour ne pas céder au récit du choc des civilisations, puis LFI avait fini par qualifier les attaques du Hamas de terroristes. Et là, il y a cette nouvelle déclaration de Jean-Luc Mélenchon et à nouveau, ça remplit l’espace médiatique. Ce qui est sûr, c’est que tu disais tout à l’heure qu’il y a un certain nombre de propositions dans le champ social, dans le champ économique où on voit une grande convergence. Pauline parlait des votes à l’Assemblée et, de fait, il y a assez peu de nuances sur un certain nombre de sujets à gauche sur ces questions-là, internationales, sur des questions stratégiques, sur des questions géopolitiques, sur la question de l’anti-impérialisme.
À gauche, il y a des cultures politiques différentes, des filiations différentes, et ça, ça peut structurer la campagne et notamment le débat au sein de la gauche. Justement, on va voir un autre exemple, puisqu’on est sur les questions internationales. C’est un clivage très ancien sur d’autres questions internationales, et il s’incarne... Alors, clairement, on a pris la chose qui est la plus claire dans l’opposition entre Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon. En septembre 2025, dans Le Point, Glucksmann avait ces mots pour lui et son mouvement.
Donc il en fait un clivage fondamental.
En cause, le rapport de Mélenchon à la Russie, qui a envahi l’Ukraine en 2022, mais aussi à la Chine qui, selon la députée et conseillère de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou, n’est pas une dictature. C’est un clivage que Jean-Luc Mélenchon assume et fait prospérer. Samedi, lors d’une conférence sur la géopolitique, il a redit sa volonté ancienne de sortir de l’OTAN, de remettre au centre l’ONU, le droit international, et il a défendu sa ligne de non-alignement sur les États-Unis, mais aussi sur d’autres puissances, ce qu’il appelle le non-alignement coopératif. Le non-alignement coopératif signifie donc d’abord de discuter avec ceux avec qui on ne discute pas, et de refuser absolument la politique de confrontation violente avec la Chine,
ce qui signifie entrer dans une politique de coopération renforcée avec ce pays. L’invasion russe en Ukraine, il l’a condamnée, mais elle est aussi, dit-il, « la faute du va-t-en-guerrisme de l’OTAN ». Et bien sûr, il ne peut donc plus être question de participer à des coalitions comme celles qui ont permis l’agression en Yougoslavie, pour finir par créer une base américaine au Kosovo, l’intervention de la deuxième guerre du Golfe et ainsi de suite. Je fais plus toute la liste, parce que depuis, c’est une liste interminable de violations impunies, parmi lesquelles, évidemment, il y a l’invasion de l’Ukraine et l’impuissance absolue à régler le problème, qui a d’ailleurs été en large partie créé par ceux-là même qui, aujourd’hui, en déplorent les conséquences.
Et dans la même conférence ce week-end, au sujet de l’Ukraine, il dit qu’il faut engager avec la Russie des discussions qui permettraient des garanties mutuelles sur la suite des événements, après un retrait de la Russie en Ukraine, quitte à consentir à des changements de tracés de frontières, ce qui n’est pas du tout la ligne, évidemment, à ce stade, du président Zelensky, de l’Ukraine. Et que tout ça devrait se faire avec l’accord des populations. Et les gens lui répondent souvent : comment faire avec l’accord des populations dans certaines zones ? En fait, on n’est pas sûr que les élections seront garanties démocratiques. Avec Glucksmann, mais aussi avec des députés qui ont été poussés hors de LFI, c’est un point de clivage qui reste central, avec Clémentine Autain par exemple, .
Et avec une partie de l’électorat de gauche. On disait tout à l’heure qu’un des enjeux de Jean-Luc Mélenchon, c’était aujourd’hui d’aller récupérer presque des gens qui étaient venus à lui dans les derniers jours, parfois en 2022, ou même en 2017. Ces gens-là s’étaient éloignés, notamment sur les questions internationales. Et il y a toute une partie de la gauche intellectuelle, de la gauche sensible à ces questions-là, qui, aujourd’hui, a, comme point de réticence principal avec Jean-Luc Mélenchon, son positionnement international. Parmi les sujets sur lesquels il est le plus inflexible et constant depuis des années, c’est quand même cette question du rapport aux impérialismes, du rapport à la Chine, à la Russie, aux États-Unis d’Amérique, etc.
Ça, ça va être un vrai point complexe, difficile, de la campagne de Jean-Luc Mélenchon : comment concilier une stratégie d’élargissement à gauche et tenir sur cette ligne qui est... pas majoritaire à gauche, ou en tout cas pas consensuelle ? Oui, ce qu’il faut dire, c’est qu’il y avait eu quand même une union de la gauche aux législatives la dernière fois, parce que justement, toute la question internationale avait été sortie, enfin mise sous le tapis même. Tu parles des législatives de 2024, les législatives en urgence après la dissolution. — Oui, avec le NFP. — Nouveau Front populaire. Et voilà, en fait, la gauche avait réussi à mettre ça sous le tapis, parce que c’était vraiment trop... Les deux gauches irréconciliables, aujourd’hui, elles sont sur les questions internationales
en très grande partie. Et pour une présidentielle, c’est pas possible de les mettre de côté puisque le président, c’est lui qui gère la politique internationale. Juste, du côté de LFI, est-ce qu’il y a une... Est-ce qu’on considère... C’est vrai que ça a été présent dans le meeting de Saint-Denis par exemple, mais pas non plus central. Est-ce qu’on considère que c’est pas sur ça que les électeurs vont se déterminer ou est-ce qu’au contraire, c’est assumer une ligne anti-impérialiste, de non-alignement, qui, du coup, a ses conséquences ? Comment tu vois ça, Sarah ? C’est un peu ce que disait Ilyes au début. Je crois qu’au meeting de Saint-Denis justement, un peu de la même façon, on a tenté de normaliser, de rendre le discours le plus acceptable possible par un maximum de gens possible.
Sur la Palestine, il y a eu un mot au début pour les peuples opprimés ou qui subissent actuellement les guerres. Il y a eu le Liban qui a été cité, l’Iran, la Palestine, mais Jean-Luc Mélenchon s’est assez peu étendu sur ces sujets. En revanche, à destination des électeurs et des militants LFI, c’est une question absolument majeure. Et beaucoup d’électeurs LFI, ou de militants, nous disent : « Nous, on est là aussi, parce que c’est le seul parti qui a tenu bon, qui a tenu sur des questions qui faisaient pas consensus et qui n’a pas varié, qui n’a, à aucun moment, varié malgré les critiques et malgré les attaques. » Et à l’inverse, Raphaël Glucksmann, par exemple, une semaine après, a axé une bonne partie de son discours sur ces questions-là, parce qu’il a l’intuition,
probablement à juste titre, que c’est un des points qui peut retenir l’élan vers Jean-Luc Mélenchon d’une partie de l’électorat de gauche. — Et on a senti que.... — Sans le cibler directement. J’ai cherché pour cette émission des extraits, j’ai eu cet extrait de ce discours qui viserait Jean-Luc Mélenchon ou qui serait spécifique. C’est des allusions, mais c’est pas... Il y a une petite partie quand même. Par rapport à d’habitude, c’était soft, mais y a quand même un moment où il s’est fait plaisir. Mais globalement, la cible de ce discours de Raphaël Glucksmann, c’était les électeurs socialistes et écologistes. Il fait ça en très proche banlieue parisienne à Paris. Et là, on a bien senti qu’il a poussé à fond les feux sur ces questions internationales en disant :
« N’allez pas chez Mélenchon. Son problème, c’est celui-là. » Et ça, ça va être une des énigmes, un des points centraux de l’équation des prochains mois. Voilà donc un des éléments de l’équation qui se met en place. Et on va terminer cette émission avec justement cet espace on va dire social-démocrate, c’est comme ça qu’il se détermine, qui va jusqu’au centre, clairement. On comprend pas grand-chose. Tu l’as dit, Pauline, conseil national du PS aujourd’hui pour arrêter une stratégie sur une primaire et ses contours. Tout ça est en discussion depuis des semaines, des mois, ça se déchire. Y en a qui quittent les instances, claquent la porte, etc. Plus personne ne comprend. Qu’est-ce qui se joue, très concrètement, aujourd’hui, là ?
Moi, je pense que ce qui se joue, c’est vraiment qui va porter la voix du PS à la présidentielle. Voilà, en fait, pour le PS, c’est ça, leur souci, c’est qu’ils n’ont pas d’incarnation évidente. Et d’ailleurs, depuis des années, Olivier Faure cherche toujours des nouvelles incarnations pour représenter son propre parti. Il faut rappeler que lui, par exemple, il a jamais été candidat à un scrutin de liste, par exemple aux européennes. Normalement, les Premiers secrétaires du PS font les européennes pour leur parti. Lui, il fait pas ça. Il avait été chercher Raphaël Glucksmann, il avait, à un moment, été taper à la porte de Paul Magnette. — Là, on découvre... — Socialiste belge. Voilà, on découvre dans le papier de Sarah et Alexandre sur Pigasse
qu’en fait, Faure tape à absolument toutes les portes pour essayer de trouver un personnage incarnant cet espace social-démocrate. Le problème, c’est que moins il y a de personnes.... Il y a donc Raphaël Glucksmann, mais en vrai, au sein du PS, personne ne croit beaucoup en ses chances de l’emporter à la présidentielle. Donc en fait, ils essaient de se creuser les méninges pour trouver une alternative possible. Parce que Raphaël Glucksmann, non seulement il est pas socialiste, mais en plus, ils pensent qu’il ne fera pas forcément l’affaire en rivalité avec Mélenchon. Et donc, il y a l’espace... Enfin, il y a Faure, en fait, qui n’est pas candidat, mais qui, en fait, aimerait prendre la main sur l’espace de la gauche non mélenchoniste, parce que lui, il se sent au barycentre entre eux,
justement, le centre gauche de Bernard Cazeneuve ou même le centre de Bernard Cazeneuve et Clémentine Autain, on va dire. Donc lui, il pourrait incarner un espèce de barycentre de cette gauche-là. Et si on va vers plus du Raphaël Glucksmann, finalement, on va plus aller chercher des électeurs centristes. Derrière la question de l’incarnation, je finis sur ça, il y a quand même une question : est-ce que la gauche non mélenchoniste va aller viser l’électorat de gauche, ou est-ce qu’elle va aller viser les électeurs du centre et les macronistes déçus ? Et c’est ça qui est derrière toutes ces dissensions qui semblent des dissensions très apparatchik, en fait, mais c’est ça qui est au cœur aussi, c’est la question de la ligne politique. Ouais, pour l’instant, on est plutôt sur la question
de l’assiette électorale qui permet de sortir l’incarnation qu’il faut. Pour être très court, ce soir, un des points centraux qui reste à trancher pour le Parti socialiste, c’est : combien il faudra payer pour voter en octobre pour le candidat socialiste. Est-ce que c’est une primaire aussi fermée... Ce soir, conseil national du PS. Est-ce que c’est une primaire fermée aux seuls militants ? Par exemple, Raphaël Glucksmann, il est plutôt pour. Ou est-ce que c’est une primaire ouverte où on pourra payer un petit peu pour... voter, voilà, 1 euro, par exemple, je crois. Et ça, c’est la proposition d’Olivier Faure. Voilà, plus le champ électoral, plus le corps électoral est vaste, plus, a priori, ça fait voter des électeurs qui sont des sympathisants au sens large,
donc probablement des gens qui ont voté écolo, peut-être communiste, ou insoumis, et qui viendraient voter, car c’est un moment démocratique à gauche et que ça coûte qu’un euro. Olivier Faure estime que c’est sa seule chance de sortir, lui, vainqueur, en tout cas, d’éviter le scénario François Hollande ou Raphaël Glucksmann. À l’inverse, Raphaël Glucksmann et François Hollande ont plutôt intérêt à réduire le champ électoral, car sur la base des militants socialistes, ils estiment qu’ils ont plus de chances d’en sortir. Le PS a passé des semaines à s’interroger sur la question, à la virgule près, qui serait posée en octobre seulement. Donc c’est pour dire quand même le côté un peu... presque pathétique, honnêtement, des discussions. Là, en octobre, ils en seront là à un moment où, à côté,
on en parlait tout à l’heure, Jean-Luc Mélenchon aura complètement, a priori, lancé sa campagne. Est-ce que... Je voudrais... Tant que tu as la parole... Raphaël Glucksmann, tu étais à son meeting, il est sur un faux plat, là, quand même. Il a fait un livre, il a lancé son meeting, il se donne maintenant jusqu’à septembre pour savoir s’il sera candidat ou pas. Il est souvent présenté comme un nouveau Macron, pour résumer. Tu étais à son meeting de campagne. Comment le définir politiquement ? Par où... On a une heure de plus, là ? Non... Objectivement, si on regarde... Donc là, dans son discours, il essaie de donner des gages progressistes de gauche
sur certaines questions, l’écologie, certaines questions sociales, etc. Quand on regarde quand même la sociologie politique de ses soutiens, de son entourage, des gens qui l’alimentent, du substrat idéologique qui est le sien, pour qui a suivi la première campagne d’Emmanuel Macron en 2017, honnêtement, moi, j’étais au lancement, à la déclaration de candidature de Macron en 2017, je crois que tu y étais aussi, c’était à Bobigny, à l’époque où tu couvrais sa campagne, c’était en 2017, j’étais au meeting de Glucksmann... En voyant à la fois certains personnages et en entendant certaines parties du discours, j’avais l’impression d’être au même endroit. Donc, ça va être très dur pour Raphaël Glucksmann de convaincre de ce qu’il essaye en permanence de marteler,
c’est-à-dire qu’il n’a rien à voir avec Emmanuel Macron. Son directeur de campagne démissionnaire, qui vient de quitter la campagne, c’est Aurélien Rousseau, qui était un pilier de la politique menée par Emmanuel Macron ces dernières années, c’était le directeur de cabinet de la Première ministre, c’était quelqu’un qu’Emmanuel Macron estimait énormément... — Élisabeth Borne. — ...qui a structuré un certain nombre de politiques publiques décisives et qui était tout à fait aligné avec Emmanuel Macron. L’avoir aujourd’hui comme conseiller très proche, à défaut d’être directeur de campagne, de Raphaël Glucksmann, ça raconte quand même un paysage. Je voudrais qu’on termine par deux personnages, enfin trois. On a parlé de François Hollande, on veut bien parler de lui,
mais un autre qui se prépare donc, c’est Bernard Cazeneuve, ancien ministre de l’intérieur de François Hollande, ancien Premier ministre éphémère, qui n’est plus membre du PS, je l’ai dit, depuis 2022, et on a parlé de lui récemment sur Mediapart. Cazeneuve, dans un entretien récent à Ouest-France, il a d’ailleurs lancé un site Internet de pré-campagne, s’est présenté, comme je cite, « une voix désintéressée qui ne travaille pas pour elle-même, qui a des convictions, une expérience gouvernementale longue ». Voilà, ça, c’était le point CV. Cazeneuve qui appelle à un rassemblement de toutes les familles de gauche de gouvernement, dans une grande organisation politique, donc nouvelle, qui désignerait son candidat. Sans surprise, il prône une République dans la fermeté de ses principes,
l’efficacité économique et la justice sociale, la compatibilité de la lutte contre le réchauffement climatique avec une croissance sobre et sûre, l’Europe et le droit international. Sur France Inter, il y était il y a un mois, et il est opposé à la taxe Zucman sur les ultra-riches, il est opposé à la taxe sur les superprofits des entreprises comme TotalEnergies, il est contre toute augmentation des impôts pesant sur la production, mais il avait quand même proposé des mesures fiscales, comme celle-ci. Par exemple, lutter contre l’optimisation fiscale dans les holdings et notamment les holdings familiales. Mais voilà, le 21 juin, sur Mediapart, Yann Philippin révélait que le cabinet d’avocats August Debouzy, dont il est un associé depuis 2017,
a organisé une conférence pour aider les grandes fortunes à transférer leurs avoirs au Luxembourg. Elle a été organisée le 17 juin et « elle visait explicitement, écrit Yann, à aider les Français les plus riches à échapper au fisc en transférant au Luxembourg, paradis fiscal, les fameuses société holding qui détiennent leur patrimoine ». Il faut signaler qu’interrogé par Mediapart, l’ancien Premier ministre et candidat potentiel a tergiversé, refusant finalement de se prononcer sur l’initiative du cabinet d’avocats qui l’emploie. Bref, ça tombe mal, quand même, Pauline ? Oui, après, je pense que... Je ne sais pas qui veut voter pour Bernard Cazeneuve aujourd’hui. Je ne sais pas qui est cet électorat.
J’ai vu quelques macronistes qui évoquaient son nom pendant quelques semaines, il y a quelques mois, mais... Ilyes, on est quand même, voilà, dans cette période où on a plein de feux qui sont lancés, de gens qui tentent de se lancer, etc. Bon, en l’occurrence, quand on enquête un peu, on voit déjà des contradictions apparaître. Oui, en même temps, c’est très cohérent, si on reprend le fil depuis 2012, les choix fiscaux économiques de François Hollande, l’affaire Cahuzac, il y a plusieurs points qui font une ligne, comme dirait Pauline Graulle. Ça raconte quand même quelque chose. Ces gens-là finiront ensemble, probablement, et un petit point parenthèse : on parlait de Jean-Luc Mélenchon dans cette émission. Pour lui, la meilleure nouvelle, c’est que ce soit un Cazeneuve,
un Hollande ou un Glucksmann qui soit candidat parce qu’il estime que ça va empêcher Édouard Philippe ou Gabriel Attal ou une candidature post-macroniste d’attirer cet électorat-là. Il faut des gens pour prendre des voix à Édouard Philippe ou Gabriel Attal, et Hollande, Glucksmann, Cazeneuve, c’est les profils parfaits pour ça, et par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, il a besoin d’une réserve de voix pour le second tour s’il y est, et un électorat de centre-gauche ou de centre... Il estime que dans un second tour, quand même, à un moment, ils préféreront voter Mélenchon plutôt que l’extrême droite. Donc, je ne sais pas qui vote Bernard Cazeneuve, mais en tout cas qui le soutient en off, sûrement Jean-Luc Mélenchon.
Juste, François Hollande ? Il est... — François Hollande... — Il attend son heure ? Il apparaît dans des émissions où on invite des potentiels candidats. Il est là, donc c’est comme ça qu’on devine qu’il serait potentiellement prêt. Enfin, il rencontre régulièrement plein de gens. Il reçoit tous les journalistes dans ses bureaux. Il fait quand même une campagne, et puis même médiatique, depuis son interview à Marianne. Ça y est, il est quand même sorti du bois. Il attend juste le mois de décembre et que Raphaël Glucksmann ou Olivier Faure s’écroulent pour apparaître comme le recours. Parce que sinon, on ne sait pas non plus quel est le storytelling qu’il veut imprimer, à part le recours. Il faut se rappeler, très rapidement qu’en 2024, aux législatives, il se déclare le dernier jour.
Il avait caché sa candidature à tout le monde. Il avait mis Bernard Combes en avant, le maire de Tulle, et le dernier jour du délai, Olivier Faure lui-même apprend que c’est François Hollande qui sera candidat. Donc c’est un spécialiste des candidatures en embuscade de dernière minute. Il l’avait déjà fait à l’époque à la primaire, après l’affaire DSK, et c’est probablement ce qui se passera là. C’est le mieux organisé, il a ses chances. Voilà, donc on le reverra après l’été. Vous êtes au courant comme ça. Et alors on va finir par une autre enquête de Mediapart que tu as faite, Sarah : Matthieu Pigasse, devenu patron de presse, notamment de Radio Nova. Il était déjà depuis longtemps patron des Inrocks. Il est omniprésent, là aussi, dans les médias. On le voit sur toutes les télés.
Il tente de se construire une image de présidentiable, et avec Alexandre Berteau, vous avez enquêté sur lui. Enquête parue ce week-end sur Mediapart avec ce titre ironique : « Cet ami qui veut du bien à la gauche », puisque vous montrez ses ambitions. Il souhaite, comme vous l’écrivez, que sa candidature s’impose comme une solution de repli naturel pour la gauche non mélenchoniste. — Mais alors comment ? — Voilà un autre recours. Il y a plein de gens qui sont prêts à être le recours. Il parle avec énormément de gens à gauche et il en parle assez librement, et c’était assez étrange... Y compris avec Jean-Luc Mélenchon. Il est l’un des rares à gauche qui parle autant à Jean-Luc Mélenchon qu’à Olivier Faure, et très souvent.
En revanche, quand on va interroger Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure, eux sont beaucoup plus discrets sur leurs liens. Il parle aussi avec Sophie Binet. Ils ont parlé ensemble avant qu’il aille faire une proposition de sauvetage d’une entreprise de pâte à papier. C’est quelqu’un qui parle à beaucoup de gens de la gauche, qui s’est positionné avec ses médias, et évidemment, la comparaison l’énerve, et on comprend, il n’est pas le « Bolloré de gauche », mais à une échelle beaucoup plus réduite, il a des médias, donc les Inrocks, donc Radio Nova, dont il peut se servir, il a des réseaux internationaux parce que c’est aussi un banquier d’affaires qui a restructuré la dette. Il peut facilement financer une campagne, par ailleurs. Il peut facilement financer une campagne,
donc il peut aussi être appelé comme un recours financier si jamais il y avait besoin. Alors, justement, parce que vous le dites dans l’enquête, il affiche sa, je cite, « radicalité politique », c’est ce qu’il vous dit quand vous le rencontrez. Pourtant, en tant que financier, ce qui a fait sa fortune, c’est restructurer les dettes des États en difficulté financière, ce qui veut dire, concrètement, faire une cuisine financière qui, derrière, permet et a pour résultat d’imposer des coupes drastiques, en général, dans les budgets sociaux des pays concernés. C’est ça dont on parle : Congo, Argentine, Togo, Irak, Grèce, Ghana et, récemment, le Venezuela. Ce sont des pays qui ont connu des politiques d’austérité terribles. Il se défend en disant qu’il y a la bonne et la mauvaise finance.
Lui fait de la bonne finance, apparemment. Sa ligne de défense, c’est de dire que c’est comme des familles surendettées, ces États, et donc on les aide à sortir la tête de l’eau. C’est ce qu’il avance. Il a toujours travaillé dans la banque. Au cours de ses années dans la banque, il a croisé Emmanuel Macron. Avant, dans ses années dans les cabinets ministériels de Laurent Fabius ou de Dominique Strauss-Kahn, il a croisé des gens comme Emmanuel Moulin ou comme son successeur... Le nouveau directeur de la Banque de France, Ou son prédécesseur, oui. Et donc il a aussi tous ces réseaux-là de la finance et du PS de cette époque-là. Donc voilà, il peut se servir de tous ces réseaux-là. Et effectivement dans le marasme qu’on décrivait chez les socialistes ou les sociaux-démocrates en général,
effectivement, il y a la place pour des personnalités comme Matthieu Pigasse. Dernière question. Voilà, tout ça n’est pas du tout stabilisé. À partir de quel moment, peut-être pour que les gens, d’ici-là, prennent des vacances et reviennent à un moment à l’automne, à partir de quel moment les choses seront plus claires ? On n’a même pas la date de l’élection présidentielle encore. Mais si c’est celle qui se dessine, autour du 10 et du 25 avril, du 11 et du 25, c’est en février qu’on a le paysage stabilisé. En février 2027. C’est-à-dire que là, à la rentrée, Fabien Roussel est probablement désigné candidat communiste. Ensuite, il y a la Fête de l’Humanité, il y a le vote, début octobre sûrement, du Parti socialiste. Ensuite, il y a quelque chose
qui ressemblera peut-être à une primaire, ou à une discussion entre Parti socialiste et écologistes. Et puis ensuite, il y a plusieurs semaines et mois de tractations, de ralliements, de retraits des uns et des autres pour qu’à la fin, il reste probablement deux ou trois candidats dans l’espace politique dont on parle. Il n’y aura pas 14 ou 15 candidats à gauche. Et ça, ça va s’étirer, j’allais dire s’éterniser, d’aujourd’hui jusqu’à janvier-février 2027. Donc, ça va être très long et très politique, au sens politicien du terme. Et on fera vivre aussi, évidemment, la question des programmes et des propositions, comme on l’a fait un peu dans cette émission, mais on a vu que c’est difficile à faire émerger actuellement, y compris par les premiers concernés
qui ont d’autres préoccupations, souvent, en tête, mais pas toujours. Donc, on a tenu à le signaler. Merci beaucoup à tous les trois d’être passés sur le plateau. On lit vos articles, émission disponible en replay sur les plates-formes de podcast, grâce à vos abonnements. Si vous le pouvez, abonnez-vous à Mediapart. Bonne soirée.