Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 10 octobre 2017 8 min

Boris Vallaud : "Le PS rentre dans l'opposition par une défaite, à la différence de la France Insoumise"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, le 7-9, Nicolas Demorand.

0:06
Boris Vallaud

Invité de France Inter jusqu'à 9h, un 31ème du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale. Bonjour Boris Vallaud. Bonjour. Député des Landes, porte-parole de ce qui s'appelle désormais la Nouvelle Gauche à l'Assemblée. Alors, exercice pratique pour voir à quoi vous servez. Dans le débat autour du budget, vous allez faire quoi ? Ça démarre aujourd'hui. Est-ce que vous allez juste surfer sur l'ISF en remerciant le gouvernement d'avoir commis, si je vous ai bien lu, une telle erreur ?

0:33
Présentateur

Écoutez, je ne vous ai pas si bien lu que ça, puisqu'on a déjà présenté au groupe Nouvelle Gauche un contre-budget. Ce qui vous convient que nous n'avons pas attendu la présentation.

0:41
Boris Vallaud

Mais aujourd'hui, ça commence le travail.

0:42
Présentateur

Oui, bien sûr, ça commence. Et donc, on déposera un certain nombre d'amendements. Nous avons fait valoir, à travers ce contre-budget, qu'il n'était pas absolument nécessaire de faire l'essentiel des dépenses fiscales en faveur des plus riches. Mais qu'on pouvait faire un budget équilibré, c'est-à-dire plus juste, plus préoccupé de la lutte contre les inégalités, et par le soutien à la reprise. Ce qui n'est pas le cas du budget qui est proposé par le gouvernement. Donc, on le fera valoir et on dira, oui, ce qu'est ce budget aussi.

1:08
Boris Vallaud

C'est-à-dire ? Ce qu'est ce budget philosophiquement, celui qui est présenté ?

1:12
Présentateur

Alors, philosophiquement, il est dans la ligne d'un certain nombre des mesures qui ont été prises par le gouvernement, que ce soit en matière de marché du travail, en particulier, ou maintenant en politique fiscale. C'est-à-dire que c'est la politique de quelques-uns en faveur de quelques-uns. Alors, certains disent que c'est le président des riches. Force est de constater que l'essentiel des baisses d'impôts iront à ceux qui en ont le moins besoin. Et qu'à côté de ça, ces baisses d'impôts pour les plus riches seront financées par une augmentation pour les autres. C'est fiscalité du diesel, augmentation de la CSG.

Vous voyez, à chaque fois qu'il y a une mesure de soutien aux plus démunis, aux plus pauvres, elle est étalée dans le temps. Regardez par exemple sur la taxe d'habitation. C'est une idée qu'on peut soutenir, même si elle préoccupe les collectivités locales. Elle est étalée sur trois ans. Quand il s'est agi de décaler l'ISF, eh bien, ça a été remis au premier rang de l'agenda immédiatement. Parce que probablement que le téléphone de l'Elysée et de Matignon ont dû chauffer.

2:05
Boris Vallaud

Ce sont donc des raisons purement idéologiques, clientélistes, clanniques, qui organisent d'après vous les décisions au sommet de l'État ?

2:12
Présentateur

Écoutez, je crois qu'on a un gouvernement qui a sa clientèle. Et qui a d'abord le souci de la satisfaire. Enfin, nous, ce que nous souhaitons, c'est faire de la politique pour le plus grand nombre. Se préoccuper de l'État du pays. Un pays qui, aujourd'hui, est déjà fracturé. Coupé en deux. Il y a les insiders, les outsiders. Ceux qui sont dans des mini-jobs. Et on en a beaucoup. Ceux qui sont en CDI. On a ceux qui, maintenant, vont travailler dans les petites entreprises. Avec des petits droits sociaux. Ceux qui vont travailler dans les grandes entreprises. On a aussi une dualité du pays qui devient une dualité politique. Ceux qui vont voter et ceux qui n'y vont plus.

Et ça, c'est un vrai problème. Et on ne peut pas prendre acte de cela. Du fait qu'il y a des gagnants de la bandilisation et des perdants. Et nous, on veut, au contraire, que les inégalités qui n'ont cessé de prospérer ces dernières années. Et qui sont graves. Et qui sont même anti-économiques. Parce qu'à mesure que le capital s'accumule entre les mains des 1% les plus riches. Et bien la croissance diminue. Mais l'essentiel avait été dit pendant la présidentielle.

3:01
Boris Vallaud

Boris Vallaud. Oui. On sait à quoi s'attendre.

3:05
Présentateur

Et il ne vous a pas échappé que vous avez perdu. Et il ne vous aura pas échappé que j'étais dans l'opposition au candidat Emmanuel Macron. Oui, mais il y a une forme de validation de ce que vous critiquez. Enfin, je vous pose la question. Je ne me résigne pas. J'étais un candidat déjà de l'opposition quand le président de la République a été élu. Donc ne me reprochez pas d'exercer mon rôle de parlementaire de l'opposition. Non, mais je vous pose la question.

3:28
Boris Vallaud

C'est une journée de mobilisation aujourd'hui. Jusqu'à présent, la mobilisation a semblé patinée. La mobilisation sociale. Comment vous analysez ce fait-là ? Les chiffres de manifestation. Le fait que ça ne prenne pas.

3:41
Présentateur

Écoutez, ça c'est vous qui dites que ça ne prenne pas. On verra l'ampleur de la manifestation cet après-midi. Il y en a eu d'autres avant. Il y a bien des façons de dire son désaccord, de dire son moins contentement. Mais juste un point sur la question de l'opposition. Non, il est vrai qu'on a été battus, pour ce qui est du Parti Socialiste, de façon implacable et indiscutable. Et ça n'est pas pour rien. Et donc au moment où on rentre dans cette opposition, on y rentre par une défaite. A la différence par exemple de la France insoumise. Qui d'une certaine manière, y rentre avec son leader, avec son programme, par une victoire, passant de 0 à 17 députés.

On se pose la question de savoir quelle opposition on est. On se pose même la question de savoir s'il est encore légitime de s'opposer quand le gouvernement nous dit vous êtes des cyniques, vous refusez de regarder le monde en face, vous êtes des feignants, etc. Et bien nous on refuse finalement que le Président de la République, le gouvernement tire de l'élection présidentielle une conclusion qui serait non pas les Français ne veulent plus d'une démocratie de confrontation mais les Français ne veulent plus d'une démocratie avec une opposition. Donc nous on dit que nous avons besoin dans ce pays de contradictions, d'oppositions, de désaccords, d'alternatives.

Et on les fait valoir, on fait un contre-budget. On n'est pas irresponsable, on ne dégrade pas de façon inconsidérée le déficit. On n'accroît pas de façon spectaculaire la dette. On se dit qu'il y a d'autres chemins et la question des inégalités qui vont augmenter par le haut et par le bas est aujourd'hui posée.

4:57
Boris Vallaud

Parlant du macronisme, vous avez dit la chose suivante. On peut être jeune, aide Emmanuel Macron, et incarner une politique rance. Rance ? Oui. Ça veut dire quoi ? Expliquez-nous. Je vois la rancœur mais je ne vois pas la rancissure.

5:11
Présentateur

C'est-à-dire qu'elle n'est pas très nouvelle. Les propositions qui sortent, elles sont dans les placards à Rancir, les placards notamment du Trésor à Bercy, depuis bien longtemps. On les a vus surgir régulièrement quand il y a un ministre qui change, qu'il soit de gauche ou de droite. Il y a les mêmes sujets qui arrivent sur le bureau du ministre. Certains ont la lucidité de les écarter parce qu'elles sont injustes, parce qu'elles sont inefficaces. Là, elles arrivent. Est-ce qu'il y a de la nouveauté ? Non, voilà ce que je veux dire.

5:35
Boris Vallaud

Donc c'est Bercy qui a le pouvoir, pas l'Elysée. Dans une réforme comme celle du Code du Travail, vous avez dit j'aurais pu écrire la même chose en un après-midi.

5:43
Présentateur

En compilant les notes du Trésor. Oui, voilà. Il faut que la situation soit complète. J'ai exagéré, peut-être qu'il m'aurait fallu un peu plus de temps que cela. Mais ce que je voulais dire, c'est que fondamentalement, il n'y a rien de nouveau. Effectivement, par exemple dans la loi sur les ordonnances, il n'y a aucun des grands sujets à venir qui sont traités. Regardez, la semaine où les livreurs de délivreaux manifestent, il y a les ordonnances. Il n'y a pas une ligne sur les travailleurs des plateformes, pas une ligne sur la révolution numérique qui n'a de n'avoir qu'une part d'elle-même qui va percuter les salariés mais aussi les entreprises. Rien.

Y a-t-il quelque chose sur la précarité au travail ? Rien. On a un tiers des contrats à durée déterminée de moins d'un mois d'Europe, de toute l'Europe, qui sont en France. Les mini-jobs, on les a. Est-ce qu'il y a quelque chose ? On a également souvent cité le modèle danois comme un modèle à suivre et notamment la qualité de son dialogue social, de son dialogue syndical. Qu'est-il advenu dans cette loi ? Eh bien, le contournement des organisations syndicales dans les entreprises en dessous de 50 salariés. Alors qu'une vision moderne des choses devrait consister à dire un dialogue social de qualité, c'est profitable aux entreprises, à leurs dirigeants comme à leurs salariés.

6:47
Boris Vallaud

Avez-vous été ému par le départ de Jean-Christophe Cambadélis, dernier premier secrétaire du parti socialiste qui a éteint la lumière de la rue de Solferino et fermé la porte à double tour ?

6:58
Présentateur

Je ne sais pas si j'ai été ému. En tout cas, oui, on est dans un moment qui est un moment singulier. Vous savez, je ne suis pas fétichiste, donc qu'on vende Solferino, ça m'émeut assez peu parce que moi, je me préoccupe d'abord des Français et de la France.

7:15
Boris Vallaud

Adieu le PS.

7:16
Présentateur

Non, pas adieu, mais ce que je veux dire, c'est qu'il ne s'agit pas simplement de faire un rechappage, vous voyez, on va restaurer la façade, tout ça. Non, on a quelque chose de beaucoup plus difficile à faire, de beaucoup plus incertain. Combien de temps ça nous prendra ? Je ne suis pas capable de le dire, mais c'est une défaite qui est non seulement une défaite organique, celle d'un parti. On n'est même pas dans une alternance, on est dans une forme de remplacement, mais c'est aussi une défaite doctrinale. Une offre, celle des socialistes, celle de la social-démocratie en France et partout en Europe, on l'a vu avec les élections en Allemagne, semble avoir perdu.

Et donc c'est ça qu'on a à reconstruire. Vous voyez, c'est exigeant.

7:49
Boris Vallaud

Boris Vallot avec nous sur France Inter jusqu'à 9h dans quelques instants, la revue de presse.