« J’ai vu un état de la France alarmant » témoigne Astrid Roucher, ancienne plume d’Emmanuel Macron
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:39OuverteRéponse partielle
Comment avez-vous vécu la dissolution ?
- 1:27FerméeRéponse directe
Combien de discours le président fait-il par semaine ?
- 2:02OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on comprend ce que le président va annoter ?
- 2:56OuverteRéponse directe
Le reproche de discours trop longs a-t-il été intégré ?
- 3:23OuverteRéponse directe
Comment se construit un discours à l'Elysée ?
- 4:33OuverteRéponse directe
Pouvez-vous donner un exemple de logorrhée administrative ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:01PrésentateurFait
« On ne comprend pas tout et on ne nous demande pas de tout comprendre. »
- 4:55Invité politiqueFait
« Un schéma d'investissement pluriannuel sera envisagé collectivement au plan local et lancé en lien avec tous les acteurs concernés pour développer des espaces métaculturels polymorphes. »
- 6:20PrésentateurFait
« Je pouvais écrire de manière très rapide sur des sujets très variés. »
- 9:20PrésentateurFait
« L'IA peut remplacer l'humain à beaucoup d'endroits dès qu'il s'agit de délivrer un discours technique. »
- 10:45PrésentateurFait
« J'ai retenu un état de la France qui est parfois un peu alarmant. »
Temps de parole
- Invité politique51 %
- Présentateur47 %
- ?2 %
≈ 12,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
La
matinale de Radio Classique avec David Abicaire.
Et avec Astrid Roucher, conseillère d'Emmanuel Macron, qui a écrit ses discours entre 2020 et 2025. Elle a donc passé à l'Elysée, pas deux quinquennats, mais en tout cas elle était à cheval sur les deux quinquennats. Astrid Roucher, bonjour. Bonjour David. Merci de venir parler aux auditeurs de Radio Classique. Merci, ça va. Puisque je parlais de ces deux quinquennats avant de parler d'écriture, vous avez vu, vous étiez à l'Elysée quand la dissolution, événement majeur, événement politique majeur, des quinquennats d'Emmanuel Macron, ou en tout cas du second, est survenue. Comment vous avez vécu ce moment ?
Il y avait différents niveaux d'information des conseillers et moi j'avais été très extérieure à la prise de décision. Donc j'ai plutôt vu la surprise et la surprise de beaucoup de conseillers a été la même que celle de beaucoup de Français.
Et pourtant quand on écrit des discours pour Emmanuel Macron, on est obligé de se mettre dans la tête du président, ce que vous avez fait pendant cinq ans.
Qu
'avez-vous compris de ce président-là et peut-être de cette décision-là
? Pas
tout, très franchement, on ne comprend pas tout et on ne nous demande pas de tout comprendre parce que vous travaillez plutôt pour un pays
que
pour une personne et donc du coup vous essayez de trouver le temps long et le cap à long terme
de
ces décisions et essayer de comprendre ce qui est subsistéral de lui dans 20 ans, 30 ans, 40 ans.
Vous êtes en train de me dire que votre client ce n'était pas nécessairement le président de la République mais c'était la France.
En tout cas plus le président de la République qu'Emmanuel Macron et plus la France que le président de la République.
Alors quand on écrit pour Emmanuel Macron des discours, déjà à quelle fréquence le président de la République fait des discours ? Combien il en fait par semaine ?
Cinq ou six, mais ça va de deux minutes micro-tendues à 45 minutes face à des gouvernants étrangers. C'est très variable, des livres d'or, des mots de remerciements. Donc c'est difficile à quantifier.
Et donc il y
a
des plumes pour tout ça ? Pour les deux minutes face à des micros, que ce soit des remerciements dans un livre d
'or,
une lettre de condoléances, un communiqué, plus un long discours
? Exactement. Après ce qu
'on
lui fournit est plus ou moins écrit, ça va des simples EDL, c'est comme ça qu'on appelle les éléments de langage,
qui
sont des phrases au discours totalement écrit, point, tiré, virgule, du début, intégralement.
Est-ce que lorsqu'on écrit pour le président pendant cinq ans, on commence à comprendre ce qu'il va peut-être annoter, barrer en rouge, corriger, et peut-être anticiper pour le servir au mieux de ses intérêts et des intérêts de la République
?
Exactement. Il y avait un ton, il y avait une manière, il y
avait
un rapport à la littérature qui se voulait érudit, mais pas trop savant, un rapport à l'humour, où il était preneur de petites plaisanteries qui détendait l'atmosphère, mais c'est très difficile de faire la plaisanterie qui ne soit ni dénigrante, ni acide. Donc voilà, il fallait savamment doser, et c'était un calcul qu'on affinait de discours en discours.
Ça
veut dire qu'il vous demandait des blagues
?
J'avais remarqué, alors c'était plutôt ma compréhension de la chose, mais je ne sais pas comment les gens font pour rester assis sur une chaise pendant 40 minutes et écouter des éléments techniques,
et
je trouve que souvent, détendre l'atmosphère, c'est une tradition française qui remonte à Rabelais, ça permet aussi de raccrocher l'attention et de raviver le côté sérieux du discours par un petit trait d'humour.
Il y a un reproche qui a été fait, Emmanuel Macron, sur toutes ses interventions, télévisées ou discours, c
'est
que c'était trop long. Est-ce que vous avez intégré ce reproche ou est-ce que c'est lui qui vous a obligé à faire long tout au long de ces cinq années
?
C'est un système surtout.
C
'est-à
-dire
que, comme le discours est une construction collective, chacun rajoute sa pierre et veut mettre absolument sa mesure, sa décision, son élément. Tous les conseillers qui ont précédé la plume vont charger la barque. La plume a beau essayer de décharger, ça revient par tous les côtés.
Parce
que le discours se construit d'une façon assez intéressante. Ce qui arrive sur votre bureau, c'est un fatras de novlangue administratives que vous dénoncez dans le livre en expliquant que tous les énarques ou polytechniciens qui conseillent le président ont une fâcheuse habitude avec les mots, c'est-à-dire qu'ils font toujours trop long pour dire une chose et que vous, vous êtes obligés de redonner du sens à tout ça et de l'élégance.
Déjà, de l'épure, essayer justement de diviser par deux parce que je pense vraiment que personne ne peut écouter un discours plus de 15 minutes, peut-être même plus de 10 minutes sans avoir l'attention qui décroche. En tout cas, moi, je n'y arrivais pas. Ce qui est comme un comble pour une plume.
Vous avez des mots très durs. Il apparaissait sur son bureau les éléments de langage pour être transformés en discours jaillis des profondeurs des ministères à la demande des conseillers princiers. Elle n'avait jamais rencontré ce type de texte auparavant sur son île de bruyère où murmuraient le vent et les livres. Vous parlez de vos origines littéraires. Elle n'avait jamais lu une langue si liquide et gélatineuse à la fois, parcimonieuse en idées et profuse en mots, invertébrée et enflée. L'effet, comme une patate chaude, passait de bouche en bouche dans un flot de salive sans que ne fût jamais mordu la chair du sujet. Et vous donnez un exemple ?
La plupart des ministères ne disaient pas « Nous allons donner de
l
'argent à la mairie pour construire une bibliothèque ». Les ministères disaient, donc tous les technocrates qui passaient par vous, « Un schéma d'investissement pluriannuel sera envisagé collectivement au plan local et lancé en lien avec tous les acteurs concernés pour développer des espaces métaculturels polymorphes visant à constituer un pôle d'attractivité sociétale via une diversité de dispositifs pluriels de mise en accès du médium écrit. »
Vous
avez dû être malheureuse, vous qui sortez de Normalsup.
Au
contraire, il y
avait
un énorme enjeu. Je pense que la difficulté est stimulante et quand vous avez une phrase aussi indigeste, l'enjeu de simplifier, d'épurer, d'essayer de remettre de l'huile dans les rouages de la communication, moi, ça m'a beaucoup stimulée au contraire.
Quand on voit cette logorée, quand on la lit, quand elle arrive sur votre bureau dans des dossiers de toutes les couleurs et des paraffeurs, on doit nécessairement porter un jugement sur le fonctionnement de ce qu'on appelle l'État et la technocratie. Quel est votre diagnostic
? Il n'est
pas très optimiste, mais en même temps, vous voyez aussi derrière ces mécaniques, ces pesanteurs,
vous
voyez aussi des gens qui sont extraordinaires. Peut-être que ce dossier est trop long, mais il a été porté jusqu'à 4h du matin par quelqu'un qui connaît très bien son dossier, quelqu'un qui est sur le terrain. Parfois, on a l'impression que si on dégraisse et qu
'on
retourne à l'os, l'os a quand même du potentiel.
Astrid Roucher est l'invité de la matinale de Radio Classique. Elle publie La plume et le prince. Astrid Roucher, pourquoi on vous a choisi ? Comment s'est passé l'entretien de recrutement
?
En fait, quand un conseiller est admis à discuter avec le président pour un entretien de recrutement, en réalité, la chose est déjà jouée. Elle est déjà jouée en amont parce qu'il a été choisi pour un parcours, pour une personnalité, pour un...
Mais vous, vous,
Astrid, pourquoi vous ?
Moi, parce que je lui avais été recommandée par une plume qui était sa plume précédente qui s'appelait Sophie Vallon qui m'avait vue à l'oeuvre, qui m'avait vue travailler. Elle savait que ça passait, que je pouvais écrire de manière très rapide sur des sujets très variés. Donc voilà,
il
y
avait
cette recommandation-là à laquelle il a fait confiance. C'est toujours humain, en fait, ce genre
de choses. Alors, comment
s'est passé le premier contact avec le président
?
Très intimidant. Bien aussi, puisqu'en fait, il m'avait vue à l'oeuvre donc je savais que c
'était
une confirmation et qu'il n
'y
avait pas d'enjeu de est-ce que j'allais rester ou pas.
Il s'est intéressé à vous, il vous a posé une question ou il vous a juste vu pour que vous sachiez qui vous aviez, qui vous avez fait roi, si j'ose dire.
Oui, ça reste assez professionnel et je pense que c'est assez sain d'ailleurs. Moi, je suis là pour servir une fonction. Je ne
suis
pas là pour devenir amie avec une personne individuelle.
Quel est le discours où vous avez été la plus frustrée ? Vous vous êtes démenée pour faire quelque chose de chouette, de beau et finalement, soit le discours n'a pas été prononcé, ça arrive, très souvent, vous le dites,
il y a des
problèmes de calendrier, soit quand vous a massacré le produit fini.
Un discours qui n
'a
pas du tout été prononcé pour l'inauguration du Centre Pompidou-Shanghaï. Justement, celui-là, j'avais écrit avec Sophie Vallon. On avait vraiment beaucoup travaillé pour faire quelque chose qui soit très beau, qui chante la culture française à l'étranger et le président, je pense inspiré par la présence d'artistes autour de lui, n
'en
a pas lu une ligne. Il a parlé au fil de sa pensée, ce qui était extrêmement frustrant pour toutes ses équipes.
Est-ce que c'était mieux ou c'était moins bien ? Qu'est-ce qu'il aurait dû faire ? Après coup ?
C'est intéressant, on comprend après coup de la plus-value d'une plume, c'est qu'en fait, quand vous parlez au fil de vos pensées, vous vous répétez. On a tendance à tourner en rond et à faire plus long, paradoxalement.
Donc il a fait plus long et il s'est répété ce jour-là. Quel est le discours dont vous êtes la plus fière et qui a été prononcé
?
Un discours que j'ai prononcé intégralement. Celui Notre-Homme de Paris,
j
'en ai beaucoup. Alors tout n'est pas de moi, mais j'ai pu mettre ce qui me tenait à cœur, une certaine idée de la France qui commençait au Moyen-Âge avec cette espèce d'épopée des bâtisseurs de cathédrales. Ce discours-là m'a beaucoup émue et lent.
Vous dites d'ailleurs dans le livre que quand vous entendez vos mots prononcés en ces circonstances qui sont des circonstances quasi sacrées, vous êtes émue, vous êtes fière. Enfin bref, il se passe quelque chose.
Oui.
Et
puis c'était l'aboutissement d'un cycle. Ça réunissait tout ce que j'avais fait avant de travail sur l'histoire de temps long.
Astrid Roucher, Henri Guénaud n'a jamais consenti à dire qu'il avait écrit des discours importants de Sarkozy. Il dit c'est les discours du président. Moi, si j'ai été plume, je ne vous dirai pas ce que j'ai écrit, ça appartient au président. Il y
a
un changement de génération. Vous, vous dites, vous y allez, vous racontez des choses, vous balancez.
Oui, je raconte des discours auxquels j'ai participé, mais je ne dirai jamais que c'était mon discours puisqu'effectivement, le texte que j'aurais écrit pour moi n'est absolument pas ce que va dire le président à la fin.
En même temps, vous venez de me dire que Notre-Dame de Paris, c'est Sophie Vallon et vous. Donc, vous êtes une génération qui s'approprie les choses.
Non, sur le discours du choc, justement, je dis qu'on avait travaillé à quelque chose qu'il ne l
'a
pas dit. Au contraire,
je
vous le montre. La normalienne que vous êtes a dû être très attentive à ce qui se dit dans les cercles littéraires depuis une dizaine de jours avec ce livre C'était ça ou mourir d'Aurélien, auteur québécois. Est-ce que demain, l'IA va remplacer les plumes à l'Elysée
et
dans les ministères ?
L'IA peut remplacer l'humain à beaucoup d'endroits dès qu'il s'agit de délivrer un discours technique ou que c'est une occasion qui a été battue et rebattue. En revanche, dès qu'il faut aller chercher une information dans une source humaine, dès qu'il faut assister à une scène, saisir une ambiance, recevoir une confidence, ce qui est quand même l'essentiel de notre métier de plume, il n
'y a
pas un discours qui passe le seuil de le mur du son sans avoir été nourri par peut-être des dizaines et des dizaines d'heures d'appels avec des acteurs de tous les passés.
Donc, c
'est impossible de faire un discours tout seul dans son coin.
Pour
une remise de décoration, par exemple, il faut connaître les proches.
Exactement. Il faut avoir appelé cinq, six personnes, les avoir appelées chacune trois ou quatre heures au téléphone et ça, l'IA ne peut pas encore recevoir ce genre de confidence.
Vous avez cette tentation, vous l'avez eu, cette tentation, même si vous avez quitté l'Elysée en 2025, il y avait déjà des tchats de GPT et des clouds. Vous avez eu cette tentation de vous dire bon là, ce n
'est
pas un discours très important, je vais faire tout un morceau du discours avec du tchat de GPT.
J'ai eu cette curiosité pour voir où elle en était et alors ça changeait extrêmement vite mais en tout cas, jusqu'à décembre dernier quand j'y étais, c'était plutôt plus mauvais que ce que je pouvais faire et ça me guidait vers des biais un peu banals et donc il valait mieux que je le fasse par moi-même.
Vous retenez quoi de cette expérience finalement ? En quoi elle vous a construite ? En quoi elle a préparé la personne que vous êtes à l'étape d'après puisque vous travaillez maintenant au ministère des Armées
?
Exactement, je suis retournée au patrimoine donc dans mes racines culturelles et histoires de l'art.
Je
pense que j'ai retenu un état de la France qui est parfois un peu alarmant et c'est ce que j'étais de montrer aussi dans ce voyage de la plume d'île en île chaque île montre une fracture ou au contraire une zone d'espérance pour la France
et
je suis riche de ce bilan et j'espère travailler
à
améliorer à mon humble échelle dans les années qui viennent.
Est-ce qu'un livre écrit par l'IA est un livre
? Si
un livre c'est une expérience humaine avec quelqu'un si un livre c
'est
une performance aussi d'une personne qui a fait presque du trapèze volant avec ses émotions et ses mots dans ce cas-là l'IA n'est pas de la littérature
parce
que je pense qu'un trapèze un numéro de trapèze volant fait par une machine n'intéresse personne à l'heure actuelle.
Astrid Roucher plume d'Emmanuel Macron au micro de Radio Classique elle vient de publier La plume et le prince chez Albain Michel et c'est illustré par elle-même elle a fait elle-même les aquarelles qui sont formidables tout au long du livre avec aussi des portraits d'Emmanuel Macron enfin du prince juché sur un cheval et notamment le portrait de deux de ses lévriers Jules et Jeanne magnifiques aquarelles de chiens merci Astrid Roucher à
bientôt
à suivre le rappel des titres la revue de presse
d
'Avega Tegno et nos esprits libres aujourd'hui Routel-Krieff et Nicolas Bétho Radio Classique