Le ministre de l'Économie promet des "mesures ciblées" qui seront annoncées dans les "prochains jours"
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Thomas Soto, RTL Matin. Il est 7h41 et c'est donc Roland Lescure, le ministre de l'économie et des finances, qui est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Roland Lescure. Bonjour, merci. Ma première question est très très simple. Sommes-nous, oui ou non, en train de vivre un choc pétrolier ?
Écoutez, j'ai entendu François Langlais, on vient de l'entendre hier, dire, comparant à la situation qui prévalait dans les années 70, c'est un choc de même nature, c'est pas la même mesure. Au fond, je ne retirerai pas un mot à ce qu'il a dit. Moi, je n'ai pas compris là. Non, mais je vais vous le dire, on a des pays d'Asie aujourd'hui où on restreint la consommation. On ne peut pas faire le plein, où il y a de la circulation internée. Il y a une région du monde aujourd'hui qui fait face à un choc. Pourquoi ? Parce que le pétrole d'Asie, il venait du Golfe. Chez nous, heureusement, on n'en est pas là. D'abord parce que dans les années 70, on avait 90% de notre énergie qui était du pétrole.
On est passé à 60%, on a de l'énergie nucléaire. Merci Pierre Mersmer et ceux qui ont lancé les programmes électronucléaires. On consomme moins de pétrole. Et en plus, il vient d'ailleurs. Donc, on n'a pas de problème d'approvisionnement. Mais on a un choc sur les prix, 50%. Ce n'est pas ce qu'on a eu à l'époque, fois 3, fois 4. Mais c'est quand même, c'est un impact important. Alors, quand j'ai prononcé ce terme, je parlais de la situation en Asie. J'ai bien compris. Mais oui, et j'ai bien compris que ça partait, comme si j'annonçais, le ministre de l'économie et des finances, un choc pétrolier en France. C'est pour ça que j'ai retiré ce terme.
Donc, il n'y a pas de choc pétrolier en France ? Il n'y a pas de choc pétrolier en France. On n'a ni problème d'approvisionnement, ni problème majeur sur la croissance. On a un ralentissement. La Banque de France le dit. Mais on reste dans une logique où, un, la croissance se poursuit, deux, l'essence monte, l'électricité ne monte pas, le gaz n'a pas encore monté. Donc, on reste dans un impact réel, mais modéré.
Alors, pardon de vous contredire, mais je vais vous citer Roland Lescure, qui disait avant-hier devant la Commission des finances de l'Assemblée, les perturbations liées à la guerre constituent un nouveau choc pétrolier et c'est une mauvaise nouvelle pour les comptes de la France. Du coup, il faut croire le Lescure du mardi ou le Lescure du juillet ?
Mais, un, ce que je disais, cette phrase-là, retirée du contexte... Vous ne parliez pas de l'Asie, là, vous parliez des comptes de la France. Oui, mais c'est deux phrases différentes que vous avez raccrochées et ce n'est pas très grave. Mais j'ai d'abord évoqué... Vous êtes là, on est d'accord. Oui, oui, oui. J'ai d'abord évoqué la situation internationale difficile en Asie et pas facile en France. Il suffit de faire le plein pour le savoir. Et que, par ailleurs, effectivement, jamais, jamais une crise énergétique ne s'est traduite par une amélioration des comptes publics de la France. Donc, ceux qui nous disent qu'il faut larguer les amarres et lâcher l'argent public se trompent.
On va y venir. Quand est-ce que vous avez fait le plein pour la dernière fois, M. le ministre ? Écoutez, moi, j'ai une voiture électrique, donc j'ai de la chance.
Le litre était à combien ? Vous avez vu les prix, là, ce matin ? Bien sûr. Leclerc de Bonneuil-sur-Marne, 2 euros le sans-plomb, 2,19 euros le gazole. La une de Corse matin, hors contrôle, 2,23 euros le sans-plomb, 2,38 euros le gazole. Le gazole, dans le Sedané, c'est la une de l'Ardonné, 2,45 euros. Comment peuvent faire les Français avec ces prix-là ?
Donc, on est effectivement, surtout sur le gazole, vous l'avez dit, aujourd'hui, entre 2,10 et 2,40, voire même 2,50, sur des prix qui ont beaucoup monté. Et on ne nie pas que ça, ça crée des difficultés, notamment sur ce qu'on appelle les gros rouleurs, les transporteurs routiers. Les pêcheurs, ils ne roulent pas, mais ils consomment beaucoup de gazole. Les agriculteurs, un certain nombre de professions qu'on connaît. Et là-dessus, on travaille. Tous ceux qui prennent leur voiture pour aller travailler, aujourd'hui. Oui, mais ce qu'il ne faut pas oublier, Thomas Soto, c'est qu'on fait face à un choc extérieur qui va nous coûter collectivement.
La question à laquelle on doit répondre, c'est comment on partage ce coût. Mais on va, évidemment, faire face à ces coûts ensemble. Comment ? Alors, quelles mesures vous pouvez annoncer pour aider les automobilistes ? Pour l'instant, c'est eux qui font face à ce coût. Oui, mais d'abord, on en a déjà annoncé. Le ciblage, seul le ciblage fonctionnera. L'argent qu'on déverse sur tout le monde de manière indifférenciée, ça ne marche pas. Ça a été essayé. La Pologne a baissé la TVA il y a trois ans. Ça a coûté une fortune. Ça ne s'est pas traduit par une ciblage.
Le ciblage, ça veut dire quoi ? Est-ce que le chèque carburant, en 2023, il y avait un chèque essence de 100 euros pour les 50% de Français ?
Ce que je peux vous dire, Thomas Soto, c'est qu'on concerte, on calibre, on étudie, et que dans les tout prochains jours, on sera en mesure d'annoncer des mesures nouvelles. Mais on a déjà fait des choses. Pour qui ? On regarde ce qu'on appelle les gros rouleurs. Mais on va le faire, là encore, de manière ciblée. Un, pour éviter de gâcher de l'argent que demain, il faudra retrouver, rembourser. Et deux, en intégrant ce qu'on a déjà fait. Les secteurs les plus affectés, qu'est-ce qu'ils nous disent dès la semaine dernière ? Le problème à court terme, c'est de pouvoir payer les factures. Donc, c'est des problèmes de trésorerie.
Et donc, première salve, si je puis dire, on annonce des mesures de trésorerie qui vont permettre aux entreprises, les transporteurs routiers, les pêcheurs qui ont des problèmes pour payer leurs factures d'essence, de la payer. Ensuite, il faut qu'on regarde si on peut les accompagner, là encore, de manière ciblée.
Et juste, pardon, pour qu'on comprenne bien de quoi on parle, parce qu'on a besoin de concret, M. le ministre. Les gros rouleurs, c'est qui ? Est-ce que c'est l'infirmière libérale ? Hier, on avait une infirmière qui était en montagne, qui nous racontait qu'elle roulait, qu'elle ne pouvait plus assurer tous ses rendez-vous. C'est qui, les gros rouleurs ?
C'est exactement ce qu'on est en train de regarder. Je ne peux pas vous faire les annonces qu'on fera dans les tout prochains jours.
C'est quand les prochains jours ?
Les tout prochains jours, je pense que ça parle de lui-même. Fin de la semaine ? Pardon ? Fin de la semaine ? Les tout prochains jours, dans les jours qui viennent, franchement. En tout cas, il y aura des annonces. Mais bien sûr, il y aura des annonces. Et ce n'est pas juste pour faire des annonces. C'est parce qu'on est convaincu qu'il y a des secteurs particuliers, des catégories particulières, qui sont particulièrement touchées. Ça ne veut pas dire que tous ceux qui ne font pas le plein ne sont pas touchés. Mais effectivement, évidemment, ça a été dit. D'ailleurs, je vous ai entendu ce matin faire des reportages là-dessus.
Il y a aussi d'autres manières d'économiser, quand on fait face à un choc sur le prix de l'essence, que tout le monde est en train de mettre en œuvre. Évidemment, on fait du covoiturage quand on peut. Évidemment, on réduit la vitesse quand on peut. Et ça, j'allais dire, c'est du bon sens. Mais qu'il ne faut pas oublier non plus. Juste, je reprends mon exemple des infirmières.
Pour vous, ça vous semble être une grosse rouleuse, une infirmière qui est sur les routes tout le temps ?
Une infirmière libérale qui fait 200 km par jour ou 300 km par jour. Et il y en a. Évidemment, ça fait partie des gros rouleurs. Mais je ne veux pas commencer à égrener des choses. Oui, mais c'est pour qu'on comprenne l'esprit. Oui, mais on comprend bien l'esprit. Baisse des taxes, c'est non toujours ? Baisse des taxes. Écoutez, ça a été fait en Pologne. Quand vous baissez la TVA, les prix ne baissent pas nécessairement parce que les intermédiaires augmentent leur marge. Quand vous la remontez, alors là, les intermédiaires ne baissent pas leur marge. Vous vous retrouvez, in fine, avec des prix plus élevés que quand vous étiez entré. Autre exemple, ce qu'on appelait la TIPP flottante.
C'était sous le gouvernement SOSPIN. Donc, paix à son âme, mais au début des années 2000. Ça a été fait pendant un an et demi. Ça veut dire que quand l'essence monte, vous baissez la taxe. Quand l'essence baisse, vous manquez la taxe. C'est un apportisseur, ce qu'on appelle. Oui, un apportisseur qui a coûté 3 milliards d'euros pour en moyenne un impact sur le prix de l'essence de 2 centimes. 2 centimes.
Oui, regardez, après la guerre en Ukraine, il y avait une ristourne de 15 centimes par litre
pendant 4 mois. Et ça a coûté une fortune et ça a, y compris, aidé des gens qui n'en avaient pas besoin. On est ruiné ? Mais non, mais ce n'est pas une histoire d'être ruiné. C'est une question de choix politique à un moment, non ? Oui, c'est exactement. C'est une question de choix politique qui est que les euros dépensés aujourd'hui, on devra les retrouver demain. Donc, soit vous donnez de l'argent à tout le monde, y compris dans cette ristourne dont vous parlez, à ceux qui n'en ont pas nécessairement besoin. Soit vous ciblez, parce que l'euro public est un euro rare et donc il est cher, des gens qui en ont vraiment le plus besoin.
Donc, il y aura des mesures ciblées annoncées dans les tout prochains jours. Le plafonnement des prix, on avait connu ça au moment du Covid avec le blocage des prix sur le gel hydroalcoolique et les masques. Est-ce que ça, c'est une option ou pas ?
Écoutez, soit vous bloquez les prix, j'allais dire, trop haut. Et là, tous les prix montent. Soit vous les bloquez trop bas, et on a entendu d'ailleurs des pompis ce matin sur votre micro, qui perdent de l'argent, qui arrêtent de vendre de l'essence. Donc, soit vous organisez la pénurie parce que vous mettez les prix trop bas, soit vous montez les prix. Non, il n'y a pas de formule magique. Il n'y a pas de formule magique,
mais il y a cette impression, alors peut-être que les distributeurs d'essence, ils sont tranquilles, ce n'est pas le gouvernement qui les embête. Michel-Édouard Leclerc avait fait sa com' en premier temps de baisser 30 centimes les litres, puis la rétropédale et Dominique Schellcher pour le coopératif U a fait des promesses non tenues. Ce n'est pas de la publicité mensongère, ça ? Est-ce que tout est permis ?
Un, non, tout n'est pas permis. La répression des fraudes regarde ça de près. Deux, on mesure les marges des distributeurs tous les jours parce qu'on est effectivement sensibles à ça. Le Premier ministre nous a demandé de préparer un décret. On est prêt à plafonner les marges, pas les prix parce que ça n'a aucun sens, mais les marges, si besoin est. Et je pense que face à cette menace, en tout cas nous on le note tous les jours, les marges des distributeurs, non seulement elles n'ont pas monté, mais pour certains d'entre eux, elles ont baissé. Il y a des distributeurs qui ont essayé de plafonner les prix, vous le savez. Grandes marques qu'on connaît bien. C'est total.
Oui, aujourd'hui il y a des efforts qui sont faits. Pourquoi c'est possible ? Mais c'est possible et la pression est là et on se retrouve effectivement aujourd'hui, de manière objective, avec des distributeurs qui n'en profitent pas et des prix qui montent malheureusement parce que le golf est dans l'état dans lequel il était.
Roland Escu, encore quelques questions très concrètes. L'Agence internationale de l'énergie, pour faire des économies, recommande le télétravail. Est-ce que vous, vous demandez ce matin aux entreprises de desserrer les taux, de redevenir plus souple sur le télétravail quand c'est possible ?
Moi ce que je dis, c'est que face à ce choc, soit on se tire les...
Ce choc non pétrolier donc ?
C'est un choc, il faut le dire, on a une hausse du prix de l'essence importante, on a un ralentissement de l'activité, il est mesuré à ce stade minéral. Mais sur le télétravail ? Soit on se tire les uns sur les autres, ce qu'on a parfois tendance un peu à faire, soit on fait preuve de solidarité. Donc il y a des entreprises, oui, qui peuvent peut-être le faire, et je n'ai pas besoin, le ministre de l'économie et des finances n'a pas besoin de leur dire, pour que s'il y a des gros rouleurs chez eux qui font 40-50 kilomètres pour venir au travail le matin, peut-être qu'ils peuvent faire du télétravail un peu plus souvent.
Je ne veux pas donner de leçons, mais je pense qu'on est capables ensemble de se dire face à ce choc, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on réagit ou pas ? Moi je pense qu'on peut réagir.
Plus largement, au-delà de la question du carburant, on s'inquiète pour notre économie, quelles conséquences sur les prix, le pouvoir d'achat, l'inflation ? Est-ce que vous restez sur vos prévisions d'inflation ? La Banque de France vient de les rehausser, on parle de peut-être 2% d'inflation pour cette année ?
C'est ça, l'ordre de grandeur c'est 2%, l'INSEE a sorti sa note de conjoncture aussi qui prévoit 1,9% d'inflation à la fin du mois de juin, nous on était plutôt proche de 1%.
Donc là vous revoyez à 2 plutôt ?
Non, parce que ça dépend de la durée du choc.
D'accord.
Si le choc ne dure pas trop longtemps, d'ici la fin de l'année, les prix auront le temps, j'allais dire, à l'occasion de redescendre. Donc on suit la situation, on est bien conscients qu'à court terme, l'inflation va monter, ce qui va peut-être se traduire d'ailleurs par une hausse du SMIC, on verra. Donc ça aussi, c'est un amortisseur. Il y a beaucoup d'amortisseurs dans l'économie française, j'allais dire, tant mieux.
Et sur la croissance, là encore la Banque de France vient d'abaisser ses prévisions pour 2026 et 2027, le gouvernement aussi, est-ce que votre budget est toujours tenable avec 1% de croissance ?
Oui, on est à 1% de croissance de prévision, la Banque de France est à 0,9%, l'INSEE est à 0,9% à la fin du premier semestre, donc sans doute un peu plus si le second semestre...
Donc le France dit attention, on redescend à 0,9%, mais ça pourrait être moins. Mais bien sûr, bien sûr.
Vous restez sur 1% ? À ce stade, on reste sur 1%, on reste sur l'inflation, on n'est pas là pour faire de la godille. On aura ce qu'on appelle un comité d'alerte sur les finances publiques, le 21 avril, où on aura l'occasion d'adopter tout ça, d'adapter tout ça, et on verra s'il faut changer. Mais pour l'instant, ça tient, c'est important quand même.
Dernier point, ça va se jouer au niveau européen, qui est prévu ?
Alors, je vous annonce que pour la première fois depuis 50 ans, j'ai décidé de convoquer un G7, Finance, Énergie, Banque Centrale. Donc on va avoir les ministres de l'économie, les ministres de l'énergie et les banques centrales ensemble lundi pour évoquer la situation, comprendre ce qui se passe, parce qu'aujourd'hui, on est à la convergence de sujets énergétiques, de sujets économiques, de sujets d'inflation, les banques centrales. C'est la première fois qu'on le fait. Je vous en redonnerai des nouvelles dès lundi.
Donc ça sera lundi. Merci beaucoup Roland Escur d'être venu sur RTL. Vous avez quand même beaucoup d'e-chocs. Allez, venez tout de suite. Il y a...
Roland Lescure