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interviewBFM Business· 17 avril 2026 13 min

"Nous allons perdre 1,7 millions d'élèves" (Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale)

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il est 7h43 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invité c'est Édouard Jeffrey. Bonjour, vous êtes ministre de l'éducation nationale.

On a énormément de questions ce matin à voir avec vous. Je commence par le sujet numéro 1, les questions démographiques. Vous avez pris le sujet à Bralcor ces derniers jours.

Avec ce chiffre, la France pourrait perdre 1,7 million d'élèves d'ici 2035. Vous dites qu'il y aura pas de réforme à la rentrée, que le monde de l'éducation a besoin de calme. Est-ce qu'on pourrait pas quand même utiliser cette chute démographique pour changer l'école ?

Pourquoi ça serait pas une opportunité par exemple pour payer les mieux les profs en ayant moins puisqu'on aura moins d'élèves ? Alors d'abord c'est c'est pas inconditionnel hein, c'est que nous allons perdre 1700000 élèves en 10 ans. C'est mécanique, c'est l'effet de la chute des naissances.

Ça c'est la première chose. La deuxième chose c'est que oui, évidemment c'est une opportunité pas forcément de baisser le nombre de professeurs. C'est l'opportunité de repenser un peu différemment notre système éducatif.

Quand vous perdez euh 20 % de vos élèves ou 15 % de vos élèves en 10 ans, ben vous êtes tout simplement obligé de vous réinterroger. Il faut se réinterroger sur les contenus, il faut se réinterroger sur l'organisation territoriale. Euh on a aujourd'hui euh un maillage très très fin.

Il faut réussir à garder ce maillage et en même temps là où il y a plus d'enfants, bah il faut accepter de penser l'école un peu différemment. Donc on est à l'aube en fait de d'à à peu près deux décennies de transformation profonde pour le système négatif. Mais vous ne voulez pas baisser drastiquement le nombre de profs ?

Deux questions là-dessus. Le premier sujet, c'est que il y a un problème d'attractivité et on comprend très bien le salaire d'entrée pour un prof, c'est 2121 €. Au bout de 6 ans, vous êtes à 2600 € net.

Bon, on voit bien quand même que c'est pas très attractif. Pourquoi c'est un métier à bac + 5 qui est si mal payé ? Est-ce qu'on pourrait pas justement en avoir moins pour faire monter le salaire des professeurs ?

Premier sujet. Et euh 2è sujet, est-ce qu'on est vraiment sûr que quand il y a autant de profs devant les élèves qu'il y a des petites classe, on a vraiment un taux de réussite qui est supérieur à des grosses classes ? Alors euh il y a pas forcément de vaste communiquant entre je baisse le nombre de professeurs et je les augmente parce que malheureusement avant et puis bon si c'était c'est pas c'est pas aussi simple que ça.

Euh globalement au cours des 20 prochaines années la France aura besoin d'un peu moins de professeurs contenu la chute du nombre d'élèves. Ça c'est vrai. Deuxième chose et par ailleurs, il faut augmenter les professeurs notamment ce qu'on appelle la première moitié de carrière puisqueen réité il y a une espèce de plateau pendant 20 ans qui est très très long qui est un peu décourageant objectivement et par contre après on a une progression assez nette sur la deuxième partie de carrière.

Donc ça ce sont des choses qu'il faut penser effectivement pour renforcer l'attractivité. Le nombre d'élèves par classe fait aussi partie d'attractivité. On est en train de le baisser progressivement.

On en a perdu deux enfin en moyenne c'est deux élèves par classe en moins depuis 2017. On va continuer ce trajectoire mais après on joue sur des données qui sont extrêmement comment dire complexes. Moi j'ai 800000 professeurs dans 60000 implantations que je recrute pour 40 ans.

Donc vous voyez quand on se projette à long terme dire on va baisser le nombre de professeurs ou monter nombre de professeurs, ça se fait pas en deout à peau et donc il faut un petit peu de stabilité aussi si on veut qu'on soit quelque chose. 16 % de salaire inférieur au reste de l'Europe pour les professeurs français. On peut pas rester comme ça.

Vous le voyez bien, 2600 € pendant 15 ans. D'où d'où le fait qu'il faut effectivement alors pas forcément cette année parce qu'on est en contrainte budgétaire comme vous le savez particulièrement tendu mais dès que possible il faudra travailler sur la rémunération des professeurs en première partie de cardio. Oui.

Quand on regarde les chiffres du CAPS alors tout CAPES confondu, on avait 2100 postes offerts en 2025, 7396 admis. Tous les postes ne sont pas pourvus. Ça veut dire en gros qu'on prend tous ceux qui se présentent.

Un poste sur 4 n'est pas pourvu en mathématiques. C'est à peu près pareil en physique chimie. Alors, c'est un petit peu plus compliqué que ça, mais euh ce qui est intéressant, c'est qu'on a repensé complètement le système de recrutement.

Euh vous le savez sans doute puisque depuis cette année, nous recrutons à la fin de la licence, donc à la fin de la L3. Et en fait, nos candidats seront formés pendant 2 ans en étant rémunéré pour être formés pendant un master. Donc, vous me demandez tout à l'heure comment renforcer l'attractivité. nos nos rémunération pendant le master déjà nos élèves professeurs voilà nos professeurs fonctionnaires vont être rémunérés pour faire leur master donc en 2 ans, c'est quand même pas mal sous statut de professeur et puis on a repensé au passage du coup le contenu de la formation pour faire en sorte que évidemment ce contenu soit plus adapté parce qu'on sait bien que pour avoir des bons élèves, il faut des professeurs bien formés.

Ça c'est mécanique et c'est vrai, c'est une règle universelle. Donc on a repensé ce formation et au passage d'ailleurs ça s'est traduit par montation très substantielle du nombre de candidats au concours cette année. Là de combien à peu près ?

Alors, on a on a plus que doublé le nombre total de candidats, ce qui est logique parce qu'il y avait deux promotions. Mais en réalité, ce qui est intéressant, c'est quand on regarde ceux qui sont en L3, ils sont beaucoup plus nombreux que ceux qui jusqu'à présent ét en master. Désormais, le niveau euh scolaire et notamment en mathématiques, c'est devenu une préoccupation économique.

On entend sur ce plateau régulièrement des chefs d'entreprise, c'est le cas de Safran notamment de Talès, s'inquiéter vraiment pour les futurs recrutements dans les entreprises. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Est-ce que c'est à eux de prendre en charge une partie de ce que n'arrive plus aujourd'hui à faire l'État, notamment sur les questions de formation ?

Non. Alors, l'État arrive à faire, pardon, mais enfin l'État fait son travail et l'école fait son travail. On continue à produire des le niveau baisse quand même.

Ça dépend ce qu'on regarde et quand on regarde, mais globalement notre école, elle continue. Il faut quand même enfin on a le don quand même de toujours regarder les choses à travers un prix. C'est quand on regarde les classements pizas, on se dit pas qu'on passe un bon moment.

Mais euh on a mis fin à 40 ans de chute quand même et quand on regarde les classements notamment Pearls, c'est-à-dire dans le premier degré, on est le seul pays européen qui a progressé au dernier classement Pearls. Donc on est en train d'inverser la tendance dans le premier degré et on espère évidemment que ça va se répercuter maintenant dans ce qu'on appelle le second degré si on a quoi ? dans les classement c'est c'est les mathématiques c'est un classement mathématique.

On est le seul pays européen qui a progressé au dernier classement le la prochaine évaluation a lieu en ce moment même cette année. Donc on aura les résultats dans 18 mois et toujours. Donc vous dites le niveau remonte sur les mat le niveau remonte dans le premier degré à l'école très clairement et et à l'entrée en 6e.

En revanche dans le second degré on a encore du travail à faire notamment au niveau du collège et c'est d'ailleurs pour ça que je suis très concentré sur le collège. Donc d'abord tout n'est pas aussi négatif qu'on le dit. Première chose.

Deuxième chose, on a un sujet majeur aujourd'hui sur les mathématiques, c'est la place des femmes. Les femmes en France ne sent pas vers les mathématiques ou en tout cas beaucoup moins que dans d'autres pays. On a grosso modo à peu près un/ers de femmes dans les études d'ingénieur.

Alors on a besoin de former plus d'ingénieurs et concrètement plus de femmes. Et c'est là qu'on a tous un rôle à jouer notamment les entreprises, c'est d'aller chercher les jeunes filles pour les convaincre que les carrières scientifiques sont aussi faites pour elles. Passer des maths aux femmes.

Alors du coup j'ai le chiffre environ 30 % des élèves d'ingénieur sont des femmes aujourd'hui il y a 20 ans. C'était 27% donc en fait il se passe rien. En une génération on n pas changé le problème.

Qu'est-ce qu'il y a dans la méthode que qu'on a raté là qu'il faut changer ? Alors on a une question de méthode et on a une question de représentation sociale et familiale. Dans la méthode nous on est en train de tout repenser.

En réalité le décrochage entre les filles et les garçons, il intervient dès le CP. C'estd que les filles sont meilleures en math à l'entrée en CP. 6 mois plus tard, elles sont moins bonnes que les garçons.

Donc on a tout un travail à faire pédagogique au niveau de de l'école, du collège et du lycée. L'autre sujet, c'est une question de représentation sociale. C'est que ce décrochage qu'on mentionne sur les femmes et les et sur les filles et les garçons, le dernier classement PISA a montré qu'il était universel et qui s'était accru notamment dans des pays comme la Suède, le Japon qui était historiquement très en pointe en terme de parité.

Donc ça veut dire qu'on a aussi un problème de représentation culturelle et c'est là que les entreprises ont un rôle à jouer. C'est là que les rôles modèles féminins ont un rôle à jouer parce qu'en fait il faut montrer aux jeunes filles aujourd'hui que loin représentation des réseaux sociaux les sciences c'est fait pour ell. vous m'avez pas répondu sur les les entreprises et le fait qu'aujourd'hui sur les questions de formation euh pas mal d'entreprises désormais créent leur propre cycle de formation en disant ben moi quand je récupère les les étudiants, ils sont pas haut niveau.

Donc du coup on a des entreprises qui forment pour leur propre métier des jeunes et on perd ce ce cursus général qui faisait peut-être euh notre fierté française en disant ben on avait des des élèves qui avaient de la philo, du français et cetera. Aujourd'hui, on va vers vraiment une une précision d'éducation avec des des enfants, des élèves qui sont formés pour une boîte. C'est pas quand même un problème ça ?

Alors, sauf que ces jeunes qui sont formés pour une entreprise, ils sont précisément passés par le cursus général. C'estd que l'enjeu si vous voulez les d'abord les métiers ont quand même beaucoup muté, ils mutent beaucoup et on a plus de carrière linéaire. Tout le monde le sait et tout le monde le dit.

À partir de là, il faut qu'on articule bien formation initiale et formation continue. Nous, notre objectif, c'est que nos élèves, ils soient capables, conduire une formation, si je puis dire, générale, solide, de s'adapter à des environnements ou à des métiers différents. Qu'ensuite les entreprises décident euh à 25, à 30 ans, à 35 ou à 40 ans de leur donner une formation complémentaire pour les spécialiser sur un métier, bien ce qui compte, c'est que nous, on sera capable de le de leur proposer enfin de proposer à nos jeunes une formation qui leur assure uneadaptabilité à leur environnement.

Et ça c'est quand même ce qu'on fait globalement aujourd'hui. Je dis pas que tout va bien hein, loin de là, mais en tout cas notre volonté c'est celle-là et c'est pas incompatible avec le fait qu'ensuite les entreprises veuillent former plus précisément tel ou tel de leur personnel. Alors vous me dites que le niveau euh ne baisse pas voir il remonte en en mathématique.

Commencé à remonter dans le premier degré baissé pendant 40 ans. Alors sur les 7 19 ans, ils sont plus désormais ils lisent désormais 18 minutes par jour par goutte. On était par jour par goût.

On était à 3h1 minute auparavant. On est sur un décrochage. Alors là, c'est sur les 16 19 ans, c'est encore pire.

On sait bien qu'il y a les il y a les réseaux sociaux qui ont qui font les écrans sont une concurrence très forte. Le chef de l'État a redit hier qu'il voulait travailler sur l'interdiction des réseaux sociaux au niveau européen. Il parle aussi d'une journée de déconnexion.

C'est ce qu'il a dit à des collégiens qu'il a vu hier. Ça veut dire quoi concrètement à l'école ? On range les portables une journée, on interdit, on force à discuter.

C'est ça. Ça serait quel ça marchera ? Comment ?

Alors, d'abord, d'abord peut-être juste un tout petit mot euh sur le niveau. Soyons clair, le niveau a baissé depuis 40 ans en France. Maintenant, la question c'est qu'on est en train de remonter la pente.

Je revenir su parce que c'est important. Il faut pas être dans le déni côté ni de l'autre. Euh deuxième chose et c'est pour répondre à votre question.

Très clairement aujourd'hui dans la chute du niveau qu'on observe, il y a des questions d'attention de capacité cognitive et ça c'est pollué par les écrans. C'estd qu'on a des gamins qui passent plus de temps devant un devant un écran qu'en cours. C'est ça la réalité aujourd'hui.

Nos enfants passent plus de temps devant un écran qu'en cours en moyenne hebdomadaire. Donc du coup effectivement d'abord on se bat contre la présence des écrans dans l'établissement. Vous savez que c'est déjà interdit à l'école, au collège, ça valait être au lycée à la rentrée.

Et ensuite dans ce que le président a annoncé hier effectivement, c'est qu'il voulait une journée par mois de déconnexion. Alors dans l'institution scolaire, évidemment ça se pratique déjà mais ce qui est intéressant si vous laission un peu prescriptive c'est de se dire effectivement que il y a un peu des rendez-vous où on apprend collectivement à être un peu moins addicte à nos téléphones. Au passageurs, ça peut s'appliquer aussi aux adultes, hein.

C'est pas tout à fait mauvais. Voyez, si tout le monde s'y met, on s'aperçoit qu'on peut vivre 100 quelques heures et ça fera du bien à tout le monde. Est-ce qu'il faut continuer à emmener 80 % d'une classe d'âge au bac aujourd'hui ?

Est-ce que c'est pas ça qui a fait baisser globalement le niveau ? C'était 15 % de moins il y a une vingtaine d'années. Ouais, tout à fait.

Moi, si vous voulez, le problème c'est pas tant de savoir enfin raisonner par pourcentage en disant je veux x % une classe d'age au bac ou x % de classe d'âge qui fait ceci. Euh ça fait un bel objectif politique. On en parle après pendant 40 ans donc ça marche bien.

En réalité, c'est pas ça mon sujet. Moi, mon sujet c'est que un jeune puisse aller au bout de ses potentialités et que quand il y a un examen, cet examen certifie son niveau. Typiquement ce baccalauréat, j'ai annoncé que j'allais durcir les règles sur notamment tout ce qui était maîtrise de la langue, grammaire, orthographe et cetera parce qu'on sait que ça s'est délité et effrité au cours des années.

On on peut pas dire à un gamin qui arrive à 7 et demi de moyenne à la fin de ses premières épreuves du baccalauréat qu'à coup de point jury en faisant pas très attention à la maisige et cetera et cetera. Il va arriver à 10 et qu'à la fin il l'aura parce qu'à la fin on lui ment. Mais par contre, l'objectif c'est quand même d'amener le maximum, enfin l'objectif républicain, c'est quand même d'amener le maximum de jeunes à un niveau solide.

Euh mais une fois encore, faut pas s'enfermer dans des logiques de dire 80 85 90, faut pas raisonner comme ça. Dernier point, vous êtes plutôt un ministre du style classe de niveau en disant il faut que les l'élite puisse avancer le plus haut possible ou vous êtes plutôt il faut les mélanger avec le reste de la population pour plutôt moyennis l'ensemble des élèves ? Il y a deux styles de ministre de l'éducation.

Mais il y en a un troisème. Alors moi, je suis ministre universel. Je me suis attaqué à la grande difficulté scolaire.

J'en ai fait une de mes trois priorités depuis le début. Mais je pense aussi que les bons élèves ont besoin d'être poussé. On est là pour 100 % des élèves.

On n'est pas là pour ni avoir telle ou telle méthode, ni c ni ça. Et je dis ça avec le plus grand aspect pour tous ceux qui ont appliqué les différentes réformes. Mais je je dirais pas que je suis l'un ou l'autre.

Je pense que comme tous les ministres d'éducation nationale, j'ai 12 millions d'élèves. Je m'intasse 12 milli. Mais pour compte les classes de niveau à la fin, c'est ça la question.

J'ai dit que je les rendais facultative. parce que ça marche pas partout.