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interviewC à vous (sur YouTube)· 9 mai 2025 18 min

« La meute » : Jean-Luc Mélenchon, une emprise sur LFI ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

On doit tous faire mieux, tout le temps. - P.Cohen: M.Tondelier veut continuer de travailler avec tout le monde, y compris LFI, et va jusqu'à parler de "manoeuvre de diversion".

F.Roussel acte une rupture sans rémission avec les insoumis. "La Meute" est un livre qui fait réfléchir à l'après-Mélenchon, mais en attendant, la gauche va devoir faire avec pour quelques années encore et très sûrement pour la prochaine présidentielle. - A.-E.Lemoine: Avant de revenir aux effets du livre sur la gauche, quels effets a eu ce livre sur les sympathisants et militants?

Vous avez déjà eu des retours? - C.Belaïch: Le premier réflexe officiel, c'est de serrer les rangs. - A.-E.Lemoine: C'est l'habitude, la culture. - C.Belaïch: C'est la suite logique.

Ca passe par du discrédit. La contradiction porte sur des détails. On est sur de la polémique superficielle.

Pour l'instant, il n'y a pas de remise en question de l'essence même du livre, de ce qu'on raconte, du système Mélenchon, un système de domination avec une culture de la violence. Ca, c'est le discours officiel. On a encore des sources à l'intérieur qui nous racontent qu'entre députés, et toujours à l'abri des regards de la direction, certains admettent que ce qu'il y a dans le livre est vrai, notamment sur la violence de S.Chikirou. - A.-E.Lemoine: Les militants pourraient vous fournir des témoignages qui iraient encore plus loin dans le sens du livre? - O.Pérou: Oui.

Depuis la sortie du livre, on a appris que J.-L.Mélenchon, depuis une semaine, cherchait le livre activement.

Depuis la sortie du livre, on a reçu des messages de militants qui ont quitté LFI, qui ont été victimes de toute cette violence ces dernières années, mais aussi des militants et des cadres de l'intérieur. Quelque part, ce livre est aussi fait pour eux. Ils ont le droit de savoir...

On a eu accès à de nombreux messages de boucles de la direction de LFI auxquels les militants eux n'ont pas accès. Ils ne voient pas toute la violence interne. - P.Cohen: Ils n'ont pas beaucoup droit à la parole, de toute façon, les militants. - O.Pérou: Les militants ont le droit de savoir la dichotomie qu'il y a entre les méthodes de J.-L.Mélenchon et S.Chikirou et leur programme. - A.-E.Lemoine: Est-ce que ça pourrait amener à une libération de la parole dans le camp insoumis? - C.Belaïch: C'est difficile à prévoir.

Je dirais plutôt que non. C'est un mouvement où il y a beaucoup de peurs. Il y a de la peur car il y a de la violence.

Il y a la peur d'être puni, purgé, excommunié. Ca s'accompagne d'un vrai procès en traîtrise qui est très violent, pour des gens qui ont milité pendant des années. Surtout, il y a une peur de trahir les valeurs.

Les militants, y compris quand ils ont quitté le mouvement, ont peur, en abîmant Mélenchon, d'abîmer LFI, la gauche, la cause. Notamment dans un contexte de progression du RN. - O.Pérou: On voit comment, depuis hier soir, ils font encore plus bloc, depuis les propos d'A.Jacubowicz, qui compare Mélenchon à Goebbels.

C'est un point Godwin assez choquant. Il occulte tout le travail qu'on a fait, et qui est documenté. - A.-E.Lemoine: Sans aller dans ces comparaisons diffamatoires, extrêmes...

Et la gauche, dans tout ça? Il y a une forme d'aveuglement. Une partie de la gauche continue à vouloir s'arrimer à tout prix à LFI et à J.-L.Mélenchon.

C'est du déni? - C.Belaïch: Je pense que c'est d'abord une volonté de ne pas se mêler des affaires internes LFI.

Ca répond aussi à l'attente encore très forte du nom de la gauche que certains perçoivent. C'est le débat qui agite tous les dirigeants de gauche aujourd'hui. M.Tondelier tient toujours à l'union la plus large possible. - P.Cohen: Par intérêt électoral aussi.

Ca compte. - O.Pérou: Dans la sociologie électorale des Ecologistes, on voit qu'elle se mêle souvent à celle des insoumis.

M.Tondelier précise bien lors de son entretien qu'elle ne veut pas...

Elle veut garder les insoumis, pas J.-L.Mélenchon.

Elle aussi a été victime des propos violents de J.-L.Mélenchon. - A.-E.Lemoine: Vous avez choisi de dévoiler dans votre livre le fait que S.Chikirou, compagne de J.-L.Mélenchon...

Dévoiler sa vie privée, c'était le seul moyen d'avancer, dans votre livre? Vous avez hésité? - C.Belaïch: Elle se présente elle-même comme la femme du chef.

C'est ça qui m'autorise à tant de violence et d'outrance. On parle de propos à caractères homophobes ou antisémites qui ne sont jamais punis. S.Chikirou a comparé F.Roussel à Doriot.

A l'époque, ça crée un malaise en interne. Beaucoup de gens trouvent que c'est choquant et outrancier. Pourtant, elle ne sera jamais punie. - A.-E.Lemoine: Votre livre s'ouvre par une scène en 2022.

Un militant insoumis ose dire à haute voix la définition d'une secte lors d'une réunion, le tout dans un silence pesant, où les regards se croisent et sont fuyants. Tout d'un coup, tout le monde se reconnaît dans cette définition? - O.Pérou: Ce n'était pas la première fois qu'il y avait eu cette discussion.

Les militants du Parti de gauche ont un pied dedans un pied dehors de La France insoumise. Ca montre combien le changement de J.-L.Mélenchon en 2016, sa volonté de créer LFI, un mouvement gazeux, et de rompre avec la mécanique du Parti de gauche, où il y avait des instances, des mécaniques, des débats et où il a été mis en difficulté dans certains débats, notamment en 2014 ou en 2015...

La création du LFI lui permet d'asseoir son autorité et, quelque part, d'avoir un parti à sa main. Il aime beaucoup cette expression, J.-L.Mélenchon, de F.Mitterrand: "100 hommes peuvent conquérir un pays." Il dit qu'il a besoin de 100 hommes et d'un téléphone portable.

J.-L.Mélenchon crée plein de boucles.

C'est comme ça qu'on dirige LFI. Des boucles sur Telegram, sur WhatsApp...

Quand les messages fuitent dans la presse, il a cette phrase, cette menace: "Si j'en vois, je ferme cette boucle. J'en fais une autre avec d'autres gens. Ceux que je soupçonne de faire fuiter dans la presse n'y seront pas." - A.-E.Lemoine: C'est le 1er signe de disgrâce, quand on disparaît d'une boucle Telegram. - C.Belaïch: Sans aller jusqu'aux purgés, il y a beaucoup de militants et de cadres qui ont connu des mises au ban, des mises à l'écart.

Ca, c'est aussi un des outils de J.-L.Mélenchon pour asseoir sa domination.

Il souffle le chaud et le froid. D.Simonnet a une expression intéressante, elle parle de relation amoureuse toxique.

Il flatte, valorise. "Aujourd'hui, tu as le droit de venir à ma table." Parfois, sans comprendre pourquoi, il y a une mise à l'écart.

Il distribue les bonnes et les mauvaises grâces. - A.-E.Lemoine: Une secte...

J.-L.Mélenchon préfère utiliser une autre métaphore, un autre modèle, celui de la légion romaine.

C'est la confidence qu'il fait à R.Glucksmann. Pourquoi la légion romaine?

Parce que c'est la discipline, la dévotion au chef? - O.Pérou: On ne va pas résumer le livre en quelques citations, mais ce qu'on raconte, c'est une mécanique, un système.

C'est ce que révèlent tous ces témoignages et documents. Ca explique d'ailleurs la façon qu'ont les insoumis de répondre à ce qu'on dévoile. Ils avancent en légion.

Tout ce qui vient de l'extérieur est vu comme un danger. En interne aussi. "Les loups faibles", si on peut le dire ainsi, sont sanctionnés.

On parlait tout à l'heure de M.Bompard. Il n'a pas été victime d'une purge, mais d'une mise à l'écart.

Aujourd'hui, chat échaudé craint l'eau froide. Il n'a pas envie de revivre ça. C'est ça, l'effet des purges.

On raconte celle de l'été dernier, il y en a eu des dizaines d'autres avant. - A.-E.Lemoine: Parler, dire à haute voix ce qu'on pense du fonctionnement de LFI, c'est reconnaître qu'on l'a accepté pendant des années. - C.Belaïch: C'est ça qui est fascinant.

Tous les bannis, aujourd'hui, réalisent qu'ils ont tous peu à peu contribué à cette dérive autoritaire. Pour eux, la fin justifie les moyens. En tout cas, à un moment, ils ont pensé ainsi, tout comme J.-L.Mélenchon.

Ils se sont tous dit que pour la cause, il fallait bien accepter une forme de mise entre parenthèses de la démocratie pour être plus efficace. Il y a cette idée que le débat, c'est une perte de temps et que seule la conquête du pouvoir compte. Ils ont accepté des coups de colère injustifiés, des exclusions violentes.

Au fur et à mesure, plein de verrous ont sauté. Aujourd'hui, ils se rendent compte qu'on ne peut pas différencier la façon dont on conquiert le pouvoir et la façon dont on l'exercera. - A.-E.Lemoine: Patrick? - P.Cohen: Il est frappant de voir que dans les bannis ou les punis, il y a des gens qui sont restés encore fidèles à J.-L.Mélenchon, qui sont dans le cercle proche.

J'ai découvert A.Léaument, qui est un député assez discipliné. Il a été viré par S.Chikirou. - O.Pérou: Elle a menacé de le virer à plusieurs reprises.

Certains nous racontent que quand A.Léaument est élu député en 2022...

Pardon, quand S.Chikirou crée Le Média après 2017, il y a un soulagement à LFI. S.Chikirou ne sera plus au siège. - M.Bouhafsi: J.-L.Mélenchon et S.Chikirou n'ont pas voulu répondre à vos questions.

Dès mardi, M.Panot a dit que votre enquête comportait des mensonges. M.Bompard vous a reçus pour ce livre, mais il conteste vos méthodes de travail. - M.Bompard: Dans un extrait, il est dit que j'étais avec J.-L.Mélenchon dans les couloirs du Parlement européen et qu'il aurait dit de moi "achète-toi un cerveau".

Cette scène n'a jamais existé. J'ai passé 2 heures 30 d'entretiens avec les journalistes de cet ouvrage. A aucun moment ils ne m'ont demandé si cette scène existait. - M.Bouhafsi: Je crois que 2 heures 30, c'est exagéré. - C.Belaïch: Sur cette histoire de contradictoire, c'est faux.

On a adressé des demandes répétées à LFI, J.-L.Mélenchon, S.Chikirou de contradiction.

On a écrit à tous les gens mis en cause dans ce livre. Ils n'ont pas voulu nous répondre. Sur les accusations de fiction, on est sur des détails.

L'histoire du vin rouge...

Je ne sais plus ce qu'on cite. Personne ne remet en question l'essence même du propos, la violence systémique, l'absence de débat. A ce jour, on n'a pas reçu de plainte en diffamation. - A.-E.Lemoine: Attendez-vous une réponse de J.-L.Mélenchon dans les jours qui viennent?

Votre livre s'arrache. Il est en rupture de stock. Il se vend plus cher sur les sites de revente... - C.Belaïch: C'est vrai? - A.-E.Lemoine: Oui.

Il se revend plus cher sur les sites d'occasion qu'en librairie. Il est en rupture de stock. Il se vend 43,89 euros. - C.Belaïch: Il y a un marché noir... - A.-E.Lemoine: Un marché noir de "La Meute" s'est déjà installé.

Le livre est paru mercredi. Est-ce que vous attendez une réponse de J.-L.Mélenchon? - O.Pérou: Je vois qu'il fait un meeting mercredi prochain, en même temps que la prise de parole d'E.Macron.

On lui a envoyé tellement de demandes répétées...

Le 28 janvier, c'était un des derniers messages, je crois, qu'on envoie, contradictoire, à de nombreuses personnes, dont son attaché de presse. Evidemment, pas de réponse. A partir de ce moment-là, nous avons été exclus de la boucle de communication de J.-L.Mélenchon.

On ne connaît pas son agenda si on ne lit pas la presse. - A.-E.Lemoine: Donc vous n'êtes pas les bienvenus à son meeting mercredi prochain. - C.Belaïch: Visiblement, non. - M.Bouhafsi: On voit que J.-L.Mélenchon ne monte pas dans les sondages.

A.Corbière, R.Garrido, D.Simonnet expliquent qu'ils vont bien, qu'ils se sentent mieux qu'avant.

Votre livre cartonne. Selon vous, pourquoi les autres restent? - O.Pérou: On ne peut pas anticiper l'impact que ça va avoir en interne.

Aujourd'hui, c'est sans doute trop tôt. On ne peut que vous raconter les messages qu'on reçoit de la part de militants et de certains cadres, ainsi que les conversations qu'on nous a rapportées. Cette façon de resserrer les rangs, elle est ce qu'elle est au sein de LFI.

Ce n'est pas un livre pour que les gens partent de LFI ou que J.-L.Mélenchon soit incapable d'être président.

Notre propos, c'est de documenter comment fonctionne LFI. - C.Belaïch: Je crois qu'ils croient sincèrement en J.-L.Mélenchon.

Ce qui nous est apparu comme très fort au cours de l'enquête, c'est que les militants ont une véritable fascination pour J.-L.Mélenchon.

Ca s'explique par le charisme de J.-L.Mélenchon.

C'est indéniable. Il a une envergure politique, intellectuelle. Il incarne vraiment une utopie politique.

Il s'est créé une exaltation des troupes. Ca tranche beaucoup avec le reste de la gauche. C'est un camp où il y a un défaitisme, un pessimisme ambiant assez frappant.

Lui, il entretient une forme d'exaltation. - A.-E.Lemoine: Dans ce livre, vous rapportez des propos à votre sujet.

En 2023, alors que vous écrivez un article sur le fossé grandissant entre les juifs et J.-L.Mélenchon, il vous aurait traité d'agent du Likoud.

Le Likoud, c'est le parti de B.Nétanyahou. Qu'est-ce que ça raconte sur vous, alors que J.-L.Mélenchon s'est toujours défendu de tout antisémitisme? - C.Belaïch: On est avant le 7-Octobre.

Depuis le 7-Octobre, je n'ai jamais pris position sur le conflit israélo-palestinien. Je n'en ai rien dit, excepté pour traiter de ses implications sur la vie politique française à gauche, que je suis pour "Libération". Je peux m'étonner qu'on m'assimile au gouvernement israélien.

Ca veut dire que parce que j'ai un nom juif, il suppose forcément que je défends les intérêts d'Israël. On parlait de Goebbels. J'aimerais qu'on ne me rende pas responsable des propos tenus sur des plateaux.

On ne tient pas pour responsable la direction de LFI du déferlement de propos antisémites à mon égard. C'est dans la droite ligne de "l'agent du Likoud", ce qu'on peut lire. - O.Pérou: Les insultes qu'on reçoit de sympathisants revendiqués insoumis sur les réseaux sociaux visent, à très grande majorité, beaucoup plus Charlotte que moi. - P.Lescure: Il est évident que ceux et celles qui restent attendent que J.-L.Mélenchon confirme sa candidature pour 2027.

Il y pense évidemment. Voici ce qu'il disait quand même en janvier 2023 sur France 2. - J.-L.Mélenchon: Je ne suis pas candidat à ma succession.

Qu'est-ce il faut que je dise de plus? - C'est dit. C'est clair. - J.-L.Mélenchon: Je veux travailler mon travail intellectuel.

En juin ou juillet prochain, je ferai paraître le livre "La Révolution citoyenne". Je veux réussir l'installation de la fondation. A ce moment-là, je pourrais me dire que j'ai fait le travail.

En 2027, les circonstances vont permettre de désigner quelqu'un. - P.Lescure: Il n'a jamais vraiment cherché quelqu'un? - O.Pérou: La dernière phrase est formidable. "Les circonstances permettront de désigner quelqu'un." J.-L.Mélenchon répète qu'il est un homme de circonstances.

Il s'y prépare, il en a envie. L'un des points de départ de cette enquête, ça a été l'affaire Quatennens. Au moment de l'affaire Quatennens, il y a cette différence entre ce que pensent toute la base, les cadres et ce que dit J.-L.Mélenchon.

Le mouvement vient en défense d'A.Quatennens. Il a été jugé coupable de violences conjugales.

Il organise cette réunion avec tous les députés et les collaborateurs parlementaires. Il les engueule tous. Il ne dit pas: "Vous n'avez pas défendu l'un des vôtres, A.Quatennens." Il dit: "Vous ne m'avez pas défendu." A partir de ce moment-là, J.-L.Mélenchon ne veut pas laisser son parti fonctionner sans lui et il reprend la main. - A.-E.Lemoine: A la fin de votre livre, vous dites ceci...

C'est fini, J.-L.Mélenchon? - C.Belaïch: On peut supposer que c'est sa dernière candidature à la présidentielle.

La question qui sous-tend ce livre, c'est: qu'est-ce qu'il restera de LFI après lui? - A.-E.Lemoine: "La Meute.

Enquête sur La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon".

« La meute » : Jean-Luc Mélenchon, une emprise sur LFI ? — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote