Alexis Corbière : "On ne règle pas les problèmes migratoires en étant inactifs face à 200 'fachistoïdes' dans les Alpes"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:46OuverteRéponse directe
Le gouvernement voyait dans cette double opposition le signe d'un texte équilibré. Vous avez bataillé, vous avez perdu. Quel est votre état d'esprit ce matin ?
- 1:48RelanceRéponse partielle
Mais c'est l'époque, c'est pas que la Vème République, c'est pas que la Vème République, Alexis Corbière. Est-ce que c'est l'époque ? Est-ce que c'est ce qui émane d'une demande sociale, d'après vous, du pays ?
- 3:17RelanceÉludée
Mais le groupe est tenu, c'est comme chez vous, la discipline du parti...
- 4:42OuverteRéponse directe
Ce texte porte une trace de l'hepénisme, d'après vous ?
- 7:08OuverteRéponse directe
Quelle différence, Alexis Corbière, entre la violence d'extrême gauche et celle que vous avez pu voir dans les Alpes ?
- 8:15RelanceRéponse directe
Est-ce qu'il y a une différence de nature entre les violences d'extrême droite et les violences d'extrême gauche ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:08Invité politiqueFait
« C'est un texte qui est dangereux. »
- 1:28Invité politiqueFait
« On va pouvoir comme ça, non plus 45 jours mais 90 jours pendant 3 mois, on va pouvoir mettre en centre de rétention des enfants. »
- 2:28Invité politiqueChiffre
« Mais est-ce qu'on peut accepter l'idée qu'il y ait, comme prévoient beaucoup de conférences internationales, près de 200 millions de gens qui vont partir sur le haut ? »
- 4:45Invité politiqueFait
« Oui, idéologique, oui. »
- 5:53Invité politiqueChiffre
« Il y a encore quoi ? 3000 personnes qui sont morts en Méditerranée. »
- 9:51Invité politiqueFait
« Il y a un antisémitisme réel dans ce pays, ne le nions pas, il tue, et c'est insupportable, inacceptable. »
- 11:34Invité politiqueFait
« Il a dit 50 000 Français de confession juive à la Seine-Saint-Denis. »
- 12:47Invité politiqueFait
« Donald Trump, c'est l'homme qui ne respecte pas la COP21, qui n'en a rien à fiche de l'écologie. »
- 13:41Invité politiqueChiffre
« qui dépense 16 millions d'euros pour lancer des missiles, quand même, qui coûtent très cher, sur des objectifs pas très bien fixés. »
- 16:51Invité politiqueChiffre
« plus on a testé à cette occasion le dernier modèle MDCN de missiles français qui frappe à 1000 km à 1 mètre de distance et qui coûte chaque missile, on a testé 3, 2,8 millions. »
- 18:10Invité politiqueFait
« notamment une remise en cause du statut qui ne sert à rien. »
- 19:43Invité politiqueFait
« Les types ne sont plus payés et m'ont montré leur feuille de paye 0 euro. »
Temps de parole
- Alexis Corbière78 %
- Présentateur16 %
- Locuteur non identifié4 %
- Locuteur non identifié 23 %
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Et l'invité du grand entretien d'Inter ce matin est le député France Insoumise de Seine-Saint-Denis, Alexandra Bensaïd, interviendra dans une dizaine de minutes. Vos questions, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et via l'application mobile de France Inter. Bonjour Alexis Corbière. Bonjour Nicolas Dourant, bonjour à tous. Merci d'être au micro de France Inter. La loi Asile et Immigration a donc été adoptée hier soir en première lecture, en dépit de l'opposition de gauche qui voyait là un texte en rupture avec la tradition républicaine, en dépit de l'opposition de droite qui voyait au contraire dans le texte une loi faible et sans portée.
Le gouvernement voyait lui dans cette double opposition le signe d'un texte équilibré. Vous avez bataillé, vous avez perdu. Quel est votre état d'esprit ce matin ?
Le fait de perdre, c'est la marque de cette cinquième république ou de toute manière quand vous n'êtes pas dans le groupe majoritaire, c'est cause toujours tu m'intéresses. Ça c'est le style macronien. Ils avancent comme ça, que ce soit sur des questions sociales comme sur ce texte-là. C'est un texte qui est dangereux. Ceux qui nous écoutent de bon matin sont-ils heureux à l'idée que désormais on va pouvoir mettre en centre de rétention des gens qui ne sont pas des criminels mais qui sont arrivés là, sont souvent poussés par des drames, qui existent dans leur pays pour des raisons de dérèglement écologique, des questions économiques, des guerres.
On va pouvoir comme ça, non plus 45 jours mais 90 jours pendant 3 mois, on va pouvoir mettre en centre de rétention des enfants. Voilà franchement, est-ce que ça fait, quand on est français, attaché à une certaine conception de la République, est-ce que ça fait plaisir de se dire que des enfants bas âge vont être mis en centre de rétention comme ça ? Et c'est le sens de ce texte qui est un durcissement. Ce qu'il y a d'insupportable, c'est que...
Mais c'est l'époque, c'est pas que la Vème République, c'est pas que la Vème République, Alexis Corbière. Est-ce que c'est l'époque ? Est-ce que c'est ce qui émane d'une demande sociale, d'après vous, du pays ?
Moi je crois pas, mais revenons d'abord à l'essentiel. Une des marques de ce début du XXIe siècle, sans aucun doute, c'est le problème des migrations. Je dis le problème parce que c'est des drames humains. La question à se poser, c'est comment, non pas pour reprendre une formulation de Jean-Luc Melonchon, on répète immigration zéro, mais plutôt émigration zéro. Comprenez la formule, c'est-à-dire le fait que des femmes et des hommes ne quittent pas leur pays pour la seule volonté, ça peut arriver, mais parce qu'il y a une telle situation de drame dans leur pays d'origine qu'ils doivent le quitter. Qu'est-ce qu'on fait ?
Il faut de la diplomatie, sans aucun doute, des conférences internationales. Cela prendra du temps. Mais est-ce qu'on peut accepter l'idée qu'il y ait, comme prévoient beaucoup de conférences internationales, près de 200 millions de gens qui vont partir sur le haut ? C'est à ça qu'il faut d'abord régler le problème. Si on est totalement inexistant sur ce terrain-là, mais par contre, la seule chose qu'on a à dire, marchons dans les pas d'un discours de droite, voire d'extrême droite, qu'il faut aujourd'hui être plus ferme, laisser entendre qu'on va plus expulser, ce qui est souvent du baratin, qu'on va plus enfermer, plus longtemps, y compris les enfants, on ne règle rien.
Ce texte ne règlera rien. C'est de la paperasserie idéologiquement dangereuse. Comme beaucoup de gouvernements précédents, chaque gouvernement a fait ses 2-3 textes sur l'immigration, soi-disant définitive, qu'il n'y en a plein d'autres. Bon, donc c'est dangereux. J'observe qu'il y a des états d'âme au sein de la majorité En Marche, c'est quand même intéressant, un député a même voté contre, je salue, il y a une forme de courage quand on sait ce que c'est.
Mais le groupe est tenu, c'est comme chez vous, la discipline du parti...
Mais pas du tout. Pourquoi vous dites ça ? Enfin, je sais bien. Pourquoi quand vous lancez une petite pierre vers En Marche, vous dites tiens, au passage, vous en faites une vers France insomnie ? Non, non, non.
Enfin, je veux dire, les troupes sont tenues, les troupes sont tenues dans les deux parties.
Là, on a l'abbé Ferrand qui a dit, d'ailleurs, un péché véniel. L'abbé Ferrand. Oui, parce que là, il a utilisé des arguments d'ordre religieux et dogmatique en disant à ces troupes qu'il y avait des états d'âme, ceux qui s'abstiendront, ce sera péché véniel, ceux qui voteront compte, ce sera péché mortel. C'est un peu bizarre de régler les problèmes politiques comme ça. Là, on voit bien que le nouveau monde, ça ressemble à l'ancien, c'est la poigne. Et si tu ne t'alignes pas sur, d'ailleurs, un texte qui n'avait pas été présenté durant la campagne présidentielle, parce que moi, je peux comprendre qu'un député en marche, il dise, mais attendez, je n'ai pas du tout été élu sur cette ligne-là.
Parce que, d'ailleurs, peut-être une des caractéristiques du Macronisme, c'est qu'il était d'un grand flou sur beaucoup de questions. Et une des particularités en plus, cher Nicolas Demand, vous le savez, c'est qu'Emmanuel Macron a quand même été élu en rejet de Mme Le Pen. En rejet de Mme Le Pen. Et je comprends que certains aient un petit peu des états d'âme de se dire que celui qui a été essentiellement élu au second tour, parce que la France ne veut pas de l'extrême droite au pouvoir, se retrouve aujourd'hui à porter un texte qui, franchement, est une rupture avec beaucoup de ce qui constitue l'identité républicaine du pays. Et c'est insupportable.
Je répète aux gens, on va mettre des gens trois mois en prison, dans des conditions détestables, les centres de rétention sont inacceptables. Des enfants, il y a beaucoup de témoignages de beaucoup d'associations. Ce texte porte une trace de l'hepénisme, d'après vous ? Oui, idéologique, oui. J'ai vu le Front National. Le Macronisme, le pénisme se touchent du doigt ? Soyons concrets, parce que je vois bien le terrain sur lequel vous voulez venir. Non, je vous pose la question. Non, mais vous avez raison. Mais moi, j'ai vu M. Chenu, Mme Le Pen, Louis Alliot, dire qu'on est d'accord, notamment avec l'article 5, qui réduit les conditions d'examen des dossiers. Ils ont voté certains aspects.
Voilà la réalité qu'on a vue. Chacun peut aller sur Internet regarder les débats, avec un Front National qui disait, on va voter ça. D'ailleurs, c'était souvent dans le programme du Front National. Bien sûr, il reprochait à ce gouvernement de ne pas aller assez loin. Il y avait une mise en scène souvent, mais enfin, on n'a pas vu des gens qui considéraient qu'il y avait là quelque chose avec lequel ils étaient frontalement en désaccord. Moi, je dis, le problème, je comprends que les Français aient beaucoup de questions d'un pays où il y a du chômage, etc. Mais ce n'est pas ce genre de texte qui réglera les problèmes. Et c'est là où idéologiquement, le Macronisme fait de la sale besogne.
Parce qu'à la fois, il est dur socialement et il est idéologiquement, il se place sur un terrain, sans doute pour aller chercher un électorat de droite dure, voire même d'extrême droite, en participant à cette folie identitaire qui, à mon avis, est totalement à côté de la plaque. Parce que s'il y a une question sur les migrations qui est une question sérieuse, sérieuse, parce qu'effectivement, il ne faut pas non plus ne pas regarder la réalité. Il y a encore quoi ? 3000 personnes qui sont morts en Méditerranée. Donc, il y a ces phénomènes-là. Mais comment on les règle ?
On ne les règle pas avec des barbelés, avec des gesticulations, voire pire, en étant inactif face à 200 fascistoïdes dans les âgles.
Ça, c'est la cordée, entre guillemets, qui a souhaité sécuriser la frontière parce que l'État ne le faisait pas, cordée identitaire d'extrême droite. Comment ? Quand on est Français... C'est quoi ? C'est les ligues, ça ?
Oui, oui. Je sais que vous êtes attachés, ou si vous avez travaillé cette histoire-là. Moi, je veux dire, il y a un petit goût d'année 30 de ligue qui commence à s'organiser pour aller un peu se substituer à la police, soi-disant, qui est préoccupant. Parce que les mêmes, dans les rues de Marseille, organisent parfois des espèces de ratonnades, vont casser des locaux de la France Insoumise, organisent des attentats potentiels contre Jean-Luc Mélenchon ou M. Castaner. Un de mes amis députés Coquerel s'est fait entarter l'autre jour par des groupuscules d'extrême droite. Donc, ils paradent tous ces gens.
Et je trouve que ce gouvernement est parfois beaucoup plus dur contre les zadistes qui plantent des poireaux ou qui occupent un espace avec des projets d'agriculture alternative, plutôt que ces milices qui, pour l'instant, pétaradent avec des survêtements de décathlon. Mais demain, pourquoi pas avec des bâtons, iront aussi frapper sur des gens, des femmes et des hommes, qui fuient la misère. Donc, vous voyez, je trouve qu'il y a une complaisance qui était préoccupante.
Quelle différence, Alexis Corbière, entre la violence d'extrême gauche et celle que vous avez pu voir dans les Alpes ? De quelle violence vous parlez, pardon ? Il n'y a pas que des planteurs de poireaux dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il y a eu des affrontements extrêmement durs avec les gendarmes.
Alors, déjà, reprenons sur cette affaire-là. Sur la ZAD, c'est un échec total, ce qui a été organisé ces 15-20 jours.
Non, mais vous avez parfaitement raison.
On peut s'interroger pour quelle raison ? Alors que, depuis que l'aéroport avait abandonné, ce qui marquait la justesse de ceux qui s'étaient mobilisés en disant qu'il ne faut pas d'aéroport, qu'il y a un espace très important de terre sur lequel le gouvernement n'a pas de projet alternatif. Sur l'occupation de la ZAD, il y a différents profils, j'ai envie de dire, mais il y a des gens qui sont sur des projets alternatifs d'agriculture. Et d'un seul coup, la police a été envoyée, détruisant par ailleurs, pour ceux qui connaissent, la ferme des sans-nomes, qui était peut-être le projet le plus alternatif, le plus babacool, si je puis dire, le plus sympa.
Ils l'ont détruit, ils ont tiré un nombre de grenades impressionnantes. Bon, ce durcissement, au moment où il y avait des mobilisations sociales sur les cheminots, était sans doute une volonté de diversion du gouvernement. Tout ça a fait flop à tel point que désormais la préfète rediscute. Donc attention, quand on parle de violence, je ne nie pas qu'il y a des militants mobilisés... Mais est-ce que vous faites une différence de nature, Alexis Corbière,
entre les violences d'extrême droite et les violences d'extrême gauche, les unes étant à vos yeux insupportables, les autres étant... Je ne sais pas, je vous pose la question, est-ce que c'est la manière dont l'histoire accouche ?
Je ne sais pas, est-ce qu'il y a une différence ? Je vais vous répondre, ça va vous mettre d'accord, je suis pour des mouvements pacifiques dont la force tient à leur nombre. Voilà, je ne suis pas pour tout ce qui ressemble à de l'action directe, de coups de poing contre je ne sais trop quoi. Je ne suis pas pour qu'on frappe les forces de police qui souvent exécutent des ordres qui leur sont donnés par des politiques, même si parfois il y a des méthodes de police un peu musclées, mais souvent parce que ça leur a été demandé. Voilà, mais je pense que notre force, et je m'adresse à ceux qui nous écoutent, c'est d'abord notre nombre, notre détermination, voilà, c'est tout.
Et s'il y a des actes violents, je les condamne. Mais j'observe quand même que, attention, ne banalisez pas ce que j'ai dit, quand il y a de plus en plus de témoignages, je pense à Montpellier, je pense à des organisations comme la Ligue du Midi, l'organisation d'extrême droite à Marseille, qui dans la rue organise des ratonnades, agresse des locaux, etc. Et tout de même, un attentat qui visait, paraît-il, à assassiner Jean-Luc Mélenchon et Richard Castaner, c'est quand même pas rien, d'accord ? Et je trouve qu'il y a une légèreté là aussi, si on s'en est indigné vis-à-vis de M. Collomb, sur le fait que c'est par la presse que M.
Castaner et Mélenchon l'ont appris, donc on s'est plusieurs fois inquiétés par rapport à ça. Attention, il y a un climat de violence qui monte.
Pascal Bruckner était au micro d'Alexandra Ben Saïd à 7h50 pour parler de cette pétition sur le nouvel antisémitisme publié hier dans Le Parisien, signé par de très nombreuses personnalités, et puis par des citoyens sur le site de pétition change.org. Les insoumis et vous, allez-vous signer cette pétition, Alexis Corbière ?
Commençons par l'essentiel. Il y a un antisémitisme réel dans ce pays, ne le nions pas, il tue, et c'est insupportable, inacceptable, et tous ceux qui participent à cela doivent être châtiés. Ça, c'est une évidence. Donc moi, je suis favorable à tout ce qui participe à la prise de conscience par rapport à ça, à la non-banalisation, pas de problème. Je trouve que sur ce texte, il y a des formules chocs là-dedans qui amènent à ce que je vais être franc. Je ne le signerai pas en l'état. D'ailleurs, tout à l'heure, Alexandre Ben Saïd, qui a interrogé Pascal Bruckner, a un peu souligné les formules qui sont...
Tu pensais à quoi ? Épuration ethnique, à babouille ? Ça, c'est trop. Je trouve que c'est malvenu.
Surtout que ce que j'aimerais, j'aurais aimé en parler avec Pascal Bruckner, moi, je suis élu de Seine-Saint-Denis. Qu'il y ait des ghettos qui existent en Seine-Saint-Denis, c'est une réalité. D'accord ? C'est une réalité qu'il faut briser. C'est-à-dire que, notamment, la question scolaire est abordée dans le texte. Que des gens n'en peuvent plus parce qu'ils ont le sentiment que dans tel collège, il y a une telle accumulation de pauvreté, etc. De Français d'origine étrangère de situation sociale, que rien n'est fait, que j'observe d'ailleurs que parmi les signataires de ce texte, il y a des gens qui ont gouverné la France qui n'ont rien fait par rapport à ça.
C'est comme ça qu'il faut prendre le problème. Moi, je suis élu de Bagnolet. Ce week-end, au quartier de la Capsulerie, il y a eu des violences, voitures brûlées, des coups de feu qui ont été tirés. Il n'y a pas de commissariat de plein exercice. Les habitants du quartier, et je vais dire des mots crus, des Français d'origine maghrébine nous disent on en a ras-le-bol, là. On est entre nous, on est concentrés là. On aimerait qu'il y ait de la mixité sociale, on aimerait qu'il y ait la police. Eux, ils expriment tout ça. Et évidemment, sans doute qu'il y a des Français de confession juive aussi qui n'en peuvent plus, qui sont victimes d'antisémitisme.
Mais prenons le débat grand angle, en étant conscient qu'il y a une spécificité sur l'antisémitisme. Mais pas en donnant parfois l'impression qu'il y aurait le Français de confession musulmane suspect et en n'étant pas dans une dimension où si on parle de la Seine-Saint-Denis, je pense par ailleurs que M. Bruckner disait une erreur tout à l'heure. Il a dit 50 000 Français de confession juive à la Seine-Saint-Denis. Je crois que si j'ai lu leur texte, c'est 50 000 Français, paraît-il, dans toute île-de-France, qui est un chiffre très important, mais pas que à la Seine-Saint-Denis. Ne caricaturons pas la Seine-Saint-Denis.
Donc, vous ne signez pas parce que vous êtes mal à l'aise avec un certain nombre de formulations et avec l'analyse générale, si je vous comprends bien.
Non, mais purification, c'est quoi le mot ? Je ne veux pas le déformer. Épuration ethnique à bas bruit. Moi, je n'aime pas. Je suis attaché à l'histoire de ce pays. Je suis un petit côté le musulman suspect qui me semble être un peu... Moi, j'aimerais que chacun aborde la question en citoyen. Je reprends la formule de Régis Debré. Le citoyen, c'est l'homme sans étiquette et qu'on ne soit pas tout le temps en train d'exalter l'appartenance religieuse des uns et des autres. Bon, il faut travailler à ça. On parlera social, Nicolas ?
Oui, dans quelques instants. Alexis Corbière est l'invité du Grand Entretien. Il est 8h34. Alexandra Ben Saïd.
Alexis Corbière, avant de parler social, moi, je voudrais parler international. On a la visite d'Emmanuel Macron aux Etats-Unis qui démarre ce lundi. Emmanuel Macron qui se voit comme un dissident tout comme Donald Trump. Il dit que ce sont deux dissidents avec une relation spéciale. C'est l'analyse que vous faites ? Dissident ?
Ce n'est pas brillant comme modèle. Donald Trump, c'est l'homme qui ne respecte pas la COP21, qui n'en a rien à fiche de l'écologie, qui a une vision brutale de l'action internationale, qui frappe sans passer par des mandats de l'ONU. Moi, je n'apprécie pas ce modèle-là. C'est un peu bizarre. Je pense qu'Emmanuel Macron ne gagne rien à venir comme ça, un petit peu s'aligner sur ce trumpisme souvent assez belliqueux. Le fait que la France soit amie avec les Etats-Unis, c'est très bien. Je veux comprendre que c'est d'ailleurs la première visite officielle d'un chef d'Etat étranger qui se rend aux Etats-Unis. Mais il y a derrière ça, quand même, une forme d'atlantisme.
Je crois qu'il nous coûte, comprenne. C'est-à-dire qu'il y a une rupture un peu dans la diplomatie française qui, jusque-là, était moins alignée sur les Etats-Unis. Je vais dire les choses. Moi, qui suis un républicain social, etc., qui n'a rien à voir avec Jacques Chirac, mais j'étais plus fier à l'époque où, à travers Dominique de Villepin, quand les Etats-Unis voulaient faire la guerre, on leur tenait tête et on voulait d'abord qu'il y ait des mandats de l'ONU qui soient donnés plutôt que sur un président français qui dépense 16 millions d'euros pour lancer des missiles, quand même, qui coûtent très cher, sur des objectifs pas très bien fixés.
Ça n'aura aucune efficacité pour éviter l'utilisation d'armes chimiques. Et tout ça, une fois de plus, ne respecte pas le droit international. Les amis, ceux qui nous écoutent, notamment, là, j'évoque la Syrie, il y a une région où il y a un conflit mondial qui est potentiel. Il faut, plus que jamais, défendre le droit international et pas être sur une ligne qui consiste à dire à partir où les Etats-Unis, puis leurs alliés Grande-Bretagne et la France ont décidé quelque chose, on bombarde, on bombarde. Là, c'est dangereux.
On ne nous présente pas ça comme un alignement sur les Etats-Unis. Au contraire, comme la France qui pourrait infléchir la position des Etats-Unis. Pour vous, cette relation, depuis un an, elle n'a eu aucun impact. Et sur les dossiers syriens, iraniens, sur les taxes, sur l'acier européen, ça n'aura aucun impact.
Oui, mais est-ce que ceux qui nous écoutent, au-delà des éléments de communication de l'Elysée, croient qu'aujourd'hui, M. Trump va s'aligner sur Macron ? Je pense qu'aujourd'hui, c'est ça la réalité. Je comprends que la communication macronienne soit en train de nous expliquer que c'est Trump qui devient un macroniste. Mais enfin, ce n'est pas très sérieux. Ce que j'observe une fois de plus, et Jean-Luc Mélenchon l'a raconté, par exemple, sur le dossier syrien, sans aucune complaisance avec Bachar el-Assad, mais à la veille des frappes... Il fallait faire les frappes ? Non, non, je suis en train de dire l'inverse. À la veille des frappes, M. Macron a eu M. Poutine au téléphone. M.
Poutine a proposé à la France d'envoyer une délégation pour qu'il puisse y avoir une enquête sur le terrain pour vérifier l'utilisation d'armes chimiques, la responsabilité de qui avait peut-être utilisé ces armes chimiques. La France n'a pas finalement renvoyé, continué cet échange et a finalement bombardé. Bon, voilà, écoutez, est-ce que c'est comme ça qu'on va construire un monde ordonné en respectant le droit international ? Je ne crois pas, je dis attention.
Il va aller en Russie, Jean-Luc Mélenchon ? Emmanuel Macron, il sera fin mai et on attend un déplacement ?
Oui, il y a la possibilité, c'est organisé d'une...
C'est organisé ?
Que c'est en train de s'organiser, de conférences, voilà, c'est une possibilité et ce serait intéressant.
Juste sur les attaques chimiques, vous croyez donc plus ce qu'a dit l'ambassadeur russe à Jean-Luc Mélenchon que les Américains ?
C'est-à-dire que la France même a confirmé ce qu'a dit l'ambassadeur russe ? C'est-à-dire ? Qu'il y a eu un échange entre M. Poutine et M. Macron.
Oui, mais sur les attaques chimiques, il y a leur responsabilité ?
Vous avez entendu que moi, je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de responsabilité. Je n'en sais rien, je dis qu'il faut une enquête internationale. Et le problème, ce n'est pas la conviction personnelle, c'est que ce soit des organismes internationaux qui le décident. C'est possible que quand M. Macron dit qu'il y a eu l'utilisation d'armes chimiques et notamment, il pense que c'est la Syrie qui l'a fait possible que les services d'enseignement français l'aient établi. On est d'accord. Et les services d'enseignement français sont des gens compétents. Mais le problème n'est pas seulement que la France dise une chose, mais qu'il y a un mandat international qui soit donné, vous comprenez ?
Parce que sinon, on va être sur une situation où des pays vont dire nous avons la conviction que c'est ça qui a eu lieu et nous frappons. Et alors, l'ONU ne sert plus à rien. C'est ça que nous disons. Moi, que les choses soient claires, je ne suis pas en train de dire qu'il n'y a pas eu d'utilisation d'armes chimiques. Je pense d'ailleurs, mon intime conviction, c'est qu'il y a eu d'utilisation d'armes chimiques. La question, c'est la responsabilité de qui ? Là-dessus, j'aimerais qu'il y ait un organisme, l'OIAC notamment, qui puisse s'établir sur place ce qu'il a fait. Voilà ce que je dis.
Et je n'ai aucune complaisance envers Bachar el-Assad qui est franchement un personnage assez peu engageant. Ce n'est pas ça le sujet. La question, c'est une fois de plus, est-ce qu'on considère, je ne vais pas répéter une nouvelle fois que l'ONU est un organisme qui permet qu'avant que les armes frappent, il y ait des règlements internationaux de certains conflits ?
Ou est-ce qu'on pense finalement que c'est en avant, tous derrière les Etats-Unis et nous lançons des armes, 70 missiles Tomahawk, 9 missiles Scalp français, plus on a testé à cette occasion le dernier modèle MDCN de missiles français qui frappe à 1000 km à 1 mètre de distance et qui coûte chaque missile, on a testé 3, 2,8 millions. C'est-à-dire qu'on a envoyé 7 millions pour tester 3 missiles. Ça fait beaucoup d'argent quand nous avons besoin parfois, notamment on évoquait tout à l'heure pour la défense au service public d'argent. Vous voyez, la diplomatie peut-être c'est bien, c'est mieux et ça coûte moins cher.
On va donner la parole aux auditeurs de France Inter dans quelques instants. Un mot d'abord, Alexis Corbière, sur la grève à la SNCF qui se poursuit aujourd'hui. Le gouvernement reste inflexible. Le président de la République l'a dit encore dans l'interview qu'il a accordé à la chaîne américaine Fox News. Et les députés continuent à avancer, à voter la réforme de la SNCF. Est-ce que le combat, comme sur l'asile et l'immigration, là encore est perdu ?
Alors s'il s'enferme dans le cadre de l'Assemblée nationale, sans aucun doute. Voilà, on a une situation où la République en marche fait 28% des voix au premier tour et il y a 54% de représentation nationale. Donc il faut s'interroger sur d'autres institutions plus démocratiques, notamment des droits des citoyens qui ne doivent pas rester à la maison entre deux élections. Non, mais ça peut arriver qu'il y ait des moyens de contre-pouvoir. Moi, je suis député, je mène le combat, ça participe à une pédagogie, mais après, c'est une respiration démocratique qui existe dans le pays, le droit de manifester, le droit de faire grève.
Et parfois, ça fait reculer des gouvernants qui s'aperçoivent que ce qu'ils font, notamment d'une réforme de la SNCF qui n'a pas été annoncée par M. Macron lors de l'élection présidentielle, c'est quand même pas rien, et notamment une remise en cause du statut qui ne sert à rien.
Eh bien, écoutez, il y a une mobilisation, il serait sage que le gouvernement l'entende, recule, notamment ne touche pas au statut des cheminots qui ne sert à rien, ne soit pas sur une position qui, selon moi, va vers la privatisation de la SNCF qui, partout où elle a été mis en place, toute cette mise en concurrence, notamment, n'est pas bonne pour l'usager, augmentation des tarifs, des organisations, faire motifs... Oui, j'entends bien, mais aujourd'hui, il y a une grève
qui est agressivement suivie et les choses ne se défont pas. Alors quoi ? Il faut amplifier le mouvement, aller au-delà du mois de juin,
le faire tous les jours ? Moi, je pense que le mouvement, il est juste, de la même façon que j'évoquais tout à l'heure l'éducation nationale, il y avait des mobilisations dans les hôpitaux publics, dans la jeunesse. Les jeunes ont raison d'être contre Parcoursup. Alors, il y a des mobilisations appelées par les organisations syndicales que je soutiens et nous, nous proposons, par exemple, le 5 mai, aussi une mobilisation citoyenne qui permet un samedi, c'est à 14h à Opéra de se retrouver qui peut être une étape qui permet, si c'est un certain succès, je n'en doute pas, qu'après aussi, les organisations syndicales qui appellent en semaine nous disent on va converger pour une autre date.
Voilà, moi, je pense que c'est juste et c'est démocratique en plus de manifester. Vous dites aux cheminots,
allez-y, faites grève tous les jours, enfin, trouver un moyen
de faire reculer le travail gouvernemental et parlementaire. Je ne profite pas d'un micro parce que c'est facile, je ne vais pas faire le kéké vis-à-vis des organisations syndicales et des gens qui se mettent en grève. J'aimerais que la noblesse de se mettre en grève soit respectée par, je ne dis pas ça vis-à-vis de vous, je sais que vous le savez, mais les gens qui font grève perdent des journées de salaire. Moi, je l'ai répété sur certains médias, je suis allé soutenir les postiers de Rennes qui sont en grève depuis 90 jours. Les types ne sont plus payés et m'ont montré leur feuille de paye 0 euro. Quand vous avez des salaires à 1300, 1400 euros, 0 euro pour défendre le service public.
Moi, ça m'émeut et je dis, ces gens-là qui défendent le service public sont les meilleurs d'entre nous, les plus courageux. Donc, ce n'est pas moi, parlementaire, qui vais leur dire continuez à lutter, même si je les invite à le faire. C'est à eux de le décider démocratiquement avec leur organisation.
La parole à Benjamin au Standard Inter. Bonjour et bienvenue.
Bonjour, j'habite en Seine-Saint-Denis à Saint-Ouen précisément et depuis 43 ans, j'entends les élus, essentiellement PC, devenus Front de Gauche, Parti de Gauche ou PS, de l'aile de gauche du PS, mettre en avant le conflit israélo-palestinien, victimiser les Palestiniens et diaboliser, vous utilisez, vous énoncez un terme religieux, mais réellement diaboliser Israël et est-ce que la gauche que vous représentez n'a pas importé, pour défendre sa part du gâteau électoral, n'a pas importé le conflit israélo-palestinien avec lequel les Français n'ont aucun rapport ?
Merci Benjamin pour cette question. Réponse rapide, il nous reste malheureusement très peu de temps.
C'est Benjamin, je ne crois pas, si c'est le cas, Benjamin a raison sur un aspect, c'est qu'on n'a pas à exporter ce conflit, je ne le souhaite pas, d'un côté comme de l'autre, c'est-à-dire que moi j'ai des amis parfois de confessions juives qui sont sur une position défense d'Israël absolue, je trouve ça absurde, je vois même que Nathalie Portman, l'actrice américaine, qui quand même est assez attachée à Israël, n'ira pas parce qu'elle est en désaccord avec Benjamin Netanyahou, le Likoud, et à l'inverse, ceux qui sont sur une position qui consiste en permanence à mettre le conflit israélo-palestinien en France me semble être une manière un petit peu bizarre.
Ceci dit, je suis pour qu'il y ait la paix en Israël et en Palestine, notamment par l'application de résolution de l'ONU.
Et la gauche a été borgne ou aveugle ? Vis-à-vis de quoi ?
De ce problème, c'est la question de Benjamin. Non, c'était autre chose qu'il disait, il disait qu'il y a une utilisation notamment du parti communiste en Seine-Saint-Denis, moi je ne suis pas au parti communiste mais c'est possible que c'est quelque chose qui a été faite ou d'organisation. Bon, mais voilà, s'il a le sentiment, s'il a été témoin du fait qu'on n'a que ça à dire aux citoyens, d'un certain point de vue Benjamin Rézond, moi je rappelle que j'ai été élu député de Seine-Saint-Denis en parlant égalité des citoyens, défense du service public, autre répartition des richesses et que je n'ai pas dit un seul mot de ce conflit-là comme tous mes amis députés d'ailleurs France Insoumise.
Alexis Corbière, merci d'avoir été au micro d'Inter.
Alexis Corbière