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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 16 février 2019 19 minContradictoireActualité / polémiqueSolidarités & familleÉducation & rechercheInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Aurélien Pradié

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 35 %Attaque 50 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:09OuverteÉludée

    Comment réagissez-vous au propos du Premier ministre sur le conditionnement des aides sociales à des contreparties ?

  • 0:49OuverteRéponse directe

    Quelles pourraient être ces contreparties ?

  • 1:12ComplaisanteRéponse partielle

    Exemple du Conseil départemental du Haut-Rhin sur le RSA et le bénévolat.

  • 2:10OuverteRéponse directe

    Vous avez adressé une lettre ouverte au président de la République en vous référant à Machiavel.

  • 2:28RelanceRéponse partielle

    Ne trouvez-vous pas votre critique un peu sévère ?

  • 3:41OuverteRéponse directe

    Commentaire sur le retrait d'Alain Juppé et citation de votre phrase.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:21Invité politiqueFait
    « Ce qui est assez formidable avec le Grand Débat, c'est qu'on en oublierait presque qu'Edouard Philippe est au pouvoir avec Emmanuel Macron depuis 18 mois. »
  • 0:43Invité politiqueFait
    « Je ne suis pas du tout hostile à ce qu'on conditionne les aides sociales à des contreparties, mais faisons attention au mot. »
  • 1:30Invité politiqueFait
    « Et il faut dire aujourd'hui clairement que beaucoup de celles et ceux qui sont à l'écart de l'emploi n'auraient qu'une envie, c'est se lever tous les matins pour aller bosser. »
  • 1:41Invité politiqueFait
    « Et soyons clairs, ceux qui frottent doivent être sanctionnés, avec une grande dureté, avec une grande fermeté. »
  • 2:31Invité politiqueFait
    « Je suis aussi dur avec Emmanuel Macron qu'Emmanuel Macron a été dur avec les Français, et sûrement très injuste avec les Français. »
  • 2:57Invité politiqueFait
    « Lorsqu'Emmanuel Macron disait il y a quelques temps que les gares, c'était formidable, on y croisait des gens qui avaient réussi, des gens qui n'étaient rien. »
  • 4:01Invité politiqueFait
    « On en veut toujours plus aux gens qu'on a estimés qu'aux gens que l'on a méprisés. »
  • 5:18Invité politiqueFait
    « Emmanuel Macron est tout à fait responsable de la situation de crise que nous n'avions jamais connue dans ce pays et que nous connaissons aujourd'hui. »
  • 5:27Invité politiqueFait
    « Les députés de la majorité, les députés de La République En Marche, qui depuis 18 mois ont oublié qu'ils avaient un devoir de liberté comme députés, qui sont devenus des machines à enregistrer des votes. »
  • 6:35Invité politiqueFait
    « Je suis favorable au fait qu'un député puisse être maire d'une petite commune. »
  • 8:35Invité politiqueFait
    « Je suis profondément en colère, pour deux raisons. D'abord parce que le ministre Blanquer nous a baladé sur ce sujet. »
  • 12:56Invité politiqueFait
    « Ça changerait beaucoup de choses parce qu'aujourd'hui, le droit de réquisition est peu utilisé, alors même qu'il est un outil fondamental. »
  • 13:26Invité politiqueFait
    « C'est pour moi insupportable de traverser Paris, de me rendre compte que des administrations ont des bâtiments vides, que l'État a des bâtiments vides et que des femmes, des hommes et des enfants risquent de crever sur le trottoir en pleine nuit d'hiver. »

Temps de parole

  • Aurélien Pradié72 %
  • Présentateur25 %
  • Invité3 %

5,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Notre invité pour les 20 prochaines minutes, Aurélien Pradier, bonjour. Bonjour. Vous êtes député Les Républicains du Lot. Vous incarnez la droite sociale dans le parti de Laurent Wauquiez. Comment réagissez-vous, pour commencer, au propos hier du Premier ministre qui souhaite, à titre personnel a-t-il dit, conditionner l'attribution des aides sociales à des contreparties ?

0:21
Aurélien Pradié

Ce qui est assez formidable avec le Grand Débat, c'est qu'on en oublierait presque qu'Edouard Philippe est au pouvoir avec Emmanuel Macron depuis 18 mois. Et je trouve un peu facile cette manière de lâcher des ballons d'essai à l'occasion des Grands Débats, souvent d'ailleurs avec beaucoup d'expéditions, sans beaucoup de finesse, sans détail. Je trouve ça assez dangereux, en fait, sur le fond de ce sujet. Moi, je ne suis pas du tout hostile à ce qu'on conditionne les aides sociales à des contreparties, mais faisons attention au mot.

0:49
Présentateur

Quelles pourraient être ces contreparties ?

0:50
Aurélien Pradié

Je ne sais pas. Et justement, c'est là que la question se pose. D'abord, de quelles aides sociales parle-t-on ? Est-ce qu'on va conditionner l'attribution de l'allocation adulte handicapé à des contreparties ? Est-ce qu'on va conditionner l'attribution d'une aide sociale pour celles et ceux qui en ont vraiment besoin, à une contrepartie qu'ils ne sont pas en capacité de faire ? Non.

1:08
Présentateur

On a encore en mémoire sur les exemples, l'exemple du Conseil départemental du Haut-Rhin, qui avait demandé aux allocataires du RSA de faire 7 heures de bénévolat par semaine, en contrepartie de cette aide sociale.

1:19
Aurélien Pradié

Quel est le drame de notre société ? Il y a un drame qui est celui du déclassement économique. Celles et ceux qui n'ont juste pas assez d'argent pour boucler leurs semaines, pour manger toutes les semaines. Mais il y a aussi le déclassement social. Et il faut dire aujourd'hui clairement que beaucoup de celles et ceux qui sont à l'écart de l'emploi n'auraient qu'une envie, c'est se lever tous les matins pour aller bosser. Moi, je le vois dans le lot. Tout le monde n'est pas fraudeur, tout le monde n'est pas en situation d'abus. Et soyons clairs, ceux qui frottent doivent être sanctionnés, avec une grande dureté, avec une grande fermeté.

Quant aux autres, si demain nous devons réfléchir à une manière de leur faire retrouver, de leur permettre de retrouver une place dans la société, faisons-le. Mais notre pays est trop blessé, trop blessé, pour que l'on continue à stigmatiser les uns et les autres. Ce que je dis est peut-être un discours qui va vous paraître un peu gauchisant. Peu importe, je le dis parce que je le pense. Je n'aime pas les caricatures. Et sur ce sujet, j'en veux assez à Edouard Philippe de jouer avec le feu.

2:10
Invité

Aurélien Pradier, vous avez adressé une lettre ouverte au président de la République, une lettre très dure, dans laquelle vous vous référez à Machiavel. Et pour Machiavel, le mépris est un poison politique. Et vous écrivez à Emmanuel Macron, « Ce poison, vous l'avez distillé depuis votre élection telle une méthode politique ». Je ne trouve pas que c'est quand même un peu sévère ?

2:28
Aurélien Pradié

Non, je suis dur, mais je crois que je suis juste. En tout cas, je suis aussi dur avec Emmanuel Macron qu'Emmanuel Macron a été dur avec les Français, et sûrement très injuste avec les Français. Moi, je pense que c'est une des grandes fautes d'ADN d'Emmanuel Macron. C'est le mépris. Et le mépris en politique, je crois vraiment que c'est un poison. Parce que vous ne pouvez pas vous engager en politique si vous ne respectez pas toutes celles et ceux qui sont en face de vous. Ceux qui ont voté pour vous, ceux qui n'ont pas voté pour vous. Ceux qui ont réussi et ceux qui n'ont pas réussi. Et vous savez, je le dis très sincèrement, il y a des phrases qui m'ont profondément choqué.

Lorsqu'Emmanuel Macron disait il y a quelques temps que les gares, c'était formidable, on y croisait des gens qui avaient réussi, des gens qui n'étaient rien. Moi, je me suis engagé en politique très jeune, j'avais 21 ans, je viens d'un milieu très modeste, très simple, qui n'a jamais fait de politique. Et je me suis engagé avec une condition essentielle. Toujours respecter mes concitoyens. Y compris ceux qui sont différents. Et j'en veux beaucoup à Emmanuel Macron de ne pas avoir ce respect-là. D'avoir ce caractère très docte qui consiste à expliquer toujours aux gens qu'ils n'ont pas compris, qu'on va faire leur bonheur malgré eux.

Qu'au fond, Emmanuel Macron sait tout et que les Françaises et les Français ne sauraient rien. Et si je suis dur, c'est parce que je pense que j'ai des raisons de l'être. Et si Emmanuel Macron faisait face à tous ces Français qu'il a profondément blessés, je pense que les mots seraient encore plus durs que les miens.

3:41
Présentateur

A propos de mépris, Aurélien Pradier, un mot sur votre commentaire jeudi après le retrait annoncé d'Alain Juppé de la vie politique. En gros, vous lui souhaitez bon vent en précisant, et je vous cite, « Il ne manquera pas tellement à la vie politique de notre époque ». Vous lui en voulez toujours, Alain Juppé, de ne pas se sentir à l'aise dans le parti de Laurent Wauquiez ?

4:00
Aurélien Pradié

On en veut toujours plus aux gens qu'on a estimés qu'aux gens que l'on a méprisés. Je n'ai jamais méprisé Alain Juppé, je l'ai toujours estimé, et je l'estime toujours. Et je lui en veux de s'être fait instrumentaliser par Emmanuel Macron, parce que je pense que depuis quelques mois, Emmanuel Macron s'amuse avec Alain Juppé. S'amuse, c'est-à-dire ? Oui, s'amuse. Je pense qu'Emmanuel Macron a trouvé en Alain Juppé une caution pour taper notamment sur Laurent Wauquiez, alors même qu'Alain Juppé n'a rien en commun idéologiquement avec Emmanuel Macron.

4:27
Présentateur

Ni avec Laurent Wauquiez ?

4:28
Aurélien Pradié

Eh bien, je ne sais pas. Je ne sais pas, vous savez, Alain Juppé a été président de l'UMP, a été fidèle à sa famille politique pendant des décennies, et je pense que la fidélité qu'il a eue par le passé aux valeurs de droite, il l'a peut-être un peu oubliée aujourd'hui. Et c'est parce que j'ai du respect que j'ai été un peu dur avec Alain Juppé. Je crois au-delà qu'il nous a adressé un message collectif, ce monde n'est plus le sien. Ce monde politique n'est plus le sien.

4:52
Présentateur

Il n'est pas à l'aise dans la vie politique actuelle, il l'a dit, c'est à cause de cet aspect délétère, encouragé par les réseaux sociaux avec l'invective en guise d'arguments. Est-ce que vous faites le même constat de la vie politique actuelle ?

5:03
Aurélien Pradié

C'est vrai que la vie politique est très dure. Elle est très dure parce que nos concitoyens sont durs avec les politiques, mais ils ont sûrement des raisons de l'être. Et elle est très dure aussi parce que je pense que les politiques, depuis plusieurs mois, ont abandonné leur mission politique avec un grand P. Je veux m'expliquer sur cela. Emmanuel Macron est tout à fait responsable de la situation de crise que nous n'avions jamais connue dans ce pays et que nous connaissons aujourd'hui.

Mais les députés de la majorité, les députés de La République En Marche, qui depuis 18 mois ont oublié qu'ils avaient un devoir de liberté comme députés, qui sont devenus des machines à enregistrer des votes.

5:33
Présentateur

On a vu 50 députés qui se sont opposés à la loi Casseur, Anticasseur.

5:37
Aurélien Pradié

Et qui pour autant n'ont pas voté contre. Et qui depuis 18 mois, je l'ai vu encore hier soir, lorsque nous débattions à l'Assemblée nationale tard, les députés sont devenus des machines à voter. Et bien ces députés qui ont oublié que cette mission parlementaire était un gage de sécurité pour la démocratie, sont aussi responsables de cette situation.

5:55
Présentateur

Vous oubliez le temps où sous Jacques Chirac, tous les députés chirakiens votaient d'une même... Il y avait une seule tête à la tête du parti RPR à l'époque.

6:03
Aurélien Pradié

C'était assez différent en fait.

6:05
Présentateur

Il n'y avait pas de courant à l'époque de Chirac. Je dis ça parce que vous êtes un fils de Chirac politique. Vous vous inspirez beaucoup de Jacques Chirac.

6:11
Aurélien Pradié

A cette époque-là, d'abord, je n'étais pas tout à fait en politique. Je suis encore trop jeune pour avoir cette histoire-là.

6:16
Présentateur

Mais vous le citez toujours souvent en exemple.

6:17
Aurélien Pradié

Oui, je le cite beaucoup parce que Jacques Chirac m'a inspiré dans mon engagement politique. Mais il y avait une différence entre cette époque-là et aujourd'hui. C'est qu'à l'époque, les députés avaient des racines. Je parle de racines politiques. Ils n'étaient pas élus sur une petite vague. Souvent, ils avaient des mandats locaux. Ils avaient eu une histoire politique locale. Ils avaient un ancrage local. Donc vous êtes pour le cumul des mandats, par exemple. Je suis favorable au fait qu'un député puisse être maire d'une petite commune. Moi, j'ai été maire pendant plusieurs années. Je vous le disais tout à l'heure, je n'ai pas fait de grandes écoles. Je ne viens pas d'un milieu politique.

Ce n'est pas un héritage politique. Je fais ma première campagne électorale en mobilette. J'ai tout appris de la démocratie locale. Comme maire, j'ai tout appris. Comme conseiller général, dans une terre de gauche, je n'aurais jamais dû être élu. J'ai tout appris de la République locale. Et je plains profondément et sincèrement mes collègues députés qui n'ont pas acquis ce chemin-là et donc cette liberté-là. Parce qu'au fond, d'avoir depuis quelques années été maire dans des terres politiquement hostiles, d'avoir travaillé pour l'intérêt général, ça me donne quoi ? Ça me donne une véritable liberté de ton.

Et lorsque je vote à l'Assemblée nationale, je pense d'abord aux concitoyens que je représente avant de penser à mon parti politique. Mais vous croyez encore au parti politique ? Je crois à la nécessité des clivages politiques. C'était une vraie question qui était posée avec l'élection d'Emmanuel Macron. Et j'avoue me l'être posée aussi. Au fond, lorsqu'Emmanuel Macron a été élu, je me suis dit est-ce que cet homme-là a fait disparaître les clivages politiques ? C'est une question que nous avions d'ailleurs. Les observateurs, vous l'aviez collectivement.

7:39
Présentateur

Non pas les clivages, mais les partis en tout cas.

7:40
Aurélien Pradié

Oui, mais aussi les clivages. Vous savez, c'est ce fameux ni droite ni gauche.

7:43
Présentateur

Et de droite et de gauche.

7:45
Aurélien Pradié

Oui, mais c'est une manière aussi d'effacer les clivages politiques. Et puis Emmanuel Macron l'a théorisé pendant plusieurs semaines. Il nous a expliqué que cette vieille habitude d'avoir des idées politiques était une mauvaise habitude. Je pense que ce que nous disent notamment les Gilets jaunes, et je les ai beaucoup rencontrés, c'est qu'ils ont soif de politique avec un grand P. Ils ont soif d'idées, y compris de conflits politiques, intellectuels, pour que surgisse l'intérêt général. Il nous faut à nouveau retrouver de la politique avec un grand P.

8:11
Présentateur

Aurélien Pradié, il y a quelques heures seulement, l'Assemblée nationale a voté le projet de loi pour une école dite de confiance. Et on sait que vous vous êtes battus, vous, pour l'inclusion des handicapés à l'école. Le gouvernement a souhaité renforcer le personnel accompagnant avec des CDD de trois ans renouvelables une fois, et à la clé, un CDI au bout de six ans. Pourquoi dites-vous que le compte n'y est pas ?

8:32
Aurélien Pradié

Je suis profondément en colère, pour deux raisons. D'abord parce que le ministre Blanquer nous a baladé sur ce sujet. Il a beaucoup promis depuis plusieurs mois. Il y a quatre mois, j'avais défendu à l'Assemblée nationale une proposition de loi...

8:45
Présentateur

Qui avait été retoquée en octobre...

8:47
Aurélien Pradié

Que les députés de La République en Marche ont même refusé d'examiner. Et le ministre Blanquer y compris. A partir de là, il nous a promis une grande concertation pour faire sortir des propositions solides. Il ne sort quasiment rien de cette concertation. La seule chose concrète qui sort, c'est qu'on va passer pour les accompagnants des enfants en situation de handicap, qui ont un rôle majeur à l'école. Ces accompagnants vont disposer aujourd'hui d'un CDD de trois ans au lieu d'un CDD de deux ans. Pensez vraiment qu'on est à la hauteur de la situation. Et toutes les semaines, je fais un tour de France du handicap. Je vais dans chaque département pour voir les situations.

Nous avons un défi immense à relever. Aujourd'hui, des milliers d'enfants, vous m'entendez, des milliers d'enfants sont encore non scolarisés parce qu'ils sont porteurs d'un handicap. C'est une honte. Et je ne peux pas ne pas le dire. Et ce n'est pas en passant de CDD d'un an à des CDD de trois ans que l'on va trouver une solution. Vous pensez que ces accompagnantes qui font un travail formidable au quotidien dans les écoles, quand elles vont aller devant un banquier pour obtenir un prêt pour acheter une maison ou une voiture, vous croyez que ça change quelque chose, qu'elles aient un CDD d'un an ou de trois ans ?

Ce que je reproche beaucoup au gouvernement sur ce sujet, c'est de ne pas avoir compris que le handicap n'était pas un détail, n'était pas un accessoire. C'est un sujet essentiel. Et j'ai dit à l'Assemblée nationale hier, au ministre Blanquer et aux députés de la majorité, que lorsque Jacques Chirac fait voter la loi de 2005 sur le handicap, lui et ses députés font preuve d'un courage immense. La loi de 2005 sur le handicap, notamment sur l'accessibilité, était une loi extrêmement courageuse. Et bien aujourd'hui, nous serions bien incapables de voter une loi aussi courageuse qu'en 2005.

10:16
Présentateur

Vous souhaitez que les handicapés enfants ne restent pas à la maison. Dans le texte qui est voté à l'Assemblée, les familles qui préfèrent l'instruction scolaire à la maison plutôt qu'à l'école, les mères pourront saisir le procureur de la République en cas de non-respect des règles. Ça va plutôt dans le bon sens à ce moment-là pour vous ?

10:33
Aurélien Pradié

Mais les deux sujets sont différents. Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui nous avons ces milliers d'enfants qui ne sont pas scolarisés ? Ces milliers d'enfants, ils disposent aujourd'hui d'un droit. La maison départementale des personnes handicapées dit à ces enfants, attribue à ces enfants un droit à être accompagnés à l'école. Sauf qu'on n'a pas d'accompagnants. Le gouvernement n'a pas recruté assez d'accompagnants. Non pas parce qu'il n'y a pas de personnes qui veulent faire ce métier, mais tout simplement parce qu'il est tellement précaire que nous n'avons personne à mettre en face.

Et donc, ce n'est pas parce que demain, on va demander au maire de saisir le procureur de la République pour faire en sorte que ces enfants ne restent pas à la maison, que ça va changer, puisqu'on n'est pas capable de les accueillir au sein de l'école de la République. Il faut une révolution sur la question du handicap. Et vous savez, le véritable défi, c'est non seulement pour ces enfants différents de trouver leur place au sein de la République, mais c'est aussi pour tous ceux qui sont dits normaux de grandir avec la différence. On grandit quand on côtoie le handicap, non seulement quand on est en situation de handicap, mais aussi quand on ne l'est pas.

11:23
Présentateur

Cette loi pour l'école à l'Assemblée Nationale, il y a cet amendement voté la nuit dernière à propos des drapeaux français et européens qui vont devenir obligatoires dans les classes. L'hymne national affiché sur les murs. Bonne ou mauvaise idée ?

11:37
Aurélien Pradié

Bonne idée. Et je ne voudrais pas paraître surconservateur, mais il y a quelque chose qui m'effraie un peu dans notre période actuelle. Qu'est-ce qu'il y a de scandaleux à imaginer que dans une classe-école, il y a un drapeau européen, un drapeau tricolome ?

11:50
Présentateur

Parce que les drapeaux européens et français sont déjà sur les frontons des bâtiments de l'État ?

11:56
Aurélien Pradié

Eh bien, le drapeau tricolore et le drapeau européen sont de beaux drapeaux. Ils portent de belles valeurs. Il ne faut pas en avoir honte. Et il n'y a pas de problème à les installer dans les classes. Ce que je veux dire par là, c'est que nous avons cette tendance, et je le crois très librement, à faire beaucoup de polémiques sur des sujets qui sont des sujets fondamentaux. Le drapeau tricolore et le drapeau européen, ils devraient nous rassembler et pas nous diviser. Moi, je suis fier d'avoir dans mon bureau un drapeau tricolore et un drapeau européen. Et je suis certaine que tous les citoyens de ce pays, y compris les enfants, seront fiers de l'avoir dans leur classe d'école.

12:24
Présentateur

Aurélien Pradié, député Les Républicains, vous restez avec nous. On va poursuivre cet entretien avec Patricia Martin. On va parler notamment des réquisitions des logements pour les sans-abris. A tout de suite. Notre invité ce matin, Aurélien Pradié, député Les Républicains du Lot. Vous venez de déposer, Aurélien Pradié, une proposition de loi à propos des sans-abris pour que le droit de réquisition des logements soit transféré des préfets vers les maires. Ça changerait quoi ?

12:56
Aurélien Pradié

Ça changerait beaucoup de choses parce qu'aujourd'hui, le droit de réquisition est peu utilisé, alors même qu'il est un outil fondamental. Les préfets trop timides ? Les préfets n'ont pas de courage politique, mais ce n'est pas leur mission d'avoir du courage politique. Les préfets, je dis ça avec beaucoup de respect, c'est aux responsables politiques d'avoir du courage politique. Et les maires, eux, ça va avoir du courage politique. Transférer le droit de réquisition, c'est donner un élan nouveau au droit de réquisition qui est un vrai sujet.

Dans notre pays, nous avons de plus en plus d'espaces vacants et notamment, c'est une des dispositions de ma proposition de loi, se concentrer sur les espaces, les bâtiments publics. C'est pour moi insupportable de traverser Paris, de me rendre compte que des administrations ont des bâtiments vides, que l'État a des bâtiments vides et que des femmes, des hommes et des enfants risquent de crever sur le trottoir en pleine nuit d'hiver.

13:37
Présentateur

La contrepartie de ces réquisitions, ce serait une transaction... Enfin, c'est qu'il y aurait un fonds d'indemnisation pour les propriétaires qui serait basé sur un fonds d'indemnisation. Comment ça fonctionnerait ?

13:50
Aurélien Pradié

Aujourd'hui, lorsque l'État réquisitionne un bien, il est en nécessité d'indemniser le propriétaire, ce qui est légitime pour une parent.

13:57
Présentateur

Vous voulez faire par les transactions une taxe sur les transactions financières ?

14:00
Aurélien Pradié

La proposition, elle consiste à créer un fonds national d'indemnisation. Donc, on reprend ce qui existe déjà, on le nationalise.

14:07
Invité

C'est ce qu'on appelle la solidarité ?

14:08
Aurélien Pradié

Exactement. Et d'alimenter ce fonds-là par une fraction de la taxe sur les transactions financières.

14:13
Présentateur

Parce que la taxe sur les transactions financières, c'est un vœu pieux. Tout le monde y pense, personne ne le met en pratique.

14:18
Aurélien Pradié

Mais on a une partie aujourd'hui qui permettrait cette alimentation et je suis convaincu que nous y arriverons. Ma mission de député, c'est non seulement de m'opposer dans l'opposition, de proposer aussi et le faire le plus sérieusement possible. Nous sommes un pays qui n'a jamais été aussi développé économiquement qu'il l'est aujourd'hui. Et les transactions financières font partie de ce symbole de la mondialisation. On ne peut pas d'un côté avoir une multiplication des transactions financières et de l'autre côté avoir encore des sans-abri dans notre pays.

14:44
Présentateur

Un mot sur la crise des gilets jaunes. Elle semble profiter, cette crise, au Rassemblement National, à la France Insoumise aussi et même à Emmanuel Macron qui remonte dans les sondages à la faveur du grand débat, du débat permanent avec les élus. Pourquoi les Républicains, à l'averse, ne parviennent-ils pas à la faveur de ce mouvement à remonter les courbes ?

15:05
Aurélien Pradié

Sûrement parce qu'il nous faut convaincre. Je ne voudrais tout de même pas oublier trop vite que la droite, les Républicains, nous sortons d'un épisode extrêmement douloureux qui fut celui des élections présidentielles. Et je pense que les Français ont envie qu'on en bave. Ils ont été déçus par les Républicains et par la droite. Et ils ont envie de nous voir... C'est une forme de pénitence ?

15:22
Invité

Oui, je crois. Chemin de croix. Je crois.

15:24
Aurélien Pradié

C'est un chemin de croix, mais c'est une manière aussi de dire avec beaucoup d'humilité aux Françaises et aux Français qu'on a compris. qu'on a compris qu'on ne pourrait pas demain revenir en responsabilité en étant les mêmes qu'hier. Et je pense que cette nécessité d'humilité elle est indispensable pour nous. Laurent Wauquiez, je pense, l'a compris depuis plusieurs mois. Il nous faut labourer avant de convaincre à nouveau.

15:44
Présentateur

Il l'a compris sauf que les propositions qui manquent aujourd'hui, vous l'avez vous-même dit sur une radio concurrente il y a quelques jours, ce qui manque aujourd'hui chez les Républicains ce sont des idées. C'est tout de même à Laurent Wauquiez d'impulser ces idées.

15:57
Invité

Au Parti Socialiste on dit la même chose d'ailleurs. Stéphane Lefeuille nous a dit exactement la même chose l'autre jour. Ce n'était pas incarné, il fallait des idées.

16:04
Aurélien Pradié

Sauf que les idées

16:05
Présentateur

de Laurent Wauquiez

16:05
Aurélien Pradié

restent inaudibles. En fait, il manque des idées à la vie politique en général. Emmanuel Macron n'a pas beaucoup plus d'idées. D'ailleurs, vous voyez, lorsqu'Edouard Philippe a une idée, il vient la piquer aux Républicains, celle sur les contreparties que nous évoquions tout à l'heure. Donc le vrai sujet c'est la place des idées dans notre débat politique. Et oui, si vous voulez que je réaffirme le fait que les Républicains doivent faire émerger des idées avant de faire émerger des personnalités, c'est ce que je pense et c'est ce que je fais à l'Assemblée nationale avec d'autres collègues députés. Oui, mais quand ça ne marche pas,

16:33
Présentateur

est-ce qu'il ne faut pas regarder un moment en direction du leader ? Est-ce qu'il n'y a pas une question du leadership qui va se poser chez les Républicains ?

16:40
Aurélien Pradié

Elle se posera à le moment venu. C'est-à-dire ?

16:42
Présentateur

Après les Européennes ?

16:43
Aurélien Pradié

Non, lorsque les présidentielles arriveront. J'ai confiance en Laurent Wauquiez. Donc les Européennes, c'est un coup pour rien ? Non, ce n'est pas un coup pour rien. C'est une échéance électorale. Mais Laurent Wauquiez a toute légitimité à assurer la mission qu'il assure. Moi, je le connais depuis longtemps. Je connais quelque chose de très différent de la caricature qu'on en fait. Et je suis loyal par amitié, par estime pour Laurent Wauquiez comme je le suis pour Xavier Bertrand et pour bien d'autres aussi. J'ai confiance en lui mais pas seulement en lui.

J'ai confiance en nous, les Républicains, y compris la nouvelle génération pour faire en sorte que les Françaises et les Français demain nous refassent confiance. Je ne crois pas qu'Emmanuel Macron

17:14
Invité

Peu cent d'intentions de vote pour les Européennes, ce n'est pas beaucoup.

17:17
Aurélien Pradié

Eh bien, ça nous dit à quel point il va falloir travailler durement. Moi, je ne crois pas au combat facile. Si j'étais député de la République en marge, je vous dirais que la vie politique est facile. Mais comme je suis député des Républicains et que j'en ai bavé depuis quelques années, je sais à quel point les choses sont difficiles pour convaincre. Mais je sais qu'on peut y arriver.

17:31
Présentateur

Peu d'intentions de vote et puis peu d'argent aussi pour votre candidat aux élections européennes, François-Xavier Bellamy. Il s'est vu refuser à un prêt bancaire de 4 millions d'euros. Est-ce que cette candidature ne va pas finir par poser un sérieux problème tout de même ?

17:45
Aurélien Pradié

Le problème serait qu'un candidat ne puisse pas être candidat à une élection européenne parce que le système bancaire refuse de lui octroyer les moyens nécessaires. C'est ça qui serait scandaleux. Ça veut dire aussi

17:54
Présentateur

qu'il y a un choix qui n'était pas le bon. Mais attendez,

17:57
Aurélien Pradié

il ne revient pas... Non, non, soyons clairs. Il ne revient pas à une banque de juger si un candidat est le bon ou pas. Ce ne sont quand même pas les banques qui font la démocratie dans notre pays. Et sur ce sujet, je vais être extrêmement catégorique.

18:07
Présentateur

Au sein même de votre mouvement, on juge le candidat François-Xavier Bellamy, parfois, ce philosophe que cherchent certains juges chez vous, inexpérimenté, trop cathodradit, par exemple.

18:18
Aurélien Pradié

Écoutez, moi je connais plein de candidats potentiels aux élections européennes extrêmement expérimentés et pour qui je ne fais pas... à qui je n'accorde pas une confiance extrême. J'ai confiance en François-Xavier Bellamy parce que c'est quelqu'un d'intelligent et que je pense que notre débat politique manque parfois d'intelligence, de finesse et de différence et ce n'est pas pour des questions financières qu'on doit empêcher un candidat d'être candidat mais pour des questions idéologiques qu'on doit lui permettre de l'être. C'est la démocratie.

18:44
Présentateur

Eh bien c'est dit et c'est dit sur France Inter. Merci beaucoup Aurélien Pradier, député Les Républicains du Lot. Merci beaucoup et bonne journée. Merci.

18:52
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.