Sylvain Maillard - Le Barbier du matin du 09/01/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour. Bonjour Christophe Barbier. Bienvenue et bonne année. Bonne année. Avec pour les étreignes des parlementaires, donc un nouveau Premier ministre, un nouveau gouvernement qui va arriver. Parlons de celle qui part, Elisabeth Borne. Sa lettre de démission hier, formelle, a quand même frappé les esprits parce qu'elle était copiée sur celle de Michel Rocard en 1991. Monsieur le Président, vous m'avez fait part de votre volonté de nommer un nouveau gouvernement, puisqu'il me faut présenter la démission de mon gouvernement. Ça donne peut-être une idée des rapports un peu glacés qu'il y avait entre Emmanuel Macron et Elisabeth Borne, parce que Rocard Mitterrand, ce n'était pas l'amour.
C'est le choix du Président de la République de nommer un Premier ministre ou une Première ministre parce que c'est elle ou lui qui va animer le projet politique sur lequel il a été élu. C'est lui qui a le choix et qui doit donner l'impulsion. C'est son choix. Moi, j'ai pu travailler au quotidien aux côtés d'Elisabeth Borne. Vraiment, je peux vous dire à quel point c'est une femme, mais vous le savez, engagée, qui travaille, qui bosse, sur laquelle on peut faire confiance.
Je pense que le Président de la République, des relations qu'il avait les uns avec les autres, une relation fluide, moi j'ai pu constater fluide, avec une vraie confiance, mais probablement il estime qu'il faut une nouvelle impulsion. Et c'est ce qu'il a souhaité par la démission d'Elisabeth Borne.
C'est toujours violent quand même pour un Premier ministre qui en effet s'engage minute après minute de quitter comme ça Matignon.
Christophe Barbier, la vie politique est violente. Il ne faut pas faire semblant. La vie politique est violente. Le futur d'un ministre, c'est d'être ancien ministre. Le futur d'un député, c'est d'être ancien député. Le futur du président de groupe que je suis, c'est d'être ancien président de groupe. C'est ainsi la vie politique. Quand on est là, on est là pour servir et servir nos concitoyens. Et donc c'est un temps limité. C'est dur. C'est comme ça. Et donc pendant le temps où on a la chance d'exercer des responsabilités, on doit le faire à fond.
Son bilan n'est pas nul à Elisabeth Borne. 602 jours passés à Matignon, mais 41 textes votés. Alors 23 à 49-3 utilisés, mais beaucoup de textes passés à 149-3. Elle a survécu à 31 motions de censure. C'est ça qui restera une assemblée hostile parce que sans majorité absolue ?
Moi je suis très fier du bilan. Je suis comptable aussi du bilan d'Elisabeth Borne. Je suis très fier. L'année dernière, nous avons passé trois réformes extrêmement importantes. Nous sommes le seul pays occidental à avoir passé autant de réformes structurantes. La réforme des retraites, on sait la difficulté, mais nous l'avons fait adopter. La réforme sur l'immigration, nous savons les difficultés, mais nous l'avons fait adopter. Et la réforme sur l'assurance chômage, on connaît les difficultés. Elle est mise en œuvre. Oui, c'est difficile. La situation est difficile. Peut-être nous y reviendrons au niveau aussi international. La géopolitique est compliquée.
Notre pays continue à se réformer. Il se réforme pourquoi ? Faire en sorte qu'on arrive au plein emploi. Faire en sorte qu'on ait les moyens de financer notre modèle social. Si nous ne travaillons pas plus, nous ne pouvons pas financer notre modèle social. Et donc nous prenons des décisions qui sont parfois difficiles, courageuses. Et Elisabeth Borne a pris des décisions difficiles et courageuses.
Est-ce que ça ne sera pas encore plus difficile ? Est-ce qu'il ne faudra pas encore plus de courage bientôt ? Bruno Le Maire, hier pour ses voeux, a dit qu'il faudra trouver 12 milliards d'économies en 2025. Il n'y en a que deux pour 2024, 2 milliards.
Je le crois que ce sera évidemment encore plus difficile. Les voeux de Bruno Le Maire, j'y étais d'ailleurs, ont été extrêmement forts et correspondent à l'état d'esprit de mon groupe, du groupe Renaissance. C'est qu'il nous faudra construire un budget qui sera compliqué en 2025. Nous allons travailler. J'ai des députés, 170 députés extrêmement motivés pour pouvoir trouver des solutions, des voies de passage. Mais oui, il faudra prendre des décisions courageuses. Il nous faut arriver à 5% de chômeurs. Le plein emploi, il est accessible. Pour y arriver, il faudra prendre des décisions. Pourquoi il faut arriver à 5% de chômeurs et le plein emploi ?
C'est la seule façon de financer notre modèle social. Plus d'actifs. Il nous faut un taux d'emploi de 80% comme les Allemands qui nous permet de financer notre modèle social. Il n'y a pas d'autre solution. Il nous faut collectivement travailler plus. Et donc c'est à ça que nous allons nous atteler parce que nous sommes tous attachés à notre modèle social. Et donc il nous faut travailler plus.
Donc il faudra trouver des majorités pour ces réformes. Est-ce que le but doit toujours être d'élargir la majorité ? C'était la mission confiée à Elisabeth Borde. Ou est-ce qu'il faut simplement se dire que texte par texte, vous au Parlement, vous allez bricoler ce que vous pourrez en termes de majorité ?
Je ne sais pas si on peut dire bricoler. En tout cas, c'est moi le cœur de mon travail. C'est de trouver des majorités, texte par texte. Vous l'avez dit, on a un peu plus de 60 textes au total qui sont votés à chaque fois avec une majorité relative. Et beaucoup de textes sont votés très très largement. Pourquoi ? Parce que nous travaillons en amont avec les oppositions. de faire en sorte de... Comme le demandaient les Français d'ailleurs. Nous avons été élus dans une majorité relative. Les Français avaient l'air très heureux à ce moment-là d'avoir choisi... D'obliger les gens à travailler ensemble. Exactement. Ce n'est pas facile. On a des oppositions qui s'opposent.
Parfois de façon plutôt dogmatique que constructive. Ça ne va pas s'arranger. Mais je n'en sais rien parce que je crois que quand vous êtes responsable politique, votre but, il n'est pas seulement de venir sur les plateaux de télévision ou de radio expliquer à quel point le gouvernement est mauvais et à quel point la majorité est mauvaise et à quel point le président de la République est mauvais. C'est aussi de participer à la vie politique et de pouvoir mettre sa patte. Donc, moi, je suis toujours optimiste. C'est mon travail, évidemment, avec la Première Ministre, avec le nouveau Premier Ministre, d'aller trouver des majorités sur chaque texte. Oui, c'est du boulot.
Vous savez, même, c'est sur chaque amendement. Il faut aller trouver des majorités. Et donc, c'est un travail difficile. Mais c'est les Français qui nous ont demandé d'être dans cette... qui nous ont mis dans cette situation. On assume et on continue.
On a vu des fissures, des troubles dans votre majorité relative au moment de la loi immigration. Est-ce qu'après cette trêve de la fin d'année, ces fissures sont comblées ? Est-ce que vous allez récupérer un groupe uni ?
Je le crois profondément. D'ailleurs, j'ai pu constater juste après le vote, le lendemain et sur le lendemain, avant que la pause... Certains sont partis au ski, ce que j'ai entendu tout à l'heure dans la chronique. Mais ce que j'ai pu constater, c'est à quel point tout le monde était conscient du fait que si vous êtes isolé en politique, vous ne pesez rien. Et que pour porter nos idées, nos idées qui ont été choisies par les Français, il nous faut d'être unis et d'être coordonnés. Je crois que l'ensemble des députés Renaissance, l'ensemble des députés de la majorité souhaitent absolument continuer l'action du président de la République.
Je ne suis, pour être tout à fait honnête, pas inquiet là-dessus.
Vous attendez beaucoup de ce grand rendez-vous avec la Nation qu'Emmanuel Macron promet qu'il doit éclaircir dans ce mois de janvier ?
Oui, bien sûr. Après, je n'ai pas plus d'indications... C'est mystérieux pour tout le monde. Oui, il nous a donné un rendez-vous et nous allons nous concentrer. Et nous, nous concentrons déjà avec mes équipes, avec les députés, sur les prochains textes que nous allons porter, y compris dans nos niches parlementaires. Vous savez que le groupe majoritaire a plusieurs niches, ce qu'on appelle des niches parlementaires, avec des textes que nous devons porter, entre autres sur le logement, sur les associations. Mais on a des choses assez structurantes. Ce que nous voulons, c'est incarner la politique au quotidien pour les Français.
Il y aura aussi les grands textes éthiques. La fin de vie, ça peut faire exploser votre groupe ? Est-ce que chacun a une idée en conscience personnelle ?
Oui, il y aura une liberté de vote absolue sur ce texte-là. On l'a toujours dit. De ce que j'ai pu voir, on verra le texte définitif qui sera proposé. Mais on voit bien que c'est un texte en deux phases, avec vraiment une partie très forte sur les soins palliatifs, et puis une partie sur la fin de vie, qui sera mesurée, je crois calibrée, et j'attends beaucoup, moi, du vote, du débat que nous aurons au Parlement, au Sénat et à l'Assemblée nationale, qui, je pense, peut être un débat extrêmement digne, et faire en sorte de construire la loi qui attendent les Français, parce que les Français, très majoritairement, attendent une loi sur la fin de vie.
Alors, on attend ce matin un nouveau Premier ministre. C'est Gabriel Attal qui tient la corde. Est-ce que vous, président de groupe, vous êtes un peu consulté par le président, par le secrétaire général de l'Elysée, par les poils l'eau de la majorité ? Est-ce que c'est collectif comme réflexion ?
Pour être tout à fait honnête, je ne vous en parlerai pas, car ça fait partie des discussions qu'on a et on n'a pas à commenter.
Donc ça veut dire oui, il y a un peu de discussion quand même.
Ce qui est important, c'est, d'abord, moi je fais confiance au président de la République pour choisir son Premier ministre ou sa Première ministre qui correspond au moment et à la politique qu'il peut développer. Et ensuite, il doit nommer avec le nouveau Premier ministre l'équipe autour de lui pour pouvoir incarner dans chaque, entre guillemets, rubrique, son projet. En tout cas, ce dont il peut être sûr, c'est qu'il y aura la loyauté des députés de la majorité. Nous travaillons comme nous l'avons toujours fait, mais aussi en exigence. Car je crois que c'est ce que aussi veulent les Français, d'avoir des députés qui sont loyaux mais exigeants vers l'exécutif.
Vos députés, vous-même, vous souhaitez plutôt de la stabilité par rapport à l'équipe sortante pour continuer les grands dossiers sans perdre de temps ? Ou est-ce qu'au contraire, vous vous dites qu'il faudrait vraiment renouveler beaucoup de monde dans ce gouvernement pour trouver une énergie nouvelle ? Parce qu'après deux ans, c'est normal, ils sont tous fatigués.
Vous savez, j'ai la chance d'être aussi chef d'entreprise et je sais à quel point c'est difficile de constituer une équipe. En tout cas, quand on constitue une équipe, c'est en fonction de ses intuitions et sur le projet que nous voulons porter. C'est le président de la République qui doit établir son équipe et donc son gouvernement. C'est à lui de sentir le projet, comment il veut le porter, avec les personnes avec qui il veut le porter. Ce n'est pas à moi, président de groupe, si évidemment il me pose ces questions, je réponds et j'essaie d'éclaircir peut-être des points ou sur certaines personnalités.
Mais en tout cas, ce qui est essentiel, c'est lui qui doit établir quelle est son équipe. Moi, j'établis mon équipe au Parlement, c'est à lui d'établir son équipe.
Que répondez-vous à ceux qui disent « Gabriel Attal, mais ça serait fou, il est trop jeune, 34 ans, ce n'est pas raisonnable à Matignon ? »
Non, mais là, je ne rentre absolument pas dans l'idée, dans la réflexion. C'est les qualités et le projet qu'il doit porter et l'incarnation qu'il doit mettre sur la place publique pour faire en sorte d'emmener nos concitoyens. Donc, moi, vous savez, l'âge, ça ne me regarde pas.
Et que dites-vous à ceux qui disent « ça serait une déclaration de guerre à Édouard Philippe et à tous les autres présidentiables, c'est une créature présidentielle pour 2027 de plus ? » Non, mais quand on fait de la politique, c'est pour les concitoyens,
ce n'est pas pour nous-mêmes, ce n'est pas pour notre écosystème. Ce qu'il faut, c'est trouver des solutions pour nos concitoyens au quotidien, c'est ce qu'ils nous demandent. Moi, je suis toujours frappé de la différence entre ce qu'on peut dire sur des radios, sur des visions en permanence et ce qu'on nous dit, nous, sur les marchés, où c'est vraiment souvent deux mondes totalement...
Le nom importe peu, ils veulent de l'efficacité.
Exactement. Et ce qu'on nous reproche, ou parfois ce qu'on met à notre crédit, c'est le fait de changer le quotidien. Et donc, ce que doit incarner un gouvernement, ce que doit incarner une majorité, c'est comment il transforme le quotidien, améliore le quotidien, face en sorte que la vie de nos concitoyens soit meilleure le jour d'après.
Ce Premier ministre, il devra aussi mener la bataille des Européennes, même s'il ne sera pas évidemment tête de liste. C'est encore gagnable pour vous, les Européennes, ou est-ce que Bardella n'a pas déjà parti remporter ? C'est notre ADN, Christophe Barbier.
L'Europe, c'est notre ADN. Moi, mon engagement politique, il est européen, profondément européen. Et donc, les Français, ils auront un bulletin de vote, un bulletin de vote pour dire « je suis pour l'Europe ». Évidemment qu'il faut l'améliorer, évidemment que ce n'est pas parfait, mais en disant profondément, la souveraineté de la France, elle se construit à travers une Europe forte. Il n'y aura qu'un bulletin, ce sera le bulletin de la majorité présidentielle. Tous les autres, ce sera non à l'Europe, du Frexit, avec différentes variables, mais en réalité, ce sera ça la différence, pour l'Europe ou contre l'Europe.
En un mot, pour finir, vous, Sylvain Maillard, avez-vous envie d'entrer au gouvernement ?
Je suis très heureux d'être président de groupe. J'adore ça. Ça ne fait pas un an, en fait. Ça fait six mois. Et j'adore le rôle. Je ne suis pas du tout à penser au travail d'après. Et disponible pour le président, quand même. Et je vis ça pleinement au quotidien. Et je suis ravi de retourner, juste après votre émission, au Parlement. Sylvain Maillard, merci, bonne journée. Merci. Merci beaucoup, Christophe Barbi. On vous retrouvera, évidemment, comme tous les matins, demain à 7h45. Et votre invité sera le député LR, Yann Boucard. Merci.
Sylvain Maillard