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interviewBFMTV· 12 juillet 2024 23 min

Tractations du NFP pour Matignon: l'interview de Manuel Bompard (LFI) en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonsoir Manuel Bompard. Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes au cœur de cette attente, de ce suspense. Vous êtes sans doute un des hommes politiques les plus traqués de France d'ailleurs ces derniers jours. On veut savoir qui vous allez choisir pour ce poste à Matignon que vous allez proposer en tout cas au Premier ministre. On va mener cette interview avec Sébastien Ligné. Bonsoir, journaliste politique à valeur actuelle. Je tente ma chance, je tente ma chance Manuel Bompard. Vous n'êtes pas le premier, vous ne serez pas le dernier.

Ça fait maintenant cinq jours, cinq jours que les Français attendent, cinq jours que votre électorat à gauche attend ce nom du Premier ministre que vous voulez envoyer à Matignon. Est-ce que vous l'avez ce soir, oui ou non ?

0:42
Manuel Bompard

Vous imaginez bien que si je l'avais, je ne viendrais pas sur un plateau tout seul pour vous le donner. Ce que je peux vous dire d'abord, j'entends la question que vous me posez, mais je crois important de rappeler que s'il y a une attente aujourd'hui dans le pays, elle s'exprime d'abord à l'égard du président de la République qui depuis dimanche multiplie les prises de parole et les initiatives pour en quelque sorte effacer le résultat des élections législatives et a toujours, depuis dimanche, refusé de faire ce qu'il aurait dû faire, c'est-à-dire se tourner vers le nouveau Front populaire et nous dire « je vous confie la responsabilité de former un gouvernement ».

1:21
Présentateur

Mais vous savez, Trédère, ce n'est pas possible puisqu'il n'y a pas cette majorité absolue dont vous…

1:26
Manuel Bompard

Mais ce n'est pas le sujet, pardonnez-moi. Y compris dans des situations de majorité relative en France, la coutume, l'usage, c'est que le président de la République se tourne vers le bloc politique qui dispose du plus grand nombre de députés à l'Assemblée nationale et lui demande de constituer un gouvernement. Et ensuite, ce gouvernement cherche à créer les conditions pour pouvoir mettre en œuvre sa politique, même dans une situation de majorité relative.

1:52
Présentateur

– Ça, c'est en théorie, c'est en théorie. Vous savez très bien que c'est la théorie dans la pratique.

1:55
Manuel Bompard

– Non, vous ne pouvez pas dire ça, pardonnez-moi. En 2022, à l'issue des élections législatives, le bloc macroniste avait environ 250 députés à l'Assemblée nationale, ce qui ne constitue pas une majorité absolue. Qu'est-ce qu'a fait le président de la République ? Il a nommé un nouveau gouvernement.

2:11
Présentateur

– Oui, mais à l'époque, vous aviez dénoncé justement cela. Vous aviez dénoncé cette nomination. En tout cas, une partie de la gauche avait dénoncé cette nomination d'un Premier ministre issu de cette majorité relative, sans compromis.

2:22
Manuel Bompard

– Non, non, attendez, ne dites pas ça. Personne ne l'a dénoncé. Mais nous sommes des opposants à la politique d'Emmanuel Macron. Donc en 2022, quand le président de la République a nommé à l'époque, de mémoire, Madame Borne pour son premier mandat à Matignon, nous avons dit « Nous ne sommes pas d'accord avec sa politique, nous allons déposer une motion de censure ». Bon, si là, le président de la République se tourne vers le nouveau front populaire, nous demande de constituer un gouvernement, que nous constituons un gouvernement, et que certains députés à l'Assemblée nationale veulent déposer une motion de censure, c'est les institutions, ils ont le droit de le faire.

Mais n'inversons pas les choses. Je dis que le président de la République essaye de rétablir une forme de droite veto présidentielle qui est tout simplement inacceptable d'un point de vue démocratique.

3:07
Présentateur

– Je vais vous donner la parole dans un instant, Sébastien Ligné, mais cette question, pourquoi ça prend autant de temps ?

3:12
Manuel Bompard

– Ah, ça permet de répondre à la deuxième partie de la question que vous m'avez posée tout à l'heure. – Voilà, on est vendredi soir. Bon, le résultat des élections, c'était dimanche. On est donc à cinq jours de discussion. Pourquoi ces cinq jours de discussion ? Parce qu'il s'agit d'abord de discuter pas uniquement de quelle figure pourrait être Premier ministre, mais de discuter aussi de quel dispositif gouvernemental, quel périmètre, comment les différents ministères seraient répartis entre les différentes formations politiques de notre coalition.

3:40
Présentateur

– Donc là, vous êtes en train d'écrire une équipe gouvernementale,

3:43
Manuel Bompard

un poste de ministre de l'Intérieur, de ministre de la Transition énergétique. – C'est à ça que l'on travaille, et c'est la raison pour laquelle ça prend un peu de temps, mais il faut aussi remettre les choses en perspective. Il y a un certain nombre de pays en Europe, en Belgique, en Espagne…

3:58
Présentateur

– C'est pas forcément le bon exemple ?

3:59
Manuel Bompard

– Je ne sais pas. – En Belgique, il a fallu plus d'un moment… – En Belgique, j'admets que ce n'est pas forcément le bon exemple, vu le temps qu'il a pris. Mais en Allemagne, en Espagne, il faut généralement plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, pour qu'on puisse constituer un gouvernement. On n'en est pas là aujourd'hui, et je n'ai pas l'intention d'en arriver là. Mais on a encore quelques jours, quelques heures peut-être, pour essayer de parvenir… – Peut-être que oui, alors. – Non, non, mais je ne vais pas faire comme l'ont fait un certain nombre de personnes depuis le début de la semaine.

Vous pourrez regarder, je ne l'ai jamais fait, parce que souvent, les gens qui le font, c'est ceux qui ne sont pas dans la discussion. C'est de fixer des deadlines, dire ça sera tel… Parce qu'après, quand ça ne marche pas, on me dit « alors, vous aviez dit ». Donc, je reste…

4:36
Invité

– Sébastien Ligné. – Bon, déjà, certains vont être un peu surpris, mais Valeur Actuelle va être d'accord avec la France Insoumise sur un point, c'est sur le fait qu'Emmanuel Macron fait une erreur démocratique grave en refusant à la France Insoumise et nos fonds populaires de constituer un gouvernement, en tout cas d'essayer. Maintenant, une fois qu'on a dit ça, on ne peut pas simplement occulter le fait que votre objectif final, c'est quand même de gouverner. Je pense qu'on sera d'accord avec ça, et qu'on ne peut pas simplement s'arrêter à la première étape du « on sélectionne un Premier ministre et ensuite on verra si une motion s'en surpasse ».

Parce que depuis dimanche, on a quand même un peu l'impression de vivre dans un monde parallèle. Vous revendiquez une victoire éclatante, un soutien populaire qui n'existe que dans votre esprit. Il ne faut quand même pas oublier qu'une majorité de vos électeurs du second tour vous ont choisi un peu en se bouchant le nez, un peu par défaut, voire par dépit, et que donc il va falloir à un moment donné respecter ce constat et donc s'ouvrir aux autres.

C'est-à-dire qu'il va falloir faire des compromis, il va falloir tendre la main aux autres groupes qui ont participé à ce fonds républicain, et le compromis et tendre la main, c'est quand même deux notions qui sont un petit peu étrangères à la France insoumise.

5:44
Manuel Bompard

Bon là, vous faites un procès d'intention en vous appuyant je ne sais pas sur quoi, hormis sans doute sur une forme d'a priori que vous avez à notre égard, mais je balaye ça d'un... Mais comment vous allez tendre la main ? Je vais répondre à votre question, ne vous inquiétez pas. Mais je vais vous dire les choses de manière très simple. Je n'ignore pas que nous sommes dans une situation de majorité relative, ça ne m'a pas échappé. Mais le résultat des élections législatives fait que nous sommes le bloc politique qui dispose du plus grand nombre de députés à l'Assemblée nationale. Si vous pensez que c'est autrement que ça doit être... Non, sur les faits on est d'accord. C'est comme ça.

Donc qu'est-ce que nous faisons ? Nous disons que nous sommes prêts à constituer un gouvernement, et ensuite nous voulons mettre en œuvre notre programme. Et pour mettre en œuvre notre programme, il faudra convaincre. Et je pense, et je suis même certain, que sur un certain nombre, et même un grand nombre des points qui sont dans notre programme aujourd'hui, c'est tout à fait possible de constituer une majorité de députés à l'Assemblée nationale pour les appuyer et les soutenir. Mais sur votre programme ? Je vous donne un exemple.

Si, par exemple, un gouvernement du nouveau frau populaire arrive devant l'Assemblée nationale en disant « je vous propose une loi pour abroger la retraite à 64 ans d'Emmanuel Macron », je pense que sur ce point, nous pouvons disposer d'une majorité... Avec le Rassemblement national ? Pas seulement avec le Rassemblement national. Écoutez, l'année dernière, il me semble que le Rassemblement national, de ce qu'il disait, était opposé à la réforme des retraites, mais un certain nombre de députés, les Républicains aussi, que les députés du groupe Luiot, qui est un groupe, on va dire, centriste pour aller vite, y étaient opposés.

Donc je pense qu'il y a une majorité de députés pour voter, par exemple, en faveur d'une proposition de loi pour abroger la retraite à 64 ans.

7:20
Présentateur

Emmanuel Bompard, la pression sur vos épaules, elle est énorme. Pourquoi ? Parce que du Rassemblement national, finalement, à une partie de renaissance, eh bien, un très grand nombre de députés a expliqué qu'on censurera le gouvernement s'il y a le moindre ministre issu de la France insoumise aux écologistes au sein du gouvernement. Est-ce que vous assumeriez d'être, en quelque sorte, question un peu provocatrice, je vous l'accorde, mais d'être la formation politique qui ferait qu'il n'y ait pas de Premier ministre de gauche à Matignon ?

7:50
Manuel Bompard

– Mais vous venez de dire vous-même dans votre question que je ne serai pas la formation politique qui l'empêche, puisque certains disent s'il y a un insoumis et s'il y a un écologiste, donc ça fait déjà deux formations politiques. – Je n'ai pas dit les socialistes. – Oui, d'accord, mais je sais comment ça fonctionne, si vous voulez. Ça commence avec les insoumis, ça vient ensuite sur les écologistes, puis demain ça viendra sur les communistes ou sur les socialistes. Parce que tout ça, ce sont des prétextes. Ce sont des prétextes pour essayer, encore une fois, de balayer d'un revers de la main le résultat des élections législatives.

8:21
Présentateur

– Mais les faits sont là, ils censureront le gouvernement s'ils nous aident dedans, c'est ça ?

8:25
Manuel Bompard

– Mais et surtout, attendez, et surtout ce sont des prétextes pour nous empêcher d'appliquer le programme qui est le nôtre, parce que le programme qui est le nôtre, il y a un certain nombre de gens dans le pays, pas une majorité je le crois, plutôt une toute petite minorité qui confisque depuis des années et des années le pouvoir et les richesses, qui effectivement n'en veut pas. Ça, ça ne m'a pas échappé. Sauf que ce n'est pas à eux de décider, parce qu'on est dans notre pays en démocratie. Et donc quand le résultat des élections nous confie la responsabilité d'appliquer notre programme, nous voulons le faire tout simplement.

8:54
Invité

– Mais ce n'est pas ce que le résultat de dimanche dit. Le résultat de dimanche, il dit d'abord qu'une majorité de Français a décidé de ne pas confier le pouvoir au Rassemblement National. Et de ce point de vue-là, le Front Républicain et le Front Populaire a gagné. Mais à aucun moment, il y a une majorité d'adhésion à votre programme. Ce n'est pas du tout… – Mais vous n'en savez rien. – Mais enfin, tous les sondages le montrent.

9:14
Manuel Bompard

– Non, ce n'est pas vrai ce que vous dites.

9:15
Invité

– Ah bon ? Donc quand des députés insoumis ou quand des députés socialistes gagnent grâce au report de voix d'adhérents Les Républicains ou Ensemble, c'est parce qu'ils sont d'accord avec votre programme ? C'est qu'ils sont d'accord pour la retraite à 60 ans ? Non, ce n'est pas vrai. Est-ce qu'il ne faut pas aussi mettre un moment de l'eau dans votre vin

9:30
Manuel Bompard

sur votre programme pour gouverner ? – Je ne suis pas en train de vous dire ça, moi. Je ne suis pas en train de vous dire que quand des électrices ou électeurs macronistes votent au deuxième tour, ils sont d'accord, mais il ne vous aura pas échappé qu'il y a eu aussi un certain nombre de députés macronistes ou Les Républicains, comme vous dites, qui ont été élus au deuxième tour parce qu'ils ont bénéficié de report de voix. Peut-être qu'à eux, il faudrait leur poser la question de savoir si ça ne les oblige pas en quelque sorte à nous laisser dérouler une partie significative de notre programme. – Une partie, mais pas entièrement.

9:59
Invité

On sent bien qu'il y a deux semaines, vous nous disiez, même pas deux semaines, il y a cinq jours, vous nous disiez c'est le programme du Front populaire.

10:05
Manuel Bompard

– Totalement. – Du Front populaire ou rien. – Je ne sens rien sur ce sujet.

10:08
Invité

– Mais enfin, mais donc c'est ingouvernable. Donc vous assurez le fait que c'est ingouvernable.

10:11
Manuel Bompard

– Mais si vous, vous savez, la politique, ce n'est pas juste des scénarios d'anticipation. La politique, c'est aussi l'art de convaincre. Enfin, pardonnez-moi, mais accepter l'idée qu'un gouvernement du Front populaire, il peut convaincre dans la population que la politique que l'on veut mettre en place elle est bonne pour le pays, qu'un gouvernement du Front populaire, il peut convaincre dans l'Assemblée nationale que la politique que l'on veut mettre en place elle est bonne pour le pays, accepter cette idée.

Et puis après, si on n'arrive pas à convaincre, moi je suis un démocrate, monsieur, si je n'arrive pas à convaincre à la fin, il y a des outils institutionnels qui disent ah ben non, on ne veut pas de ce gouvernement. Mais avant de le savoir, si les gens ont été députés… – Donc vous prévoyez cette censure ? – Mais non, je ne la prévois pas, je vous dis que je veux l'empêcher parce que je veux convaincre. Je vous dis juste que moi après je suis un démocrate, je ne vais pas vous dire que je vais m'asseoir à la fin si une majorité des députés à l'Assemblée nationale ne veut pas d'autres gouvernements.

10:59
Présentateur

– Donc le nouveau Front populaire va tenter un gouvernement, en tout cas de coalition, au sein du nouveau Front populaire et puis après on verra.

11:06
Manuel Bompard

– Non, ce n'est pas on verra. – C'est ça. – Ce n'est pas on verra, on va tenter un gouvernement du nouveau Front populaire, on va commencer à mettre en œuvre notre programme et puis après, si des députés… – Il faudra qu'ils ne soient pas censurés pour ça. – Attendez, mais justement, mais c'est eux qui prendront leurs responsabilités, vous ne pouvez pas me demander à moi d'anticiper qu'elles pourraient être leurs décisions. – Non mais c'est ce qu'ils disent, c'est ce qu'ils expliquent.

– D'accord, mais moi, nous, notre gouvernement, il proposera de rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune, il proposera d'augmenter le SMIC, il proposera d'augmenter le point d'indice des fonctionnaires, il proposera de mettre en place une taxe sur les super profits. – Si cette politique, elle est trop insupportable pour un certain nombre de députés à l'Assemblée nationale, eh bien ils le censureront, mais ils en assumeront ensuite la responsabilité.

11:48
Présentateur

– Donc c'est un message envoyé directement au Rassemblement national ?

11:50
Manuel Bompard

– Mais non, pas au Rassemblement national, à tous les députés. Je leur dis, ensuite, vous devrez assumer, le cas échéant, dans cette hypothèse, vous devrez assumer que vous voulez faire obstacle à une politique qui est attendue par une grande partie des Françaises et des Français. Parce que vous me disiez, les sondages, les sondages, l'ensemble des mesures que je viens de vous lister à cet instant, qui sont au cœur du programme du Nouveau Front Populaire, sont des mesures qui, si l'on en croit les sondages, puisque c'est l'élément que vous indiquez, sont très largement majoritaires dans la population.

12:17
Présentateur

– Bon, j'aimerais qu'on avance en tout cas sur un point, c'est le nom du guette. – Ah, on y revient. – Ah bah oui, mais… – Non mais allez-y, allez-y. – On attend quand même ce nom, cette proposition. En tout cas, c'est Fabien Houssel, le patron du Parti communiste, qui l'a proposé, il était l'invité tout à l'heure de notre antenne. Regardez, écoutez.

12:34
Invité

Huguette Bélo, elle est présidente d'une région que je connais, où je suis allé, je l'ai rencontrée là-bas, qui affronte d'énormes difficultés. Elle sait ce que c'est. Lutter contre les logements insalubres, la précarité, la pauvreté, elle sait ce que c'est. Et elle a siégé 20 ans à l'Assemblée nationale. Elle sait ce que c'est que le Parlement, et construire des majorités, elle est respectée. Elle a de l'autorité. Je sais que quand le président de la République réunit les présidents de région, elle est à ses côtés. Le président de la République ne pourra pas dire qu'elle n'est pas républicaine, qu'elle ne peut pas être Premier ministre. Ce serait énormément méprisant de dire ça.

Et donc, elle a effectivement l'étoffe, l'épaisseur pour pouvoir remplir cette fonction, et surtout rassembler pour répondre aux urgences des Français.

13:27
Présentateur

D'abord, vous soutenez cette candidature, en tout cas cette proposition du Guet-Bélo ? Ce sont les socialistes qui bloquent ?

13:33
Manuel Bompard

D'abord, je partage l'appréciation positive et les qualités qu'a décrit Fabien Roussel à l'égard du Guet-Bélo. Je pourrais en rajouter d'autres. Lesquelles ? C'est une femme qui a un parcours assez extraordinaire. C'est une femme qui est à la tête d'une collectivité territoriale dans laquelle elle gouverne une majorité qui est assez proche de ce qu'est le Nouveau Front Populaire. On retrouve à peu près l'ensemble des composantes du Nouveau Front Populaire dans sa majorité.

Et puis, je crois que l'idée que la Première ministre de ce pays soit une femme issue d'un territoire d'outre-mer dans la période que l'on vit, en particulier les tensions qui peuvent exister en Nouvelle-Calédonie, tout ça, je trouve que ce serait des éléments qui feraient honneur à notre pays, la France. Pour le reste, je vous réponds franchement, nous, les Insoumis, nous avions mis un certain nombre de propositions sur la table, de noms de la France insoumise pour pouvoir exercer cette fonction. Mathilde Pano, Jean-Luc Mélenchon, Clémence Guettet, notamment ?

On avait mis effectivement plusieurs noms sur la table, mais nous, les Insoumis, nous ne serons jamais du côté du problème et toujours du côté de la solution. Et il me semble effectivement que cette proposition du Guet-Bélo, c'est une proposition qui peut faire consensus. Et si elle peut faire consensus, nous l'appuions.

14:44
Invité

– Enfin, elle vous plaît aussi, au-delà de toutes les qualités que vous avez énoncées, elle vous plaît aussi, parce que Guet-Bélo, elle ne communiste que le nom, si vous voulez. Il faut quand même rappeler qu'Uguet-Bélo, elle a donné son parrainage à Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle 2022. Elle était sur la liste de Manon Aubry aux élections européennes. Vous pouvez aussi assumer de dire…

15:04
Manuel Bompard

– C'était le CV. Elle a, par exemple, de mémoire, appuyé la candidature de Ségolène Royal à l'époque. Je veux dire, elle a un parcours politique. S'il la positionne plutôt…

15:13
Invité

– Ces dernières années, elle se positionne plutôt au côté de Jean-Luc Mélenchon, de la France Insoumise. Est-ce qu'il ne faut pas aussi…

15:18
Présentateur

– C'est interdit en France ?

15:19
Invité

– Non, mais par honnêteté, parce que là, on la présente comme une candidate poussée par le PCF. – Elle était sur la liste de la France Insoumise pour les Européens. – Qui est finalement soutenue par bonté de cœur, par les LFI. Est-ce qu'il ne faut pas aussi assumer de dire que c'est aussi une candidate proche des Insoumis ? – Mais j'ai pas… – Alors que beaucoup, au sein du Nouveau Front Populaire, disaient surtout pas un candidat proche de la France Insoumise.

15:38
Manuel Bompard

– Elle n'est pas membre de la France Insoumise. – Non, mais idéologiquement, elle est quand même assez proche. – Enfin, vous pouvez… – Si vous voulez commencer, on a signé avec les autres composantes du Nouveau Front Populaire un programme commun. – Mais il y a une différence entre Léguet Bellot et Olivier Faure, s'il vous plaît. – Il y a sans doute. Et puis aussi avec Marine Thaudelier, puis aussi avec Manuel Bompard, et aussi avec Fabien Roussel. Là, entre toutes ces personnes, il y a effectivement des différences. Je ne peux pas le contester. Mais ce n'est pas le sujet.

Le sujet, c'est est-ce que oui ou non, cette candidature est une candidature qui est susceptible aujourd'hui, puisque c'est la règle que nous nous sommes fixées, de faire consensus entre les différentes formations politiques.

16:08
Présentateur

– Visiblement, non, puisque selon les informations de BFMTV, les socialistes ne voient pas cette candidature d'un bon œil.

16:16
Manuel Bompard

– Ah ben ça, je ne sais pas, parce que moi, à ce stade, ils ne m'ont pas répondu sur ce sujet. – Je ne veux pas dévoiler les ressorts de la discussion, mais pour l'instant, je n'ai pas eu cette information. Donc on le verra. Mais en tout cas, j'ai l'impression, et je ne veux parler à la place de personne, Fabien Roussel a dit sa position officiellement, je vous ai dit la mienne, j'ai l'impression que du côté des écologistes, en tout cas, l'idée est examinée positivement. Je crois avoir lu dans la presse que Marine Thaudelier avait pu échanger avec Huguet de Bélo au téléphone. Donc il me semble qu'il y a un chemin pour faire en sorte que cette proposition puisse faire conscience.

16:53
Invité

– Pourquoi c'est aussi difficile ? Vous nous avez quand même vendu ces dernières semaines une union extrêmement forte. – Mais ce n'est pas difficile, pourquoi vous dites que c'est difficile ? – Excusez-moi, tous les matins, on se lève avec un nouveau nom qui sort du chapeau. À midi, on a quelqu'un du nouveau Front populaire qui nous dit « la fumée blanche arrive » et à 14h, vous avez un autre qui nous dit « non, c'est en train de capoter ». – Pourquoi c'est aussi compliqué ?

17:14
Manuel Bompard

– Je ne trouve pas ça être difficile ni compliqué. Je trouve que les discussions avancent bien. On parle de constituer un gouvernement pour la France. Excusez-moi de vous dire que ça ne se fait pas sur un coin de table en 3 heures, que c'est normal qu'on discute à peu près de l'ensemble des points et qu'on essaye de faire quelque chose qui soit le plus solide possible. Et c'est à ça qu'on travaille. Moi, je ne trouve pas ça compliqué ni difficile. Quant aux gens qui vous disent « parce que je sais aussi comment fonctionne une négociation, dans quelques heures, nous allons avoir le résultat, etc.

» Je vous le disais tout à l'heure, moi, je ne fais pas partie de ces gens-là parce que je sais très bien que… parce que généralement, ce sont des gens qui ne sont pas autour de la table. Donc je sais très bien que quand on n'est pas autour de la table, c'est très facile de dire « ne vous inquiétez pas, ça va se régler vite ». Mais que quand on est autour de la table, on se rend compte que ça peut prendre plus de temps. Et il n'y a pas de raison de se stresser. Il n'y a pas de raison d'expliquer que ce sont des difficultés ou des complications. Il n'y en a pas. Les choses avancent positivement. On examine les différentes hypothèses.

Et je forme le vœu que d'ici, on va dire, à la date limite qui a été fixée par Emmanuel Macron, parce qu'Emmanuel Macron a fixé une date limite jeudi prochain avec le vote à l'Assemblée nationale, moi, je pense qu'on sera en mesure de présenter un dispositif gouvernemental.

18:22
Présentateur

Est-ce que vous ne craignez pas, puisque c'est Édouard Philippe, d'ailleurs, qui a eu ces mots, qui a expliqué que l'Assemblée nationale était plutôt de centre droit, est-ce que vous ne craignez pas que ce temps passé à trouver le bon candidat laisse la place quelque part à la droite ? Si demain, un Premier ministre est issu de la droite, il ne sera peut-être pas censuré ni par le Rassemblement national, ni par Renaissance. Est-ce que vous...

18:45
Manuel Bompard

Il y a encore un Premier ministre, là. Vous êtes d'accord ? Bien sûr. Demain, il ne peut pas être remplacé par un autre. Il faut d'abord que le gouvernement démissionne. Vous en êtes d'accord aussi ?

18:52
Présentateur

Quel est le rapport avec ce que je viens de dire ?

18:54
Manuel Bompard

C'est que vous me donnez l'impression que le fait que ça nous prenne un jour, deux jours ou trois jours de plus pour déterminer qui peut être notre prochain Premier ministre pourrait laisser la possibilité à Emmanuel Macron d'en nommer un autre avant. Vous dites, non, ce scénario, il n'existe pas. Parce qu'Emmanuel Macron, lui-même, a fixé... En quelque sorte, il nous a imposé le calendrier. J'ai dit à quel point je trouvais ça insupportable tout à l'heure. Alors, je reformule ma question.

19:15
Présentateur

Si votre gouvernement, je suis sans doute mal exprimé, est censuré, est-ce que vous ne prenez pas le risque d'avoir un gouvernement de droite qui ne serait censuré ni par le Rassemblement national, ni par Renaissance, ni par la droite ?

19:28
Manuel Bompard

Mais, en fait, ce n'est pas une histoire de prendre le risque. C'est une histoire qu'on est dans une situation politique particulière. Aucun des blocs à l'Assemblée nationale ne dispose d'une majorité absolue. C'est comme ça. C'est le résultat des élections. Et que, donc, il y a un usage républicain. C'est Dominique de Villepin qui rappelait ça, d'ailleurs, il y a quelques heures sur un plateau de télévision. Il disait, comment on fait dans ce cas-là ? On se tourne d'abord vers le bloc qui est le plus nombreux. On lui dit, constituer un gouvernement. Entre guillemets, il tente sa chance, excusez-moi du terme. Il arrive ou il n'arrive pas à mettre en œuvre sa politique.

Et s'il doit être censuré parce qu'une majorité de députés veulent le censurer, après, il y a d'autres opportunités ou d'autres possibilités qui s'ouvrent. Et on vérifie si celles-là sont plus acceptables ou pas. Et j'ai du mal à penser qu'elles le seraient. Parce que vous formez une hypothèse, c'est qu'à tout prix, notre gouvernement serait censuré.

20:16
Présentateur

C'est ce que disent les députés quand ils disent qu'il y aura justement

20:19
Manuel Bompard

des députés de la France insoumise. Et après, vous formez une deuxième hypothèse qui est qu'un gouvernement macroniste ne serait pas censuré. Moi, je ne le crois pas du tout.

20:26
Présentateur

C'est un calcul arithmétique. C'est juste... Arithmétiquement,

20:29
Manuel Bompard

aujourd'hui, un gouvernement macroniste a plus de chances d'être censuré qu'un gouvernement du nouveau Fonds populaire, précisément, parce qu'il y a plus de députés... Je n'ai pas dit

20:37
Présentateur

un gouvernement macroniste. J'ai dit un gouvernement de droite. Oui, mais de droite,

20:40
Manuel Bompard

c'est macroniste avec les républicains. Issue des républicains. Oui, mais moi, j'essaye d'écouter ce que disent les républicains aujourd'hui. Ils vous disent qu'il n'en est pas question de participer à une coalition. Ils ont parlé

20:48
Présentateur

d'un pacte législatif.

20:50
Manuel Bompard

Oui, mais ce n'est pas pareil. Je ne sais pas ce que c'est un pacte législatif. Là, on parle d'une coalition gouvernementale. On va poser la question à Geoffroy Hidé. Vous lui posez la question. Après, moi, je ne veux pas parler à leur place.

20:59
Invité

Peut-être une dernière question, même si on comprend bien que vous n'essayez pas trop de vous projeter. Mais qu'est-ce qui se passe si ce premier gouvernement NFP tombe ? Qu'est-ce que fait la France Insoumise ? Qu'est-ce que fait le NFP ? Ils tentent d'insuffler une ligne politique ? Ils acceptent de voter des lois qui sont proposées par un autre gouvernement. Est-ce qu'ils retombent parfois, quand même, dans les outrances qu'on a connues lors de la précédente législature ? Est-ce qu'on essaye d'améliorer son image ? Est-ce qu'on essaye de tendre la main à l'aile gauche de Renaissance ? Qu'est-ce que c'est la suite du NFP ? Vous savez,

21:27
Manuel Bompard

on a remporté les élections législatives. C'est que notre image n'a peut-être pas tant besoin que ça d'être améliorée, finalement. Parce que quand on gagne les élections, généralement, c'est que ça va. Donc, ça, c'est pour taquiner sur votre question. Mais pour le reste, on peut l'entendre de temps en temps. Pour le reste, la question que vous me posez, c'est si Emmanuel Macron renonce à annuler le résultat ou à effacer le résultat de l'élection, si ensuite, il nous nomme, si ensuite, il y a une motion de censure, si ensuite, cette motion de censure... C'est des options extrêmement plausibles. On est obligé de faire des hypothèses. Oui, mais faites des hypothèses si vous voulez.

On ne fait pas des plans sur la comète. C'est quand même un plan... Faites des hypothèses si vous voulez. Mais moi, au bout de 4-6, ça commence à faire beaucoup d'arborescence possible. Donc, je préfère, si vous voulez, pas positionner à cette façon.

22:12
Présentateur

Eh bien, donnez-nous, justement, votre équipe gouvernementale, il y aura moins de 6.

22:15
Manuel Bompard

Mais non, je ne le crois pas. Mon objectif, je vous le redis, si vous voulez, c'est qu'un gouvernement du nouveau Front populaire pourra arriver au pouvoir le plus rapidement possible mettre en place ce programme, pas pour me faire plaisir à moi, mais pour essayer de répondre à la souffrance, aux aspirations, aux inquiétudes, aux besoins des Françaises et des Français tels qu'ils ont été exprimés dans ces élections législatives.

22:36
Présentateur

Eh bien, merci, en tout cas, Manuel Bompard, d'être passé sur ce plateau. Et on espère avoir une réponse rapidement, en tout cas, sur cette équipe gouvernementale et cette nomination, en tout cas, cette idée de Premier ministre. Sous-titrage Société Radio-Canada

Tractations du NFP pour Matignon: l'interview de Manuel Bompard (LFI) en intégralité — Manuel Bompard · Pourquijevote