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interviewRTL — Le Grand Jury· 8 mars 2026 51 min

Le Grand Jury de François Hollande

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:11
Présentateur

Présenté par Olivier Bost. Bonjour à tous, bienvenue dans ce Grand Jury. Nous sommes en direct sur RTL et vous pouvez également nous regarder en direct sur Public Sénat. Bonjour François Hollande. Bonjour. Vous êtes ancien président de la République et député de la Corrèze. Une semaine de bombardements et toujours cette même question. Quel est le but de Donald Trump ? Soutenir Israël, gêner la Chine, changer le régime iranien, faire main basse sur son pétrole. La France défend ses intérêts et ses alliés dans la région. Jusqu'où faut-il prendre des risques ? Dans une semaine, dimanche prochain, c'est jour de vote. Nous sommes à une semaine du premier tour des élections municipales.

Le parti socialiste est sous la pression de la France insoumise. Après les dérapages de Jean-Luc Mélenchon, faut-il un cordon sanitaire avec l'extrême gauche ? L'ambiance de ces municipales donne-t-elle le ton pour la présidentielle 2027 ? Bienvenue dans ce Grand Jury, François Hollande. A mes côtés pour vous interroger aujourd'hui, Perrine Tarnot de Public Sénat. Bonjour. Et Jim Jarassé pour le Figaro. François Hollande, vous avez eu les codes nucléaires. Vous pourrez donc nous décrypter le discours d'Emmanuel Macron cette semaine sur une dissuasion avancée. Ça sera dans notre séquence Tout est politique. Vous répondrez également à nos questions express.

Une semaine après le début de la guerre contre l'Iran, la domination des Etats-Unis et d'Israël apparaît incontestable dans le ciel iranien. Le régime d'Emola a perdu de nombreux chefs politiques et militaires. 60% des lanceurs de missiles sont détruits. Une trentaine de bateaux iraniens ont coulé. Mais le Moyen-Orient est bouleversé. La guerre s'étend au Liban. François Hollande, comment voyez-vous la suite des opérations ? A quoi faut-il s'attendre ?

2:03
François Hollande

Le temps va être déterminant, comme toujours, dans un conflit de cette ampleur. Le temps, c'est celui qui est nécessaire pour les Américains, les Israéliens, pour détruire les capacités nucléaires de l'Iran et ses lanceurs de missiles. Déterminant aussi pour éradiquer l'appareil militaire répressif iranien. Et puis le temps, c'est aussi celui que les opinions publiques laissent aux dirigeants. Et notamment aux Etats-Unis, au regard des conséquences économiques déjà sérieuses que le conflit implique et induit, notamment sur les prix et sur la croissance. À partir de là, c'est les éléments de ce dilemme qui va se poser pour le président américain.

Si les Iraniens résistent plus que nécessaire, il sera amené à changer ses objectifs. Pendant ce temps-là, les Israéliens, eux, ont un autre objectif. Et eux n'ont pas de limite de temps. C'est ça qui différencie les deux acteurs. Les Israéliens, eux, veulent détruire le Hezbollah, puisque le Hezbollah a commis cette faute de vouloir tirer des roquettes sur Israël. Et c'est ce qui se passe au Liban, au mépris d'ailleurs, là, de l'intégrité du Liban et avec des conséquences humaines tout à fait désastreuses.

3:29
Présentateur

Mais dans l'analyse que vous faites du conflit, ça veut donc dire que pour vous, Israël a un objectif clair ? Est-ce que pour Washington, l'objectif est clair ?

3:37
François Hollande

Non. Je pense même que les Américains ont été entraînés dans la guerre par Israël et par Netanyahou. Au départ, Trump prétendait qu'il voulait négocier. Il y a eu d'ailleurs des négociations. Et ensuite, quand les Israéliens ont identifié là où étaient l'Ayatollah et les dirigeants, il y a eu une décision lourde qui a été d'intervenir. Sûrement avec des bombes israéliennes plus qu'américaines. Mais ensuite, Donald Trump a voulu jouer son rôle de l'hubris, c'est-à-dire montrer qu'il était décideur de tout. Et en l'occurrence, là, il est entraîné. Mais jusqu'à quel point ?

J'ai dit, le point limite, c'est l'acceptation par la société américaine et par sa majorité républicaine de l'intervention.

4:24
Invité

Mais est-ce que vous ne croyez pas néanmoins que Donald Trump agit de manière plus rationnelle qu'on ne le croit et qu'à travers l'Iran, il cherche surtout à affaiblir la Chine ? Est-ce que ce n'est pas ça son agenda ?

4:35
François Hollande

Sûrement qu'il y a cette donnée-là, affaiblir la Chine, puisque la Chine s'approvisionne en pétrole du côté de l'Iran.

4:43
Invité

Et on rappelle que Donald Trump a déjà coupé le robinet.

4:45
François Hollande

Avec le Venezuela. Enfin, la Chine a des stocks, la Chine a une présence militaire et la Chine a lâché l'Iran sans véritablement se poser trop de questions. La Chine, elle est sur le temps long. Quelle est la différence entre un régime démocratique ? Parce que Donald Trump est à la tête d'une démocratie, même si elle s'est affaiblie, et un régime autoritaire. C'est que les régimes autoritaires ont l'éternité. Trump, il a un temps limité. Il ne veut pas l'avouer, mais son temps est maintenant compté.

5:17
Invité

Autre but de guerre, en tout cas prétendu par Donald Trump, c'est la chute, évidemment, du régime des Mollahs. Donald Trump a affirmé vendredi sur CNN que les leaders religieux ne le dérangent pas en Iran. Sous-entendu, un Mollah pourrait en remplacer un autre. Est-ce que c'est une vision acceptable de ce but de guerre en Iran ?

5:39
François Hollande

Donald Trump n'a jamais eu comme objectif de renverser le régime iranien. S'il avait pu l'obtenir, il l'aurait pris comme un gain. Son objectif, c'était, et c'est encore, d'affaiblir considérablement l'Iran au niveau de ses capacités nucléaires, au niveau de ses fabrications de missiles, et c'est aussi de soutenir Israël menacé par l'Iran. Voilà, ça, c'est l'objectif qu'on peut considérer comme cohérent. Le renversement du régime n'a jamais été fixé en tant que tel. Mais il avait soutenu, verbalement au moins, le soulèvement de la population. C'est bien le pire.

C'est-à-dire qu'il a appelé à un soulèvement, c'était au mois de janvier, sans jamais l'appuyer, y compris par une intervention militaire ou par une pression économique qui aurait été peut-être insuffisante, mais qui aurait été au moins manifeste comme solidarité. Et là, il a même prétendu, Donald Trump, qu'il avait déjà identifié trois dirigeants avec lesquels il pouvait s'entendre, mais c'était dommage qu'ils avaient été tués.

6:38
Invité

Donc on sait dire la cohérence de son propos. Mais est-ce qu'il y a une alternative politique, aujourd'hui en Iran, à ce régime des Mollahs qui dirige depuis plus de 30 ans ? Il y a trois hypothèses.

6:50
François Hollande

La première, c'est une guerre civile. C'est-à-dire les Kurdes, les minorités qui, prenant les armes, stationnaient aux frontières et qui créeraient un mouvement, une mobilisation, une révolution. Ça pourrait avoir des conséquences assez fâcheuses. C'est un scénario, selon vous. Oui, parce que c'est la guerre civile pour longtemps. Et on sait ce qui s'est produit en Irak. Mais là, nous sommes dans un pays de 90 millions d'habitants. Le deuxième scénario, c'est que la population se soulève contre le régime.

Vous imaginez qu'en ce moment, avec les bombes qui pleuvent sur Téhéran et sur les principales villes, demandez à la population qui se terre, et à juste raison, dans leur foyer, de descendre pour aller où ? Pour aller où est le cœur du régime ? Puisqu'il a été détruit. Il est aujourd'hui dispersé, le cœur du régime. Il n'a pas disparu, puisqu'aujourd'hui même, ils annoncent qu'ils auraient trouvé un nouveau guide suprême. Donc, comment la population pourrait-elle, aujourd'hui, je ne dis pas demain, mais aujourd'hui, agir ?

Et le troisième scénario, sans doute, ce que Donald Trump pouvait avoir à l'esprit, peut-être les Israéliens aussi, mais je ne crois pas, à ce point, c'est qu'il y ait dans le régime des divisions et une transition qui pourrait se faire dans les jours qui viennent ou dans les semaines qui viennent. Voilà les trois scénarios.

8:08
Présentateur

Comment vous avez compris la réponse iranienne ? Frapper ses voisins, c'est une stratégie du chaos ? Stratégie désespérée ?

8:18
François Hollande

C'est difficile de le dire, parce que si le Hezbollah n'avait pas commis la faute de lancer des roquettes, Israël n'aurait pas eu de justification pour intervenir au Sud-Libar.

8:29
Présentateur

Là, je ne vous parle pas seulement du Hezbollah, je vous parle de l'Iran qui frappe délibérément ses voisins.

8:34
François Hollande

Depuis des années, l'Iran est une menace existentielle pour Israël, puisque l'Iran développe un programme nucléaire. Il faut revenir peut-être à l'origine, d'ailleurs. Ça fait des années et des années que cette question du nucléaire iranien est posée. Lorsque j'étais président de la République, avec les Américains, avec les Russes aussi, les Chinois, il y a eu un accord qui a été signé, qui permettait d'écarter l'accès de l'Iran à l'arme nucléaire. C'est Donald Trump qui a déchiré, en 2018, cet accord. Et les Iraniens en ont profité pour continuer à enrichir l'uranium et être tout près du seuil nucléaire. Donc, pour Israël, c'est tout à fait majeur comme menace.

9:19
Invité

Est-ce que c'est une menace aussi qui était majeure pour tous les Occidentaux ? Est-ce que ça justifiait donc cette intervention, selon vous, en Iran ?

9:26
François Hollande

Non, l'intervention en Iran, elle n'a pas de base légale, puisqu'il n'y a pas le fondement d'un droit international quelconque. Pour Israël, le pays pouvait éventuellement évoquer la légitime défense. Je suis menacé par des armes nucléaires. Ça fait longtemps, d'ailleurs, qu'Israël évoque cette légitime défense. Pour les États-Unis, il n'y avait pas de base légale. Aucun missile iranien ne peut atteindre les côtes américaines.

9:51
Invité

Vous n'êtes pas de ceux qui remercient les États-Unis de faire le sale boulot contre les mollas iraniens ?

9:55
François Hollande

Je pense que les mollas iraniens ont une responsabilité éminente dans ce qui se passe depuis des années. En Iran, l'écrasement de la population, le fait que les femmes soient soumises dans des conditions insupportables, les menaces sur les pays voisins, les proxys qui ont agi aussi bien au Liban qu'à Gaza et qui ont là aussi eu une responsabilité. Bien sûr que nous préférons tous qu'il n'y ait pas les mollas, mais aujourd'hui, les mollas, ils sont encore là.

10:27
Présentateur

François Hollande, vous évoquiez le droit international. Est-ce que le droit international, est-ce que vous y croyez encore ? Quand plus personne ne le respecte ?

10:36
François Hollande

Le droit international, il existe. Après, il n'est pas respecté au sens... Quelle est l'instance, l'institution qui est chargée de respecter le droit international ? Entre États, c'est le Conseil de sécurité de l'ONU. Pour juger les dirigeants, c'est la Cour pénale internationale. Pour un certain nombre d'accords, c'est le respect au travers des cours de justice qui peuvent exister. Aujourd'hui, le Conseil de sécurité de l'ONU est totalement embolisé, empêché de fonctionner par les vétos, et le droit international n'est pas véritablement respecté. Est-ce à dire que parce qu'il n'est pas respecté, il ne serait plus respectable ? Non.

Il faut quand même continuer à avoir des bases qui permettent d'avoir des discussions entre États et de signer des accords. Donc, violation après violation. C'est vrai que c'est un problème que le monde n'ait plus de régulation.

11:25
Présentateur

Oui, parce que dans le débat public, certains, par exemple, Gabriel Etal, disent qu'il faut reconstruire un nouvel ordre international plus fort et qu'il ne soit pas sur les bases du droit international

11:34
François Hollande

et qu'il y en a un qui est en train de chercher un autre droit international.

11:40
Invité

C'est Pedro Sanchez ? Non, non, non.

11:42
François Hollande

C'est Donald Trump. Quand il crée le Conseil de la paix à la place des Nations Unies, qu'est-ce que c'est d'autre ? Et on veut aller dans cette direction ? Sûrement pas. Ce serait vraiment la fin, pas simplement du droit international, ce serait le droit qui serait mis au service de la force ou tout simplement de la puissance ou même de l'argent puisque pour être adhérent de ce Conseil de la paix, il faut payer. Donc, non, il faut faire en sorte que la diplomatie, si elle peut encore jouer un rôle, soit fondée sur le respect et notamment de la force.

Et la seule conclusion qu'il faut tirer pour les Européens, qui ont été quand même mis devant le fait accompli, ce n'est pas la première fois, c'est qu'il faut qu'ils se constituent en tant que force. En tant que force militaire, nous y reviendrons, et en tant que force politique.

12:26
Invité

La France, l'Europe sont aujourd'hui en quelque sorte enrôlées, malgré elle, dans ce conflit au Moyen-Orient. Cette guerre n'est pas notre guerre, mais jusqu'où la France peut résister à finalement intervenir de façon passive ou active dans cette guerre ?

12:42
François Hollande

Non, nous ne devons pas nous faire enrôler précisément. Nous n'avons pas été... Enfin, les dirigeants n'ont pas été informés, n'ont pas été consultés, n'ont pas été associés.

12:52
Invité

Mais nous sommes signataires de contrats de sécurité avec les émirats arabes unis, par exemple.

12:55
François Hollande

Exactement, mais qu'est-ce que nous avons à faire ? Protéger nos intérêts. Nous en avons. Nous avons des bases. Nous avons des ressortissants. Donc ça, c'est le rôle de la France, et pas simplement de la France, de l'Europe. Les Britanniques sont également mobilisés dans cette perspective. Deuxièmement, nous avons, vous avez raison, des accords avec des pays, l'Imirat notamment...

13:18
Invité

Ça va nous obliger à répliquer.

13:19
François Hollande

Si nos bases sont attaquées, bien sûr, et si nos bateaux pourraient l'être, parce qu'un porte-avions va bientôt venir sur zone, et si des pays nous font appel. Mais aujourd'hui, ce que ces pays demandent, notamment les Émirats, l'Arabie Saoudite, c'est que cessent les bombardements de l'Iran sur eux.

13:37
Invité

Mais justement, vous évoquez le cas du Charles de Gaulle. Quand on envoie, quand la France envoie un porte-avions militaire en Méditerranée, quand on ravitaille des avions américains, est-ce que nous ne sommes pas dans un soutien implicite, finalement, à cette opération, à cette guerre qui est en train de se mener ? Alors là, il faut distinguer.

13:54
François Hollande

L'envoi du porte-avions qui va arriver sur... Qui peut d'ailleurs être une cible de gare. Qui va arriver sur zone dans quelques jours seulement. Il est encore loin. Mais enfin, disons, dans une huitaine de jours, il sera sur place, peut-être même avant. Il doit se situer assez loin de la zone elle-même, et assez proche pour l'observer. Donc, il faut y trouver là le bon positionnement. Mais le porte-avions, il a comme avantage d'observer et, éventuellement, de protéger. Ensuite, le ravitaillement, non. Ça, je pense que ce n'est pas le rôle de la France que de faire en sorte de ravitailler.

Sauf si c'était pour des raisons humanitaires, pacifiques, défensives, mais pas de manière à nous laisser entraîner dans un conflit. Ça ne veut pas dire que nous sommes désintéressés par le conflit. Nous voulons qu'il se termine et que le régime des Mola soit durablement affaibli et peut-être tombe, sans doute. Mais nous ne sommes pas dans le conflit. Par ailleurs, nous voyons que Israël, enfin le gouvernement de Netanyahou, intervient au sud Liban. Et là, c'est une nouvelle violation, même si le Hezbollah a la responsabilité principale. C'est une nouvelle violation. Il y a des centaines de personnes qui sont aujourd'hui tuées. Il y a des milliers de déplacés. Le Liban est un pays ami.

Nous devons soutenir le Liban.

15:17
Présentateur

On va revenir sur le Liban, mais auparavant, Emmanuel Macron a évoqué cette semaine une coalition pour permettre de protéger le trafic maritime dans le détroit d'Hormuz. Est-ce que vous croyez à cette possibilité de protéger ce détroit ?

15:31
François Hollande

Ça s'est fait en mer Rouge, lorsque c'était les outils proxys de l'Iran qui attaquaient les bateaux. Là, le détroit d'Hormuz, c'est beaucoup plus délicat. Donc ça ne supposerait vraiment mettre en sécurité cette flotte permettant la sécurité du détroit d'Hormuz. Nous n'en sommes pas encore là. Est-ce qu'il y a des risques d'attentats en France, avec cette situation nouvelle ? Ayant connu une vague d'attentats, je pense qu'il faut toujours être très vigilant. Mais nous ne sommes pas du tout dans la même situation qu'il y a dix ans. Il peut y avoir des attentats commis par des individus isolés. Ces produits endortent même des conflits qui sont en cours.

16:12
Présentateur

Mais l'Iran a été un État terroriste.

16:13
François Hollande

Et l'Iran n'a pas aujourd'hui la possibilité, la volonté non plus de commettre des attentats. Et pourquoi d'ailleurs sur la France en particulier ? Mais nous devons faire attention. Et donc de ce point de vue, tout ce qui fait élever le niveau de vigilance, le niveau de protection de nos intérêts ici comme ailleurs, tout cela doit être approuvé.

16:37
Invité

Cette semaine, mercredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu va recevoir les présidents des partis politiques en France pour évoquer cette situation au Proche-Orient. Qu'est-ce que vous attendez de cette réunion ? Et pourquoi elle est menée cette fois-ci par le Premier ministre et non par le Président de la République, chef des armées ? C'était lui traditionnellement qui menait ce genre de réunion ?

16:57
François Hollande

Oui, le principal c'est que des informations soient données à la représentation nationale qui a un esprit aussi d'unité et de responsabilité. C'est-à-dire que nous pouvons partager ensemble, quelles que soient nos différences, un certain nombre de principes. Les principes c'est que le droit international doit être respecté. Les principes c'est qu'il faut mettre un terme à ce conflit qui fait beaucoup de ravages sur les populations concernées.

17:23
Invité

Vous avez trouvé qu'Emmanuel Macron était à la hauteur cette semaine ?

17:25
François Hollande

Dans ces moments-là, je pense que, et surtout de ma part, ayant dirigé la France, les principes d'unité doivent l'emporter sur de toutes autres considérations.

17:37
Présentateur

Vous parliez donc du Liban. Israël s'est lancé dans une intervention terrestre au Liban. Est-ce que cette opération est légitime parce que le Hezbollah continue de menacer Israël et à répliquer ?

17:49
François Hollande

Il y avait eu un accord de cesser le feu, il y a à peine un an. Ce cesser le feu, donc, visait à créer une zone de confiance par le désarmement du Hezbollah et par la reconnaissance qu'Israël n'avait plus à intervenir au sud Liban. Cet accord de cesser le feu a été violenté plusieurs fois et plus gravement là où le Hezbollah, sans doute sur ordre de l'Iran, a commis un certain nombre d'attaques contre Israël. Israël, le gouvernement d'État nélou, en a tiré l'argument d'intervention. Et ça, c'est grave. Pourquoi c'est grave ? Parce qu'on se souvient qu'il y a eu une occupation du sud du Liban dans les années 82 jusqu'en 2000 et qui a entraîné, justement, le renforcement du Hezbollah.

C'est là qu'il s'est reconstitué. Donc là, il y a une population qui est directement frappée. Il y a des centaines de milliers de personnes qui sont obligées de fuir. Est-ce que vous diriez ?

18:50
Présentateur

Pour Israël, il y avait l'idée d'éradiquer le Hamas à Gaza. L'idée d'éradiquer le Hezbollah au Liban, ça veut dire qu'il faut aller jusqu'à Beyrouth. Mais ils sont à Beyrouth.

19:00
François Hollande

Puisque vous avez vu qu'en 7h30, il y a eu une bombe qui a été lancée au cœur de Beyrouth. Non, mais là, je parlais de l'opération terrestre. Et l'opération terrestre, elle est au sud du Liban. Mais il y a une force finule qui est là, normalement, pour interposer. Elle ne peut pas résister. Donc là, il y a un risque. Je ne veux surtout pas exonérer le Hezbollah parce que c'est lui qui a commis la première faute majeure de lancer des roquettes.

Mais là, il faut qu'Israël arrête son opération tout en exigeant, et je pense que le président du Liban, comme le premier ministre du Liban, en sont d'accord, qu'il y ait une véritable opération de désarmement du Hezbollah et l'intégration des forces du Hezbollah dans l'armée libanaise. Mais là, en ce moment, il y a un risque humanitaire majeur.

19:48
Invité

Et est-ce qu'il y a le risque, justement, que le sud du Liban se transforme en un nouveau Gaza ? On a vu qu'il y avait une menace explicite cette semaine d'un ministre israélien, le ministre de l'Économie et des Finances.

19:58
François Hollande

Oui, parce que l'extrême droite israélienne pense qu'elle peut répliquer, avec le gouvernement israélien...

20:03
Invité

Il y a un risque de nouveau Gaza ?

20:04
François Hollande

Les destructions, oui, il y a un risque. Gaza, d'abord, c'est toujours pas réglé, puisque aujourd'hui, la moitié de Gaza est encore occupée par les Israéliens et l'autre moitié, sans doute par le Hamas. Donc, on voit bien que, là aussi, les opérations n'ont pas donné la paix ou même le cessez-le-feu qui était attendu. Mais là, oui, au Liban, et là, la France, elle est plus particulièrement intéressée,

20:30
Invité

même impliquée, parce que nous avons un lien très fort. Justement, Emmanuel Macron a annoncé des renforts à l'armée libanaise. Est-ce que c'est son rôle ? Est-ce que vous saluez cette initiative ?

20:40
François Hollande

Oui, mais ça fait longtemps qu'on devait fournir ses armes aux Libanais. Il a trop tardé ? Tout le monde a trop tardé. C'est toujours la même chose. C'est qu'on laisse le temps filer. Et l'armée libanaise, elle demande depuis des mois, des mois, d'avoir le renforcement de son stock d'armement, précisément pour lutter contre les forces centrifuges, et notamment le Hezbollah, et permettre le désarmement. Mais là, il faut le faire, et il faut permettre que les Libanais puissent se défendre. Mais se défendre contre qui ? C'est bien la question. On ne va pas faire la guerre entre le Liban et Israël.

Donc il faut qu'Israël comprenne que les forces armées libanaises peuvent éradiquer le Hezbollah et l'obliger à déposer les armes.

21:22
Présentateur

François Hollande, conséquence de la guerre militaire, une guerre économique qui semble démarrer, quatre navires métaniers qui devaient livrer l'Europe pour changer de route cette semaine vers l'Asie, qui offrait tout simplement plus pour ce gaz. Est-ce que c'est le début d'un nouveau choc énergétique, et donc économique ?

21:39
François Hollande

Nous avons commencé notre entretien sur la question du temps, et c'est une question cruciale. Si le conflit dure quinze jours, trois semaines, les conséquences sont déjà sérieuses, mais elles sont tout à fait gérables. Si le conflit devait durer comme le prétend Donald Trump encore aujourd'hui, ou les Israéliens, plusieurs mois, on voit bien qu'on serait d'ailleurs dans une crise plus profonde. Pourquoi ?

Parce que passe par le détroit d'Hormuz 20-30% de nos approvisionnements pétroliers et gaziers, parce qu'il y a beaucoup de matières premières qui sont nécessaires, l'aluminium pour la fabrication de nos produits, parce qu'il y a un risque pour la région toute entière, ce n'est pas n'importe quel pays dans la région, l'Arabie Saoudite, les pays du Golfe, etc. parce que c'était une zone touristique importante, parce que c'est une zone où les moyens financiers sont également très élevés. Donc potentiellement, qu'est-ce qui peut se passer ? Il y a deux effets. Un effet inflationniste immédiat, qui peut être amorti si le conflit devait s'arrêter, et un effet sur la croissance.

22:44
Présentateur

Est-ce qu'il faut se faire à l'idée de potentiellement racheter du gaz russe ?

22:48
François Hollande

Non, parce qu'au moment où nous parlons...

22:52
Invité

Les importations de gaz russe doivent s'arrêter là, normalement, à la fin du mois d'avril.

22:55
François Hollande

Au moment où nous parlons, il y a des bombardements russes sur l'Ukraine. Il ne faut pas penser que le conflit ukrainien s'est mis en suspension parce qu'il y avait le conflit en Iran.

23:06
Invité

Mais est-ce que vous ne craignez pas que l'Union Européenne revoie son calendrier ?

23:09
François Hollande

Il ne le ferait surtout pas.

23:10
Invité

D'arrêt d'achat de gaz et de pétrole russe ?

23:12
François Hollande

Non. Alors les grands bénéficiaires, peut-être, ce ne seront pas les Russes, ce seront les Américains, puisque ce sont eux qui vendent du GNL, c'est-à-dire du gaz, à l'Europe. Mais ce ne sera pas forcément bon pour l'économie américaine non plus parce que vendant du GNL aux Européens, le prix du GNL, donc du gaz, va augmenter, y compris pour les Américains. Donc c'est vrai que nous sommes, si le conflit devait durer, devant la potentialité d'une crise économique marquée à la fois par une stagnation et par une inflation.

23:43
Invité

Est-ce que vous demandez à l'exécutif de limiter les conséquences financières pour les Français sur le prix du gaz ou de l'essence ? LFI, par exemple, demande un blocage des prix et le Rennes propose une baisse de la TVA sur l'énergie à 5,5. Qu'est-ce que vous en pensez ? Bon, d'abord, le prix du gaz, c'est lui qui a le plus augmenté.

24:03
François Hollande

Alors c'est vrai que 50%, c'est quand même considérable. Alors c'est vrai que si les bons jours reviennent, on consomme moins de gaz, donc on peut supporter. Oui, mais on a nos industries qui vont être directement impactées. Donc, à court terme, il n'y a pas besoin de mesures compensatoires ou de mesures fiscales dérogatoires. Parce que si le conflit doit s'arrêter dans 15 jours, dans 3 semaines, même dans un mois, tout ça est supportable. Ça n'empêche pas de soutenir les ménages les plus exposés, la précarité énergétique. Et donc, 2-3 mesures peuvent être prises dans cette configuration.

Mais si nous étions devant un conflit beaucoup plus long, alors ça serait des mesures beaucoup plus structurelles qu'il faudrait mettre en place. C'est-à-dire aller chercher des sources d'énergie différentes, sûrement avoir des prix qui devraient être à ce moment-là contrôlés. Ce qui, on sait, a un coût budgétaire très élevé, si on se souvient de ce qui s'est passé la dernière fois. Et c'est la raison pour laquelle il faut quand même appeler à la raison. C'est-à-dire qu'un conflit, il a atteint déjà des objectifs. Il doit, aujourd'hui, et le plus vite possible, s'arrêter.

25:13
Présentateur

Je reviens sur l'Ukraine un instant. François Hollande, vendredi, Volodymyr Zelensky a menacé le Premier ministre hongrois, Viktor Orban. S'il bloque le prêt de 90 milliards d'euros que doit accorder l'Europe à l'Ukraine, nous donnerons l'adresse de cette personne à nos forces armées. Voilà ce qu'a dit Zelensky. Ce ton vis-à-vis de l'Europe de Zelensky, il vous gêne ? Parce qu'il avait été également très critique à Davos.

25:37
François Hollande

Il ne l'a pas fait, Zelensky, à l'égard de l'Europe. Il l'a fait à l'égard d'Orban.

25:41
Présentateur

Oui, mais il avait été précédemment à Davos assez sévère avec lui.

25:44
François Hollande

Il faut voir qu'Orban est un allié de Moscou. Donc, pour Zelensky, ce que fait la Hongrie, c'est-à-dire de bloquer un certain nombre d'approvisionnements pour l'Ukraine, est extrêmement dommageable par rapport au conflit. Donc, vous comprenez sa réaction ? Oui, je comprends sa réaction. Et il y a des élections en ce moment en Hongrie, enfin dans quelques jours ou semaines, et toute la propagande d'Orban, d'extrême droite, liée d'ailleurs à l'extrême droite française, c'est de faire une campagne contre l'Ukraine, et contre le soutien à l'Ukraine, et pour Vladimir Poutine. Ça mérite quand même des réactions.

26:20
Présentateur

Emmanuel Macron a fait cette semaine un discours sur la dissuasion nucléaire. Pour résumer, c'est l'augmentation du nombre d'ogives nucléaires sans plus en dire le nombre désormais, et une dissuasion avancée en Europe et des exercices avec nos voisins. Première question, est-ce que le rehaussement de l'arsenal nucléaire français était indispensable ?

26:39
François Hollande

On a un stock qui suffit, c'est ce qu'on appelle le principe de suffisance précisément. On n'a pas besoin d'avoir autant d'ogives d'armes nucléaires que les autres, puisqu'il suffit d'une pour exprimer la dissuasion et donc la menace d'une utilisation. Mais quand même, il est indispensable de réviser notre nombre d'ogives en fonction précisément de ce que font nos potentiels ennemis.

27:09
Invité

Et on a abandonné toute idée de non-prolifération dans le monde des armes nucléaires ?

27:13
François Hollande

Écoutez, la question de la prolifération, on voit bien ce que ça donne. Quand l'Iran peut accéder à l'arme nucléaire, ça fait des conflits. Et quand la Corée du Nord, qui sûrement dispose de l'arme nucléaire, c'est impossible après de faire quoi que ce soit contre la Corée du Nord. Donc il y a peut-être avantage à éviter la prolifération. Mais j'en viens sur la question de la suffisance. Il n'y a pas besoin d'augmenter considérablement. C'est pour ça qu'aucun chiffre n'a été donné. Mais c'est normal de faire en sorte que nous puissions avoir un stock qui corresponde au moins dans une asymétrie à ce que font les autres détenteurs.

27:49
Présentateur

Est-ce que le Parlement doit voter sur ce sujet lors d'une révision de la politique militaire ou c'est de la prorogative exclusive du chef de l'État ?

27:59
François Hollande

Il va y avoir bientôt un débat sur la loi de programmation militaire. J'imagine que cette question figurera dans la discussion. Mais il ne peut pas y avoir de précision qui puisse être donnée. Parce que, justement, en matière de dissuasion nucléaire, ce qui compte, ce n'est pas le flou, mais c'est l'ambiguïté. Nous ne pouvons pas donner tous les éléments à, non pas à la représentation nationale, mais au monde entier.

Donc, il faut garder, justement, ce principe de faire que nous puissions avoir un haut niveau de technologie permettant de donner à d'autres armes l'efficacité nécessaire, en tout cas l'efficience pour être respectée, et en même temps, de garder quand même un certain nombre de discrétions.

28:42
Présentateur

Et sur le principe d'associer nos voisins européens, il y avait suffisamment de discrétions ?

28:48
François Hollande

Alors, ce sont les pays européens eux-mêmes qui ont finalement souhaité être cités dans le discours pour montrer qu'ils voulaient être protégés.

29:01
Invité

Est-ce qu'ils font partie de nos intérêts vitaux ?

29:03
François Hollande

Oui, et ça a toujours été vrai. Ça a toujours été vrai. Président de la République, je l'ai été, et donc je n'avais jamais considéré que c'était le seul territoire national qui était notre sanctuaire. Si un pays avait été attaqué, un pays voisin avait été attaqué par une arme nucléaire venant d'un ennemi, nous aurions nécessairement eu une réponse. Donc là, le fait d'associer non pas à la décision, et là je pense que c'était le point le plus important et qui fait que ce discours n'a pas été contesté sur ce volet-là, il ne le méritait pas.

Le fait qu'il y ait le rappel que c'est le président de la République française seul qui dispose de l'utilisation de l'arme et donc de la force de dissuasion, c'était ce que la plupart des partis politiques et des pays souhaitaient. Mais j'ajoute quand même que ça nous rappelle que c'est important d'élire un président de la République. Que ce n'est pas rien, parce qu'il n'y a pas beaucoup de pays qui détiennent l'arme nucléaire. Donc choisir le prochain président de la République, c'est quand même une décision lourde. On va en parler juste après

30:05
Présentateur

une courte pause, François Hollande, dans ce grand jury. On parlera notamment des élections municipales à venir et de 2027. A tout de suite. Grand jury, présenté par Olivier Bost. François Hollande, ancien président de la République et député de la Corrèze et notre invité, à mes côtés, Perrine Tarnot de Public Sénat et Jim Jarassé du Figaro pour vous interroger. Le grand jury, l'actualité de la semaine. Le premier tour des élections municipales est dans une semaine. Ce sera dimanche prochain. Le scrutin est très incertain dans de très nombreuses villes. Et ce qui ressort, François Hollande, de la campagne, c'est que tout tourne autour de la question des alliances entre LFI et le PS.

Alors, pour ne pas perdre ou pour conserver des villes ou pour gagner des villes, est-ce que ces alliances sont inévitables, même après les dérapages de Jean-Luc Mélenchon ?

31:07
François Hollande

Alors, d'un point de vue général, les élections municipales se déroulent dans un contexte très particulier puisque nous avons évoqué la situation internationale. Elle pèse avec un niveau d'inquiétude très élevé. On se dit que ce qui se passe c'est essentiellement dans le monde avant de savoir ce qui va se passer dans notre village. Vous voulez dire que la campagne est éclipsée ? La campagne n'est pas éclipsée mais elle est un peu étouffée et je comprends. Nos concitoyens qui sont inquiets de regarder d'abord ce qui se passe dans le monde et notamment dans la région du Moyen-Orient avant de savoir ce qui va se passer dans leur commune. Vous craignez

31:41
Présentateur

une faible participation ?

31:42
François Hollande

Ça peut avoir cet effet-là en se disant est-ce que c'est vraiment décisif que j'aille mettre mon bulletin de vote alors que c'est décisif pour le cadre de vie et pour la satisfaction des besoins les plus quotidiens. Le deuxième élément de configuration exceptionnelle c'est qu'il n'y a pas de gouvernement qui soit l'objet d'une sanction puisqu'il n'y a pas de candidat du gouvernement. C'est assez rare. Avant dans une élection locale on était pour soutenir le gouvernement on était contre ça avait une valeur

32:12
Présentateur

de l'élection intermédiaire. Le parti présidentiel n'est pas très engagé dans ces élections.

32:16
Invité

On voit qu'il y a des enjeux politiques très forts à l'occasion de ces municipales dont on peut rappeler aussi que c'est la première élection depuis la dissolution 2024 donc les français ont envie de s'exprimer

32:25
François Hollande

contre un gouvernement puisqu'il n'a pas de représentation dans les élections locales. En revanche ce qu'on voit c'est que l'éclatement politique lui s'illustre. Alors le troisième élément c'est que le débat reste quand même dans la plupart des villes entre la droite et la gauche et c'est la question des alliances de la droite et de l'extrême droite ou de la gauche avec quel effet qui est posé.

Et c'est vrai que là il y a une nouvelle question et les propos mais c'est pas pas les propos les actes aussi de Jean-Luc Mélenchon ces dernières semaines ont posé de façon encore plus insistante la question du rapport entre les socialistes en particulier mais pas seulement les socialistes et LFI donc dans la plupart des villes il y a des listes LFI qui viennent contester les positions de la gauche quelquefois avec l'intention clairement avouée de les faire perdre et donc moi ma position vous la connaissez c'est qu'au deuxième tour il ne peut pas y avoir d'alliance entre les socialistes et LFI et si les LFI sont vraiment dans l'idée puisque c'est ça qu'ils répètent à longueur de discours notamment Jean-Luc Mélenchon d'être un parti antifasciste et bien la meilleure des façons pour éviter que l'extrême droite dans certaines circonstances puisse accéder aux responsabilités de grandes villes je pense notamment à Marseille et bien c'est quand on n'a pas réussi à être premier et bien c'est de s'écarter et donc

33:50
Invité

de ne même pas fusionner

33:53
François Hollande

c'est à dire de s'écarter

33:54
Invité

mais en prenant cette position François Hollande d'exclure toute alliance vraiment du parti socialiste avec la France insoumise entre les deux tours vous prenez le risque donc de perdre des villes ou alors de ne pas pouvoir gagner des villes comme Limoges comme Toulouse ou de perdre Nantes peut-être

34:11
François Hollande

c'est l'occasion pour votre parti politique c'est l'occasion puisque nous sommes encore à une semaine du scrutin de dire aux électeurs parce que moi je ne fais pas que confusion entre les électeurs LFI et les dirigeants et notamment Jean-Luc Mélenchon ces électeurs s'ils veulent vraiment que la gauche puisse l'emporter qu'ils votent directement au premier tour pour les candidats socialistes écologistes ou autres et deuxièmement

34:37
Présentateur

c'est purement théorique ce que vous dites parce qu'aujourd'hui il y a un certain nombre d'alliances déjà PS LFI dans plus d'une soixantaine de villes selon les recensements de fait il y a une alliance PS

34:50
François Hollande

LFI non moi je ne connais pas de grande ville où il y a une alliance PS LFI au premier tour je n'en connais pas alors il peut y avoir eu dans des villes moyennes des listes de large rassemblement qui ont été constituées bien avant les propos avant les propos de Jean-Luc Mélenchon après elles ne peuvent pas se défaire ces listes là mais il n'y aura pas d'alliance à mes yeux possible entre le PS et LFI est-ce que le PS

35:15
Invité

a été suffisamment clair cette semaine il a exclu un accord national avec LFI dans l'entre-deux-tours mais il a laissé la porte ouverte à des accords locaux sous condition est-ce que c'est vraiment une rupture du PS avec la France insoumise qui a été menée est-ce que c'est suffisamment clair si la condition

35:32
François Hollande

c'est que les candidats de la France insoumise dénoncent les propos de Jean-Luc Mélenchon et se mettent quasiment en retrait de LFI oui c'est une condition tout à fait acceptable à votre sourire vous n'y croyez absolument pas oui ça ne se produira vraisemblablement pas c'est pour ça qu'il faut accepter oui il faut accepter un certain nombre de risques de se dire qu'est-ce qui est le plus important qu'est-ce qui est le plus important aujourd'hui c'est la clarté qu'est-ce qui est le plus important c'est la préparation de l'élection présidentielle et de se dire ça peut avoir quelques conséquences locales vous êtes prêt

36:06
Invité

à sacrifier des bastions

36:08
François Hollande

de la gauche on n'en sacrifiera pas forcément parce que je pense que l'électorat est intelligent il fera le premier tour pour donner un vote utile et au second tour même s'il y a le maintien des listes LFI il y a beaucoup d'électeurs qui auront eu au premier tour ce vote et qui viendront au second tour sur la liste socialiste ou la liste écologique donc je n'ai pas de doute là-dessus et puis enfin si on faisait cette compromission une partie de nos électeurs ne nous suivrait pas et donc ce que on imaginerait gagner d'un côté on le perdrait de l'autre et on le perdrait durablement vous parlez de compromission là ce serait une compromission puisque ça serait de faire un accord avec des personnes qui ont eu quand même des insultes qui ont été prononcées Jean-Luc Mélenchon et je ne le confonds pas avec le reste de son parti mais quand même Jean-Luc Mélenchon qui a pu avoir des propos qui ont été la connotation antisémite oui ce serait

37:03
Invité

à ce moment-là une compromission Raphaël Glucksmann dit c'est devenu le nouveau Jean-Marie Le Pen est-ce que vous reprenez cette analogie ? j'évite de faire

37:12
François Hollande

des comparaisons Jean-Luc Mélenchon se suffit à lui-même ses propos sont suffisamment graves pour être dénoncés en tant que tel sans qu'il soit besoin de le comparer à tel ou tel mais c'est vrai que ce qui s'est produit là dans les discours qu'il a pu prononcer c'est quand même une rupture c'est pas simplement une dérive c'est une rupture jouer sur les noms c'est un phénomène qu'on connait bien dans la vie politique de jouer sur les noms sur les physiques mais là quand ça prend cette connotation avec des noms dont on sait que les personnes sont de confession juive oui ça me paraît être tout à fait significatif

37:46
Invité

est-ce qu'il n'y a pas une part aussi de stratégie délibérée de la part de Jean-Luc Mélenchon pour fracturer la gauche et être le seul finalement à occuper l'espace ?

37:54
François Hollande

c'est une stratégie peut-être qu'il a en tête mais qui le conduira à l'isolement vous voyez bien qu'il n'est en aucune façon capable aujourd'hui de rassembler qui que ce soit au-delà de LFI et d'arriver au second tour et d'arriver au second tour oui parce qu'il est sur l'idée qui peut être entendue d'ailleurs sur le fait qu'il y a une menace fasciste sur que ce soit forcément le mot qui convient au nom de l'antifasciste tous les moyens sont bons ben non le clivage gauche-droite doit prendre sa place il y a une menace d'extrême droite elle est tout à fait claire mais au nom de cette menace d'extrême droite tout n'est pas possible

38:32
Présentateur

et finalement Jean-Luc Mélenchon joue sur un ressort qui a été un moteur et qui reste un moteur pour la gauche c'est celui de voter d'empêcher le rassemblement national d'accéder au pouvoir est-ce que ce qui peut expliquer tous ces dérapages ce qui peut expliquer cette stratégie qui peut paraître assez isolée effectivement c'est pas d'apparaître comme le premier opposant au rassemblement national mais qui peut croire

38:56
François Hollande

que face au rassemblement national au deuxième tour de l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon peut gagner qui peut le croire donc au nom de l'antifascisme il faudrait placer un candidat dont on est sûr qu'il sera non pas battu mais écrasé par la menace dont il vient d'exprimer l'intensité donc la meilleure des façons de lutter contre l'extrême droite c'est d'abord de défendre des valeurs et des principes c'est de montrer qu'on est capable de résoudre les problèmes du quotidien y compris sur la sécurité et la question migratoire et aussi de donner une perspective de fierté au pays et enfin de placer au second tour un candidat de la gauche réformiste qui soit lui capable de battre l'extrême droite

39:42
Présentateur

et sur l'élection des municipales donc on a bien compris qu'entre le premier et le second tour il va y avoir des discussions et ça sera compliqué entre le PS et les filles dans un certain nombre de villes Jean-Luc Mélenchon a dit dans un meeting mercredi soir à propos des socialistes c'est des gros combinards ils ne vont pas nous coûter trop cher à acheter pour le deuxième tour des candidats socialistes donc ne pourront pas s'allier avec les filles après des propos comme ça ou c'est pas certain il faudra que les gens résistent

40:09
François Hollande

il a en plus d'une stratégie que je viens de contester il a une manière de s'exprimer qui est toujours de l'ordre de l'insulte ou du mépris quand il parle des socialistes en ces termes mais même quand il dit au second tour s'il devait y accéder il y aura bien des petits bourgeois qui voteront pour moi j'appelle tous les petits bourgeois il y en a peut-être nombreux à ne pas permettre qu'ils soient au second tour

40:38
Invité

il y a une partie des écologistes qui aujourd'hui reste proche de la France insoumise est-ce qu'il n'y a pas un risque pour le parti socialiste qu'un front LFI écolo se monte

40:48
François Hollande

il y a quand même beaucoup de listes là pour les élections municipales où les socialistes et les écologistes sont ensemble et peu de listes où les écologistes sont avec LFI mais ça c'est le problème des écologistes s'ils veulent aller avec France insoumise ils seront absorbés par la France insoumise et ils seront donc dans une position qui sera très minoritaire dans le pays

41:10
Présentateur

avec toujours le même principe des réponses par oui ou par non pour ou contre ce 8 mars c'est la journée du droit des femmes cette journée est-elle devenue symbolique plutôt qu'un vrai moment de décision politique François Hollande

41:26
François Hollande

non

41:27
Présentateur

c'est une journée

41:28
François Hollande

qui est symbolique et politique puisque des milliers de femmes et d'hommes vont défiler aujourd'hui dans toutes les villes de France à Paris en particulier et elles vont avoir ces femmes deux objectifs le premier qu'une loi cadre soit votée contre les violences faite aux femmes et d'avoir l'application de la directive sur l'égalité entre salaire femme et salaire homme

41:52
Invité

et oui ou non est-ce que le bilan d'Emmanuel Macron est positif en matière d'égalité femme-homme ?

41:57
François Hollande

Il a beaucoup promis mais ce n'est pas le seul domaine et il a très peu tenu et il y a eu très peu texte et c'est pour ça que là s'il veut terminer son mandat avec au moins cet acte de bilan c'est qu'il faut qu'il y ait cette loi cadre sur la lutte

42:12
Invité

contre les violences Une confidence d'Emmanuel Macron justement recueillie par le Figaro magazine cette semaine je ne me mêlerai pas de 2027 aurait-il dit est-ce que vous le croyez ?

42:22
François Hollande

Je pense que c'est l'intérêt et le sien et de tout candidat qui se réclamerait ou qui se serait réclamé de lui Pourquoi ? Parce que je pense que porter le bilan d'Emmanuel Macron c'est pour ça qu'aucun candidat ne prend ce risque sera assez lourd

42:39
Présentateur

Le grand jury 2027 c'est demain Alors vous l'avez un petit peu évoqué tout à l'heure mais est-ce que vous ne pensez pas que la présidentielle risque d'être encore une fois je dis encore une fois parce qu'en 2022 ça avait été le cas percuté par l'actualité internationale et empêche un débat Elle le sera

42:59
François Hollande

mais ça ne nuira pas au débat Pourquoi ? Je pense que ça le rehaussera ce débat parce que la France c'est un pays qui compte dans le monde On a parlé de la force de dissuasion On a parlé aussi de l'effort que nous faisons en matière militaire On a parlé de ce que doit être le respect du droit international de ce que joue comme rôle la France en Europe Sans la France l'Europe s'arrête Ce qui est d'ailleurs aujourd'hui la grande inquiétude de nos partenaires Qui va être président de la République l'année prochaine ?

43:30
Présentateur

En même temps on voit un axe par exemple entre l'Allemagne et l'Italie Pourquoi ?

43:34
François Hollande

Vous avez raison parce que le doute existe maintenant sur la France Donc toute la question que les Français vont avoir à se poser l'année prochaine c'est qu'est-ce que nous avons à faire pour notre pays bien sûr sur le plan intérieur la cohésion nationale la place de la jeunesse l'éducation bref notre propre sécurité Mais toute la question c'est qu'est-ce que nous voulons comme France dans le monde et la France elle est attendue Donc je pense que la question internationale comme la question d'ailleurs de nos alliances comme la question de notre sécurité collective elle va être dominante dans la campagne présidentielle En même temps

44:10
Présentateur

quand il y a un contexte menaçant ça peut aussi profiter aux nationalistes qui promettent de protéger et le repli sur soi-même est aussi une solution quand les menaces

44:21
François Hollande

sont larges On sait maintenant que les nationalistes ceux qui se prétendent comme tels ne défendent pas la nation parce que quand vous êtes allié ou proche de Donald Trump puisque Donald Trump inspire toutes les extrêmes droites en Europe et pas simplement en Europe et lorsque Donald Trump lui-même a le plus grand mépris pour l'Union Européenne veut même la détruire ou veut même avoir une attitude de prébandier sur le Groenland à partir de là vous vous dites qui va me protéger justement qui va me protéger un allié de Donald Trump et un ami de Poutine ou un républicain qui aura à cœur de défendre la place de la France

45:04
Invité

Mais vous avez vu François Hollande le sondage IFOP qui a été publié pour le Figaro en cette fin de semaine il place Jordan Bardella loin très loin devant tous les autres candidats possibles à cette élection présidentielle de 2027 Jordan Bardella il est entre 36 et 38% des intentions de vote c'est-à-dire deux à trois fois plus que les autres donc déjà vous qui avez de l'expérience est-ce que c'est un avantage de partir si haut si loin ou alors est-ce qu'au contraire l'histoire des présidentielles nous rappelle qu'être premier c'est souvent un peu périlluche

45:36
François Hollande

tout simplement il faut avoir de la mémoire l'élection ne se joue pas un an avant elle se joue quelques jours voire même le jour même je vais vous donner juste un exemple qui me concerne je ne parle pas de ce que j'avais comme cote de popularité ou comme intention de vote lorsque j'étais candidat à la candidature je vous parle même quand j'ai été désigné on m'annonçait dans les sondages donc c'était six mois avant que je gagnerais la présidentielle avec plus de 62 ou 63% je ne l'ai gagné qu'à 52% donc ça veut dire quoi ça veut dire que aujourd'hui il peut y avoir comme ça une indication on retrouve d'ailleurs les chiffres de la dernière élection européenne bon répartition des forces mais une élection

46:18
Invité

vous nous dites que ça ne veut rien dire aujourd'hui

46:20
François Hollande

je ne dis pas que ça ne veut rien dire il vaut mieux partir avec 35% qu'avec 8 ou 10% j'en confiens mais ça veut dire quoi ça veut dire quoi ça veut dire que tout ça va se construire et se cristalliser à un moment où le choix c'est plus est-ce que vous préférez un tel ou un tel qui vous voulez comme président qui vous voulez qui incarne la France qu'est-ce que vous voulez comme destin quelle est la place que vous accordez à la patrie dans le contexte qui est aujourd'hui posé quel est le risque que vous voulez prendre quel est ce que vous voulez faire avec les européens

46:51
Invité

ou ce que vous ne voulez pas faire une autre lecture qu'on peut aussi avoir de ces estimations c'est que le RN profiterait de l'éparpillement absolument inédit de la gauche et de la droite en ce moment il n'y a aucune hypothèse aujourd'hui où la gauche serait présente au second tour en tout cas dans ce sondage est-ce que c'est l'un des effets justement de ces deux gauches irréconciliables on en a parlé PS et LFI aujourd'hui on sait qu'il y aura au moins deux candidats

47:16
François Hollande

ou trois venant de la gauche et peut-être trois venant de la droite mais là n'est pas l'important l'important c'est ce que vont décider les citoyens et le vote utile est devenu le moteur et qui prépare la victoire de l'un ou de l'autre les électeurs vont se dire à quelques semaines ou quelques jours du scrutin qui je veux comme président de la république et même s'ils peuvent avoir une sensibilité pour telle ou telle formation politique et bien ils en font finalement le sacrifice ce qui compte c'est de choisir la personne et bien sûr le mouvement qui peut permettre de gagner dans ce contexte international

47:51
Invité

est-ce que vous votre expérience c'est un atout ?

47:54
François Hollande

l'expérience peut être un atout mais je ne veux pas du tout personnaliser le débat parce qu'on dirait que je plaide c'est vous même

48:00
Invité

qui venez de nous dire l'incarnation mais l'incarnation elle est décisive mais l'incarnation

48:04
François Hollande

elle se produit

48:05
Invité

sur l'incarnation et sur le contexte international donc du coup l'incarnation

48:08
François Hollande

et la force et la force qui vous soutient parce qu'on ne peut pas gagner seul il faut avoir une équipe il faut avoir un mouvement et c'est pour ça que je plaide au lendemain des élections municipales quel qu'en soit le résultat même si j'espère que la gauche en sortira renforcée et les socialistes en particulier je plaide pour qu'il y ait une fédération de tous ceux qui veulent participer ensemble au choix d'un candidat pour la gauche c'est quoi la différence

48:33
Présentateur

entre une fédération et une primaire ?

48:36
François Hollande

ah non une primaire c'est de faire un vote avec des candidats qui ne sont pas forcément sur la même ligne politique c'est ce que la primaire de la petite gauche que j'entends ici ne pas ne pas dire quoi la petite gauche c'est celle qui aujourd'hui veut avec les écologistes et quelques personnalités éventuellement le parti socialiste mais je pense que le parti socialiste ne s'y associera pas désigner une cognature alors même qu'il n'y a pas de plateforme commune qu'il n'y a pas d'engagement commun et qu'il n'y a pas de ligne directrice

49:03
Invité

donc une fédération c'est sur une base

49:05
François Hollande

où il y a une plateforme et il y a un travail qui fait que plusieurs candidats peuvent éventuellement se présenter quel est le périmètre de cette fédération ? le périmètre c'est ceux qui pensent sur la situation internationale sur les grands enjeux intérieurs sur la nécessité d'avoir une cohésion nationale beaucoup plus forte et de donner à l'éducation à la jeunesse la place décisive c'est cette coalition qui doit se faire ça va être d'Olivier Faure à Raphaël Glucksmann c'est ça ?

oui c'est ça peut-être des écologistes qui y viendront certains peut-être pas tous peut-être aussi des personnalités et la société civile parce qu'il y a quand même beaucoup de gens qui ont envie d'éviter quand même le pire et les sondages font le reste et les sondages font le reste mais à un moment oui il y a toujours ça peut arriver à la fin de l'année on choisit généralement la personne qui a le plus de chances de gagner

49:54
Invité

ça sera pas trop tard fin de l'année 2026

49:57
François Hollande

ça sera même un peu tôt parce que ça se cristallise très tard je suis bien placé pour le savoir

50:02
Invité

justement vous avez été testé à 8% dans le sondage une fois qu'on évoquait à l'instant comment vous interprétez ce résultat sachant que le seuil de qualification au second tour sera peut-être historiquement est-ce que vous pensez avoir un trou de souris si jamais la candidature peut-être de Raphaël Glucksmann s'effrite ou que la primaire de la gauche est un échec ? non non non il ne faut pas essayer

50:24
François Hollande

de jouer une tactique personnelle il faut rester sur l'enjeu principal de l'élection qui vous voulez comme président de la république qui vous pensez être capable de vous apaiser de vous rassurer et de vous protéger tout en vous donnant une perspective de progrès et donc le sondage du début n'indique pas le résultat de la fin

50:43
Présentateur

on finira sur cette interrogation merci beaucoup François Hollande pour ce grand jury on se retrouve dans trois semaines puisque la semaine prochaine c'est jour de vote et dans 15 jours également pour les élections municipales bon dimanche à tous merci