«NOUS NE VOULONS PAS D'UN MONDE DE PRÉCARITÉ» - Mélenchon
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00MélenchonFait
« nous appartenons à une famille intellectuelle politique, philosophique qui dit que la loi et le contrat ne sont pas d'égale valeur »
- 4:00MélenchonFait
« la loi définit l'intérêt général, elle a - en toute circonstance - la primeur sur quelques arrangements que ce soit même contractuelles entre des intérêts privés »
- 7:00MélenchonFait
« nous ne croyons pas aux vertus métaphysiques qu'accordent certains à la main invisible du marché et à l'autorégulation spontanée des mécanismes économiques »
- 9:00MélenchonChiffre
« trente ans [...] le 4 ou le 5 %, c'était en taux de profit considéré comme quasi expropriatoire. Aujourd'hui, on en est à des 12 et même 18 % qui sont exigés »
- 11:00MélenchonFait
« ce jour est un jour triste pour la famille que nous prolongeons dans l'histoire »
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M. Le Président, collègues, Mme La Ministre C'est la dernière étape, vous avez le point, le vote de la majorité va le montrer dans quelques instants. Nous n'avons pas pu ou su fédérer les forces qui auraient eu intérêt à ce que le dialogue puisse s'établir sur d'autres bases que celui sur lequel il s'est mené.
Du fait d'une division syndicale incompréhensible pour ceux d'entre nous qui ont cru aux promesses d'abord faites il ya quelques temps aggravée par une coupure entre l'action sociale et le mouvement politique. C'est ainsi. À cet instant je veux exprimer ma reconnaissance pour les organisations syndicales de salariés qui ont courageusement entrepris de combattre et à ces milliers d'hommes et de femmes qui par la manifestation, la grève ont à nouveau offert des sacrifices à l'intérêt général.
Je ne reprendrai pas dans les cinq minutes dont je dispose les arguments dont nous avons eu largement l'occasion de débattre les uns les autres. Mais je voudrais vous redire les deux questions essentielles à nos yeux. D'abord le principe qui est en cause : nous appartenons à une famille intellectuelle politique, philosophique qui dit que la loi et le contrat ne sont pas d'égale valeur parce que leur champ d'application n'est pas le même et qu'elle ne s'emboîtent pas mécaniquement.
Pour nous la loi définit l'intérêt général, elle a - en toute circonstance - la primeur sur quelques arrangements que ce soit même contractuelles entre des intérêts privés. Dès lors, nous sommes viscéralement attachés - comprenez le, c'est une affaire de principe - au principe de faveur. Quel est ce principe de faveur ? ils prévoient qu'en effet dans les entreprises dans les branches, on peut négocier, à tout moment on peut conclure, à tout moment tous les accords que l'on veut, À la condition ! qu'aucun de ces accords ne soient inférieures à ce que la loi prévoyait et disposait.
Voilà ce que signifie le principe de faveur. il est dans notre esprit, le cœur de l'ordre social républicain. Oui, j'ai dit républicain ! "res publica" (latin) : la chose publique.
Nous ne croyons pas - et c'est mon deuxième point - nous ne croyons pas aux vertus métaphysiques qu'accordent certains à la main invisible du marché et à l'autorégulation spontanée des mécanismes économiques. Ceux-ci en sont incapables. Dès lors qu'il s'agit d'accumuler de la profitabilité, cela se fait toujours par le moins.
Et tout à l'heure, on nous a reproché de penser surtout aux employés des grandes entreprises et de manquer d'intérêts pour les petites qui trouveraient leur compte dans l'arrangement que vous allez adopter. Mais c'est ne pas comprendre, que dès lors que l'ouvrier, le salarié, l'employé - quel que soit son niveau - de la grande entreprise a un statut social enviable Alors tout le monde est obligé de s'aligner sur ce statut pour garder ce qu'il y a de plus précieux dans la production : la force de travail, la qualification mise à la disposition de l'entreprise. Notre idée est que l'entreprise est un collectif Humain d'abord.
Que ce qui compte, c'est la production qui en sort, comment se fait cette production ? Dans quelles conditions ? Avec quels usages d'intérêt général et écologique ?
Voilà ce qui l'emporte par dessus tout. Et le droit de l'actionnaire - à nos yeux, dans notre philosophie - est un droit subalterne, qui doit être subordonné à celui de l'intérêt général. Et cet intérêt général et toujours cet intérêt social qui entre directement en contradiction - pas par complot, pas par méchanceté, pas par cruauté - entre directement en contradiction avec les nécessités de l'accumulation.
Mme La Ministre, mes chers collègues, vous savez tout ceci : quand on veut tirer de l'économie réelle - c'est à dire de l'acte de production réelle - des profits à deux chiffres, on ne le peut pas autrement qu'en asséchant toute la matière vivante qui s'y trouvent. Il y a trente ans, le 4 ou le 5 %, c'était en taux de profit considéré comme quasi expropriatoire. Aujourd'hui, on en est à des 12 et même 18 % qui sont exigés.
Et vous n'y pouvez rien. La mécanique déferle dès lors que vous lui ouvrez les digues. Et c'est ce qui va se passer.
Je conclus. Nous ne voulons pas de ce monde, nous le combattons de toute notre énergie. Nous ne voulons pas d'un monde de précarité, de peur du lendemain de status inassuré où on peut - comme l'a fait Amazon - sitôt que vous avez disposé que c'était possible reporté à tous les quatre ans la discussion sur l'égalité des salaires entre Hommes / Femmes alors que jusqu'à présent, il était prévu que ce soit tous les ans.
Oui j'achève en vous disant que ce jour est un jour triste pour la famille que nous prolongeons dans l'histoire. Le grand Jaurès qui était assis ici à côté de Brussier qui était le fondateur du code du travail dans notre pays, disait que la grande révolution avait fait du français le roi dans la cité, mais qu'il avait laissé serf dans l'entreprise. Eh bien, c'est à cette servitude qu'il retourne.
Jean-Luc Mélenchon