L'interview : Sandrine Rousseau - 11/08
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, RMC, l'interview. Bonjour Sandrine Rousseau. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin en direct sur RMC. Vous êtes députée Europe Écologie, les Verts de Paris. La France brûle, la France asséchée, dévastée comme jamais par les incendies. Plus de 50 000 hectares de forêt embrulés depuis le début de l'année. On suit ce matin ce qui est en train de se jouer en Gironde où rien n'est évidemment terminé. On en parle beaucoup depuis ce matin. Sur RMC, qu'est-ce que vous vous dites Sandrine Rousseau ? Est-ce qu'on est en train de vivre un moment exceptionnel avec des incendies qui ne touchent plus seulement les régions du Sud mais aussi certaines régions du Nord ?
Ou est-ce qu'il faut craindre que ce ne soit que le début ?
Je pense qu'il faut craindre que ce ne soit que le début malheureusement puisque les rapports du GIEC, on en est au 6ème et tous les rapports du GIEC sont convergents. Le GIEC c'est le Groupement International des Experts sur le Climat qui dit que la caractéristique de la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui c'est que les événements extrêmes, ces incendies, ces grandes sécheresses, ces inondations tout cela va se développer et va se multiplier dans les années à venir.
C'est pour ça qu'il y a une urgence à agir contre le réchauffement climatique maintenant et à changer nos pratiques maintenant parce que là déjà nous ne sommes plus dans la situation véritablement de rester sous 1,5 degré de réchauffement climatique et on ne se rend pas trop compte comme ça mais 1,5 degré c'est déjà des événements extrêmes comme ceux qu'on vit qui sont encore plus importants que ceux que nous vivons cet été. Donc là il faut vraiment qu'on mette le pied sur le frein, qu'on change.
Je sais que ce n'est pas agréable, je sais que ça induit des changements de comportement qu'on peut regretter et moi-même sans doute il y a des comportements que je vais devoir abandonner et regretter mais là maintenant il faut vraiment qu'on prenne notre destin en main parce que ce qu'on met dans la balance c'est notre capacité à vivre et à vivre en paix.
On a le sentiment d'être un peu débordé par tous ces départs de feu est-ce qu'on paye une forme d'impréparation, de naïf?
Alors ça oui, la sécheresse s'était déjà installée dans le sud de la France et particulièrement dans le sud-ouest depuis plusieurs mois puisque même au mois de mars déjà les viticulteurs par exemple s'alarmaient du taux de sécheresse des sols donc on savait qu'il y aurait une sécheresse qui serait exceptionnelle et on n'a pas anticipé, on n'a pas mis les moyens moi je me souviens des questions posées au ministre de l'écologie Christophe Béchut dans l'Assemblée nationale où il nous parlait de mesures qu'il prendrait en 2023 donc en fait il y a eu une forme d'aveuglement, un déni, une impréparation et aujourd'hui on se retrouve au pied du mur, on se retrouve sans moyens on voit qu'on est obligé de faire appel à des puissances étrangères pour nous aider sur la lutte contre ces feux il faut revoir complètement notre politique de prévention des risques naturels puisque aujourd'hui ça va devenir quelque chose de très important dans notre vie de tous les jours donc il faut qu'on soit prêt
prévention des risques de catastrophes naturelles et d'incendie Sandrine Rousseau, ça passe aussi par l'entretien des forêts est-ce que parfois l'engagement écologique n'est pas contre-productif sur cette question ? on a vu que ça avait posé des problèmes en Gironde sur notamment les accès pompiers, etc. est-ce qu'il ne faut pas accepter de couper des arbres parfois ?
on a vu aussi que c'était un fake que ça n'était pas une députée, enfin une sénatrice en l'occurrence écologiste qui était responsable de la situation ce qui est responsable de la situation c'est l'ampleur du réchauffement climatique du CO2 que l'on émet dans l'atmosphère
il y avait semble-t-il des blocages quand même sur la construction des accès pompiers ?
oui mais là je rappelle quand même qu'on a divisé presque par deux le nombre de personnes et notamment de gardes forestiers qui dépendent de l'ONF, donc de l'Organisme National des Forêts de l'Office National des Forêts donc en fait on est dans quelque chose où on accuse ceux qui dénoncent la catastrophe mais on ne regarde pas du bon côté
vous aviez vous-même évoqué le fait par exemple de laisser les forêts vivre et laisser les milieux naturels vivre sauf que dans certains endroits on voit bien qu'il faut des broussaillers qu'il faut des accès pour les pompiers
oui mais en fait c'est une question de régulation des écosystèmes c'est-à-dire que si vous laissez des écosystèmes complètement se réguler et complètement être libre alors ils s'autorégulent là on est dans une zone où il y a un mix entre des habitations et de la forêt et d'ailleurs il faut réfléchir à la distance qui existe entre ces habitations qui grignotent petit à petit la forêt et cette forêt qui peut prendre feu comme on le voit actuellement et par ailleurs je rappelle que vraiment ce qui gère les forêts en France c'est l'Office National des Forêts qu'il a connu des coupes sombres dans ses personnels et qu'aujourd'hui on a besoin de gardes forestiers notamment pour faire ce travail de veille, de prévention, de débroussaillage et ce travail de prendre soin de la forêt avant qu'elle ne parte en fumée donc là, ne nous trompons pas de coupable moi je veux bien qu'on accuse des écologistes des feux qui sont actuellement en Gironde mais je pense vraiment qu'on se trompe complètement de coupable s'ils l'ont fait ça et on ne regarde pas encore une fois le problème tel qu'il est le problème tel qu'il est aujourd'hui c'est que nous sommes dans un aveuglement et un déni de la gravité de la situation climatique il nous faut changer et encore une fois c'est quelque chose aussi, c'est enthousiasmant c'est-à-dire que c'est le moment où on peut revoir nos rapports sociaux notre manière de faire société, notre manière de vivre ce qui est important, ce qui ne l'est pas ce à quoi on est capable de renoncer et ce qu'on veut garder et finalement peu de civilisations ont eu des questions aussi existentielles à se poser en temps de paix posons-nous-les maintenant pour changer maintenant et préserver notre avenir
d'autant que ces situations de sécheresse provoquent des situations d'urgence voire de détresse chez certains agriculteurs et des tensions aussi sur le terrain avec ces actes de vandalisme à répétition qui visent les retenues d'eau utilisées par les agriculteurs on sait que certains militants écologistes y sont très fortement opposés mais ça va jusqu'à des actes de vandalisme en Vendée cette semaine deux bassins destinés à l'irrigation ont été vandalisés les bâches déchirées vous comprenez ces actions Sandrine Rousseau ou est-ce que vous les dénoncez ?
il faut absolument prendre en compte la gestion de l'eau dans sa globalité faire des rétentions d'eau c'est perturber le cycle de l'eau c'est-à-dire c'est faire en sorte qu'on manque d'eau dans d'autres endroits et ça là on est aujourd'hui dans une ère non pas d'accaparement non pas de garder les ressources pour nous mais de partage de ces ressources et l'agriculture doit travailler sur ses besoins en eau on a une agriculture qui s'est considérablement intensifiée depuis la seconde guerre mondiale qui a sélectionné des espèces comme le maïs qui ont énormément besoin d'eau on ne peut pas poursuivre un modèle agricole qui nous emmène dans le mur de cette manière-là
je note que vous ne dénoncez pas les actions violentes qui visent ces retenues d'eau
les agriculteurs doivent absolument revoir leur méthodologie et la manière de cultiver non mais vous pouvez me faire dire tout ce que vous voulez à un moment donné on ne peut pas continuer dans le modèle tel que nous sommes actuellement on peut faire semblant on peut se dire qu'on va s'accaparer les ressources en eau aujourd'hui il n'y a pas assez d'eau pour tout le monde donc il nous faut du partage il faut arrêter des projets qui sont des projets qui vont à l'encontre du bien commun l'eau est un bien commun on doit le préserver, c'est précieux et donc on ne peut pas s'accaparer l'eau pour des cultures qui sont des cultures intensives en eau il nous faut revoir aussi notre alimentation pour moins dépendre de ces cultures-là
qu'est-ce que vous dites aux agriculteurs qui nous écoutent qui témoignent très souvent sur RMC de leur détresse qui sont en train en ce moment de compter leurs pertes jusqu'à 60-70% de leurs récoltes et de leurs revenus qui disparaissent dans cet état de sécheresse quelle est la solution ? sans eau il n'y a pas d'agriculture c'est ça qu'ils disent ?
il y a une agriculture qui n'est pas l'agriculture intensive que nous connaissons actuellement il faut une agriculture qui revienne sur les bases d'une agriculture qui soit beaucoup plus respectueuse des sols du cycle de l'eau et des espèces qui sont des espèces locales et pas uniquement des espèces qui donnent du rendement il faut aussi rompre avec quelque chose qui a été très présent dans le monde agricole depuis la seconde guerre mondiale mais depuis les années 60 surtout qui est que l'agriculture française devrait nourrir le monde il y a besoin d'une agriculture de proximité et en fait on voit que cette agriculture de proximité est beaucoup plus résiliente et résistante qu'une agriculture intensive de monoculture qui détruise la biodiversité et qui a besoin énormément d'eau moi je dis aux agriculteurs mettons-nous autour de la table travaillons sur vos revenus pour que vous ne perdiez pas en revenus il est anormal que vous perdiez en revenus mais par contre acceptez de changer vos pratiques
changer vos pratiques ça veut dire abandonner le maïs dont on sait qu'il est très gourmand en eau notamment pendant l'été mais dont on sait que l'élevage en a énormément besoin par quoi on le remplace ?
et bien c'est ce que je vous disais sur l'alimentation c'est qu'on ne peut pas changer nos méthodes agricoles si on ne revoit pas ce qu'il y a dans notre assiette et notamment la part de viande qu'il y a dans notre assiette et ça fait partie des efforts que nous allons devoir faire c'est de diminuer cette part de viande dans nos assiettes parce que un kilo de bœuf en fait consomme énormément d'eau puisqu'il faut toute l'alimentation du bétail pour pouvoir faire en sorte qu'il arrive dans notre assiette c'est tout cela qu'il nous faut revoir et oui il va falloir diminuer notre part de viande et l'ADEME a travaillé sur des scénarios là-dessus c'est aussi se nourrir mieux de diminuer la part de viande c'est être en meilleure santé et bien ça fait partie de ces défis que nous avons face à nous et encore une fois on peut juger qu'ils sont trop importants qu'ils sont trop désagréables mais les feux, la sécheresse les événements extrêmes les inondations, les orages tout cela est bien plus désagréable que de se passer d'un biftec
Sandrine Rousseau vous avez vivement réagi ces derniers jours à une image captée du président de la République du côté de Brégançon Emmanuel Macron qui faisait du jet ski vous dites que c'est criminel de ne pas comprendre le réchauffement climatique franchement est-ce que quelqu'un qui fait du jet ski est forcément un criminel climatique ? est-ce qu'on en est là ?
je n'ai pas dit que c'est parce qu'il faisait du jet ski qu'il était criminel climatique j'ai bien dit que c'est parce qu'il ne comprenait pas le réchauffement climatique et est-ce que je dénonçais ?
parce qu'il fait du jet ski il ne comprend pas le réchauffement climatique ?
ce que je dénonçais c'était un coup de com qu'il a fait qui était de se prendre en photo dans un canoë kayak quelques minutes pour avoir cette photo et ensuite faire du jet ski et finalement ça résume la politique de la France en matière de lutte contre le réchauffement climatique c'est-à-dire qu'on a des espèces d'effets de com des effets d'annonce je rappelle quand même que le ministre de l'écologie encore une fois désolé de m'acharner sur lui mais enfin il nous avait annoncé une météo des forêts comme si c'était à la hauteur de l'enjeu actuellement là il nous annonce que Google Maps va annoncer les quantités de CO2 avec Agnès Pannier-Runacher il nous annonce que Google Maps va annoncer les quantités de CO2 sur chaque trajet mais on n'est pas du tout du tout à la hauteur des défis pas du tout maintenant ça devient criminel de ne pas comprendre la gravité de la situation oui c'est criminel et criminel au sens premier du terme puisque ça veut dire qu'il va y avoir des morts si on ne bouge pas sur la gestion de notre du réchauffement climatique les événements extrêmes vont être meurtriers on l'a vu l'été dernier en Allemagne et en Belgique avec les inondations et on le verra si on continue dans cette voie là donc oui aujourd'hui il nous faut changer de cap réellement pas juste en matière de communication politique
on entend ce discours et la communication politique vous la maîtrisez aussi Sandrine Rousseau et on a l'impression que le moindre événement voilà typiquement le jet ski est sujet à polémique à attaque est-ce que finalement les propos radicaux parfois ne desservent pas un peu la cause ?
enfin sur les jet skis je rappelle quand même qu'il y a des plages qui sont en train d'interdire les jet skis déjà parce que ça pose la question du partage de l'eau et du partage de la mer que ça génère des pollutions tant sonores que pour la faune et donc après
on interdit les bateaux enfin je...
non mais continuez à caricaturer ce que je suis en train de dire je vous dis que dans les pratiques que nous avons à changer nous ne pouvons pas continuer comme nous sommes actuellement et que les jet skis ça fait sans doute partie comme les grosses voitures comme le fait de faire des kilomètres dans des grosses voitures avec une vitesse à 130 et bien ça fait partie des choses que nous allons devoir modifier oui c'est pas plaisant oui ça nous fait pas plaisir peut-être mais à un moment ce que l'on fait là c'est qu'on est en train de détruire nos écosystèmes on est en train de détruire les conditions de notre vie sur Terre se rend-on compte de notre égoïsme dans le moment et donc ce que je dénonçais là c'était un coup de com politique et ce que je dis à Emmanuel Macron c'est que maintenant il vous faut être un président à la hauteur des enjeux et des défis écologiques et que oui il faut que vous preniez de vraies mesures politiques on vient de voter une loi pouvoir d'achat dans laquelle il y a un terminal méthanier pour importer du gaz de schiste américain c'est ça que l'on vient de faire il y a 15 jours dans l'Assemblée nationale à une heure où on ne devrait parler que de sobriété et de diminution de nos émissions de carbone ce que l'on continue c'est une forme de dépendance énergétique qui nous emmène dans le mur à vitesse grand V
on ne va pas avoir le temps d'évoquer les questions énergétiques simplement une dernière question avant de vous quitter les sénateurs socialistes veulent lancer une proposition de loi et un débat sur la légalisation du cannabis dans les mois à venir vous soutiendrez cette idée ?
oui je la soutiendrai et notamment parce que je pense qu'aujourd'hui le cannabis est source des pires trafics et qu'il fournit toute une économie secondaire avec des trafics internationaux et que la légalisation permet de lutter contre ces trafics de manière bien plus efficace et qu'aujourd'hui on s'attaque aux consommateurs au bout de la chaîne aux personnes qui sont finalement dépendantes de ce cannabis il n'y a pas de politique de santé publique autour de ce cannabis puisque c'est interdit et par ailleurs ça n'envoie pas un message
brouillé que de l'autoriser ?
au contraire ça permet d'avoir une véritable politique de santé publique c'est-à-dire de vérifier à qui on vend et ce que l'on vend je rappelle quand même que dans bien des régions en France et notamment dans les régions frontalières les produits qui sont vendus sont coupés avec d'autres produits qui sont extrêmement nocifs pour la santé et qui créent des dépendances extrêmement rapides nombre de jeunes tombent à cause de ces consommations-là aujourd'hui il nous faut vérifier la qualité et la quantité des produits qui sont consommés et pour cela il n'y a pas d'autre solution que de le légaliser
Merci Sandrine Rousseau merci d'avoir été avec nous en direct ce matin sur RMC député Europe Écologie Les Verts de Paris merci à vous bonne journée merci à vous
merci à vous
Sandrine Rousseau