Soumya Bourouaha, la politique , un secret de famille
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:32OuverteRéponse directe
Bonjour Soumya Bouroua.
- 0:47OuverteRéponse directe
Pendant longtemps, vous avez regardé la politique comme un enfant regardant un gâteau auquel il n'aurait pas le droit de toucher.
- 1:02OuverteRéponse directe
Vous avez des souvenirs précis qui évoquent cela ?
- 1:39OuverteRéponse directe
La présidentielle de 1981, vous ne pouviez pas voter, vos frères et sœurs pouvaient, vous les avez encouragés.
- 2:23OuverteRéponse directe
Vous avez été naturalisée française à 31 ans. Comment avez-vous vécu ce décalage entre votre statut et ce que vous viviez ?
- 3:36OuverteRéponse directe
Vos parents ne se projetaient pas forcément en France. Comment avez-vous vécu ce décalage avec leur désir ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47Invité politiqueFait
« Je ne pouvais pas voter parce que je n'avais pas la nationalité française. »
- 1:10Invité politiqueFait
« J'étais obligée d'aller régulièrement, dès l'âge de 16 ans il me semble, à la préfecture de Bobigny pour faire la queue de 4h du matin avec une ouverture à 9h. »
- 1:31Invité politiqueFait
« Je vivais ça comme une injustice parce que dans ma famille, j'étais la seule à ne pas avoir la nationalité française. »
- 2:51Invité politiqueFait
« Je l'ai vécu véritablement comme une injustice. Je ne comprenais pas pourquoi je n'étais pas intégrée comme mes frères et sœurs. »
- 3:16Invité politiqueFait
« Je ne comprenais pas pourquoi, alors que j'étais scolarisée comme n'importe quel enfant de France, pourquoi je ne pouvais pas accéder à cette naturalisation naturelle et d'office. »
- 3:50Invité politiqueFait
« On avait toujours le sentiment d'avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. »
- 5:29Invité politiqueFait
« Mon père a participé, il voulait y aller, mais il avait été arrêté à la porte de Pantin. »
- 6:34Invité politiqueFait
« Il nous a juste dit qu'il avait vécu la pire nuit de sa vie. »
- 6:42Invité politiqueFait
« Il nous a juste dit, je n'y rentrerai pas dans les détails, mais on a tous compris qu'il avait été torturé. »
- 7:22Invité politiqueFait
« Il nous a quittés pendant le Covid. »
- 7:40Invité politiqueFait
« Il l'était déjà quand j'étais maire adjoint, parce que je l'ai été pendant 12 ans. »
- 8:25Invité politiqueFait
« Je ne voulais simplement pas m'encarter dans un parti politique. »
- 8:57Invité politiqueFait
« Pour moi, c'était primordial de rester dans ce département qui est un département qui a un énorme potentiel. »
- 12:40Invité politiquePromesse
« C'est celui du vote des étrangers aux élections municipales. »
Temps de parole
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Rien ne l'a prédestiné à devenir députée. Mon invité n'avait ni la bonne carte d'identité, ni forcément l'ambition, mais elle a découvert tardivement que l'engagement politique faisait partie de l'histoire de sa famille, une histoire secrète. Bonjour Soumya Bouroua.
Bonjour Clément Méric.
Alors pendant longtemps, vous avez regardé la politique un peu comme un enfant regarderait un gros gâteau auquel il n'aurait pas le droit de toucher, tout simplement parce que vous ne pouviez pas voter alors que vous étiez quand même très attirée par la politique.
Oui, je ne pouvais pas voter parce que je n'avais pas la nationalité française. Vous êtes née ? Je suis née à Razawet en Algérie et j'ai demandé ma naturalisation très tardivement. Voilà, en effet, ça a été une grande frustration.
Oui, c'est-à-dire que vous avez des souvenirs précis qui évoquent un peu cela ?
Alors les souvenirs, c'est en effet pour obtenir, enfin pour pouvoir habiter en France et aller à l'école et travailler en France, il faut une carte de séjour. Donc j'étais obligée d'aller régulièrement, dès l'âge de 16 ans il me semble, à la préfecture de Bobigny pour faire la queue de 4h du matin avec une ouverture à 9h et ça a été très très compliqué à vivre. Je vivais ça comme une injustice parce que dans ma famille, j'étais la seule à ne pas avoir la nationalité française.
La présidentielle de 1981, vous, vous ne pouviez pas voter, vos frères et sœurs pouvaient, vous les avez même encouragés en quelque sorte à y aller.
Oui, oui, oui, j'ai suivi toute la campagne des présidentielles, mais malheureusement je ne pouvais pas voter parce que je n'avais pas la nationalité française. Par contre, mes frères et sœurs avaient la nationalité, donc je les encourageais et je le souviens de les titiller toute la journée du dimanche en leur disant, attention, ils attendaient toujours la dernière minute pour y aller. Et je les accompagnais, mais c'était aussi peut-être pour moi une façon de m'impliquer, comme si c'était un vote par procuration. Et en effet, je les accompagnais et je restais dans la salle et j'aimais bien ce mot à voter.
Vous l'avez évoqué, vous avez été naturalisée française à l'âge de 31 ans et avant cela, pendant des années, il a fallu aller renouveler vos papiers, votre titre de séjour. Alors que vous, pour vous, la France était votre pays, vous projetiez un avenir français, entre guillemets. Comment est-ce que vous avez vécu cela, ce décalage entre votre statut et ce que vous viviez, vous, personnellement ?
Je l'ai vécu véritablement comme une injustice. Je ne comprenais pas pourquoi je n'étais pas intégrée comme mes frères et sœurs. En effet, mes frères et sœurs sont tous nés en France. Moi, je suis celle du centre, la quatrième, et mes parents, dans leur histoire, ont dû retourner en Algérie, après l'indépendance de l'Algérie, avec l'espoir d'une vie meilleure, et je suis née à ce moment-là. Donc en effet, j'ai vécu cela comme une injustice. Je ne comprenais pas pourquoi, alors que j'étais scolarisée comme n'importe quel enfant de France, pourquoi je ne pouvais pas accéder à cette naturalisation naturelle et d'office.
Vos parents, eux-mêmes, ne se projetaient pas forcément en France. Ils vous ont longtemps dit que toute la famille allait repartir en Algérie, alors que vous, ce n'était pas du tout votre rêve, on l'a bien compris. Comment est-ce que vous avez vécu ce décalage avec le désir profond de vos parents ?
En effet, c'était assez compliqué à vivre, parce qu'on avait toujours le sentiment d'avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Bien sûr, nous, on était contre, on était complètement intégrés, on était scolarisés, et nos parents nous disaient très régulièrement que notre vie n'était pas là, qu'on retournerait vivre en Algérie, et nous, on vivait ça comme une angoisse.
Mais le fait d'avoir une aspiration différente de celle de vos parents, vous n'aviez pas l'impression de trahir un peu leurs propres rêves ?
Non, pas du tout, pas du tout. On n'avait pas ce sentiment, parce qu'en même temps, nos parents nous encourageaient à nous intégrer, à travailler très bien. Ils avaient beaucoup d'ambition pour nous, ils souhaitaient vraiment qu'on réussisse dans notre vie familiale, scolaire.
Vous n'êtes pas la seule dans votre famille à avoir eu un engagement politique, votre père aussi, sauf que c'est quelque chose que vous avez découvert vraiment très tardivement, c'est ça ?
Oui, je l'ai découvert très tardivement, son engagement politique, même si, à la maison, on parlait très très souvent politique, je savais que mes parents étaient très intéressés par la politique, et je l'ai découvert de manière assez furtive, c'est-à-dire qu'on sentait qu'il y avait quelque chose...
Là, c'est votre père qu'on voit.
Oui, on sentait qu'il s'était passé quelque chose, parce qu'il y avait toute une période de la vie de mon père, ça restait dans le secret. Et je l'ai découvert suite à une commémoration du 17 octobre 61, je rentre à la maison et...
Une manifestation au cours de laquelle beaucoup d'Algériens sont morts, ont été tués.
Oui, mon père a participé, il voulait y aller, mais il avait été arrêté à la porte de Pantin. Et donc, j'arrive chez moi, il y avait un journaliste, Sébastien Pascot, qui travaillait sur, justement, les événements du 17 octobre, et qui était venu rencontrer mon père pour un témoignage, pour faire un documentaire sur cette période assez obscure. Et de là, les discussions...
Et donc, vous avez découvert qu'il était engagé au sein du FLN en France, mais que c'est un engagement qui, visiblement, est allé assez loin, parce qu'il a été arrêté, même torturé, par la police française sur le territoire, en métropole ?
Oui. Alors, oui, il s'était engagé politiquement. Je pense qu'il devait participer à des réunions secrètes du FLN. Je pense qu'il devait aussi tracter. C'était une période qui était assez compliquée, parce qu'il y avait un couvre-feu, et il a été arrêté. Arrêté par la police française. Il ne nous en a pas dit grand-chose. On sentait beaucoup, beaucoup de souffrance dans ce qu'il nous relatait. Il nous a juste dit qu'il avait vécu la pire nuit de sa vie. Et il nous a juste dit, je n'y rentrerai pas dans les détails, mais on a tous compris qu'il avait été torturé. Et il a été libéré le lendemain matin.
Le lendemain matin, certainement, grâce à ce qu'il nous a dit à un policier qui était très bienveillant, et qu'il l'a libéré en secret. Et de là, quand il a quitté le commissariat, il a fui. Il a fui parce qu'il était inquiété, il avait été fortement inquiété. Il a fui et il est allé se réfugier en Belgique.
Votre père, il s'est battu donc pour l'indépendance de l'Algérie. Vous êtes, vous, aujourd'hui, une députée qui représente la nation française. Ça fait deux trajectoires opposées. Vous y pensez à ça, souvent ?
Moi, j'y pense très, très souvent, surtout que mon père n'est plus de ce monde. Il nous a quittés pendant le Covid. Il a fait partie de ces gens qui sont des personnes qui sont décédées seules, dans les maisons. Mais j'y pense très, très souvent, et je me dis qu'il doit être très, très fier de moi.
C'est-à-dire, il aurait été fier de vous voir porter l'écharpe tricolore ?
Il l'était déjà quand j'étais maire adjoint, parce que je l'ai été pendant 12 ans. Il a été vraiment très, très fier. On en parlait très, très souvent à la maison. Il me disait toujours de faire attention. Il avait toujours peur de mon engagement.
Parce que lui a connu une autre forme d'engagement. Voilà. Alors, tous les chemins mentaux à la politique, vous l'avez dit, vous, vous avez été engagé localement à la Courneuve. Ce qui a déclenché cet engagement politique, c'est tout simplement parce que vous étiez parent d'élèves et vous avez été repéré par l'équipe municipale de l'époque qui vous a convaincu de se présenter, de vous présenter sur la liste. Vous êtes devenue adjointe à la culture en 2008. Mais au début, vous avez refusé de prendre votre carte au parti communiste. La municipalité était communiste.
Pourquoi ? Alors, ce n'était pas un refusé. C'est que je ne voulais simplement pas m'encarter dans un parti politique. Je considérais qu'être personnalité citoyenne, j'avais toute ma place dans ce conseil municipal et je ne voulais pas m'encarter.
Et cet engagement, fondamentalement, il est lié à ce département où vous avez toujours vécu, la Seine-Saint-Denis. C'est dans cette idée de servir sa population.
Oui. Pour moi, il était très important de rester dans le département qui m'a presque vu naître, même si je suis née à Razawet.
Vous avez enseigné pendant longtemps ? Exactement. En collège, notamment avec des élèves en difficulté.
Pour moi, c'était primordial de rester dans ce département qui est un département qui a un énorme potentiel, qui est un département où ça foisonne de cultures, de sociales, etc., mais qui aussi cumule toutes les difficultés. Et j'avais le sentiment de servir à quelque chose. C'est pour ça que je suis restée, quand j'étais enseignant, toujours dans le 93.
L'idée de vous rendre utile à la population de Seine-Saint-Denis. Alors, quand on fait de la politique à la Courneuve, forcément, on croise le chemin de Marie-Georges Buffet à un moment ou à un autre. Vous avez été sa suppléante en 2017. Et en 2022, vous avez échangé les rôles. C'est elle qui est devenue votre propre suppléante. Vous partagez les mêmes combats, à la fois pour les droits des femmes et pour le sport. Et c'est ce qui a motivé d'ailleurs une question que vous avez posée au ministre de l'Intérieur au mois de novembre dernier. On va en revoir un extrait.
Avec Marie-Georges Buffet, nous avons alerté à de nombreuses reprises sur le sort des sept joueuses de l'équipe nationale afghane de Handball, réfugiées depuis de nombreux mois à Islamabad ou Pakistan. Pouvez-vous, monsieur le ministre, me préciser quand des visas leur seront attribués ? Dès que cela sera possible dans les meilleurs moments et dans les façons les plus sécurisées pour elles, nous pourrons non seulement leur délivreté de séjour et contribuer à leur appartiment sur le territoire de la République.
Alors ces handballeuses, elles sont aujourd'hui en France. C'était un combat qu'avait porté Marie-Georges Buffet jusqu'en 2022, que vous avez repris et qui a abouti concrètement. Cela veut dire que quand on est député de l'opposition, on peut quand même faire aboutir des combats politiques à l'Assemblée.
Et heureusement, on est quand même quelquefois utile. Donc c'est vrai que j'attache beaucoup d'importance à ce combat parce qu'il allie vraiment le sport et le combat féministe. En fait, c'était des femmes qui étaient inquiétées dans leur pays, en Afghanistan, et qui se sont réfugiées au Pakistan. Et elles sont arrivées juste avant les fêtes de Noël. D'ailleurs, je les ai rencontrées à plusieurs reprises et je dois les inviter à l'Assemblée dès la fin du Ramadan.
Bon, on suivra ça. On va passer à notre quiz à présent, si vous le voulez bien. Donc je vous explique le principe. Je vais commencer des phrases et ce sera à vous de les finir, de les compléter, on va dire. On y va. Quand je suis arrivé à l'Assemblée, le plus dur a été ?
De comprendre tout ce qui était juridique. Voilà, parce que la feuille blanche, la feuille jaune, la feuille verte, pardon. La motion de censure, à quel moment on peut la faire. contre la Constitution. Je crois que là, c'était vraiment très compliqué pour moi. Mais bon, j'ai été bien accueillie. Vous avez été formée en interne au sein du groupe. Exactement. J'ai eu des collègues dans mon groupe et puis les collaborateurs et collaboratrices qui ont été d'une aide incroyable.
Parfois, je me dis que ma suppléante pourrait quand même... Votre suppléante Marie-Georges Buffet ?
Alors, ma suppléante pourrait... Elle pourrait quand même quoi ? De temps en temps me remplacer. Ça serait bien.
Ça ne se fait pas comme ça avec la Constitution.
Oui, ça ne se fait pas comme ça. Mais en effet, c'est vrai qu'il faudrait quand même se reposer la question du rôle du suppléant qui est un peu invisible. Alors, pas dans mon cas, pas dans le cas de Marie-Georges Buffet puisque c'est une personne qui est mondialement connue.
Qui doit rester très présente, j'imagine, sur le terrain à vos côtés.
Exactement, qui est toujours avec moi et qui tracte avec moi et qui reste une militante acharnée.
S'il y a un combat que je souhaite faire aboutir pendant ce mandat, c'est ?
Alors, il y en a plusieurs, mais il est vrai qu'il y en a un qui me tient particulièrement à cœur, c'est celui du vote des étrangers aux élections municipales. En effet, je trouve qu'il serait très intéressant de pouvoir permettre à ces gens, issus de l'immigration, après voir sur combien d'années, mais peut-être y réfléchir et faire cette proposition.
Au-delà des simples ressortissances de l'Union européenne.
Exactement, parce que oui, en effet, vous avez raison de le souligner, les Européens ont le droit de vote, mais les autres, non. Et je pense que ça serait vraiment une véritable avancée démocratique.
Merci beaucoup Soumya Bouroua d'être venue dans La politique et moi.
C'était un plaisir. Merci.
Soumya Bourouaha