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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 1 février 2022 25 min

Bruno Retailleau : "Emmanuel Macron est en train de tenter de mettre cette campagne sous l’étouffoir"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien de la matinale le président du groupe LR au Sénat, sénateur de la Vendée, il est également conseillé les 100 jours dans l'équipe présidentielle de Valérie Pécresse. Question amis auditeurs au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bruno Retailleau, bonjour.

0:28
Bruno Retailleau

Bonjour Nicolas Demorand, bonjour Léa Salamé.

0:30
Présentateur

Et bienvenue dans le 7-9, on va commencer ce matin par les sujets internationaux et notamment cette injonction du gouvernement malien qui a donné hier 72 heures à l'ambassadeur de France pour quitter le territoire sous peine d'expulsion. Le ministère des affaires étrangères français a pris note. Comment réagissez-vous Bruno Retailleau à cet ultimatum et que veut-il dire pour la France ?

0:55
Bruno Retailleau

Il veut dire que c'est l'échec. Cet ultimatum, c'est une humiliation, c'est un échec. En réalité, nous avons eu des victoires militaires parce que nos militaires ont connu du succès. Nous avons réduit un certain nombre de grands chefs djihadistes là-bas. Mais ces victoires militaires, nous n'avons pas su les transformer en victoires politiques. Nous avons oublié peut-être qu'à côté de l'intervention militaire, il eut fallu, puisque le gouvernement malien était incapable de le faire, donner à la population des services publics, par exemple de santé, des dispensaires, investir lourdement avec l'Europe qui est la première puissance humanitaire, investir aussi dans des écoles.

Et du coup, nous nous sommes mis à dos, si j'ose dire, la population. Nous avons livré, et nous livrons là-bas, deux guerres en une. Une première guerre contre le terrorisme. Souvenez-vous, Serval, 2013, c'est le Mali qui appelle l'armée française. L'autre guerre, c'est la guerre d'influence. La guerre d'influence notamment avec la Russie qui essaie de pénétrer dans la profondeur africaine. Mais quand je vois aujourd'hui cet échec, encore une fois un échec politique, j'associe aussi par exemple le Gabon. Personne ne l'a remarqué. Le Gabon est désormais dans le Commonwealth. Commonwealth, c'est l'anglosphère, comme si le Gabon, ce n'était pas la francophonie.

On voit bien qu'il y a une perte d'influence de la France là-bas. Et je pense que cette dimension, vous voyez, moins militaire qu'humanitaire, plus politique là aussi que défensive, que nous n'avons pas su mener. Il va falloir sans doute, dans un premier temps, se replier. Il faut partir ? Non, il faut se replier sans doute au Niger.

2:30
Présentateur

Mais c'est ce qu'on fait déjà, pardon.

2:31
Bruno Retailleau

Et au Niger, partir du Mali ? Impossible d'y rester, bien sûr. Partir du Sahel ? Non. Et je propose que, puisque l'état-major de l'opération Barkhane est déjà au Niger, on y reste, et aussi un certain nombre d'autres opérations sont pilotées.

2:46
Présentateur

Donc il faudrait qu'il n'y ait plus de soldats français sur le sol malien ? Mais Chad, pardon ? Il faut sortir du Mali, en tout cas.

2:51
Bruno Retailleau

Mais on est expulsé. On ne peut pas, dans ce genre de guerre, on ne peut pas se maintenir s'il n'y a pas une pleine coopération avec le gouvernement en place, légitime ou illégitime.

3:02
Présentateur

Le gouvernement malien semble avoir préféré, Pierre Aski en disait un mot à l'instant, les milices russes, Wagner à l'armée française. Qu'est-ce que ça dit, là encore, d'un autre angle de la place de la France dans le monde ? Et est-ce, là aussi, une autre forme de désaveu ?

3:18
Bruno Retailleau

C'est là encore le signe, vous voyez, d'une perte d'influence globale. Cette perte d'influence, c'est en réalité la traduction sur le champ diplomatique, sur le champ international, de l'affaiblissement de la France sur le plan intérieur. Je pense que, lorsque un pays s'affaiblit, notamment économiquement, et notamment sur le plan des finances publiques, vous allez me dire, quel rapport ? Moi, je pense qu'un pays qui ne tient pas ses comptes est un pays qui ne tient pas son rang. Et cet affaiblissement économique de la France, les pays là-bas le sentent. Et ce que je crains en Afrique, moi, c'est l'effet d'entraînement derrière.

On voit une France qui est fragilisée, ce que je crains, c'est toute notre zone d'influence qui risque de craqueler.

3:58
Présentateur

Vous parlez d'un affaiblissement économique, Bruno Retailleau, le chômage n'a jamais été aussi bas qu'aujourd'hui, la croissance est à 7%. On est le premier pays sur les investissements étrangers. Vous allez me dire que je fais les éléments de langage du gouvernement, mais c'est des faits en même temps.

4:12
Bruno Retailleau

La croissance, c'est une croissance de rattrapage, une croissance à crédit. Sur les cinq années du quinquennat, on fera beaucoup, beaucoup moins bien que la moyenne européenne. Et sur le chômage, de grands pays ont le moitié moins de taux de chômage que nous.

4:27
Présentateur

Oui, d'accord, on peut toujours dire que c'est mieux ailleurs, mais 7% de chômage, c'est mieux que depuis 15 ans.

4:33
Bruno Retailleau

Nous étions en train de parler de relations internationales. Que valent des chiffres si on ne les compare pas ? Et notamment, nous qui sommes en Europe, regardez deux chiffres. Le fameux déficit jumeau, un déficit budgétaire qui est catastrophique, qui est en valeur absolue l'un des pires d'Europe, un déficit commercial, là aussi un des pires d'Europe, qui signe là encore un manque de compétitivité de la France. L'Italie, l'Espagne, sur ce plan-là, notamment commercial, font beaucoup, beaucoup mieux que nous. Et on ne perd pas des marchés vis-à-vis de la Chine. On perd des marchés vis-à-vis de nos propres partenaires européens. C'est ce qui est préoccupant.

5:07
Présentateur

Bruno Retailleau, un mot sur le conflit ukrainien. Si la Russie venait à déployer 100 000 soldats et à attaquer l'Ukraine, l'Europe devrait-elle intervenir pour protéger la souveraineté de ce pays ?

5:18
Bruno Retailleau

C'est un scénario auquel je ne crois pas. C'est un scénario auquel je ne crois pas, non pas par optimisme, mais par réalisme. Simplement, je pense que la Russie a aujourd'hui aucun intérêt à se lancer dans une telle aventure. L'Ukraine d'hier n'est plus l'Ukraine d'aujourd'hui. Elle dispose d'armements modernes. Je pense qu'ils ne le feront pas. Et je pense pour tout dire que ni les Américains, ni les Européens, sans doute, n'iront mourir pour Kiev. En revanche, il y a des façons d'infliger à la Russie des sanctions extrêmement douloureuses. Regardez bien, et je pense qu'on l'oublie sur le plan international, la Russie, c'est l'équivalent du PIB de l'Italie.

On a cette disproportion énorme entre l'influence de cette puissance centrale en matière géopolitique et l'état réel de son économie. Alors certes, le prix du pétrole, le prix du gaz, tout ça va un peu mieux. Mais attention aux sanctions qu'elle pourrait recevoir. Et je pense que M. Poutine est un réaliste. Je pense qu'on a loupé la relation avec la Russie à cause des Américains, il y a une quinzaine d'années. Elle devrait être reconstruite dans l'avenir sur des bases qui seront des bases plus saines.

6:28
Présentateur

Boris Johnson est en Ukraine aujourd'hui pour apporter son soutien aux Ukrainiens. Emmanuel Macron devrait-il en faire de même ?

6:36
Bruno Retailleau

Non, mais Emmanuel Macron n'a pas à imiter Boris Johnson, je ne suis pas sûr que ce soit un très bon exemple. En tout cas, nous devons nous tenir auprès de Kiev dans cette épreuve de force. C'est un bras de fer et je pense qu'on doit être très net. C'est très bien, Emmanuel Macron a eu des relations téléphoniques avec M. Poutine. C'est normal pour un président de la République.

6:59
Présentateur

Vous dites, et c'est ma dernière question avant de passer à la campagne intérieure, vous dites qu'on a loupé nos relations avec la Russie depuis 15 ans, c'est-à-dire depuis Nicolas Sarkozy en gros. François Fillon, vous avez soutenu jusqu'au bout lors de la présidentielle de 2017. C'est aujourd'hui qu'on conseille l'administration d'un gérant russe de la pétrochimie proche de Vladimir Poutine. Est-ce une manière de protéger les intérêts de la France ?

7:17
Bruno Retailleau

Non, écoutez, non, pas du tout. Je veux dire qu'il est totalement libre de ses engagements et ses engagements n'ont rien à voir. Il n'est plus un homme politique. Il est un Français parmi l'autre.

7:26
Présentateur

Mais qu'un ancien Premier ministre de la France aille travailler pour les intérêts de la Russie, vous trouvez ?

7:29
Bruno Retailleau

Oui, mais ça ne menace pas les intérêts de la France, franchement. Je sais qu'on lui fait cette querelle-là. Laissons-le mener sa vie professionnelle.

7:38
Présentateur

Venons-en donc maintenant à la campagne présidentielle. On est à moins de 70 jours du premier tour. Brice Tinturier, hier, au micro de Léa, évoquait à ce micro une non-campagne. Une campagne qui n'arrive pas à intéresser les Français. Une campagne où les principaux candidats n'impriment pas. Où leurs projets et propositions n'accrochent pas. C'est une campagne téfale, a-t-il dit, en référence à la fameuse poêle anti-adhésive. Vous qui en avez fait d'autres des campagnes, Bruno Retailleau, êtes-vous d'accord avec lui ?

8:09
Bruno Retailleau

Je suis d'accord, mais l'image téfale est une bonne image. Mais elle ne rend pas compte de la réalité. C'est extrêmement grave. Ça pourrait être très très grave. Justement parce que moi, j'ai connu la campagne aux côtés de François Fillon, il y a cinq ans. C'était une campagne qui a été escamotée. Où les grands sujets ont été avalés par la chronique judiciaire. Bien, je vous le dis, Emmanuel Macron est en train de tenter, avec le Covid, peut-être des crises, avec le quoi qu'il en coûte, de mettre cette campagne sous l'étouffoire. Si, à deux reprises consécutives, il n'y a pas de vraie campagne démocratique en France, ce sera autant de craines de colère qui seront semées.

Et lorsque un peuple ne s'exprime pas ou mal dans l'urne, il le fait ensuite de façon plus brutale dans la rue. Donc je pense qu'on a tous intérêt à un vrai débat démocratique. J'appelle le président de la République à venir devant les Français rendre des comptes de son bilan. Parce que la politique, ce n'est pas seulement des grands discours, ce n'est pas seulement des milliards. Vous vous rendez compte ? Depuis cet été, nous avons établi un compteur au Sénat. On est à près de 40 milliards, depuis le mois de septembre, d'annonces présidentielles. Jamais une campagne électorale n'aura coûté aussi cher sous la Vème République.

Et jamais, finalement, une campagne électorale n'aura été aussi à tonnes.

9:29
Présentateur

Jean Castex vous a retourné le compliment. Vous savez, Valérie Pécresse dit en permanence ce que vous dites là, qu'Emmanuel Macron crame la caisse. Jean Castex lui a répondu il y a deux jours. Si je fais la somme des propositions qu'elle fait, elle la crame considérablement avec des propositions qui changent tous les trois jours.

9:45
Bruno Retailleau

Écoutez, elle est la seule à avoir prévu une trajectoire qui permet, sur le quinquennat, d'économiser 45 milliards. Elle est la seule à avoir fait un certain nombre de propositions en matière de réduction des postes dans la fonction publique. M. Castex, comme M. Macron, aura augmenté encore la fonction publique.

10:03
Présentateur

En revanche, donc, la mesure phare de la primaire défendue par Valérie Pécresse, qui était l'augmentation de 10% des salaires nets pour ceux qui touchent moins de 2,2 SMIC, a été franchement revue à la baisse. Finalement, l'État ne financera qu'une baisse des cotisations vieillesse, ce qui veut dire que la hausse des salaires ne sera plus que de 3% et pas 10%. Ce n'est quand même pas la même chose. Revenir sur cette mesure phare, ce n'est pas top, pour le dire simplement, Bruno Retailleau.

10:34
Bruno Retailleau

Écoutez, je suis chargé des 100 jours ou des 200 jours. Je peux vous dire que ce que vous dites n'est pas exact. Nous maintiendrons sur le quinquennat cet engagement. Nous maintiendrons cet engagement à travers un certain nombre de dispositifs. Vous l'avez dit, baisse des cotisations sociales, notamment vieillesse, pour rapprocher le salaire net du salaire brut. Ensuite, le rachat des RTT, 10% de plus, défiscalisé, désocialisé. Le référendum d'entreprise, y compris dans les entreprises qui ne disposent pas de syndicats, pour qu'il puisse y avoir une augmentation sans relèvement du seuil de déclenchement des heures supplémentaires, mais entre 35 et 40 heures, défiscalisation, désocialisation.

Quand quelqu'un fera, par exemple, des heures supplémentaires, on ne devrait pas, les travailleurs pauvres qui touchent, par exemple, la prime d'activité, on ne devrait pas réduire la prime d'activité. L'objectif de tout cela, c'est d'obtenir, finalement, pour les petits salaires, une sorte de 13e mois. Donc, nous maintenons, je le dis...

11:30
Présentateur

Vous maintenez, sauf que vous changez le calendrier, puisque ça devait être une augmentation de 10% dès qu'on arrivait au pouvoir.

11:34
Bruno Retailleau

Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non. Reliser ses engagements, c'était une... Comment dirais-je ? Une augmentation, avec un premier coup de pouce la première année, la seconde année. Simplement, on a adossé cette augmentation de 10% à un nombre de dispositifs qui permettra de libérer le travail. Il faut que nos auditeurs se posent une question. Il y a 20 ans, un Allemand, un Français, même niveau de vie. La différence, aujourd'hui, est d'environ 5 000 euros. Nous nous sommes appauvris individuellement, collectivement, parce qu'il n'y a pas cette quantité de travail, y compris sur la réforme des retraites. On part trop tôt et nous l'assumerons.

Si on veut trouver par exemple sur l'autonomie des ressources, ça sera une façon de trouver ces ressources.

12:18
Présentateur

Alors justement sur l'autonomie, après le livre de Victor Castanet consacré aux maltraitances dans les EHPAD Orphéa, on avait Brigitte Bourguignon tout à l'heure à votre place. Richard Ferrand lui a eu une proposition à ce micro la semaine dernière. Il estime que les EHPAD ne devraient plus être à but lucratif. Flore Gris, ce n'est pas du business, dit-il. Qu'est-ce que vous en pensez ?

12:34
Bruno Retailleau

Je pense que ça n'a rien à voir. Je pense que, d'abord, j'ai entendu Mme Bourguignon à votre micro, ce qui est des enquêtes administratives, financières, très bien. Mais moi j'attends une enquête pénale. Si c'est aussi grave que ce que dénonce le livre, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas une enquête pénale ? Le gouvernement dispose du ministère public. Pourquoi l'action publique n'a pas été engagée ? Première question. Deuxième question. Je pense que j'ai eu, moi, 130 ou 140 EHPAD sous ma responsabilité comme président du département de la Vendée. Je pense que c'est une fonction, une mission qui devrait être attribuée au département.

Vous savez qu'on a une double tutelle, État pour les soins, département pour l'hébergement. Je pense que l'échelon le plus proche, et c'est parce que nous pouvons entendre parfois des bruits, un certain nombre de confidences, je pense qu'on devrait avoir des contrôles inopinés investis par le département.

13:30
Présentateur

Pourquoi vous ne l'avez pas fait ? Combien il y avait de contrôles quand vous étiez président du département par an ?

13:35
Bruno Retailleau

Je suis incapable de vous le dire, mais sans doute trop peu. Je pense qu'en France, vous savez qu'aujourd'hui, il y a 5 ou 6 instances qui peuvent contrôler un EHPAD. C'est beaucoup trop. Je propose simplement de clarifier les choses et de donner cette responsabilité au département, parce que c'est l'échelon le plus proche, et c'est l'oreille aussi de proximité qui entendra un certain nombre de bruits.

13:57
Présentateur

On a au standard une question sur ce thème. Bonjour Monique.

14:01
Auditeur

Oui, bonjour M. Nicolas.

14:03
Présentateur

Bonjour Mme Monique, on vous écoute.

14:06
Auditeur

Oui, je voulais poser une question sur justement ce problème posé par la grande dépendance, la grande vieillesse, parce que, bon, voilà, un livre vient de sortir certainement fort intéressant et qui dénonce beaucoup de choses dans les EHPAD privés, mais depuis longtemps, on devrait parler davantage de qu'est-ce qu'on va faire pour la grande vieillesse. Qu'est-ce que fera Mme Valérie Pécresse ? Qu'est-ce que feront les autres ?

Dans les campagnes qui s'annoncent, là, dans les débats, on ne parle jamais, on n'en parlait plus des vieux, alors que les baby-boomers vont bientôt arriver dans les EHPAD, et il faudrait quand même que ça soit beaucoup plus surveillé, et en plus, du personnel pour que tout le monde puisse être correctement traité.

Un petit détail, simplement, les personnes qui sont dans ces maisons de dépendance, on leur apporte des plateaux repas, les pommes sont vertes la plupart du temps, des couteaux ne coupent pas, donc les vieux ne mangent pas les pommes, ils ne mangent pas le fromage qui est sous blister, sous papier, ils ne peuvent pas l'ouvrir, et la personne qui apporte le plateau, elle n'a pas le temps de découper la pomme, de découper la viande, donc les plateaux repartent, tout plein de nourriture qu'on va jeter, et les petits vieux ne mangent pas.

Alors ça, c'est un petit exemple, mais il y en aurait 100 comme ça, et moi je connais très bien ce milieu, alors on s'affole, il faut que les anciennes femmes de ménage viennent aider les personnes, et je connais beaucoup de patients qui font venir de l'extérieur, leur famille, leur ancienne femme de ménage, d'employés de maison, pour les aider à manger, les aider à se laver les dents, des choses comme ça. Bien compris Monique. C'est dans toutes les maisons, ce n'est pas que hors pair, c'est partout, partout, partout.

15:47
Présentateur

Merci, merci Monique pour cette intervention, ce témoignage, et la question qui vous est posée aussi Bruno Retailleau, Valérie Pécresse, proposition sur le grand âge.

15:57
Bruno Retailleau

Sur le grand âge, il y a des questions de moyens, je viens d'en parler avec le recul de la retraite, mais aussi il y a des questions structurelles, et il faut une réponse qui ne soit pas uniquement précisément dans des EHPAD, mais il faut aller beaucoup plus vers le domicile, et y compris en regroupant, je connais cette formule, notamment dans des bourgs, des personnes âgées qui sont à l'écart, on les regroupe et elles sont encore autonomes. Donc il y a des réponses qui vont du domicile à l'EHPAD, mais ce que je veux dire, c'est le regard de la société sur la fragilité, sur la vulnérabilité qu'il faut changer.

Vous savez, le plus grand scandale depuis deux ans, pendant cette pandémie, ça a été la façon dont on a enfermé dans les EHPAD des vieux. On les a laissés mourir seuls parfois, et ça a été terrible. J'ai déposé une proposition de loi sur le droit de visite, le gouvernement n'en a pas voulu. Eh bien je pense qu'il faudra, j'espère demain, qu'on soit capable de distinguer dans un corps amoindri par la maladie ou par le grand âge, cette humanité qui est irréductible. Et ça c'est un défi qui nous est posé dans notre société à nous.

16:58
Présentateur

Encore une question autour de la santé. Bonjour Jean.

17:01
Invité

Bonjour M. Demorand, bonjour Mme Salamé, bonjour M. Rotaillot.

17:05
Bruno Retailleau

Bonjour.

17:06
Invité

On vous écoute. Eh bien écoutez, moi je gère mon épouse qui est depuis 11 ans, qui a la maladie d'Alzheimer. Depuis 5 ans, elle n'a pas été placée, mais accueillie dans un EHPAD public des hôpitaux de Chartres. Elle est parfaitement bien traitée. Je la trouve toujours propre, sa chambre vraiment toujours sans aucun problème. Je rétablis un peu ce qui vient d'être dit. Dans certains établissements publics, je peux vous dire que les résidents sont parfaitement bien traités. Moi ce qui m'inquiète, c'est que dans ces mesures, Mme Pécresse d'emblée nous annonce l'augmentation du prix de la consultation chez Generalis de 25 à 30 euros.

Quand on connaît les difficultés mutuelles actuellement au niveau des finances, je suis très inquiet et je me demande si cette mesure ne nous montre pas quelle classe sociale elle veut favoriser, c'est-à-dire par exemple, allons-y, les professions libérales.

18:07
Présentateur

Oui, merci Jean pour cette question, témoignage aussi. Bruno Retailleau vous répond, 25 à 30 euros la consultation médicale.

18:17
Bruno Retailleau

Non, d'abord, cette consultation est remboursée par la sécurité sociale. Donc que vous soyez riche ou pauvre, vous êtes heureusement en France dans une situation d'égalité. Nous voulons vraiment lutter contre les déserts médicaux. Ce que je veux répondre à votre auditeur, c'est qu'au moment où on se parle, il y a près de 5 millions de Français qui n'ont plus de médecins traitants. Parce que nous sommes à des pays d'Europe qui rémunèrent mal aussi ces généralistes.

Pour d'autres raisons, nous avons fait une proposition pour allonger d'une quatrième année le troisième cycle de la médecine générale et pour que pendant un an, 4000 jeunes médecins généralistes puissent aller dans des déserts médicaux. Mais il faudra revaloriser derrière aussi, évidemment, les honoraires des médecins généralistes à partir du moment où ils feront le même nombre d'années que des spécialistes. Pourquoi est-ce qu'on les laisserait à un taux plancher ? Il y a une profonde injustice et on est en train... La santé souffre en France. Elle souffre avec des déserts médicaux qui s'étendent. Elle souffre avec un hôpital qui menace d'effondrement. Donc il faut réagir très vite.

Et c'est ce qu'a voulu faire Valérie Pécresse. C'est ce que nous ferons à ses côtés.

19:19
Présentateur

Un autre sujet, Bruno Retailleau, si vous le voulez bien. Emmanuel Macron chamboule l'organisation de l'Islam de France en créant samedi prochain le Forum de l'Islam de France en remplacement du Conseil français du culte musulman. Gérald Darmanin estime que le CFCM était trop marqué par les ingérences extérieures, en clair, trop sous l'influence de pays comme la Turquie. Emmanuel Macron a-t-il raison de faire ce grand chamboulement à 70 jours du premier tour ?

19:40
Bruno Retailleau

Et il attend 5 ans. Moi, ça fait 5 ans que je lui dis que le CFCM est gangréné de l'intérieur, soit par l'islam consulaire sous influence des pays étrangers, ou soit par l'islam politique. Vous aviez 9 fédérations, 5 dirigées, si j'ose dire, non pas à Paris, par des compatriotes musulmans, français donc, mais par des services étrangers, et vous avez le reste qui était sous influence islamiste. Je pense que c'est une illusion, et c'est un danger, que de vouloir contrôler l'islam de France en l'institutionnalisant par le haut. C'est une illusion parce qu'il n'y a pas d'église dans l'islam, notamment sunnite.

Ça n'est pas une religion centralisée, comme peuvent l'être, par exemple, la religion juive ou la religion catholique. Et surtout, c'est un danger, parce que l'État se mêle de ce à quoi il ne doit pas se mêler, c'est-à-dire laïcité. Il franchit cette ligne de neutralité, et ce n'est pas son travail. Mais là encore, les discours sont toujours forts. Hier, on a échoué sur le texte, une loi sur le sport. Vous savez pourquoi on a échoué ? Les députés n'ont pas voulu d'une disposition que le Sénat avait votée qui interdisait le port du voile, vous savez, le collectif, les hijabeuses, sur les stades ou les terrains de foot.

Ce collectif d'hijabeuses est en train de chercher querelle auprès du Conseil d'État, la Fédération de foot, qui maintient le principe de neutralité, qui est un grand principe de l'olympisme.

21:00
Présentateur

Les députés de la majorité vous répondent que le débat sur la laïcité est largement abordé et actualisé grâce à la loi visant à conforter les principes de la République. Sur cette question, il n'y a pas besoin d'une nouvelle loi en gros pour interdire le voile.

21:10
Bruno Retailleau

Mais vous voulez dire, cet amendement l'a proposé. Mais cet amendement, nous l'avons même voté au Sénat, ils n'en ont pas voulu. Donc à chaque fois, ils prétendent faire la guerre à l'islamisme. Mais quand il faut passer aux actes, il n'y a plus personne. Et simplement, ce que je veux dire, c'est que des universitaires comme Bernard Rougier, notre propre commission, nous, d'information sur l'islamisme, nous a révélé que désormais, l'entrisme de l'islam politique, c'était précisément les stades, c'était le sport. Et voilà que Mme Marcianou, la voix, bien sûr, du gouvernement, mais aussi d'Elysée, a eu peur.

Et encore une fois, c'est une défaite, une capitulation en race campagne contre un islam politique conquérant.

21:51
Présentateur

Laetitia vous pose la question suivante. Je suis fonctionnaire de la fonction publique. Quel poste Valérie Pécresse veut supprimer ? Bernard, comment faire plus de contrôle avec moins de fonctionnaires pour les réaliser ? Il prend l'exemple des EHPAD. Qu'est-ce que vous répondez à nos deux auditeurs, Bruno Retailleau ? On rappelle que Valérie Pécresse veut supprimer jusqu'à 200 000 postes de fonctionnaires.

22:14
Bruno Retailleau

Et elle a indiqué que c'était pour en créer 50 000 de plus, donc trois fonctions protégées dans la santé et dans l'éducation. Dans les 150 000, ce sera une réforme de l'État et on supprimera des doublons. Pourquoi est-ce que dans une région, moi j'ai des collaborateurs qui s'occupaient des aides aux entreprises, l'État en faisait de même, etc. Aujourd'hui, c'est clair, on a une dette qui explose. Toutes celles et ceux qui vous disent qu'on réduira la dette sans faire des économies, y compris sur la masse salariale, ça ne marche pas.

Pourquoi est-ce qu'en France, on dépense trois fois plus pour le logement qui est un vrai problème chez nous que la moyenne européenne et nous sommes le pays où le reste à charge pour les Français est le plus élevé ? C'est la démonstration qu'aujourd'hui, il n'y a pas de lien de corrélation entre la dépense publique et la qualité des services publics. Pourquoi est-ce qu'à l'hôpital, on a 34% de postes administratifs, d'encadrement, 25% en Allemagne, la différence, c'est plus de 125 000 postes ? Vous allez supprimer les postes

23:15
Présentateur

dans l'hôpital, Bruno Rotailleau ?

23:16
Bruno Retailleau

Non, je suis en train de vous dire qu'on veut remettre des postes à l'hôpital au chevet des malades et non pas justement dans les postes administratifs. Nous avons lancé une commission d'enquête sur l'hôpital. Les grands patrons des services, des grands hôpitaux de France, qu'est-ce qu'ils nous disent ? Ils nous disent que pendant la crise, ils ont résisté. Pourquoi ? Parce qu'enfin, l'administration s'est mise au service des soignants. Et quand c'était terminé, les vieilles habitudes bureaucratiques ont pris le dessus. Nous, nous casserons ces habitudes bureaucratiques. Nous rendrons à l'hôpital le pouvoir aux soignants.

23:49
Présentateur

Merci Bruno Rotailleau. Emmanuel Macron doit-il participer à un débat avec tous les opposants ? Ou en tant qu'ancien président, il n'a pas à le faire ?

23:56
Bruno Retailleau

Peu importe. Bien sûr qu'il doit le faire. Il cherche à escamoter la campagne. C'est une attitude adémocratique, tout simplement parce que son bilan est l'un des pires de la Ve République et qu'il ne veut pas en rendre compte. Eh bien, s'il est courageux, un jour, il avait dit, vous vous souvenez, qu'il vienne me chercher. Eh bien justement, qu'il vienne aussi sur la place publique rendre les comptes. Exactement. Mais qu'au moins, d'un point de vue pacifié, tranquille, serein, qu'il vienne s'expliquer devant les Français et aussi devant ses concurrents.

24:26
Présentateur

Merci M. le Président du groupe LRO-Sénat, M. le Conseiller, 100 jours de l'équipe présidentielle de Valérie Pécresse. Merci Bruno Rotailleau.