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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 26 janvier 2022 55 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileSantéÉconomie & entreprisesSécurité

Contre-Matinale #79 | Roubaix contre M6, citoyen vs Macron

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 21 %Attaque 59 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 14:35OuverteRéponse directe

    Est-ce que tu peux rappeler ces chiffres sur l'hôpital public ?

  • 16:15OuverteRéponse partielle

    Ça a été facile ou pas d'accéder au président de la République ?

  • 17:17OuverteRéponse directe

    Tu peux nous parler de ton compte Twitter Allo Véran ?

  • 19:14OuverteRéponse directe

    Est-ce que tu participes à des actions coordonnées avec d'autres associations ?

  • 24:40OuverteRéponse directe

    Quels sont les recours possibles pour les bénévoles et les soutiens ?

  • 25:17OuverteRéponse directe

    Pourquoi est-ce si important de sauver le cinéma La Clé ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 13:01Invité politiqueFait
    « Il y a 15% de soignants qui sont absents. Ils sont tous en burn-out. »
  • 13:07Invité politiqueChiffre
    « Vous avez fermé 17 900 lits. »
  • 15:26Invité politiqueChiffre
    « En quatre ans, on a fermé quand même 17 900 lits d'hospitalisation complète. »
  • 23:52Locuteur 1Fait
    « Ça fait depuis 2019 qu'on occupe ce lieu pour montrer des films tous les soirs. »
  • 24:05Locuteur 1Fait
    « Le groupe SOS aimerait racheter le lieu. »
  • 31:05Invité politiqueFait
    « La France, hélas, aussi bien sur François Hollande qu'Emmanuel Macron, est le porte-parole du lobby bancaire qui ne veut pas de taxes sur la spéculation. »
  • 31:37Invité politiqueFait
    « Une des 15 réformes qu'avait fait Roosevelt très vite, c'était la séparation des banques pour calmer la spéculation. »
  • 32:03Invité politiqueFait
    « Si on tient compte du CO2 qui est juste émis sur notre territoire national, il a effectivement un peu baissé. »
  • 33:59Invité politiqueFait
    « M6 nous a offert une magnifique visite guidée à Roubaix. »
  • 33:58Invité politiqueFait
    « Et oui, ce dimanche, M6 nous a offert une magnifique visite guidée à Roubaix. »
  • 34:18Locuteur 2Fait
    « Amine en veut pour preuve les jouets vendus dans ses boutiques. Des jouets d'un genre très particulier qui, dès le plus jeune âge, tentent à façonner l'esprit des enfants. »
  • 35:19Invité politiqueFait
    « La France est en danger, ils sont partout, mais dormez tranquille, citoyens. L'État vous protège grâce à la loi séparatisme. »
  • 36:46Invité politiqueFait
    « Lilia a donc été légèrement surprise de se retrouver dans un documentaire consacré à l'islam radical. Elle porte plainte pour diffamation et c'est pareil pour tout le monde. »
  • 41:34Invité politiqueChiffre
    « Quasiment la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire moins de 1000 euros par jour. »
  • 49:25Invité politiqueFait
    « les salafistes sont méprisés par les terroristes. »
  • 50:03Invité politiqueFait
    « on est toujours sur cette confusion permanente, en fait, entre être musulman, c'est un peu être conservateur et du coup, être un peu conservateur, c'est être un peu islamiste. »

Temps de parole

  • Damien Maudet43 %
  • Présentateur41 %
  • Locuteur 88 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:09
Présentateur

Bonjour chers matinaux et bon réveil aux côtés de David Guiraud, porte-parole jeunesse de la France Insoumise et de nos amis de Radioparleur qui me retrouveront sur ce plateau comme tous les mercredis. Vous avez été nombreuses et nombreux à suivre en direct la contre-matinelle d'hier présentée par Théophile. Merci pour votre fidélité et pour l'énergie avec laquelle vous animez le chat. Merci également pour vos dons qui continuent d'affluer, votre soutien passe aussi par les abonnements, les likes, les partages et les commentaires qui boostent nos contenus sur les réseaux sociaux et sur Youtube.

Merci à vous, nos sociaux, abonnés, donateurs et pour les autres qui veulent rejoindre la grande ordre de nos soutiens. Allez justement sur le médiatv.fr slash soutien et faites un geste si vous le pouvez. Au sommaire de la matinale, la titrologie, on passera en revue les unes de la presse française avec une préférence aujourd'hui pour la presse indépendante. Le média vous donne la parole et est à l'écoute de celles et ceux qui le font vivre. Nous recevons par visio Damien Maudet, militant Union Populaire en Haute-Vienne, qui a filmé un vif échange avec Emmanuel Macron hier, durant lequel ce citoyen a interpellé le président sur la destruction de l'hôpital en cours.

Aujourd'hui, c'est Hélène, casse de notre partenaire radioparleur, qui nous offrira une belle chronique sur le combat de l'association Rome Cinéma, qui milite contre l'expulsion du cinéma, la clé au lieu de culture et de lutte sur Paris. At last but not least, David Guiraud clôturera l'émission avec un sujet qui a fait polémique. On parlera du reportage tristement caricatural et terriblement mensonger de M6 sur la ville de Roubaix, dépeinte comme soumise aux islamistes. Il est 7h37. Vous regardez ou écoutez la 79e contre-matinale du Média. Deux actualités dominent la une du monde. Le coup d'État au Burkina Faso et la réforme de l'héritage au sujet du putsch au Burkina.

On vous renvoie vers le riche entretien entre Thomas Dietrich, journaliste spécialiste de l'Afrique de l'Ouest, et Théophile Kouamouho, diffusé hier soir sur notre chaîne YouTube. Foncez voir la vidéo dès la fin de la matinale. Quant à la réforme sur l'héritage, elle fait débat. Nous assistons aujourd'hui à une multiplication des propositions sur la réforme de la fiscalité et de l'héritage, à un moment où la concentration du patrimoine n'a cessé de s'accélérer. Le Monde nous renseigne sur les positions des partis politiques. Pécresse propose un « choc des transmissions » afin de supprimer les droits de succession pour 95% des Français.

Valérie Pécresse assure vouloir doubler le plafond d'exonération par enfant, le portant à 200 000 euros, ou faciliter les donations entre vivants en permettant de donner 100 000 euros. Tous les 6 ans nous dévoilent le quotidien. Quant à Macron, le président sortant cultive l'ambiguïté. Il préfère utiliser les termes de « transmission populaire » qui visent à accompagner les gens pour les aider à transmettre les patrimoines modestes. On se souvient aussi de sa préférence pour la taxation sur les successions au lieu de l'impôt de type SF, alors qu'il était ministre de l'économie de François Hollande en 2017. Mais aucune promesse de campagne ne sera faite dans ce sens.

En 2018, c'est Christophe Castaner, alors délégué général de LRM, qui soutenait une augmentation des droits de succession. Et l'Élysée reculait encore une fois. Le journal Le Monde nous rappelle qu'en janvier, Macron témoignait dans Le Parisien ne pas vouloir augmenter les droits de succession à tout va. On comprend que le sujet est difficile et relève de problématiques autant sociétales que fiscales, selon les propos de Laurent Saint-Martin, député LRM du Val-de-Marne recueilli par Le Monde. À quelques mois des élections, on peut s'attendre à de nouveaux rebondissements sur le sujet. Comment l'État fait disjoncter EEDF ?

À l'Humanité, on parle des décisions du gouvernement de subventionner la concurrence et d'endosser la charge des pertes structurelles du secteur dans le cadre de la lutte contre la hausse des prix de l'énergie. Un sujet qui a été également longuement discuté hier par Théophile et son invité Philippe Page-le-Mérour, secrétaire du Comité social et économique central d'EDF. Macron et Castex jouent avec 100 000 agents et le service public, poursuit Luma. Les salariés démontrent l'obligation faite par l'État à l'entreprise publique de brader son électricité pour subventionner ses concurrents privés et éviter l'explosion de la facture des usagers. Eh bien, pas sûr que ça profite aux consommateurs.

Selon Fabrice Courdour, secrétaire fédéral de la FNME CGT cité dans l'article, les usagers et les travailleurs vont payer le prix fort. Alors que le Premier ministre annonçait la limitation de la hausse du tarif réglementé à 4% au micro de TF1 fin septembre dernier, la hausse devrait être de 44% au 1er février, toujours selon Fabrice Courdour. Coudour, diminuer la taxe intérieure sur la consommation finale acquittée par chaque usager ne suffit plus. Le gouvernement décide alors de taper directement dans les caisses de l'État pour contenter les fournisseurs alternatifs en difficulté au lieu d'agir sur une autre taxe ou en modulant la TVA.

Un jour de grève massive a lieu d'ailleurs aujourd'hui, ce mercredi, chez EDF. Si vous êtes addict à la viande, c'est que vous êtes peut-être victime des campagnes de lobby. C'est ce que nous suggère la une de reporters qui titre « Le lobby de la viande défend son beefsteak ». Le journal nous rapporte que Greenpeace se heurte à une forte présence des lobbies de la viande dès que l'association essaie de plaider en faveur d'une réduction de la consommation de viande pour limiter les effets du changement climatique. Dans cet article, le reporter revient longuement sur le dernier rapport de Greenpeace intitulé « Comment les lobbies de la viande nous manipulent » publié hier.

Écoles, systèmes de santé et politiques seraient les cibles privilégiées des professionnels de la viande. Le Quotidien nous livre des chiffres effarants. Chaque Français a consommé en moyenne 84 kg de viande en 2020. La France est le premier pays producteur et consommateur du viande rouge au sein de l'UE et l'interprofession inapport a vu son nombre de ports par installation triplé. Pourtant, les campagnes de santé publique sont à l'œuvre depuis 2018 et recommandent aux Français de réduire leur consommation de viande rouge à 500 grammes par semaine. Sauf que les lobbies sont notamment présents dans les écoles sous le format de kits pédagogiques fournis auprès des professeurs et des élèves.

Greenpeace révèle également que les campagnes de promotion de la viande et des produits laitiers ont bénéficié de plus de 250 millions d'euros de financement de l'UE contre seulement 17 millions pour les fruits et les légumes. Pour limiter l'influence du secteur industriel et notamment auprès des plus jeunes, l'ONG établit une liste de recommandations comme interdire toute intervention des organisations professionnelles dans les écoles. Du côté de Mediapart, c'est un entretien de Serge Klarsfeld qui a attiré notre attention. Le média cofondé par Edouard Plenel a rencontré le président de l'association Fils et Filles des déportés juifs de France.

Historien avocat, il est connu pour avoir traqué avec son épouse vite des criminels nazis comme Klaus Barbie. Zemmour parle des musulmans comme on parlait des juifs, déclare l'homme qui dénonce la réhabilitation du régime par le candidat d'extrême droite Éric Zemmour. On se souvient de ses propos acerbes et mensongers qui soutient, je cite, que Pétain a sauvé les juifs français et qui par là cherche à dédouaner le régime de Vichy de sa responsabilité dans la déportation des juifs en France. Cet entretien a été diffusé lundi 24 janvier 2022 dans l'émission À l'air libre. Le PS, c'est les quartiers populaires, 20 ans de trahison.

Nos collègues de BondiBlog en partenariat avec Mediapart nous racontent les désillusions et le sentiment de trahison qui transverse les militants et adhérents des quartiers populaires. On découvre dans ce long article les témoignages du grand déçu du parti de gauche et notamment du président de l'association, Asselfeu, qui déclare, je cite, « La gauche et les socialistes ont trop longtemps pensé faire pour nous, mais faire sans nous. C'est agir contre nous, ce n'est pas possible. » Et déplore les choix qui ont été faits sous la mandature socialiste.

Pour beaucoup, les griefs envers le PS sont légion, l'abandon du droit de vote des étrangers aux élections locales, l'absence de lutte contre les violences policières et le contrôle au faciès ou encore la réforme de la politique de la ville. La déchéance de nationalité, l'une des propositions funestes de François Hollande, restera le symbole de la fracture avec une bonne partie des adhérents issus des quartiers. Le média s'incruste dans la titrologie et choisit de mettre à la une la reconnaissance du caractère génocidaire des crimes commis par la Chine contre les Ouïghours.

Historiquement majoritaire dans la région autonome Ouïghour du Xinjiang, située au nord-ouest de la Chine, l'ethnie Ouïghour, musulmane et turcophone est violemment persécutée par le pouvoir central chinois depuis des décennies. Les Ouïghours sont également victimes d'une politique de colonisation chinoise qui les assigne au statut de minorité sur leur propre territoire. Depuis bientôt six ans, Pékin accélère la répression. Des millions de musulmans Ouïghours sont déportés, torturés et réduits à l'esclavage dans des camps de concentration. C'est le plus grand internement du XXIe siècle, rappelle l'eurodéputé Raphaël Glucksmann qui a fait de la cause Ouïghour l'une de ses priorités.

Contraints à manger du porc, empêchés de lire le Coran ou de prier, leurs mosquées sont détruites, le régime les contrôle jusque dans leur intimité. Les femmes Ouïghours sont la cible d'une campagne de stérilisation massive. Dilnour Rayyan, présidente de l'Institut Ouïghour d'Europe, parle d'étouffement culturel, d'autres de crimes contre l'humanité. Ensemble, Raphaël, Dilnour et leurs équipes mobilisent l'opinion publique, les médias et les politiques pour que l'horreur cesse. Vous avez certainement dû voir dernièrement cette vidéo de Dilnour Rayyan.

10:43
Locuteur 10

J'ai fait cette vidéo urgente pour demander, pour appeler les gens, toute personne sensible à la situation des Ouïghours et qui souhaite pouvoir faire quelque chose contre le génocide Ouïghour. Alors c'est vraiment le moment. Ça fait plusieurs années que vous me suivez, vous nous suivez, vous nous demandez partout ce que vous pouvez faire en tant qu'un individu pour les Ouïghours, pour alléger la souffrance des Ouïghours. Alors c'est le moment, maintenant vous pouvez faire quelque chose. Alors, soit en fait deux choses actuellement, dès maintenant que vous pouvez faire, c'est contacter vos députés. Nous avons mis à votre disposition une lettre modèle.

Vous pouvez trouver sur les réseaux sociaux, sur les comptes d'Institut Ouïghour d'Europe. Et vous pouvez ensuite, à partir de demain jusqu'à jeudi, vous pouvez appeler aussi vos députés pour leur demander de voter en faveur de la résolution du génocide Ouïghour qui sera votée le 20 janvier.

11:44
Présentateur

Cet appel a été donc largement diffusé et entendu, puisque les députés ont adopté, jeudi 20 janvier dernier, la proposition de résolution, je cite, portant sur la reconnaissance et la condamnation du caractère généricidaire, des violences politiques systématiques, ainsi que des crimes contre l'humanité actuellement perpétrés par la Chine à l'égard des Ouïghours. Objectif du texte, voter par 169 voix pour, une contre et cinq abstentions, mettre la pression sur l'Elysée pour qu'il milite pour une reconnaissance du génocide Ouïghour à l'échelle internationale et que des sanctions soient prises contre la Chine qui, on le rappelle, est un membre permanent du Conseil de sécurité.

Au Média TV, on voulait également mettre en valeur une vidéo qui a été virale sur les réseaux sociaux. On y voit Damien, militant de l'Union Populaire, interpeller Emmanuel Macron sur la situation catastrophique de l'hôpital public. Je vous laisse découvrir un extrait de cet échange. Vous allez le voir, on se rend compte que notre cher président jupitérien n'aime pas trop les données chiffrées si elles vont à l'encontre de sa com.

12:59
Damien Maudet

C'est encore aimé d'aller au CHU. Il y a 15% de soignants qui sont absents. Ils sont tous en burn-out. Et là-bas, on sent directement les effets de votre politique. Vous avez fermé 17 900 lits. On garde le roc. Vous êtes très politicisé. Oui, mais c'est les effets de votre politique. Les soignants sont absents. Et même l'an dernier, 5 700 lits fermés. La politique a été commettre pendant un temps et on a été baissé les directs hospitaliers. Bien sûr. Regardez les chiffres. Vous savez quand est-ce que j'ai arrêté de les baisser ?

13:27
Locuteur 6

En 2018. J'ai été... Non mais juste... Vous pouvez... J'ai compris que vous me récitez un catéchisme. C'est pas un catéchisme. Si, si. C'est l'effet. Je connais les chiffres. Vous pouvez regarder le but. Je connais la ligne politique. C'est l'adresse. C'est l'adresse. C'est l'adresse d'aujourd'hui Instagram.

13:38
Damien Maudet

Non mais regardez les chiffres. Le tarif hospitalier, il a cessé de baisser en 2018. Le tarif hospitalier a peut-être baissé. Et donc, non mais ça veut dire qu'on a remis de l'argent dès avant de crise, dès 2010. Et on l'a encore accéléré avec le Sécur en 2020. Donc, c'est très dur dans nos hôpitaux. Parce qu'ils ont la pression de la fin de la continuité des soins. Donc, ces services d'urgence se prennent tout. Ils ont derrière la pression du Covid, de la reprogrammation des soins. Tout ça, on se bat tous ensemble. Mais ne me dites pas que c'est l'effet de la politique. Quand il y a 900 millions d'économies sur le dernier PLFSF... Mais vous rigolez ! Non, je rigole pas.

C'est 900 millions d'économies. Allez voir les soignants. Là, vous venez ici, mais allez voir les soignants. Vous verrez, il y a 15% d'absence de ce qu'il y a à Limoges. Et dans les autres villes, c'est pareil. Il y a tous les hôpitaux qui sont en train de craquer en ce moment. Vous pouvez venir me voir ici, mais allez voir tous les soignants. Je suis très courtois. Là, je vais à la Maison France Service. Je vais à chaque fois. Je me dépasse en permanence. Donc, je vais auprès de services de santé en permanence.

14:32
Présentateur

Alors, on est en ligne avec Damien. Bonjour, Damien. Est-ce que vous m'entendez ?

14:37
Damien Maudet

Oui, je t'entends bien, oui. Super.

14:39
Présentateur

Donc, on peut se tutoyer ?

14:40
Damien Maudet

Ah oui, pardon, excuse-moi.

14:41
Présentateur

Non, il n'y a pas de souci. Moi, ça me va très bien. Je demande la permission. Donc, tu es cofondateur du compte Twitter Allo Véran, qui recense les situations de tension dans les hôpitaux. Vous êtes l'auteur de cette petite... Enfin, tu es l'auteur de cette petite vidéo. Et accessoirement aussi, tu récites du catéchisme au président de la République. C'est ce qu'il a dit ?

14:59
Damien Maudet

Oui, c'est ce qu'il a dit. Alors, je suis un peu embêté parce que je n'ai jamais fait le catéchisme. Je ne sais pas trop à quoi ça ressemble. Mais apparemment, c'est ça. C'est faire du catéchisme que de lui donner les chiffres de sa politique sur l'hôpital public.

15:13
Présentateur

D'ailleurs, est-ce que tu peux rappeler peut-être ces chiffres, Damien, pour ceux qui n'auraient peut-être pas bien entendu cette intervention de ta part ?

15:21
Damien Maudet

En fait, ce que je reprochais à Emmanuel Macron, enfin, je pense que ce que tout le monde lui reproche, c'est qu'en quatre ans, on a fermé quand même 17 900 lits d'hospitalisation complète. Donc, à la sortie du projet de loi de financement de la sécurité sociale en 2020, hors les mesures exceptionnelles Covid, il y avait quand même 900 millions d'euros d'économie. Et ensuite, le dernier truc, c'est qu'on voit que les soignants n'ont pas du tout été soutenus depuis le début de la crise.

que, par exemple, ne serait-ce que sur les réas, c'était Gilles Pialou, je crois, qui disait que ce qui l'emmerdait, c'était qu'en réas, en fait, on avait commencé à 5 000 lits en 2020 et qu'on est retourné à 5 000 lits, qu'il n'y a pas eu d'effort de fait en plus. Et qu'on voit que tous les hôpitaux sont en train de craquer en ce moment et que c'était ça qui lui était reproché, quoi. Et cette manière qu'il a d'esquiver le sujet à chaque fois qu'on lui en parle.

16:09
Présentateur

Esquiver et même nier complètement les chiffres que tu lui opposes. Alors, moi, il y a un truc qui me questionne. Ça a été facile ou pas d'accéder au président de la République ? Parce que j'imagine qu'il doit y avoir maintenant un cordon de sécurité renforcé depuis la claque qu'il a reçue il y a peu de temps.

16:29
Damien Maudet

Je suis embêté, parce que si je dis que c'est facile, après, il va rendre les choses plus difficiles pour les lignes. Je n'ai pas envie de...

16:34
Présentateur

Je ne vais pas répondre à cette question.

16:36
Damien Maudet

Non, mais en tout cas, je ne sais pas si c'était assez simple de l'approcher en toute honnêteté. Après, il y avait quand même beaucoup de sécurité. C'était juste pour contextualiser un peu. C'était à Saint-Léonard-de-Nobla, donc il y a une petite ville en Haute-Vienne qui était ville morte ce jour-là, puisque moi, j'y suis allé, donc il n'y avait vraiment personne dans les rues, si ce n'est en fait une trentaine de personnes pour accueillir Emmanuel Macron. Et à mon avis, autant, voire deux fois plus, de gendarmes et de policiers.

17:06
Présentateur

OK. Donc, OK, très bien. Un cordon sécuritaire beaucoup plus important que le public présent pour accueillir Emmanuel Macron. Alors, du coup, tu peux peut-être nous parler de tes actions sur ton site, sur ton compte Twitter à l'Ovéran. Tu sensibilises du coup sur la réalité de l'hôpital public ?

17:25
Damien Maudet

Oui, c'est ça. En fait, en novembre, avec un camarade, on a lancé à l'Ovéran, qui est un compte Twitter qui signale toutes les situations de tension dans les hôpitaux publics. Et du coup, qui signale toutes les situations de tension. Et en fait, on se rend compte que là, on est à peu près à 90 signalements en deux mois. Donc, c'est bien plus d'un par jour. Et surtout, la chose qu'on a bien pu observer, c'était que pendant les creux de vagues, c'est-à-dire dès novembre, on n'était pas dans une grosse vague Covid, je crois en mémoire, il y avait énormément de situations de tension.

Et ce n'était pas que Covid, parce que maintenant, c'est ce qu'on nous sort à chaque sauce en disant oui, mais c'est le Covid, oui, mais c'est le Covid. Mais en fait, non, même hors Covid, l'hôpital, il est sous tension et de plus en plus. Et donc, voilà, le truc, c'est que là, on observe à chaque fois toutes ces situations de tension. Et donc, au bout d'un moment, on a envie d'aller voir Emmanuel Macron pour lui dire, ben alors, on fait quoi ? Enfin, on fait quoi ? Alors, OK, c'est de votre faute. Essayez de comprendre. Parce que là, tu vois, par exemple, là, je reprenais les derniers tweets qu'on avait faits, mais tu regardes à Manos, que là, l'info est tombée hier.

Les urgences, ils ferment trois nuits. À Cherbourg, ils n'ont que neuf médecins au lieu de 24. À Laval, les urgences, ils ferment quatre nuits. Enfin, tu en as plein d'exemples comme ça. Le dernier, le plus criant, c'était à Saint-Claude, par exemple, dans Jura, où il y a un homme qui est décédé, qui a fait un infarctus. Et une des raisons qu'on peut supposer, c'est parce que le SMUR de Saint-Claude, donc le service des médecins d'urgence, était fermé la nuit. Et du coup, c'est un autre SMUR qui a dû venir de beaucoup plus loin. Et donc, c'était le temps, le temps pris pour le trajet, un temps perdu et pour le sauver. D'accord.

19:01
Présentateur

Donc, tu alertes sur la situation de l'hôpital public. Et comme tu le rappelles si bien, la situation catastrophique des hôpitaux préexiste à la crise sanitaire qui est venue, bien évidemment, on va dire, amplifier le problème. Est-ce que tu participes aussi à des actions peut-être coordonnées avec d'autres associations, notamment le personnel soignant, qui aujourd'hui alertent à travers des tribunes et manifestent pour faire bouger un petit peu ce gouvernement inattentif à leur appel ?

19:35
Damien Maudet

Alors, il y a des choses qu'on va essayer de mettre en place. Après, on est toujours en lien avec le personnel soignant, que ce soit par Allo Véran ou d'autres. On est toujours en lien avec eux. Sur Limoges aussi, on va essayer d'aller voir tous les personnels soignants et de rediscuter cette situation-là. Après, ce qu'il faut comprendre, je pense, c'est que pour les avoir au téléphone régulièrement, c'est que c'est difficile pour eux aussi de se mobiliser. Parce que, en ce moment-là, ça ne peut pas faire grève comme il veut. Il ne peut pas abandonner son poste comme ça parce que forcément, il a une mission de consulter du service public qui est poussée dans la santé.

Donc, c'est toujours compliqué pour eux. Je pense que les actions, on va essayer d'emmener. Après, justement, le fait d'aller voir Emmanuel Macron aussi hier, c'était pour mettre en lumière cette situation, même si on le sait tous, mais on a l'impression quand on écoute les médias qu'elles n'existent pas. En fait, il faudrait que les soignants soient tous musulmans au-dessus de l'immigration pour qu'on parle d'eux. Alors qu'en fait, cette situation, elle est grave et on n'en parle que trop peu. Donc, l'idée, c'est aussi de mettre en lumière ça et d'encourager les soignants qui voulaient se mobiliser à le faire et leur dire que, non, en fait, ils ont raison dans le fond.

Sur le fond, ils ont raison. Parce que chacun a l'impression de traverser une situation exceptionnelle dans son hôpital, alors que pas du tout, en fait. C'est une situation qui se retrouve dans toute la France.

20:48
Présentateur

C'est peut-être une idée que tu es en train de suggérer. On pourrait demander aux manifestants d'arborer un foulard et des longues barbes pour qu'on puisse enfin les entendre. Damien, merci encore de nous avoir accordé cet entretien. Je le rappelle, tu es cofondateur du compte Twitter Allo Véran. Allez suivre ce compte qui recense les situations de tension dans les hôpitaux. Et on vous le rappelle, si vous êtes sociétaire, donateur Ulule ou contributeur au CAPA, vous pouvez, comme Damien, nous alerter sur les sujets qui vous tiennent à cœur ou réagir à l'actualité évoquée dans notre compte matinal en appelant le numéro qui s'affiche à l'écran 01-48-37-33-20.

Damien, tu restes peut-être avec nous. En plus, en fin d'émission, on a un ami, je pense, quelqu'un que tu connais bien, David Guiraud, qui viendra clôturer l'émission. Merci, Damien. Merci beaucoup. Eh bien, retour en plateau. Ce matin, dans la lettre des luttes de Radio Parleurs, on va vous parler du cinéma occupé, la clé. C'est à Paris, dans le 5e arrondissement. Et ce mercredi, c'est Éline Cass, journaliste, qui nous rejoint pour sa première chronique. Bonjour, Éline. Bonjour, Nadia.

21:57
Locuteur 8

Très heureux d'être parmi vous ce matin.

21:58
Présentateur

Mais oui, également. C'est un plaisir de te recevoir parmi nous. Alors, la lettre des luttes, on vous rappelle, c'est la newsletter gratuit de Radio Parleurs qui vous envoie chaque semaine un agenda des luttes en cours. Mais pourquoi parler du cinéma la clé maintenant ? Ça fait un moment qu'ils, elles, sont en lutte, non ?

22:16
Locuteur 8

Alors, tout à fait. Suite à la fermeture du lieu en 2019, le lieu est occupé par l'association Home Cinéma. Et donc, en environ deux ans, les occupantes et occupants ont organisé à peu près 500 projections à prix libre pour plus de 15 000 spectateurs et spectatrices. Les bénévoles luttent ainsi pour une culture cinématographique accessible à toutes et tous. Alors, dans la programmation, on trouve une sélection de films du monde entier qui sont souvent présentés par les équipes des films qui soutiennent eux-mêmes la lutte. Et même durant le premier confinement en 2020, le cinéma a organisé des projections en plein air.

Alors, ça se passait sur le mur au-dessus du cinéma pour permettre aux habitantes et habitants du quartier de sortir un peu de la monotonie que tout le monde a connue à cette période-là. Et du coup, pourquoi on en parle maintenant ? Eh bien, le nouvel acquéreur du bâtiment, c'est le groupe SOS. Alors, le groupe SOS, qu'est-ce que c'est ? C'est un géant de l'économie dite sociale et solidaire. Et du coup, il fait pression sur l'actuel propriétaire du cinéma qui est le comité d'entreprise de la banque Caisse d'épargne. Et donc, il fait pression pour expulser les lieux au plus vite. Et les bénévoles du cinéma nous racontent ça au micro de notre journaliste Scarlett Bain.

23:38
Damien Maudet

Deux tickets, tenez, ici c'est pour le prix libre et puis la séance va bientôt commencer donc vous pouvez déjà monter en selle.

23:45
Locuteur 1

Je m'appelle Alix, je suis une des bénévoles au cinéma La Clé. Donc, ça fait depuis 2019 qu'on occupe ce lieu pour montrer des films tous les soirs parce que le propriétaire qui est le comité d'entreprise de la Caisse d'épargne d'Île-de-France a décidé de fermer le lieu en 2018 pour le revendre. Ça fait depuis l'an dernier que le groupe SOS aimerait racheter le lieu. SOS, en fait, c'est un géant de l'économie dite sociale et solidaire. Le président, c'est Jean-Marc Borrello qui est le cofondateur de La République En Marche et on n'est pas en accord avec le projet qu'ils aimeraient faire pour ce cinéma.

Depuis un mois, en fait, le propriétaire a porté plainte cette fois-ci contre la préfecture de police pour inaction parce qu'en fait, depuis, ça fait deux ans qu'on n'a pas été expulsés malgré tous les procès qu'on a eus et on pense que l'expulsion pourrait être vraiment sept semaines. Donc, c'est un risque imminent et on n'a jamais été aussi fragile que ça depuis le début de l'occupation.

24:40
Présentateur

Et alors, Eline, quels sont les recours possibles pour les bénévoles et les soutiens ?

24:43
Locuteur 8

Alors, bien des choses ont déjà été tentées, notamment suite à l'annonce du rachat par le groupe SOS. L'association a lancé une campagne de financement participatif pour essayer de récolter une partie des 4 millions d'euros nécessaires au rachat du bâtiment. 4 millions, c'est une grosse somme et les 100 000 euros récoltés s'ajoutent à 200 000 euros de dons particuliers. Alors, vous l'aurez compris, on est encore bien loin du compte, mais l'assaut peut également compter sur beaucoup de soutien, y compris au sein de la mairie de Paris et même parmi les propriétaires du lieu. On va l'entendre dans un instant.

25:17
Présentateur

Alors, mais pourquoi est-ce que c'est si important de sauver la clé ? Il y a encore beaucoup d'autres cinémas pourtant.

25:22
Locuteur 8

Alors, oui, bien sûr, mais il s'agit là d'un des derniers, voire du dernier cinéma associatif de Paris. Toutes les autres salles, même indépendantes, ça reste des salles privées et qui, du coup, elles doivent répondre aux mêmes logiques commerciales et productivistes que les multiplexes, ce qui, quelque part, est normal puisqu'elles ont des salaires à payer.

25:41
Locuteur 5

Je suis Bernard Dantek, je suis élu au CSE de la Caisse d'épargne de la France, je suis aussi délégué syndical CGT. Le SNE CGC, l'UNSA et la CFDT, d'ailleurs, ont une majorité en termes d'élus, donc c'est eux qui ont voté l'expulsion par l'usage de la force publique des lieux. Donc autant dire que nous, la CGT qui défend dans son lieu, les rapports sont ultra tendus entre nous. L'intérêt économique pour le CSE qui est propriétaire du bien, c'est qu'on a des élections professionnelles qui arrivent au mois de juin prochain et vendre ce bien 4 millions d'euros aujourd'hui leur permettrait d'offrir des cadeaux juste avant les élections professionnelles à l'ensemble des salariés.

D'où l'intérêt pour eux que les militants aujourd'hui en place soient expulsés rapidement et qu'ils puissent signer avec le groupe OCS dès février.

26:33
Locuteur 4

Je suis Raphaëlle Primé, je suis conseillère de Paris, du groupe communiste et du 20ème arrondissement et je suis aussi présidente de la commission culture de la mairie de Paris. SOS, ça fait longtemps qu'il a quand même acheté, il avait mis des clauses suspensives, il fallait que le lieu soit vide, contrairement d'ailleurs à ce qu'il avait annoncé puisqu'il avait annoncé au départ vouloir travailler avec le collectif. Mais bon, on n'est pas très étonné que le groupe SAF ne tienne pas sa parole.

Là, ils voulaient s'acheter leur partie culture mais sans, en réalité, sans vouloir du tout travailler avec le collectif et y compris peut-être en voulant faire une opération immobilière, ça, on ne le saura pas, j'espère. En tant que groupe, nous on va faire, on va effectivement essayer d'empêcher l'expulsion en écrivant au préfet de police. Puis après, il y a aussi peut-être des recours juridiques que le collectif pourra faire marcher.

27:26
Locuteur 7

Victor Billet, je suis membre actif de la Clé Revival. Aujourd'hui, on a fait appel au GECS, qui est le juge de l'exécution. Il nous reste l'appel, du coup, qui on n'a pas encore de date. Et ensuite, là, on cherche des solutions pour le rachat du bâtiment et faire de ce bien un bien commun, donc le cinéma, que ça devienne un bien commun.

27:51
Présentateur

Alors, le cinéma est mobilisé toute la semaine. Qu'est-ce qu'on peut y voir pour les soutenir cette semaine ?

27:56
Locuteur 8

Alors, vendredi, Alejandro Rodorowski viendra présenter sa fable surréaliste et sociale Santa Sangre. Dimanche, vous pourrez voir Bella Donna de Heichi Yamamoto. C'est un film d'animation japonais qui mélange les styles et les techniques dans une espèce de bouillonnement psychédélique qui n'est pas sans rappeler les travaux de Roland Topor et René Lalou. Mais avant cela, ce soir même, a eu lieu une projection de chronique algérienne de Zak Kedzi.

28:24
Présentateur

Que je connais, d'accord.

28:26
Locuteur 8

Donc, qui avait déjà été projeté mais qui a été victime de son chèque. Donc, c'est une seconde projection. Et Zak Kedzi revient une seconde fois pour présenter ce film documentaire qui parle des manifestations qui traversent l'Algérie depuis 2019, le Hirak. Vous, je ne sais pas, moi, j'y serai.

28:43
Présentateur

Mais oui, moi, ça y est, je sais ce que je vais faire ce soir.

28:47
Locuteur 8

Vous pouvez bien sûr retrouver tout le reste de la programmation sur le site internet de la clé revival. Donc, c'est mis à jour quotidiennement.

28:53
Présentateur

Et donc, pour finir cette chronique de la lettre des luttes, à quelle mobilisation peut-on se joindre cette semaine ou ce week-end ?

28:59
Locuteur 8

Eh bien, tout d'abord, je ne peux que vous encourager à aller à une des nombreuses projections organisées à la clé. Mais un autre événement à suivre ce vendredi, le rendu du procès du meurtre de Vanessa Campos. Vanessa Campos, pour celles et ceux qui ne sauraient pas qui c'est, c'est une femme trans travailleuse du sexe assassinée sur son lieu de travail en 2018. La lutte des TDS pour plus de sécurité, qu'elle soit physique ou sociale, passe habituellement sous les radars. Mais, grâce à une mobilisation acharnée de l'association Acceptesté et du syndicat du travail sexuel Le Strass, ce procès a connu une médiatisation qui a quand même pu faire parler.

On a vu Daman dans Libé qui s'est emparé du sujet. La lutte continue pour ces personnes très précarisées. Pas de rassemblement prévu pour l'instant, mais vous pouvez suivre les actualités de cette lutte par les communiqués et les réseaux sociaux du Strass et d'Acceptesté. Vous retrouverez toutes ces infos et bien plus encore en vous abonnant à la lettre des luttes de Radio Parleurs.

30:03
Présentateur

Merci Elyne. Oui, c'est important. Abonnez-vous à cette lettre, à cette newsletter aussi des luttes de Radio Parleurs. Elle est gratuite, donc profitez-en. Mais vous pouvez quand même donner et c'est important de donner Radio Parleurs pour soutenir leur travail. On espère que vous avez bien noté ces rendez-vous dans vos agendas. L'autre actualité de cette semaine, c'est sans doute la primaire populaire qui commencera demain, jeudi 27 janvier qui fait tant débat et que la majorité des candidats de gauche n'ont pas rallié.

Ils sont en effet très peu à inscrire leur candidature dans ce cadre, ce qui d'ailleurs interroge beaucoup sur la légitimité de ce scrutin et la pertinence de vouloir le maintenir. Mais il y a quand même quelques personnes qui persistent à passer par la première populaire. C'est le cas de Christine Taubira, mais aussi de Pierre Laroutourou de Nouvelle Donne. Au Média, nous l'avons reçu dans l'émission Face à l'urgence, diffusée ce soir. Il faut l'interroger sur le climat, l'écologie et comprendre les mesures qu'ils souhaitent porter dans cette élection présidentielle. Voici un extrait.

31:05
Damien Maudet

La France, hélas, aussi bien sur François Hollande qu'Emmanuel Macron, est le porte-parole du lobby bancaire qui ne veut pas de taxes sur la spéculation, qui ne veut pas faire la séparation des banques. Je pense que si on arrive au pouvoir, on peut avoir n'importe quand une nouvelle crise économique. Je ne sais pas si on reparlera des questions économiques plus tard, mais vous voyez, ça c'est le niveau de la dette aux États-Unis, la dette totale aux États-Unis. Et les marchés financiers, vous en parlez régulièrement sur le média, les marchés financiers sont à des niveaux jamais vus.

Donc n'importe quand, on peut avoir une nouvelle crise économique plus grave que 2008 et ce serait urgent de faire la séparation des banques. Je suis fier d'un parti qui s'appelle Nouvelle Donne en référence au New Deal de Roosevelt. Une des 15 réformes qu'avait fait Roosevelt très vite, c'était la séparation des banques pour calmer la spéculation. Et donc si on arrive au pouvoir, si on se rassemble et qu'on gagne en avril, il faudra faire une séparation des banques. C'est prêt au niveau européen, il y a une directive qui est prête et ça calmerait très fortement la spéculation.

C'est-à-dire que la France, pays de l'accord de Paris en 2015, de la COP21, ne respecte pas les engagements pris à l'époque ? La réponse, oui, hélas, encore une fois, hélas, mais du coup, mon troisième graphique, ça c'est le bilan carbone. Avant d'être député européen, j'étais membre du Haut Conseil pour le climat. Emmanuel Macron a créé le Haut Conseil, j'étais un des neuf sages qui travaillait là-dessus. Il juge d'ailleurs très sévèrement son bilan. Voilà, et donc ça c'est les chiffres publiés dans le journal Les Echos en reprenant les chiffres du ministère de l'Environnement. C'est peu contestable.

Donc si on tient compte du CO2 qui est juste émis sur notre territoire national, il a effectivement un peu baissé. Chacun de nous fait des efforts pour prendre moins sa voiture, on mange moins de viande. Chaque entreprise, voyons tout ce qui est positif, les collectivités, les entreprises font des efforts. Mais si on tient compte, si on regarde le bilan complet, y compris les produits qui arrivent de Chine ou des pays où on consomme encore beaucoup de charbon, le bilan, l'empreinte carbone complète de la France, il n'y a aucun progrès. Aucun progrès. Emmanuel Macron est complètement schizophrène.

Il y a quatre ans, il disait au début du One Planet Summit qu'on est en train de perdre la bataille. On le sait. Et je crois qu'il y a six mois, chez vos collègues de Mediapart ou ailleurs, il s'est énervé ou de brut, il s'est énervé. C'est très injuste les critiques qui me sont faites à brut. Il disait que c'est très injuste, il ne reste que quelques mètres à faire pour arriver. Voilà, de Cyril Lyon, il ne reste que quelques mètres. Ben non, Monsieur le Président, voilà les chiffres officiels donnés au Conseil pour le climat. il reste tout à transformer.

33:14
Présentateur

Donc, on vous rappelle que cette émission, face à l'urgence, est diffusée ce soir. Vous pouvez la retrouver sur la chaîne YouTube de Média TV et qui, je vois à ma gauche, David Guiraud qui m'a fait faubon mercredi dernier. D'habitude, il est avec moi. Comment ça va, David ?

33:29
Damien Maudet

Ça va et toi ?

33:30
Présentateur

Mais écoute, d'habitude, tu arrives, tu fais des entrées fracassantes devant tout le monde. Aujourd'hui, c'est Éline qui nous a fait une sortie fracassante. Non, non, tu sais. Mais oui, voilà, on progresse par ailleurs. Alors, du coup, David, toi, tu vas nous parler d'un reportage qui a fait beaucoup de bruit. C'est celui, l'énième reportage mensonger de M6 qui vit dans un monde parallèle, islamisé. Alors, cette fois-ci, c'est la ville de Roubaix qui a été dépeinte comme soumise aux islamistes.

33:58
Damien Maudet

Et oui, ce dimanche, M6 nous a offert une magnifique visite guidée à Roubaix. C'est une visite, évidemment, tout en nuances, tout en subtilité qui nous était proposée par les équipes de Zone Interdite. Une excursion tout à fait bucolique avec un sujet charmant face au danger de l'islam radical, les réponses de l'État. Regardez.

34:18
Locuteur 2

Amine en veut pour preuve les jouets vendus dans ses boutiques. Des jouets d'un genre très particulier qui, dès le plus jeune âge, tentent à façonner l'esprit des enfants. Ici, on propose des poupées qui ont toutes le même point commun. Elles n'ont pas de visage. Les yeux, la bouche et le nez ne sont pas dessinés.

34:36
Damien Maudet

Je suis étonnée parce que je n'avais jamais vu ça sans visage. C'est un visage, oui. C'est un visage. Oui, oui, oui. Et pourquoi ils n'ont pas lieu ? Ils n'ont pas de visage. Pourquoi ils n'ont pas lieu ? Parce que, normalement, en parlant, on ne reproduit pas l'usage. C'est un l'un qui crée, en fait. Alors, on commence à sentir quand même que le sujet sur le Covid commence à passer et qu'il faut meubler l'agenda médiatique. À trois mois des élections présidentielles, seuls les complotistes dangereux, probablement islamistes, eux aussi, et s'ils ne le sont pas, pourquoi s'embêter ? On dira qu'ils sont complices du fondamentalisme.

Ils verront une opération politique destinée à faire passer un message, un seul. La France est en danger, ils sont partout, mais dormez tranquille, citoyens. L'État vous protège grâce à la loi séparatisme. Alors, il est vrai que, par le passé, Zone Interdite a pu être un peu secouée pour ces méthodes journalistiques, mais bon, c'est du passé. C'est du passé, 2016, quand le journal, par exemple, Nouvelle Obs, révélait les curieuses pratiques de l'émission qui, par exemple, refusaient systématiquement des intervenants qui n'étaient ni barbus ni angelaba.

C'est du passé, cette époque où la production allait jusqu'à demander aux habitants d'un quartier de se mettre tous par la fenêtre d'un immeuble pour donner une ambiance bien ghetto dans le quartier. C'est du passé, on vous dit.

35:54
Présentateur

La production qui contacte les personnes qui doivent intervenir avec, en introduction de leur mail, Salam Alekoum.

36:01
Damien Maudet

Il faut toutes les formules, mais j'en parle tout à l'heure. Ah tiens, j'en parlez, d'accord.

36:05
Présentateur

Je découvre aussi avec vous la communauté d'avisement. Oui,

36:06
Damien Maudet

c'est du passé, mais les mauvaises habitudes ont la peau dure, comme on dit. Et il s'avère qu'au final, Zone Interdite utilise toujours les mêmes méthodes manipulatrices et mensongères. Regardez quelques exemples de messages, on en parlait à l'instant, laissés à différentes personnes par la rédaction. Je vous ai fait un petit best-off parce que c'est gratuit. Alors vous avez par exemple la jeune étudiante, Lilia Bouziane, présente dans le reportage. Alors on lui a laissé un message disant ceci, je prépare un documentaire sur la laïcité et je souhaiterais donner la parole aux étudiants, notamment, à toute la jeunesse de France sur ces questions.

Lilia a donc été légèrement surprise de se retrouver dans un documentaire consacré à l'islam radical. Elle porte plainte pour diffamation et c'est pareil pour tout le monde. Le chauffeur de bus m'a récemment contacté pour me raconter avoir été piégé de la même manière. Et vous avez d'autres images comme celle du contact fait au site Doméminare qui a aussi été approché avec l'explication suivante, je cite, il nous paraît très important que l'islam soit expliqué de la façon la plus pédagogique, là il ne faut pas rire, et précise possible au grand public qui, bien souvent, ne connaît pas votre religion et n'en a que des idées très vagues et parfois erronées.

Ah ben on se demande bien pourquoi, tiens, pourquoi le public a des idées vagues et erronées de l'islam quand on regarde le reportage ? Vraiment, moi je ne comprends pas du tout. Alors vous avez également ce mail incroyable envoyé à Alcanz où il est dit, je cite encore, en France, on se fait clairement un délire sur l'islam, sur le salafisme ou sur les personnes rigoristes, entre parenthèses, ce n'est pas une critique, et le mail pousse l'audace encore plus loin, il y a bien des personnes de confession juive et rigoriste sans que cela ne pose problème.

Hé, là les types, ils ont fait fort, ils se sont quand même dit on va leur lancer l'argument juif, parce que c'est comme à la pêche, tu sais, ça va sûrement marcher pour hameçonner le musulman, on pense, c'est bien connu, dès que tu sors un truc sur les juifs, les fondamentalistes qui courent en fait derrière. Enfin bon, vous l'aurez compris, tout est manipulation dans ce reportage et tout est fait pour faire peur, pour effrayer. Vous noterez la musique d'ambiance, on se croirait dans Shining, et aussi les images.

Il ne passe que des femmes portant le voile ou que des hommes barbus et s'il y a quelque chose qui joue beaucoup en termes de manipulation mentale, c'est cet effet de floutage des visages et des caméras cachés en permanence. On a l'impression que le musulman est sans visage et qu'il est sur tous les visages à la fois. En fait, on fait... Comme les poupées. Exactement. Je me le suis dit à l'instant. On fait aux femmes musulmanes exactement le même traitement que les soi-disant poupées sans visage. On a l'impression que le musulman envahit l'espace, qu'il se cache, mais qu'il est partout en même temps.

Bref, que le musulman, c'est un peu Voldemort qui s'apprête à conquérir la France, mais avec sa baguette magique, plutôt son croissant. Enfin bref, vous m'avez compris, je ne file pas la métaphore plus loin. C'était le but de ce reportage en fait, de faire peur. En fait, le reportage avait déjà décidé ce qu'il allait dire sur Roubaix avant même d'aller sur le terrain. Tout était déjà écrit, tout était déjà scénarisé. Et voilà le topo. Roubaix est infiltré par l'islam, qui conduit à l'islam radical, qui conduit à l'extrémisme, qui conduit au terrorisme. En fait, au fond, il s'agissait pour M6 de dire que quelque part, le terrorisme commence à la boucherie halal du coin.

Alors, on aurait aimé que le reportage nous prouve avec des faits en quoi les boucheries halal de la rue de la Noix ou les poupées conduisent au terrorisme. On aurait accepté la vérité d'ailleurs, si c'était le cas. Mais le reportage est incapable de faire cette démonstration. C'est pour ça que tout fonctionne par sous-entendu, par insinuation, par colportage. En fait, ce reportage se présente comme une investigation, mais ce n'est pas une investigation. Il s'agit de ce qu'on appelle le journalisme de préfecture. Car le reportage n'apporte aucun fait nouveau au public, tout était déjà connu.

Toutes les soi-disant affaires révélées sont déjà connues du public, elles ont déjà fait l'objet d'articles et de décisions publiques et parfois même de décisions de justice. Rien n'est nouveau. Et c'est bien le problème. Parce que s'il y avait une filière terroriste cachée derrière la boucherie halal, ça aurait été utile à toute la population roubaisienne de le savoir. Mais vu qu'il n'y en a pas, vu qu'il n'y a rien de nouveau, eh bien c'est précisément la raison pour laquelle la création d'une ambiance malsaine est prioritaire. L'ambiance, le climat, l'environnement devient le seul outil nouveau apporté à la connaissance du public.

Et c'est ainsi d'ailleurs que la peur prend le pas sur la réflexion. Les conséquences de ce reportage sont terribles. On m'a rapporté déjà que des contrôles de police et de l'URSSAF se sont intensifiés dans les commerces de la rue de Lannoy, qu'un restaurant connu à Roubaix a été fermé. On ne sait pas pourquoi. On connaît la suite, on connaît les regards lancés aux femmes qui portent le foulard, on connaît les insultes, on connaît les agressions. C'est du gâchis, on dit beaucoup de roubaisiens. Les gens sont dégoûtés là-bas. C'est du gâchis parce que personne ne veut du terrorisme là-bas. Regardez les images qui viennent.

Peu de gens savourent les magouilles d'ailleurs, qu'elles proviennent du privier, du religieux, du maire qui a été, et c'est bien plus grave et ça n'a pas été dit par M6, condamné pour escroquerie en bande organisée très récemment. Mais ça, M6 ne le dira pas. Moi, je ne connais pas par cœur Roubaix, mais il suffit d'être attentif, de parler aux gens et de se balader un peu. M6 ne dira pas que Roubaix, c'est aussi une activité culturelle, c'est une histoire sportive, c'est une activité artistique.

Roubaix, ce sont des artistes, ce sont des rappeurs, ce sont des associations qui font le travail que l'État d'ailleurs ne fait plus en distribuant par exemple des colis alimentaires au plus fort de la crise. Roubaix, c'est un ancien bastion de l'industrie textile, devenu aussi malheureusement un bastion de friches parce que l'activité est partie même si l'âme ouvrière est restée. L'activité est partie mais les gens sont restés. M6 ne dira pas que Roubaix est une ville où les gens vivent ensemble. Les gens, ils sont pauvres à Roubaix. Quasiment la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire moins de 1000 euros par jour. Les gens sont pauvres mais pas tous.

Par moi, oui, t'as raison, parce que 1000 euros par jour. Les gens sont pauvres mais pas tous. On voit les grands et les beaux manoirs le long du parc barbieux qui donne envie. Et le problème de Roubaix, c'est pas qu'il n'y ait pas d'activité ni de richesse, c'est aussi qu'elles sont très mal distribuées. Les gens sont jeunes à Roubaix, quelques-uns font de très belles études mais il y a peu de débouchés alors certains s'en vont parce qu'ils ont l'impression que l'horizon là-bas est saturé. Certains quittent la France aussi. D'autres refusent l'assignation scolaire faite au plus jeune âge et puis d'autres y font et ils vivent avec. À Roubaix, il y a surtout ceux et celles qui restent.

Ceux et celles dont on ne parle jamais avec justesse et dont on ne parle jamais non plus avec respect car au fond, ils n'ont pas le droit aux yeux de M6 ni à la justesse ni au respect. Ceux et celles qui un dimanche posés dans leur canapé dans des appartements souvent mal isolés, souvent trop petits, allument leur télé et voient sur M6 une vie qui n'est pas la leur, qui voient une ville qui n'est pas la leur. Alors comment sortir de cette impasse ?

Tout simplement, je pense, en allant à Roubaix, en parlant avec ses habitants, en parlant avec ses commerçants, avec les jeunes comme avec les anciens, en parlant de leurs difficultés comme de leur fierté, en parlant de leur dignité comme de leurs espoirs. Alors, à bientôt à Roubaix.

42:56
Présentateur

Merci David Guiraud, mais ce type de reportage et cette chaîne vraiment pose un gros problème au niveau de la déontologie.

43:03
Damien Maudet

c'est pas du journalisme d'investigation et on essaye de nous faire croire ça. Et forcément, moi, la population de Roubaix est globalement, je pense, choquée par ça. Mais quand tu te mets à la place du français lambda qui n'est jamais à Roubaix, qui ne connaît pas Roubaix, mais tu as l'impression que c'est l'Afghanistan, en fait. Il n'y a que, c'est toujours les mêmes personnages et cet aspect, je trouve, de floutage généralisé, les contre-plongées en permanence donnent une image de la ville que moi, j'y suis souvent parce que je fais campagne là-bas. Ce n'est pas ça, quoi.

43:36
Présentateur

Tu veux vraiment témoigner de la vie à Roubaix, notamment associative. Le tissu associatif est très riche à Roubaix.

43:45
Damien Maudet

J'étais avec des militants associatifs, en fait, qui me disaient d'ailleurs qu'en plus, il faut se rendre compte que les gens n'ont pas trop tendance à se plaindre. C'est-à-dire que les jeunes que j'ai vus, par exemple, m'ont dit qu'ils n'avaient pas envie qu'on fasse du misérabilisme non plus. Juste de parler des choses du quotidien et puis aussi des belles choses qu'ils font. Parce que c'est vrai que quand l'État est aux abonnés absents, en fait, c'est dans des villes comme Roubaix, mais ça s'est vu aussi en Seine-Saint-Denis. Je viens de Seine-Saint-Denis et ça s'est vu aussi. C'est là que la solidarité est la plus forte parce que les gens se débrouillent.

Parce qu'en fait, les gens sont obligés de s'entraider pour pouvoir survivre.

44:16
Présentateur

D'ailleurs, on avait vu un reportage presque semblable en Seine-Saint-Denis. Je crois que c'était à Seine-Saint-Denis dans une librairie musulmane. Je ne sais pas si tu te souviens. Je crois que c'était dans les années 90, début 2000,

44:34
Damien Maudet

le café interdit au Femme à Sevran. C'était faux. Il y a des journaux après qui sont retournés. C'était faux. Et là, à Roubaix, il y a effectivement un restaurant, par exemple, qui a été fermé. On ne sait pas pourquoi. Alors moi, si on me dit derrière qu'il y a une filière terroriste, je veux bien, mais c'est un restaurant qui est plutôt connu, qui a des prix abordables et qui n'a pas l'air... Enfin voilà, à mon avis, c'est un contrôleur qui l'a fermé et encore une fois, on n'a pas d'idée. En se fondant sur le soupçon. En fait, c'est toujours la même chose.

C'est qu'avec la loi séparatisme, c'est l'État, de manière arbitraire, qui peut décider qu'est-ce que c'est être un bon religieux ou pas. Et c'est ça, toute la question. C'est à quel moment on accepte dans l'islam, par exemple, le fait que le conservatisme ne soit pas forcément un pas vers le terrorisme. D'ailleurs, en vérité, quand tu regardes les profils des terroristes, ce n'est pas forcément des grands pratiquants. Et à ce niveau-là, c'est une discussion politique qu'il faut avoir. Moi, je ne suis pas conservateur. Voilà, c'est une discussion poétique. Parfois, c'est des combats, etc. Mais ce n'est pas l'État de décider comment on pratique la religion. Et ce que je regrette...

45:36
Présentateur

Ou non la laïcité, précisément. Mais oui,

45:38
Damien Maudet

mais ce que je regrette, c'est qu'en fait, en plus, l'État donne une image catastrophique. Parce que moi, je suis un militant, par exemple, je ne suis pas religieux, etc. Et j'estime que la meilleure manière d'amener les gens et de les sortir, par exemple, de l'extrémisme religieux, etc., c'est aussi le fait de donner envie, par exemple, toute une jeunesse d'adapter, d'adopter un mode de vie français, à la française, etc. Et en fait, l'État ne veut plus donner envie. En fait, il a abandonné ça. Parce qu'il sait très bien qu'à Roubaix, en fait, l'État, ça ne fait pas envie, que la République, ça ne fait pas envie.

46:09
Présentateur

Est-ce qu'elle fait partie des villes les plus pauvres de France ?

46:12
Damien Maudet

Alors, elle fait partie, je me demande même si ce n'est pas la vie de la plus pauvre de France. En tout cas, en termes de toute pauvreté. Et l'État ne fait pas envie. Il le sait très bien qu'il ne fait pas envie. Donc, il ne lui reste plus qu'une chose, c'est contraindre. C'est comme avec le Covid. Tu sais, c'est contraindre plutôt que convaincre. Et moi, je trouve ça terrible parce que la meilleure manière, en fait, de sortir de tout ce que tu peux appeler l'obscurantisme, etc., qu'il faudra encore qu'on définisse parce que moi, j'ai vu des laïcs être plus obscurantistes que des religieux et vice-versa. Mais c'est la conviction, c'est un mode de vie.

C'est le fait d'amener les gens vers la culture, par exemple. À Roubaix, il y a des super endroits de culture. Sauf que les jeunes de quartier, par exemple, ils ne vont pas parce qu'ils ne sont pas au courant que ça existe, parce que c'est trop loin, parce que le quartier est enclavé. Et en fait, c'est la pratique de la musique, de la danse, etc., qui sort, bien sûr.

46:58
Présentateur

Tu parlais d'obscurantisme et on parlait justement de cet accès à la culture qui aiderait à sortir finalement d'un carcan religieux peut-être beaucoup trop strict. Mais dans le même temps, on peut parler de cet amendement qui a été voté par les... le Sénat, il y a encore quelques jours, qui vise à interdire le port de signes religieux pour les femmes lors des compétitions sportives. Donc, en même temps, vouloir émanciper et enfermer, c'est tout ce paradoxe.

47:25
Damien Maudet

En fait, il y a une partie des responsables politiques qui ne tolèrent pas que, par exemple, les femmes musulmanes soient dorénavant visibles. Et c'est ça qui est paradoxal, c'est qu'avant, il y a des femmes qui ne sortaient pas et maintenant, elles sortent et elles font des choses. Elles vont à la piscine, elles font du sport, etc. Et en fait, on veut les... C'est ces responsables politiques qui veulent les faire retourner à la maison. Alors qu'en fait, aujourd'hui, quand tu regardes bien, tout ce qu'on peut appeler le conservatisme, etc., se transmet mal, en fait, en France.

les jeunes ne sont pas très séduits par l'idéal de vie ultra-rigoriste où il faut se lever à 6 heures pour faire la prière, etc. Ça ne les séduit pas énormément, en fait. Et à la limite, c'est leur choix aussi. Il y a un moment, en fait, le fait d'être conservateur n'est pas illégal en France. Moi, pour moi, voilà, j'ai mes combats politiques, mais ce n'est pas illégal. Ou alors, si c'est illégal, il faut le faire à tout le monde.

48:16
Présentateur

Et les partis de droite, c'est conservateur. Il n'y a pas de problème quand un parti politique est conservateur, mais lorsque des individus le sont et que ça n'engage absolument pas la société pour le coup, ça devient problématique. Je voudrais qu'on reparle rapidement de Lilia Bousiane qui est une étudiante brillante qui rêve d'être avocate que tu connais. Moi, je l'ai découverte sur les plateaux de TPMP et elle a convaincu tout le monde, je pense, à travers son discours. Et effectivement, son propos a été complètement, il a été tronqué. On a juste isolé un propos où elle dit qu'elle va être avocate et qu'elle portera le foulard en étant avocate.

Donc, on a complètement détourné, en fait, finalement, son propos. Et il me semble, en tout cas, j'ai vu cette vidéo passer comme quoi elle va porter plainte contre la chef.

49:04
Damien Maudet

La séquence à l'université, c'est la plus terrible parce qu'en fait, tu te rends compte qu'il y a des jeunes femmes. En fait, ils ont suivi des jeunes femmes qu'on absolument reconnaissent pas pour faire la prière, etc. Ils les suivent jusqu'en bas des cages d'escalier parce qu'en fait, ce que tu vois dans le reportage, c'est que même à Roubaix, il peut y avoir des salafistes, mais en fait, ils sont surveillés. En fait, ils se cachent. Ils ne sont pas politisés. Ils ne sont pas politisés. Et en plus, il faut savoir que les salafistes sont méprisés par les terroristes.

Je veux dire, c'est aussi ça, la réalité, c'est que tu as plein de gens qui sont très conservateurs, très rigoristes, etc., mais qui ne prennent absolument pas le recours aux armes pour défendre leurs... Ils veulent vivre dans leur bulle. C'est ça. Cette bulle, elle ne me fait pas envie. Mais en fait, il n'y a pas de volonté de passer à l'acte de manière violente. Et en général, d'ailleurs, les gens qui sont très rigoristes sont des gens qui connaissent très bien aussi leur religion et qui savent que ce n'est pas ça, la religion, d'aller tuer des gens.

Donc, on est toujours sur cette confusion permanente, en fait, entre être musulman, c'est un peu être conservateur et du coup, être un peu conservateur, c'est être un peu islamiste. une notion qui est complètement fourre-tout aujourd'hui. Personne ne sait vraiment la définir. Et ensuite, une fois que tu es étiqueté islamiste, tu peux être étiqueté radicalisé, fiché S et puis potentiellement terroriste. Et en fait, c'est ça le problème, c'est qu'en faisant cette espèce de parti pris de dire... C'est M6 qui dit ça. D'ailleurs, j'ai eu la réalisatrice en face de moi, je lui ai dit un peu ces quatre vérités.

Le côté, on va au plus près du terrain, en fait, le sous-entendu, si on va au plus près du terrorisme, en fait. On va au plus près du séparatisme. Et en fait, la boucherie halal, tu te rends compte que les gens en plus les accueillent à bras ouverts. Je veux dire, la boutique où il y a les poupées, déjà, il y a aussi de la lingerie, etc. Enfin, je veux dire, il faut se rendre compte de ça. Mais c'est même pas ça l'essentiel de la discussion. Quand il y a même que des poupées, c'est des gens qui ne se cachent pas. Ils sont là, ils accueillent, ils parlent. Si tu veux leur parler, ils te parlent. En fait, il n'y a pas de filière cachée, etc. Les gens ne sont pas des monstres.

Mais vu que leur visage est flouté, vu qu'en fait, tout ça, tout ça est de...

51:10
Présentateur

Ça déshumanise, c'est ce que tu disais tout à l'heure et ça diabolise par la même occasion. Moi, je me permets de le dire ici à l'antenne et j'en profite. J'ai longtemps participé à des débats télévisés sur la question de la laïcité et de la liberté religieuse. Et si j'avais un conseil à donner à ces personnes de confession musulmane, c'est de cesser de participer à des reportages. Vous avez une parole à partager ou à faire porter. Faites-le dans des conditions du direct. Moi, c'était une exigence que j'avais parce que je sais qu'en face de moi, j'ai des gens qui ne sont pas très honnêtes. Et on a un peu discuté forcément de ce reportage avec des collègues et des amis.

Et on m'a dit les gens n'avaient peut-être pas forcément ta formation et juridique et journalistique et ta conscience pour politique, enfin politique, en tout cas ta conscience et ton engagement pour savoir qu'il y a certains plateaux et certains reportages que tu dois refuser ou pas. Donc j'en profite ici pour le dire et notamment à ces jeunes filles comme Liliane qui de manière très naïve cherchent à déconstruire des préjugés. Faites-le dans des conditions du direct pour éviter ce genre de semblant de reportage.

52:17
Damien Maudet

En fait, les reportages comme ça et la presse écrite, c'est le plus dur parce que tu es obligé d'avoir confiance en ton interlocuteur. La presse écrite, par exemple, tu ne sais pas à l'avance si tu es en face d'un journaliste qui a décidé que l'angle de son papier était déjà décidé et qu'en fait, quelle que soit l'interview que tu vas lui donner, il va l'écrire pour son angle et donc il va dénaturer tes propos. Il y en a qui sont très honnêtes dans la presse écrite mais c'est le plus dur. Et sur les reportages, effectivement, tu as raison.

C'est que vu qu'il y a un découpage, vu qu'il y a un montage et vu qu'il y a une orientation, si c'est un média de confiance, il n'y a pas trop de problèmes. Bon, après, et en plus, les journalistes ne sont pas forcément obligés de se justifier de tous leurs angles, etc. Par ailleurs, il y a une liberté journalistique mais il faut avoir confiance. Et M6, a priori, bon, et après, les gens s'étonnent en fait que les femmes qui portent le foulard ne soient plus à la télé, etc.

Mais en même temps, je veux dire, quand il n'y a pas de rapport de confiance, effectivement, soit tu le fais en direct et tu as la capacité à te défendre avec la violence que peut représenter le direct par ailleurs parce que quand tu es à 5 contre 1, voilà quoi.

53:20
Présentateur

5 contre 1 et puis même quand tu assumes ce débat, tu reçois des menaces de mort à ton domicile.

53:24
Damien Maudet

Et puis j'imagine qu'il y a plein de gens qui n'ont pas forcément envie de parler de leur religion, qui ont envie de faire leur travail ou leur passion et ce n'est pas du tout, tout ne tourne pas autour de l'islam dans la vie des gens.

53:35
Présentateur

L'islam n'est pas un loisir, c'est une religion et des convictions. Donc effectivement, on peut parler de politique, d'éducation et d'environnement. Il faut refuser de se laisser enfermer dans ces ghettos intellectuels. Voilà, merci infiniment David pour cette chronique et cette façon que tu vas d'approcher tes sujets. C'est toujours un plaisir de te recevoir et de découvrir tes chroniques. Cher Matineau, on se quitte. Merci infiniment de nous avoir suivis. On vous rappelle que vous pouvez revoir cette émission en replay. De même, le podcast est disponible. On compte sur vous pour vous abonner. Juste des petits pouces bleus, ça permet vraiment de nous renforcer, de nous...

Ah, c'est la cloche. Pouces bleus, c'est pour liker,

54:25
Damien Maudet

la cloche et...

54:26
Présentateur

Un tuto.

54:27
Damien Maudet

On va te faire une formation youtubeuse.

54:30
Présentateur

Exactement. Voilà, et si vous pouvez aussi le faire, bien évidemment, un don est bienvenu sur la plateforme Ocapal ou devenez abonné sociétaire du Média. Rendez-vous ce soir sur notre chaîne YouTube pour découvrir l'intégralité du nouvel épisode de Face à l'urgence et quant à moi, je vous dis à vendredi. Merci.

Contre-Matinale #79 | Roubaix contre M6, citoyen vs Macron — Damien Maudet · Pourquijevote