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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 26 mai 2026 23 min

Anne-Catherine Loisier : « Nous vivons un crash agroalimentaire »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Anne-Catherine Loisier, vous êtes sénatrice union centriste de la Côte d'Or et vous êtes la présidente de cette commission d'enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la grande distribution. On est ensemble justement pour parler longuement de ce rapport alarmant pour l'avenir des filières agroalimentaires. Six mois de travail, 189 auditions, vous mettez au grand jour de manière documentée les pratiques de la grande distribution.

Vous pointez des méthodes faites de chantage, de menaces, d'intimidations, de la part de la grande distribution et de l'autre côté des industriels et des agriculteurs qui paraissent bien impuissants. Avant de parler du cœur de votre rapport, la question du pouvoir d'achat, elle est encore et toujours au cœur, priorité numéro un des Français qui s'inquiètent pour leur porte-monnaie, notamment avec ce qui se passe au Moyen-Orient. Est-ce qu'on a vu une augmentation des prix à la pompe, une augmentation des prix de l'alimentaire est à craindre ? Il y a eu des annonces de la part du gouvernement jeudi dernier, annonce notamment pour les secteurs les plus touchés.

Est-ce qu'il faut en faire plus pour les particuliers ?

1:09
Invité

Alors, je pense qu'il faut être vigilant, en tout cas dans le domaine qui nous a beaucoup mobilisés sur cette commission d'enquête l'agroalimentaire. À ce jour, on ne voit pas forcément d'évolution. Mais par contre, dès qu'on parle effectivement à la crise d'Ormouse, on pense pétrole, donc on pense tous produits, plastiques et autres qui sont fortement utilisés dans le quotidien des Français. Donc effectivement, aujourd'hui, je crois qu'il faut être attentif à l'impact de l'augmentation et de l'explosion de ces prix liés à tous les produits pétrochimie sur la consommation globale des Français. Donc aujourd'hui, je dirais non.

Dans les semaines et les mois à venir, c'est peut-être à craindre, surtout si le conflit se durcit et perdure.

1:49
Présentateur

Et ça voudra dire de nouvelles mesures ?

1:52
Invité

Alors, ça voudra dire une nouvelle mesure, on verra. Peut-être une renégociation, c'est d'ailleurs ce que demande un centre de distributeurs. Et les industriels, aujourd'hui, sont plus prudents sur ce secteur. Donc, à voir un petit peu comment les choses vont se passer. Aujourd'hui, ce qu'il faut avoir en tête, c'est que les prix qui ont été payés aux industriels, en tout cas lors des négociations de 2026, sont stables. Il y a 0% d'évolution.

2:16
Présentateur

Vous attendiez, votre rapport, il a été remis jeudi. Vous attendiez à un tel retentissement, à ce qu'il fasse autant de bruit ?

2:24
Invité

Je pense que, alors, pour un certain nombre de gens avisés, il dit des choses qui étaient connues et évoquées depuis longtemps. Mais ces pratiques sont tellement, tellement dominantes et tellement, je dirais, d'une violence commerciale telle qu'effectivement, ça provoque beaucoup de réactions. Alors, surtout de la part des distributeurs, il faut croire que le sujet les interpelle et c'est tant mieux. Et moi, je souhaiterais qu'on engage le dialogue plutôt qu'on parte parfois dans des échanges qui sont, à mon avis, pas très sérieux et pas à la hauteur du sujet.

2:58
Présentateur

Et on va revenir effectivement sur la réponse de la grande distribution. Mais je le disais, 6 mois de travaux, 189 auditions et un rapport qui est accablant. Est-ce qu'en commençant ces travaux, vous vous attendiez à découvrir de telles pratiques ? Vous pensiez que ça en était à ce stade ?

3:11
Invité

– Alors, je le soupçonnais, étant rapporteur des lois Egalim depuis 2018 et ayant participé au comité de suivi, on sentait, en fait, on entendait à l'occasion des auditions, déjà des témoignages de ce genre. Mais l'intérêt d'une commission d'enquête, c'est que ça permet de mettre des éléments probants derrière, puisqu'on a un pouvoir d'investigation qui nous permet d'avoir accès à des documents qui, là, pour le coup, prouvent la réalité de ces faits. Et c'est bien là, l'intérêt, maintenant. On sait que la manière dont les choses se passent, dans les boxes et ailleurs, dans les centrales de service, surtout.

Et donc, à nous d'agir, peut-être, à l'occasion notamment de la loi d'urgence agricole.

3:48
Présentateur

– Là, justement, on va rentrer dans le détail. On va voir quelle est la réalité de ces faits. Votre rapport, je le disais, il est accablant. On va voir le constat que vous avez tiré après 6 mois de travaux. Quentin, le rapport du Sénat, il fait donc grand bruit depuis jeudi. Quelles sont les conclusions de cette commission d'enquête ?

4:00
Anne-catherine Loisier

– Ce rapport pointe, je cite, des déséquilibres structurels dans la formation des prix en France. Le tout dans une forme d'opacité, avec même des phénomènes de pression de la grande distribution sur les industriels qui sont délétères. Commençons par la construction du prix de vente des produits dans les supermarchés. Le rapport décrit une chaîne de construction du prix très déséquilibrée. Il existe en France 400 000 exploitations agricoles, 23 000 entreprises industrielles. Et face à cela, trois grandes centrales d'achat européennes.

La rapporteure, Antoinette Gull, qui a ainsi expliqué, sur 100 euros de valeur alimentaire, 8 euros reviennent à l'agriculteur, environ 14 euros reviennent à l'industriel et 40 euros sont captés par le distributeur. Écoutez, Antoinette Gull, à notre micro, c'était jeudi.

4:49
Invité

– Ça veut dire que ceux qui fabriquent les produits, ceux qui cultivent et qui fabriquent les produits, ceux qui prennent tous les risques, ne captent en réalité que 20% de la valeur. Et donc ça, c'est trop peu. Et donc il faut un rééquilibrage de la valeur vers l'amont.

5:03
Anne-catherine Loisier

– Et la sénatrice écologiste a ajouté que ce soit en France 30% des entreprises industrielles, souvent des TPE, des PME, qui sont déficitaires en France, qui sont en danger aujourd'hui. C'était 20% oriane il y a cinq ans.

5:17
Présentateur

– Autre enseignement majeur du rapport, la grande distribution a recours à des pratiques prédatrices, je cite, avec des négociations commerciales de plus en plus tendues d'année en année.

5:26
Anne-catherine Loisier

– Oui, je cite l'essentiel du rapport. La commission a constaté que les distributeurs employaient volontiers des méthodes de négociation assises sur la menace, l'intimidation et la contrainte. Écoutez un deuxième extrait de notre interview avec Antoinette Gulle, la rapporteure.

5:40
Invité

– Nous avons vraiment découvert un autre monde de pratiques extrêmement brutales pour réussir à obtenir le prix qui était voulu par la grande distribution. Et je vais vous en citer une. En fait, la grande distribution, on l'a vu vraiment de différentes enseignes, mais de manière de plus en plus répétée, aujourd'hui, des références, c'est-à-dire appuie sur un bouton et fait chuter le nombre de références vendues en magasin pour un même industriel dès lors qu'il n'accepte pas la baisse de prix qui est demandée.

6:10
Anne-catherine Loisier

– Alors Anne-Catherine Loisier, depuis jeudi, la presse dit que votre rapport étrille la grande distribution. Quand on voit comme cela les deux démonstrations à la fois sur la construction du prix, sur la pression dans les négociations commerciales, est-ce que vous dites qu'effectivement la guerre des prix, elle est causée par cette grande distribution ? C'est bien leur comportement qu'il s'agit de dénoncer aujourd'hui ?

6:30
Invité

– Alors effectivement, moi je voudrais revenir sur les chiffres évoqués initialement, c'est-à-dire 20 seulement, 20 points de la, je dirais, sur 100 euros dépensés par nos concitoyens, 20 vont seulement à l'amont et à la transformation. Comment peut-on espérer que le système, entre guillemets, tienne, dans un contexte où ceux qui produisent et qui transforment la matière sont aussi peu rémunérés ? Il est là le sujet, il est la distorsion dans la répartition de la valeur ajoutée. Et donc ça nous a amené avec Antoine Edgul à creuser un peu ce sujet. Pourquoi, comment se fait-il que la répartition de cette valeur ajoutée ne se fait pas de manière spontanément plus équilibrée ?

Et c'est là que nous avons mis à jour un certain nombre de pratiques qui sont liées à la position dominante en fait des distributeurs. Aujourd'hui, vous l'avez dit, nous avons trois grands groupes, Concordis pour Carrefour, Super U, Oraritel pour Intermarché, Casino, Auchan et Leclerc, qui, à eux trois, monopolisent pratiquement 90% du marché. Donc quand vous êtes industriel et que vous vous retrouvez face à une de ces centrales d'achat, c'est 30% de votre chiffre d'affaires qui se joue. Donc forcément, il y a un sujet d'abus, de position, de pouvoir de marché qui entre en votre défaveur et vous cédez.

Et c'est bien ça que ce rapport pointe et c'est bien ce que veulent, je dirais, résoudre nos recommandations.

7:54
Présentateur

Mais ce qui est aussi assez édifiant, c'est qu'il y a certains industriels qui ont demandé des auditions à huis clos de peur des représailles. Quasi systématique. Quasi systématique.

8:03
Invité

Donc c'est là où, quand on nous dit circuler, il n'y a rien à voir, puisque franchement, de manière un peu caricaturale, j'invite les audisseurs à regarder les auditions des grands distributeurs. Il y en a certains qui vraiment nous disaient écoutez, tout va bien. Donc non, tout ne va pas bien. Il faudrait qu'ils ouvrent les yeux dans leur propre intérêt d'ailleurs. Parce que la santé de l'amont des producteurs et des industriels, c'est aussi la santé des distributeurs. On a besoin de l'ensemble des maillons. Nous, ce n'est pas du tout un rapport à charge. C'est un rapport pour essayer de rééquilibrer un système qui est en danger.

Vous l'avez dit, nous avons 400 000 agriculteurs qui sont dans des situations de détresse au quotidien. La ferme France s'écroule. Nous avons une industrie agroalimentaire qui vit un crash. C'est ce que l'on dit depuis plusieurs mois. Le crash de l'industrie agroalimentaire française. Pas en Italie, pas en Espagne, pas ailleurs, en France. C'est donc bien qu'il y a une raison. C'est cet étouffement, petit à petit, de l'ensemble de ces acteurs de l'amont, par des pressions, par cette guerre des prix incessante. C'est toujours plus bas. On part du prix de l'année d'avant et on repart plus bas. Ce n'est pas l'industriel qui fait le prix. C'est le distributeur.

Et c'est toujours, toujours plus bas.

9:10
Présentateur

Vous parlez des agriculteurs. Est-ce qu'ils sont les grands perdants de ces négociations commerciales ? Quentin, rappelez le schéma, sur 100 euros de valeur alimentaire, 40 vont aux distributeurs, seulement 8 aux agriculteurs. C'est 5 fois moins. Mais bien sûr.

9:22
Invité

Et c'est pour ça qu'ils sont très déçus par les lois égalimes. Parce que dans les lois égalimes, on leur a dit, écoutez, on va sanctuariser votre matière première et on va faire en sorte que ce soit la marche, la construction du prix, vous savez, en avant. qu'on retrouve votre prix, le coût de vos matières premières chez les industriels puis chez les distributeurs. Et en fait, on fait l'inverse puisque c'est le distributeur sous l'égide de la fameuse loi de monérisation économique de 2008 qui négocie les prix. Donc en fait, on n'est pas en marche avant. On est en décembre des prix aujourd'hui en France. Les lois égalimes ne peuvent pas s'appliquer pleinement en même temps que la LME.

9:57
Présentateur

Et justement, la loi de monérisation économique, on va en parler, mais justement, comment nos agriculteurs, comment sur le terrain ce rapport a-t-il été perçu ? On va en Bretagne, première région agricole de France. Bonjour Stéphane Beignet. Merci beaucoup d'être avec nous et de directeur de l'information de TVRN. Stéphane, comment les agriculteurs ont accueilli ce rapport sénatorial ?

10:15
Invité

Écoutez, en tout cas, pour avoir beaucoup échangé avec le monde agricole en région Bretagne durant ce long pont de la Pentecôte, il faut dire que ce rapport était non seulement particulièrement attendu, mais il y a surtout une très grande espérance au regard de ces 24 ans préconisations. Les agriculteurs, eux, entendent exprimer une inquiétude croissante face à l'érosion de leurs revenus car la question du partage de la valeur n'a jamais été aussi centrale. Je vais m'appuyer sur un exemple. La Bretagne est la première région agricole française. C'est également la première région en termes de production d'œufs.

Eh bien, six œufs, en règle générale, sont vendus autour de 3,85 euros, 3,90 euros en grande surface. Eh bien, la marge est de 48% pour la grande distribution contre 20% pour les éleveurs. Mais si on va sur l'élevage bio, on a eu tendance à beaucoup insister sur le bio, eh bien là, c'est même encore davantage. On est au-delà des 80% pour la grande distribution. Alors, le monde agricole se sent complètement asphyxié. On parle beaucoup du renouvellement des générations dans les exploitations agricoles. Faut-il encore avoir envie de leur donner ce qu'ils attendent, en fin de compte, vivre de leur propre travail ?

Un travail, vous le savez, qui est exigeant et qui est indispensable pour nourrir les populations. Alors, j'ai une question à vous poser, Madame la Sénatrice. Pensez-vous vraiment que votre travail, ce lourd travail, va répondre à ce questionnement qui vraiment hante un peu le monde agricole ? Alors, je pense qu'il va y contribuer. En tout cas, on va faire en sorte que, et on a, je le disais, l'avantage d'avoir ce véhicule législatif qui est la loi d'urgence agricole, Thierry, je pense que, comme vous le dites, un bon nombre de nos agriculteurs sont au bout du rouleau. Il faut absolument leur redonner plus de poids dans les négociations.

Et dans nos recommandations, nous invitons notamment la DGCCRF et les autorités de la concurrence à favoriser le regroupement d'agriculteurs. Parce que la difficulté, c'est quand vous avez un petit producteur qui est, par exemple, dans les fruits et légumes, en négociation directe avec un grand distributeur, eh bien, il ne fait forcément pas le poids. Voilà. Donc, il faut aussi que l'amont se structure pour davantage peser dans la négociation commerciale. Et il faut que la contractualisation, monsieur, s'applique. Parce qu'une des règles majeures, c'est effectivement que les coûts doivent être sanctuarisés. Et pour être sanctuarisés, ils doivent être écrits dans un contrat.

Il faut de la plus de contractualisation, et je dirais même tout au long de la chaîne, entre le producteur, le transformateur, le transformateur et le distributeur. et c'est comme ça qu'on arrivera à cranter cette valeur des agriculteurs. Mais est-ce que c'est

13:03
Présentateur

l'Oaigalim, qui était censée rééquilibrer justement ces relations entre la grande distribution, les industriels, les agriculteurs, est-ce qu'elles sont un échec ? On ne peut pas dire qu'elles soient un échec

13:13
Invité

dans la mesure où il y a certaines filières qui ont su en tirer parti. Pourquoi ? Parce qu'elles ont su mieux s'organiser que les autres en amont. On parle souvent du lait et autres. Celles qui n'ont pas réussi à s'organiser en amont, forcément, elles ne se retrouvent pas en aval dans la distribution, enfin dans la négociation avec le distributeur. Il faut vraiment qu'on avance sur la contractualisation. Il faut qu'on avance sur la sanctuarisation et le respect de cette matière première agricole. C'est pour ça aussi que nous demandons plus de transparence aux distributeurs pour savoir où est la marge et comment il répartit cette marge. Parce qu'en fait, elle s'évanouit.

Si on l'a en amont, on ne la retrouve pas, on la retrouve dans la phase industrielle puisque l'industriel est obligé d'afficher son taux de matière première agricole, mais on ne la retrouve absolument pas

13:56
Présentateur

dans l'aval. D'autant que votre rapport, il dénonce également le contournement de certaines lois françaises, notamment en passant par des centrales d'achat européennes. Du coup, les grandes distributeurs se dédouanent finalement de la loi française en disant qu'on va appliquer la loi du pays européen. Comment on fait pour lutter contre ça ? Est-ce qu'aujourd'hui, on est un peu battus ? Alors, c'est un débat européen

14:19
Invité

parce qu'en fait, on ne peut pas imposer ou empêcher cette négociation. Par contre, moi, ce que je défends, c'est qu'il n'y a pas de raison que le droit belge, suisse, espagnol s'applique en France. Il n'y a pas de raison qu'il y ait extraterritorialité de ce droit. Où se déroulent ces négociations qui sont installées à l'étranger, qui sont reportées à l'étranger ? Mais du coup, en France, on se voit imposer le droit de ces pays. On est dans un exemple patent d'extraterritorialité. Voilà.

Donc, nous, ce que l'on demande et ce que l'on a redit très clairement dans le rapport, et ce qui est aussi l'objet de débats à l'Assemblée nationale aujourd'hui sur le fait que les produits commercialisés en France doivent respecter le droit français, nous, ce qu'on demande, c'est qu'il y ait une vraie protection de la matière première agricole française. Quand vous avez un produit comme les yaourts, enfin, qui sont à 80, voire 90% faits de la matière première agricole française, il n'y a aucune raison pour qu'ils soient négociés et qu'ils ont vocation à être commercialisés en France.

Aucune négociation, si ce n'est une volonté de détourner ou d'appliquer d'autres principes, qu'ils soient négociés en Espagne, en Suisse, au Luxembourg ou ailleurs.

15:30
Présentateur

On va remercier Stéphane Bénier. Merci Stéphane, directeur de l'information de TVRN, d'avoir été avec nous. Il y a quelque chose aussi d'assez hallucinant qui est pointé dans votre rapport, c'est la question des services, Anne-Catherine Loisier, avec notamment certains exemples, par exemple, un rendez-vous entre un patron, un directeur de la grande distribution et un industriel, il peut se monnayer jusqu'à 350 000, 400 000 euros.

15:54
Invité

C'est faux. Alors ça, c'est vraiment le point qui nous préoccupe et c'est le point sur lequel nous demandons plus de transparence parce qu'on se rend compte au fur et à mesure des négociations, des lois égalimes et des négociations commerciales annuelles. On s'est rendu compte que les pratiques changeaient, les pratiques des industriels mais aussi des distributeurs changeaient pour s'adapter un peu à la loi. Et c'est vrai qu'on voit surgir dernièrement un développement incroyable des activités de ces centrales de services qui ont toujours existé. Mais en fait, une centrale de services, c'est quoi ?

C'est qu'une fois que l'accord est passé entre l'industriel et le groupement de distributeurs, on lui dit écoute, tu vas aller voir notre centrale de services et là, tu vas nous acheter des données. Tu ne veux pas les acheter à... Le sujet, c'est de savoir est-ce que c'est lié ou pas à l'achat et à la signature du contrat. Tu vas nous acheter des données ou tu vas nous... à 300, 400, 500 000 euros. Tu vas prendre un rendez-vous avec le dirigeant de la centrale d'achat. Ça va effectivement coûter 350, 400 000 euros. Ça, ce n'est pas des chiffres qu'on invente, c'est des chiffres qu'on nous a donnés dans le cadre des... Ils existent. Bien.

Alors, le tout, c'est de savoir si, un, ils existent véritablement. Alors, on nous dit mais oui, mais oui. Est-ce qu'ils sont proportionnés ? Parce que ce qu'on entend aussi de la part des industriels, c'est qu'en fait, ils paient à des prix démesurés des services dont ils n'ont globalement pas besoin. Est-ce qu'il faut avoir à l'esprit ?

17:13
Présentateur

Ils n'ont pas le choix, c'est ce que vous dites.

17:15
Invité

En tout cas, c'est la question que l'on pose et c'est pourquoi on veut plus de transparence. C'est pourquoi on veut avoir plus de lisibilité sur ce qui revient, sur tout en fait, toutes les recettes un peu parallèles, une espèce de sphère de recettes parallèles qui se sont mis en place. Ces services sont légaux, ils ont le droit de les mettre en place. Par contre, on voit très bien qu'aujourd'hui, c'est un système de marge arrière qui peut atteindre quand même des dizaines, voire des centaines de millions pour un industriel. Donc, vous imaginez un industriel qui doit débourser des millions de services. Au final, quand il fait son calcul, comment voulez-vous qu'il s'y retrouve ?

Comment voulez-vous qu'il s'y retrouve ? En ayant une rémunération de son produit, mais derrière, en fait, ce que monsieur le médiateur appelle un péage. En fait, il y a comme un péage pour avoir le droit de commercer avec un distributeur. Donc, nous, on pose ça sur la table, on demande à nos distributeurs de venir nous expliquer comment ça se passe. Non pas qu'il n'ait pas le droit de le faire, mais non que ce soit proportionné.

18:17
Présentateur

Alors, le rapport, il a suscité beaucoup de réactions et qu'en temps, forcément, il n'a pas pu la grande distribution.

18:21
Anne-catherine Loisier

Voilà, la grande distribution vous répond. Ils ont même commencé à vous répondre avant même la publication des conclusions en conférence de presse jeudi matin. Voyez ce qu'a dit Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour dans la matinale de France Inter. Il dit les conclusions, ça va être que c'est le Far West, qu'il y a une tension extrême, qu'il faut essayer de réglementer, qu'il faut essayer de rigidifier, qu'il faut essayer d'empêcher de négocier. C'est ça, les conclusions, je vous les mets, elles changent sur la table.

Ces conclusions, elles sont à la fois irrespectueuses de notre métier, toutes les caricatures sont grotesques, elles montrent une volonté du législateur, en tout cas d'un certain nombre de parlementaires, de tout administrer, de tout rigidifier, de tout contrôler, de tout encadrer, de tout plafonner, c'est vraiment ce que je ressens à chaque fois que je vais au Parlement. Catherine Loisier, qu'est-ce que vous répondez au PDG de Carrefour ? Vous êtes dans l'idée de tout contrôler.

19:05
Invité

Je pense qu'il faut qu'il garde son calme et qu'on discute. Le problème, c'est que quand on commence à nous dire qu'en début d'audition, globalement, tout va bien et il n'y a rien à dire, excusez-nous, messieurs, vous êtes trois gros distributeurs face à 400 000, je l'ai dit tout à l'heure, agriculteurs, 25 000 industriels qui sont en train de se casser la figure économiquement. Qu'est-ce qu'on fait ? On dit, on fait confiance à monsieur Bonpart, tout va bien, on laisse le bateau couler ou chavirer. Il a eu des mots très forts.

19:34
Anne-catherine Loisier

Il dit des conclusions irrespectueuses et aussi, il dit des caricatures. Et il a répondu, je le disais, avant même, que les conclusions du rapport elles soient formulées publiquement. Mais ça dit quoi en fait ? C'est qu'ils ont eu très peur tout de suite de vos conclusions jeudi. Ils se sont dit qu'il fallait allumer un contrefeu immédiat et on en a très fort dans leur réponse.

19:51
Invité

Voilà, je pense qu'on a tous eu la même analyse, c'est-à-dire que c'est une stratégie en termes de communication, c'est de se faire passer pour la victime et de crier au loup, c'est le cas de le dire. Voilà. Moi, je les invite à plus de responsabilités. Il faut qu'on discute parce que ce genre de posture ne résoudra pas le problème. Je le redis, l'agriculture vit un drame. L'industrie, tout le monde parle de réindustrialisation de notre pays, l'industrie agroalimentaire qui était un fleuron de la France vit un drame aussi. Ce n'est pas moi qui le dis, tous les observateurs, un crash agroalimentaire. Ils disent aussi

20:25
Présentateur

que vous avez beaucoup pointé les pratiques de la grande distribution et pas les pratiques des industriels. Est-ce que vous vous êtes focalisés

20:29
Invité

uniquement sur la grande distribution ? Oui, mais non, pas du tout. Alors, moi, je vais vous dire, les points de remise en cause de la distribution par rapport aux industriels. C'est de nous dire qu'ils font beaucoup de marge. En fait, quand on regarde, il y a eu un déficit, enfin une baisse de marge pendant de nombreuses années, il y a eu une espèce de récupération, mais quand on regarde globalement, on est dans des marges qui sont tout à fait normales au niveau des industriels. Ils nous disent qu'il n'y a pas assez de transparence. Sur quoi ? Sur l'option 3.

Alors, vos auditeurs ne voient pas ce que c'est, mais dans les négociations, faites l'industriel, il peut soit dire tout ce qu'il a dans son produit, soit il le dit de manière un peu globale, soit il ne dit rien. Il ne dit rien parce qu'il ne veut pas donner sa recette.

21:14
Anne-catherine Loisier

Il donne un chiffre sur 100 milliards de chiffre d'affaires et il lui reste 1%. Vous dites que c'est une erreur.

21:21
Invité

Non, mais il nous parle de la marge de Carrefour alors que nous, nous lui parlons de chiffres macronomiques, économiques. Ce que vous avez évoqué tout à l'heure sur 100 euros dépensés, ce n'est pas le Sénat, c'est l'Office de formation des prix et des marges. Voilà. Et ce sont les universitaires. Et ce sont des données macroéconomiques de la ventilation en fait de la valeur ajoutée. Ce n'est pas les comptes d'exploitation de Carrefour.

21:42
Présentateur

Juste Anne-Catherine Lassier, un dernier mot. Vos préconisations, vous allez tenter de les faire figurer dans la loi d'urgence agricole fin juin ? Autant que possible,

21:48
Invité

oui. Autant que possible. D'ailleurs, un certain nombre le sont déjà sur le déréférencement qu'évoquait Antoinette tout à l'heure. Donc, nous allons continuer et vraiment, vous l'avez compris, ce que nous voulons, c'est qu'il y ait une réflexion sur la loi de monérisation économique est-elle encore une bonne idée puisqu'elle, finalement, elle vient totalement percuter les dispositions de la loi Egalim, de la marche en avant et de la juste rémunération des agriculteurs.

22:11
Présentateur

Anne-Catherine Lassier, rapidement, on regarde 3-1 de la presse régionale avant de se quitter la une du journal de Saône-et-Loire et c'est la Bourgogne-Franche-Comté face à une vague de chaleur précoce et historique et on voit les lacs qui sont pris d'assaut et votre région qui va connaître de profonds changements climatiques d'ici 2050. La deuxième une, celle de Ouest-France, piratage et vol de données, comment mieux se protéger ? Et puis, la dernière une, c'est celle de Paris-Normandie sur le périscolaire dans la tourmente et également à Rouen où trois agents municipaux ont été suspendus après des soupçons d'agression sexuelle sur des enfants. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?

22:45
Invité

Plutôt le piratage et vol de données qui est quand même un phénomène croissant et qui préoccupe du concitoyen à l'entreprise, même aux structures étatiques. Et sur lequel on est trop en retard ? En tout cas, c'est aujourd'hui la délinquance et la criminalité, elles se passent à ce niveau-là et il faut qu'on affûte nos outils.

23:04
Présentateur

Merci Anne-Catherine Loisier. On suivra les suites, l'avenir de votre rapport, l'examen de la loi d'urgence agricole qui est en ce moment à l'Assemblée qui sera fin juin au Sénat, voir ce que deviennent vos préconisations. Merci beaucoup d'être venue nous en parler. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.