Jean-Luc Mélenchon réagit face à l’alerte écologique | Archive INA
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Extrait de la campagne officielle de 1974, votre première présidentielle en tant que citoyen, avec à la télévision un candidat en pullover rouge.
Et vous savez ce qui va se passer ? Eh bien nous allons bientôt manquer de l'eau. Et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse, puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. A lundi, je vous dis au revoir et j'espère vous revoir pour vous expliquer notre projet global d'avenir. Merci mes amis.
René Dumont, premier candidat écolo qui prend un peu de son temps d'antenne pour boire ce verre d'eau.
Pile poil, regardez, nous sommes en 2022, on en parle. Il a eu raison, mais avant tout le monde. Mais on ne l'entendait pas il y a 50 ans. Non, non, non. Non, non, pas du tout. Pourquoi ? Moi je sais que j'ai repris cette bataille de l'eau, parce que je pense que c'est le prochain, ça vient là. Ça va être la grosse question. Vous pouvez vous passer tous au dos. Donc je ne vais pas vous faire mes arguments sur le sujet. Mais à l'époque, non, on ne l'entendait pas. La gauche était dominée par le productivisme et l'idéologie qui allaient avec.
Si vous voulez, on allait développer les forces productives et on allait les développer tellement bien qu'il y aurait pour tout le monde, et donc tout irait bien et tout irait mieux. Et on était tous là-dedans. Et on ne l'écoutait pas. Et quand François Mitterrand, par exemple, fait un éditorial dans le journal du PS, à l'époque, je crois, ça s'appelait l'Unité, alors il avait fait un truc, l'oiseau qui s'étouffe dans l'air, le poisson qui se noie dans la rivière, mais tout le monde éclatait de rire. Les gens autour de moi disaient, mais qu'est-ce qu'il raconte ? Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Les oiseaux qui s'asphyxient dans l'air, non, mais puis quoi encore ?
Non, il y avait zéro tolérance, zéro écoute. Et quand il y a eu le club de Rome, alors, quand il y a eu un club qui s'est fait, et en réaction des intellectuels comme GB et autres, ont fait l'an zéro, bon, ils proposaient de réduire, justement, le niveau du productivisme. Alors il faut voir ce qu'on disait à leur sujet, quoi. On disait que ça, c'est des suppôts du capitalisme, ils veulent augmenter le chômage et faire peur aux travailleurs. Enfin, le discours était complètement stéréotypé, bloqué et paralysé.
Et il a fallu que je me trouve, moi, confronté à l'absurdité de ce qu'on racontait, que je me rende compte qu'au fond, l'écologie politique présentait la question du collectivisme sous l'angle qui m'intéressait, c'est-à-dire les biens communs, l'humanité comme une seule espèce animale, bon, et que tout d'un coup, je fasse le lien entre ça et mon fondamental, qui est la philosophie humaniste et révolutionnaire 89, droit de l'homme, pour que je comprenne que tout ça se tenait et que c'est ce qu'on racontait qui ne tenait pas avec. Bon, cette vision absolument, c'est du mauvais prométhée, hein, c'est prométhée exaltée, parce qu'on va tout régler en produisant, produisant et en prélevant.
Et Karl Marx, on ne l'avait lu que comme ça, pourtant, Marx est le premier à dire le capitalisme épuise l'homme et la nature, mais ça ne nous intéressait pas à l'époque, on ne voulait pas voir ça.
Jean-Luc Mélenchon