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interviewC à vous (sur YouTube)· 11 mai 2026 10 min

Prix du carburant : vers un élargissement des aides ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

pour aller plus loin sur la transformation. Il faut qu'on arrête de dépendre de régions du monde pour lesquelles, malheureusement, le risque géopolitique est présent tout le temps. - A.-E.Lemoine: Pour parer au plus urgent, la promesse de S.Lecornu de changer d'ampleur et d'échelle, ça veut dire quoi? - R.Lescure: De mémoire, c'était le 27 mars.

Le 21 avril, on a annoncé les aides de mai. On est en train de finaliser les aides de juin. Je peux vous donner un exemple concret.

On a mis en place le mois dernier le prêt Flash Carburant. C'est pour aider les secteurs les plus exposés qui ont des problèmes de trésorerie. On avait réservé ce prêt aux agriculteurs, aux pêcheurs, aux transporteurs routiers, notamment les petits, et aux taxis.

On l'élargit dès les jours qui viennent au secteur du BTP. Là aussi, leurs factures augmentent. A terme, ils vont pouvoir augmenter leurs prix.

On a passé une circulaire la semaine dernière pour que les donneurs d'ordres publics, les grandes entreprises publiques, les hôpitaux, les mairies, qui ont passé des contrats de travaux publics...

Tout ça va prendre du temps. En attendant, on aide à la trésorerie. - A.-E.Lemoine: C'est de l'endettement? - R.Lescure: On s'endette pour quelques semaines.

Aujourd'hui, on oblige personne à prendre ce prêt. Des dizaines d'entreprises y ont déjà eu accès. On a plus d'une centaine de millions d'euros prévus.

On a déjà plus de 3 millions d'euros qui ont été déboursés. Typiquement, un transporteur routier, quand il livre dans un grand magasin de distribution, a dans son contrat la possibilité d'augmenter son prix en fonction de la hausse de sa facture. C'est prévu.

Mais ça peut prendre quelques semaines. On lui dit qu'en attendant, on va prêter de l'argent. C'est la banque publique d'investissement qui va le faire.

Ce sera un prêt limité à 3,5 % d'intérêts à court terme. Ca permet de passer la bosse. J'ai déjà eu l'occasion de le dire, mais cette crise, c'est un transfert de ceux qui produisent et exportent du pétrole au détriment de ceux qui en importent.

Nous, on n'a pas de pétrole. Ca va nous coûter. Ce qu'on doit faire en France, c'est s'assurer qu'on partage le fardeau de manière aussi équitable que possible.

Ceux qui sont en première ligne sont plus aidés que les autres. On va tous devoir payer un peu. Il faut que les plus exposés payent moins. - A.-E.Lemoine: Avec une limite à pas dépasser? - R.Lescure: Evidemment, l'euro public est rare.

Il doit être parcimonieux. On doit être prudents. - P.Cohen: On est à combien, à peu près, en aides? - R.Lescure: A peu près 1,4 milliard, plus le chèque énergie qu'on a augmenté.

On sera sans doute, en juin, aux alentours de 500 millions. Il y a des pays qui ont dépensé des milliards, notamment en baissant les taxes sur l'essence. Je baisse les taxes sur l'essence, ça coûte des milliards...

A l'époque, en 2022, on a aidé des gens qui n'en avaient pas besoin. Aujourd'hui, des conducteurs loisirs avec des véhicules de puissance importante n'ont pas besoin d'aide pour faire le plein. L'argent public, aujourd'hui, doit être réservé à ceux qui en ont le plus besoin.

Les pays qui ont fait autre chose, ils s'en mordent les doigts aujourd'hui. Ca dure plus que 1 ou 2 mois. Les milliards vont s'additionner.

L'approche qu'on a assumée, c'est une approche ciblée, flexible. On s'adapte. On concentre les aides sur ceux qui en ont le plus besoin.

Mais on aide tout le monde à changer de modèle. Quand on se réveillera de cette crise, si on se retrouve avec 60 % de véhicules électriques...

L'électricité est faite en France. Les batteries sont faites en France. Tout ça, c'est à la fois un nouveau modèle économique, un nouveau modèle énergétique mais aussi un nouveau modèle d'indépendance. - A.-E.Lemoine: Un mot sur TotalEnergies qui maintient sa politique de plafonnement vis-à-vis des prix à la pompe?

P.Pouyanné a dit qu'en cas de surtaxe, cette opération commerciale s'arrêtera. - E.Tran Nguyen: Vous demandez aux Français les plus aisés de contribuer.

Est-ce que vous le demandez aux grands groupes énergétiques qui font des profits? - R.Lescure: Je ne suis pas là pour défendre Total. 3 fois par semaine, je fais le point sur les approvisionnements dans les stations-services et les aéroports.

Aujourd'hui, en France, on ne manque pas de kérosène ni de gazole parce qu'on a une majore intégrée qui sait raffiner le pétrole, le livrer et le distribuer. C'est un avantage. Merci, Total.

Attention à ce qu'on appelle le Total bashing. Cette entreprise doit être responsable. Ils vont gagner beaucoup d'argent. - E.Tran Nguyen: On est à des bénéfices de 4,96 milliards d'euros au premier trimestre.

C'est une hausse de 51 % sur un an. - R.Lescure: Parce qu'ils produisent du pétrole au Niger, aux Etats-Unis, en Angola... - E.Tran Nguyen: Ce sont les effets de la guerre. - R.Lescure: Je ne suis pas en capacité d'aller taxer les profits de Total en Angola.

La question va se poser pour la France. En attendant, par rapport à d'autres pays...

Je parle régulièrement à mes confrères ailleurs en Europe et dans le monde. On ne manque pas d'essence et de gazole. C'est en partie parce qu'on a une major intégrée.

En plus, ils plafonnent. - A.-E.Lemoine: Ce n'est pas de la concurrence déloyale? - R.Lescure: Je pense qu'on n'a jamais été aussi transparents que pendant cette crise.

Sur le site, vous avez les prix de chaque station. Vous cliquez, vous avez l'approvisionnement, s'il manque de l'essence...

Toutes les semaines, on publie les marges des distributeurs. On voit que chez les majors, ça a un peu baissé, mais qu'ailleurs, ça n'a pas augmenté. Les distributeurs jouent le jeu de la concurrence.

Il y en a qui gagnent un peu plus que d'autres. C'est ce qui me frappe. Mon souci dans cette crise, c'est de m'assurer que face à un choc externe, on se serre les coudes et on se retrousse les manches.

Aujourd'hui, il n'y a pas d'excès ni d'abus, contrairement à ce que les politiques aiment à dire. - E.Tran Nguyen: On peut écouter la cheffe des Verts, M.Tondelier, qui accuse Total d'être un profiteur de guerre et de faire un chantage en refusant la taxe sur le superprofit.

Elle voudrait un geste symbolique. - M.Tondelier: En France, on donne la Légion d'honneur à monsieur P.Pouyanné.

Je pense que ce qu'il fait ne l'honore pas. Il devrait dire qu'il restitue l'argent. - E.Tran Nguyen: Ca vous choque? - R.Lescure: J'espère qu'on ne va pas passer trop de temps sur la Légion d'honneur de monsieur P.Pouyanné.

Sur les approvisionnements, ils font leur boulot. - E.Tran Nguyen: Et une contribution exceptionnelle? - R.Lescure: Ce débat aura lieu dans le cadre du débat sur la loi de finances.

Sur les raffineries, la question se posera. En attendant, le fait qu'on ait une grande major internationale, c'est plutôt un atout pour la France dans un moment où, parfois, des pays se demandent s'ils vont avoir du kérosène le mois prochain. Qui amène le kérosène en France?

Total. Si on peut partir en vacances cet été, on l'a dit aux compagnies aériennes et aux Français, c'est en partie grâce à Total. Il faut le dire.

Ca ne fait pas de moi un avocat béat des grandes entreprises, mais ça ne fait pas non plus de Total...

On retire la Légion d'honneur à qui, en général? C'est une déchéance. - E.Tran Nguyen: Ceux qui ont fait offense au pays.