François Hollande : regard d’un ancien président sur la crise
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7h41, suite des Matins d'été France Culture, les Matins d'été Guillaume Erner Bonjour François Hollande Bonjour Monsieur le Président, il y a deux tonalités dans la presse ce matin il y a des journaux qui cherchent à comprendre ce qui a traversé la tête de ces émeutiers c'est par exemple le cas de Libération ou bien du journal La Croix qui ont enquêté sur le profil de ces jeunes souvent des primo-délinquants et puis il y a une autre presse qui appelle à l'ordre qui évoque le très lourd bilan d'une semaine de violence c'est par exemple le cas du Figaro quel est votre regard sur ces quelques jours que la France a traversé ?
C'est un regard de douleur douleur parce que tout est parti de la mort d'un jeune homme à la suite d'un contrôle de police douleur parce que quand on voit des quartiers mais même des villes moyennes s'embraser avec de la violence, avec le risque pour la vie humaine avec des destructions de biens il y a là comme une douleur de voir partir en fumée des équipements publics, des commerces et un certain nombre d'établissements qui rendent justement des services et puis enfin douleur parce qu'il y a eu des attaques contre les symboles de la République les écoles, les mairies et puis les élus donc face à cette situation au-delà de la douleur je pense qu'il est important de se trouver en unité en unité, en cohésion, en bloc parce que nous formons tous une même nation et c'est ce qui a sans doute pour partie manqué face à des événements de cette gravité et puis ensuite c'est de prendre après bien sûr les regards qu'on doit avoir sur ces émeutiers ce qui les a conduits jusque là de prendre les bonnes décisions quand je dis les bonnes décisions c'est des décisions qui vont durer parce que des émeutes des événements dans les quartiers on en a connu en 2005 mais on en a eu d'autres il y en a eu aussi à l'étranger c'est un phénomène qui n'est pas en soi nouveau mais qui est récurrent et bien il faut s'atteler à prendre les décisions qui vont permettre d'agir sur les causes même de ces processus, rien d'excusé de ce qui s'est produit du côté de ces mineurs de ces jeunes qui se sont peut-être laissés entraîner mais que pour beaucoup ont voulu piller et voler
On a le sentiment qu'il est justement très difficile de faire société dans ces conditions qu'en pensez-vous François Hollande ?
Oui, cette question je me la suis posée au cours de mon mandat comment maintenir l'unité du pays comment faire que nous ne nous divisions pas j'ai affronté une autre crise c'était celle du terrorisme islamiste mais la même interrogation venait à mon esprit nous avons toujours besoin face à des événements qui peuvent nous diviser de rappeler ce qui nous unit et non pas accentuer ce qui nous sépare parce que le risque c'est bien sûr qu'il y ait des logiques séparatistes qui se mettent en place donc il y a, ça fait partie du rôle de la politique de donner une espérance commune tout en étant extrêmement clair sur l'autorité l'autorité c'est pas un mot qui doit heurter l'autorité elle doit être légitime l'autorité elle doit être assumée l'autorité elle doit être sans doute respectueuse mais respectée et donc c'est la question de l'autorité qui est forcément posée mais pour qu'il y ait de l'autorité il faut qu'il y ait de la justice et de l'égalité c'est ainsi qu'elle trouve toute sa force
il y a un symbole par exemple de la désunion des françaises ce sont ces deux cagnottes alors l'une a été menée pour la famille du policier qui est aujourd'hui soupçonné du meurtre du jeune Naël et puis l'autre pour la famille de l'adolescent tué votre regard monsieur le président sur ces deux cagnottes
c'est un, là aussi, c'est un phénomène qui a pris son ampleur avec les réseaux sociaux avant c'était plus compliqué quand même de marquer un éventuel soutien et ensuite on voit bien qu'il y a une instrumentalisation au moins d'une cagnotte quand on cherche de la solidarité c'est par rapport aux victimes c'est pas par rapport à des mises en cause ou à des personnes qui ont commis un certain nombre d'actes qui vont justifier qu'elles puissent passer devant la justice alors je pense qu'il faudra réglementer cette organisation de cagnottes d'ici là il y a des actions de justice puisque je sais que la famille du jeune Naël a déposé plainte par rapport à cette cagnotte qui a été constituée par un irresponsable je dois dire d'extrême droite qu'on connaît bien et qui est non pas dans une étude de solidarité à l'égard de la police mais dans une étude d'instrumentalisation du malheur
Vous seriez favorable à son interdiction ?
Alors la justice n'aura à se prononcer là-dessus Sur le plan de la morale Je pense qu'il faudrait réglementer donc légiférer sur ces questions parce qu'on a le droit de déposer des dons mais est-ce qu'il y a justement des dons qui peuvent être effectués pour soutenir des causes qui ne sont pas morales ? C'est ça la question
Est-ce que ça n'est pas justement casser le thermomètre puisque cette cagnotte alors pour partie des gens qui ont contribué à cette cagnotte pour la famille du policier soupçonné de meurtre c'est probablement aussi un geste politique fort et ce geste politique fort il correspond à une partie des français Que pensez-vous justement de ces français ? Qu'est-ce qu'on peut tenir comme discours vis-à-vis de monsieur le président ?
Oui, je ne sais pas exactement qui sont ces français-là Nous l'ignorons mais on voit que les sommes récoltées sont importantes Puisque c'est anonyme D'où viennent ces ressources ? D'où vient cet argent ?
Là aussi ça mériterait qu'on lève l'anonymat et qu'on connaisse exactement les sources Mais je crois que c'est pour ça qu'il faut légiférer parce que sinon on va continuer à affronter ou à se confronter nous-mêmes affronter les risques de manipulation parce que là en l'occurrence il y a une manipulation avec ce personnage d'extrême droite qui déjà avait sévi au moment des gilets jaunes et qui continue de le faire et il faut essayer aussi d'éviter de se diviser des solidarités existent elles peuvent être faites par d'autres moyens Donc c'est pour ça que je pense que là on est sur une polémique sur les cagnottes mais on voit bien que notre problème est bien plus considérable que de savoir d'où viennent ces fonds-là et qui les a produits
Alors un problème considérable il est évoqué par exemple dans le Financial Times du jour avec une statistique que je trouve extrêmement éclairante et que je vais vous soumettre François Hollande c'est une statistique sur le taux de pauvreté chez les jeunes dans la moyenne nationale et dans les familles d'immigrés Pour le pourcentage de jeunes pauvres et bien la France est plutôt bien classée elle est au niveau de la Suède et de l'Allemagne en revanche si l'on voit la différence entre la moyenne nationale et le taux de pauvreté des jeunes dans les familles immigrées alors là nous sommes très mal classés puisqu'on part de 10 à 40% et là parmi les pays de l'OCDE nous sommes presque l'un des pays qui fait le moins bien dont le score est le pire là aussi est-ce qu'il n'y a pas une clé et puis j'aimerais votre analyse de ce très mauvais chiffre
Le problème c'est que dans les quartiers vivent des populations qui sont pour beaucoup d'origine étrangère avec des enfants qui ne sont plus étrangers qui sont des français et il y a une installation d'une logique d'enfermement c'est-à-dire qu'on sort de plus en plus difficilement de son quartier et deuxièmement quand on en sort les populations qui viennent remplacer celles qui partent sont également d'origine étrangère et souvent d'immigration récente donc ça accroît encore le taux de pauvreté dans ces mêmes lieux et donc l'objectif de mixité sociale qui a été porté par les politiques de la ville il est progressivement repoussé toujours à plus tard donc la seule manière de faire c'est d'éviter qu'on place les mêmes personnes en difficulté dans les mêmes lieux ce qui crée d'ailleurs des tensions à l'intérieur même de ces quartiers par ailleurs il faut aussi regarder notre système de redistribution il est plutôt efficace notre système de redistribution les inégalités entre les plus pauvres et les plus riches ce taux d'inégalité est plutôt bas si on considère les nationaux en revanche il y a une paupérisation des plus pauvres et c'est pas simplement une paupérisation monétaire c'est-à-dire avoir de faibles revenus c'est une paupérisation de destin je devrais dire c'est-à-dire que non seulement vous n'avez pas beaucoup de moyens pour vivre mais vous pouvez essayer de dépasser cette difficulté parce que vous avez l'espérance de pouvoir en sortir là c'est une paupérisation parce que vous êtes enfermé dans votre quartier et enfermé dans la perspective de pouvoir en sortir et donc il y a la nécessité là aussi de changer profondément le système scolaire parce qu'il faut encadrer beaucoup plus ces jeunes et il faut leur donner la possibilité de réussir leur vie parce que nous sommes dans un paradoxe le chômage a baissé et longtemps et j'ai dû être parmi ceux-là nous avons pensé que lorsque le chômage serait particulièrement bas et bien il y aurait d'une certaine façon une résolution de nos problèmes d'inégalité, de pauvreté et bien ce n'est pas le cas même en période de chômage bas il y a cette installation d'inégalité profonde dans ces quartiers liée au fait qu'ils n'accèdent pas aux emplois qui peuvent être considérés comme les plus qualifiés donc il y a là aussi à travailler sur l'orientation scolaire les métiers qui sont fournis à ces jeunes de manière à leur donner une confiance dans la République une confiance dans leur avenir
mais c'est un phénomène hélas bien connu en sciences sociales on appelle ça la frustration relative c'est notamment lorsque les choses vont mieux que les crises se produisent mais est-ce que ça veut dire qu'il y a une partie des Français qui aujourd'hui est complètement en marge de ce phénomène d'amélioration est-ce que c'est un phénomène qui est beaucoup plus proche de la crise démocratique ou de la crise de la modernité qui fait qu'un certain nombre de personnes s'en prennent à des symboles sont en proie à une rage incontrôlable que l'on a vu déferler sur le pays ?
Oui, alors là il y a plusieurs facteurs qui s'ajoutent les uns les autres il y a le phénomène d'imitation il se passe un événement quelque part on a envie de le reproduire ce qui est très frappant dans ce qui s'est produit cette semaine la semaine dernière c'est le fait que ça ait pu toucher des communes qui jusqu'à présent étaient totalement épargnées par ces violences où il n'y a pas de quartier populaire où il n'y a pas de personnes issues de l'immigration depuis longtemps donc il y a par les réseaux sociaux sans doute par les images le phénomène d'imitation deuxièmement il y a le désœuvrement la déscolarisation parce que quand le système scolaire et les enseignants ne sont pas en cause quand l'année scolaire est ainsi découpée quand à partir du 1er juin ce qui est le cas cette année des jeunes souvent très jeunes d'ailleurs ne sont plus scolarisés sont dans le désœuvrement et de loisiveté ça produit ça et enfin je crois qu'il faut regarder les choses en face les trafiquants de drogue ont joué un rôle tout à fait évident dans ces mouvements ils avaient envie d'utiliser la colère dans un premier temps peut-être l'envie de casser dans un second temps et les effets d'imitation et d'entraînement et le pillage ils ont eu envie de déstructurer de désorganiser l'appareil policier pour mieux assurer leur trafic donc il faut être conscient aussi de ce que les mafias les petites les grandes d'ailleurs mafias de la drogue provoquent dans notre pays et pas simplement dans les quartiers populaires parce que ce trafic là il existe partout et pas simplement dans les métropoles
François Hollande une question personnelle lorsqu'on est un responsable politique et que l'on voit ce qui s'est déroulé ces jours-ci est-ce qu'on se sent responsable ? Comment nommer sa responsabilité dans les événements qui se sont déroulés ?
Ma responsabilité elle est de moins en moins grande depuis que j'ai quitté le pouvoir mais d'avoir exercé le pouvoir fait qu'à un moment ou un autre la question est légitime moi j'avais mis le paquet sur l'école créé de nombreux postes j'avais pensé qu'il fallait faire une politique de la ville qui soit pas simplement la réhabilitation des lieux mais aussi un accompagnement des personnes par les associations par les emplois aidés par une politique culturelle je considère qu'il est dommage qu'on n'ait pas poursuivi dans ce sens mais notre problème il est essentiellement de l'ordre de la répartition de la population c'est-à-dire que nous nous sommes tous satisfaits que chaque fois qu'il y a des courants migratoires nous recevons avec les demandeurs d'asile un certain nombre de personnes nous les placions toujours dans les mêmes lieux dans les mêmes départements dans les mêmes villes j'avais essayé de faire repousser ce carcan et cette espèce de répétition qu'on connaît de facilité il y a par exemple une loi qui s'appelle la loi d'Allo qui part d'un bon principe les gens qui n'ont pas de logement que fait-on d'eux ?
et bien les préfets les mettent dans les quartiers les plus populaires dans les quartiers déjà les plus difficiles donc c'est cette façon de traiter finalement l'organisation de notre territoire qui est en cause alors ça remonte peut-être à loin mais ça ne suffit pas de casser des tours ça ne suffit pas de réhabiliter c'est nécessaire et c'est quelquefois trop lent mais c'est un phénomène
complexe
il faut aussi changer la répartition de la population sur le territoire
mais avec les problèmes là aussi que ça suscite on l'a vu à Saint-Brévin par exemple
oui alors à Saint-Brévin c'était différent puisqu'il s'agissait d'accueillir des demandeurs d'asile pour un temps très limité mais c'est la partie justement de l'idée qu'il faut et donc là il ne s'agissait pas de répartir il s'agissait tout simplement comme je l'avais fait moi-même au moment où on avait démantelé Calais de faire que pendant un temps limité puisse y avoir un accueil de demandeurs d'asile mais on a vu comment l'extrême droite avait agi comment l'élu avait été menacé je fais d'ailleurs une observation il y a eu une solidarité à l'égard de cet élu de Saint-Brévin même j'ai vu que des élus de gauche y étaient allés j'aurais voulu aussi qu'il soit aussi solidaire par rapport à ce qui s'est passé à l'aile des roses
on se retrouve dans quelques instants François Hollande monsieur le président on évoquera le bilan à la fois de la gauche lorsque vous étiez au pouvoir mais aussi plus présentement la manière dont celle-ci la gauche peut tenter d'apporter des remèdes à cette situation à cette crise sociale qui a été révélée par ces émeutes 7h09 les matins d'été Guillaume Erner 8h22 sur France Culture quelle réponse a porté à la crise qui agite la France depuis la mort de Naël un plan un plan présenté par le chef de l'état c'est ce dont vous nous avez parlé dans votre billet politique Jean Lémarie François Hollande une réaction à ce qu'a dit mon camarade Jean Lémarie
il a dit beaucoup de choses donc je ne reviendrai pas sur tous les points mais on redécouvre la question des quartiers dès lors qu'il y a eu des émeutes et des émeutes qui ont été extrêmement violentes et qui n'ont pas touché que les quartiers et qui traduisent donc un phénomène de recours à la brutalité à la violence à la destruction qui touche une partie de la jeunesse une jeunesse sans doute désoeuvrée une jeunesse déscolarisée une jeunesse qui n'est plus encadrée bref il y a ce sujet là et donc on attend encore un plan peut-être il ne viendra même pas mais ce qu'il faut c'est agir en continu c'est-à-dire cesser de croire qu'il y aura une solution miracle parce que nous connaissons tous les éléments de la réponse la réponse elle est d'abord à l'école la grande affaire des quartiers c'est de savoir si les enfants pourront être encadrés instruits et capables de trouver leur destin dans des conditions qui soient disons équivalentes ou au moins moins inégalitaires que ce que l'on connaît aujourd'hui et puis deuxièmement il faut remettre en place le service public contrairement à ce que l'on dit et ce que dit notamment l'extrême droite la question du service public il est aussi bien posé en milieu rural qu'il est posé en milieu urbain et j'invite toujours je le faisais quand j'étais moi-même élu d'un département rural qui se plaignait à juste raison de certaines fermetures de classe dire vous savez aller faire un stage à Montreuil à Sarcelles ou ailleurs vous verrez que les conditions de vie ne sont pas forcément meilleures là-bas qu'ici donc il faut apprendre à vivre ensemble et donc il est tout à fait nécessaire d'y mettre les services publics mais aussi d'y mettre de l'ordre parce que cette façon d'opposer d'un côté il y aurait l'ordre et de l'autre il y aurait l'argent qu'il faudrait dépenser très franchement c'est une conception tout à fait réductrice l'ordre c'est une condition indispensable pour la vie en commun ceux qui demandent le plus d'ordre dans les quartiers précisément ce sont les familles parce qu'elles sont victimes des trafiquants parce qu'elles sont elles-mêmes exposées aux agressions parce qu'elles subissent la loi de certains caïds donc l'ordre c'est la condition minimale la sécurité et puis ensuite il faut agir pour qu'on ne vive pas toujours génération après génération dans les mêmes quartiers le problème de la mobilité ça fait partie de ce qu'est le principe même de la vie en commun aller ailleurs que là où on est né et on voit bien qu'il y a un problème d'enfermement j'ai une proposition que j'avais faite au moment où j'étais président de la république c'était de permettre que des classes des jeunes puissent dans une ville connaître une autre ville un autre village c'est-à-dire d'avoir une mobilité à l'intérieur même de notre pays on parle beaucoup d'Erasmus ce qu'on fait par exemple
ce que l'on appelle le busing
oui exactement il y a ce qu'on peut faire prendre un bus et aller scolariser ailleurs et puis il y a aussi pendant le temps scolaire de savoir comment on vit à Marseille quand on habite Paris comment on vit à Hussel quand on habite alors là c'est plutôt vis ma vie quand on habite au Lille oui qu'on soit capable sur certaines semaines de l'année d'aller voir ailleurs de comprendre ce qui se passe de faire ce qu'on appelle société de faire nation alors ensuite sur l'instrumentalisation par l'extrême droite bien sûr que quand il y a des images qui heurtent c'est tellement facile de jouer avec les peurs moi je ne nie pas la peur la peur il faut la regarder en face oui il y a des événements il y a des situations il y a des images qui nous font peur quand on casse un certain nombre d'établissements ou de commerces mais il est très important de pouvoir donner une issue parce que si c'est la logique séparatiste qui s'installe si demain on essaye d'enfermer de séparer encore davantage les populations entre elles mais dans quel pays voudrons-nous vivre c'est ce que certains notamment à l'extrême droite appellent la guerre civile et bien non le propre de la politique c'est de mettre du lien de l'unité de la cohésion
mais alors François Hollande justement est-ce que ce type d'événement de tragédie n'est pas pain béni c'est ce que disent beaucoup de commentateurs aujourd'hui pour l'extrême droite l'éventualité par exemple d'une élection de Marine Le Pen qui était considérée comme étant peu si probable il y a quelques semaines est-ce qu'elle ne paraît pas renforcée par cet événement là
je pense que ça suppose un débat politique qu'est-ce qui se produit en ce moment c'est il y a un effondrement des grands partis politiques qui serait supposé aujourd'hui de proposer une alternative donc l'extrême droite apparaît comme la seule opposition à un système et donc profite de tous les événements toutes les défaillances du système que ce soit sur le plan économique sur le plan international ou sur le plan intérieur au niveau de la sécurité en mettant en cause l'extrême droite je mets en cause le fait qu'elle représente un danger pas simplement un danger pour les libertés ça on peut l'imaginer mais un danger pour la vie en commun puisqu'il y a des peurs la principale peur que nous devons avoir c'est de penser que nous ne pourrons plus vivre ensemble que nous allons être dans des schémas où il faudra nous protéger à l'intérieur même de notre pays contre les autres donc j'y reviens sur le plan politique l'enjeu majeur c'est que les grandes familles politiques en l'occurrence la droite et la gauche doivent être capables de fournir des réponses pour offrir une espérance à une population qui aujourd'hui doute même de la capacité des politiques à faire face aux défis
Jean Lémarie si ce sentiment est là aujourd'hui monsieur le président n'est-ce pas aussi un échec de la gauche
bah oui c'est un échec de la gauche tel qu'elle est organisée aujourd'hui on a bien vu ce qui s'est produit c'est à dire qu'est-ce qui s'est produit selon vous ?
une partie de la gauche parlons très clairement les insoumis autour de Jean-Luc Mélenchon plutôt que de trouver des explications il faut toujours des explications elle s'est mise dans un rejet de l'ordre et à penser même que finalement les mouvements les manifestations les désordres pouvaient culbuter le pouvoir elle a toujours cette espèce de schéma à l'esprit ça ne peut pas donner une vocation majoritaire à ce parti personne ne pense que c'est cette façon-là de faire qui peut recueillir 51% des voix pour une élection présidentielle et gouverner le pays
mais alors c'est un problème de tactique politique ou un problème de morale ?
c'est un problème d'abord de fond d'attitude par rapport à ce que doit être la vie en commun la première chose qu'aurait dû faire Jean-Luc Mélenchon comme la plupart de ses amis insoumis tout en étant extrêmement sévère sur un certain nombre de points liés à l'action gouvernementale de dire qu'il y avait une unité nationale à assurer et un appel au calme à lancer ce qui n'a pas été fait mais la gauche n'est pas simplement son extrême la gauche c'est celle qui a été capable pendant des années de gouverner le pays ou en tout cas de représenter une opposition crédible et bien c'est à cette gauche-là de s'organiser c'est à cette gauche-là de se reconstruire c'est à cette gauche-là de préparer l'avenir et pas de rester dans une espèce de dépendance à l'égard de l'extrême gauche jamais la gauche n'a gagné quand elle était dépendante de l'extrême gauche si François Mitterrand avait été dépendante du parti communiste bien sûr qu'il n'aurait jamais remporté l'élection de 1980 même si le parti communiste n'était pas sur les positions d'aujourd'hui de LFI deuxièmement si moi-même je n'avais pas été à la tête d'un grand parti et bien je n'aurais pas gagné l'élection présidentielle de 2012 de la même manière si Lionel Jospin n'avait pas bâti une famille politique capable de faire la gauche plurielle il n'y aurait pas eu l'avènement de la gauche plurielle au pouvoir
donc c'est ça la condition ce que vous appelez l'extrême gauche ce qu'elle reproche à la gauche que vous pourriez incarner par exemple c'est d'avoir renoncé sur un certain nombre de choses par exemple en 2012 d'avoir enterré le récépissé qui aurait pu être une manière de lutter contre le racisme dans la police
oui cette question du récépissé était posée il y a beaucoup d'autres thèmes mais voilà c'est à dire de faire qu'on ne multiplie pas les contrôles d'identité sur les mêmes personnes avec des évidences de discrimination au faciès j'ai préféré une autre solution que je trouve beaucoup plus efficace qui est la caméra piéton parce que la caméra piéton qui aurait dû être généralisée puisque j'avais engagé ce processus et qui permet d'avoir des images et d'ailleurs ce sont les images qui ont fait que nous avons pu constater qu'il y avait eu un manquement à toutes les règles lors de la tragédie de Nanterre donc les caméras piétons c'est une meilleure façon que le récépissé qui à un moment ou un autre n'aurait pas été vous êtes sûr
que c'est pour ça qu'il a été rejeté notamment par le ministre de l'intérieur
de l'époque Manuel Valls oui c'était une des raisons parce que c'était inefficace parce que même s'il pouvait y avoir deux trois contrôles même si le récépissé pouvait éviter les syndicats policiers pesaient également
sur Manuel Valls comme sur d'autres gouvernements d'ailleurs
bien sûr mais faisait valoir qu'à ce moment là il pouvait y avoir un contrôle qui n'avait rien donné et puis quelques heures plus tard le même individu pouvait se mettre dans une situation d'infraction et on ne pouvait pas le contrôler c'était absurde mais je pense que la caméra piéton a permis et permet encore d'avoir justement un contrôle de l'activité policière
Jean Lémarie je reviens à l'existence de ces deux gauches telles que vous les définissez la France insoumise d'un côté pour faire les choses simplement de l'autre le parti socialiste comment expliquez-vous que la France insoumise ait réussi une percée notamment à l'élection présidentielle lors des législatives qui ont suivi beaucoup plus que le parti socialiste est-ce que la France insoumise n'a pas su toucher des sujets importants au coeur des banlieues dont on parle aujourd'hui
ce n'est pas les banlieues qui ont fait le succès de Jean-Luc Mélenchon ce serait d'ailleurs tout à fait réducteur s'il a fait 21 ou 22% ce n'est pas simplement par le vote des banlieues peut-être que lui le croit mais ce n'est pas la réalité pourquoi ? il y a eu
dans certains bureaux plus de 50% au premier tour
ça a surpris tout le monde mais ça avait été vrai pour la candidature qui était la mienne en 2012 ça avait été vrai d'ailleurs pour la candidature de Ségolène Royal en 2007 il y a toujours eu un vote des quartiers populaires en faveur de la gauche pourquoi ça a été au bénéfice cette fois-ci de Jean-Luc Mélenchon parce que le parti socialiste a choisi de disparaître quand vous choisissez de disparaître c'est très rare que les électeurs viennent vous réanimer donc à un moment la condition pour exister dans une élection et même dans la vie politique c'est de s'affirmer de proposer de travailler de porter des politiques et c'est quand même possible pour le parti socialiste compte tenu de son réseau d'élus compte tenu de sa présence compte tenu de son histoire compte tenu aussi de son identité de gauche crédible donc il appartient au parti socialiste ou à ce qui pourrait succéder au parti socialiste de reformer cette condition même d'organisation politique
est-ce que c'est encore possible est-ce qu'il est possible de réunir ces différentes composantes de la gauche sauf si vous imaginez que le parti socialiste ou une entité de la sorte puisse aller à l'élection sans la France insoumise
d'abord je ne pense pas que les électorats soient irréconciliables les électeurs ou électrices ils ont envie d'un changement et ils se portent vers celui ou celle qui peut donner cette perspective de changement donc c'est pas en nous séparant au niveau des électorats que bien sûr la majorité pourrait être obtenue mais en revanche c'est en créant les conditions d'une d'une force qui puisse être elle celle du gouvernement possible c'est-à-dire d'une force crédible de la social-démocratie et d'ailleurs ça doit commencer dès les élections européennes pourquoi instaurer ce rapport de force parce que aux élections européennes d'abord c'est un scrutin européen c'est un scrutin à la proportionnelle les socialistes doivent s'y présenter et ils doivent devenir la première famille politique de la gauche et c'est en devenant la première famille politique de la gauche qu'ils permettront à la gauche de gouverner
Merci François Hollande Monsieur le Président d'avoir été avec nous ce matin 8h35 sur France Culture il est l'heure d'aller vers Avignon France Culture présente le secret de la licorne en offrant à son ami Haddock le modèle réduit d'un navire Tintin ne se doutait pas que cette maquette était la réplique de la licorne que commandait un aïeul du capitaine Je suis persuadé que si nous parvenons à réunir les trois parchemins nous découvrirons les diamants de Racam le Rouge et je sais déjà où trouver le second venez capitaine Cette découverte va les mettre sur la piste d'un mystérieux trésor Les aventures de Tintin le secret de la licorne un podcast réalisé par Benjamin Habitant sur franceculture.fr et l'appli Radio France
François Hollande