Bayrou : premiers pas... premières bourdes ? - C dans l’air - 17.12.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 25 %Attaque 50 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 77 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:44OuverteRéponse directe
Est-ce une faute politique pour Bayrou de s'être rendu à Pau alors que Mayotte est en crise ?
- 3:30RelanceRéponse directe
Bayrou défend le cumul des mandats. Est-ce une erreur ?
- 8:58OuverteRéponse directe
Bayrou affirme que la situation à Mayotte est sous contrôle. Est-ce crédible ?
- 12:34RelanceRéponse directe
Vous n'auriez pas dû vous rendre à Pau pour conserver un mandat, mais à la réunion de crise de l'Elysée ?
- 13:16OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous faites là ?
- 14:42RelanceRéponse directe
Face à une telle catastrophe, il est important d'être aux côtés de ces populations. Vous auriez dû être à Mayotte.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 12:34F.BayrouFait
« Vous pouvez vous égosiller autant que vous voulez. C'était le président de la République qui dirigeait la réunion de crise et j'ai participé. »
- 13:16F.BayrouFait
« C'est à bord d'un avion Falcon qu'il a rejoint Pau hier soir pour assister au conseil de la ville dont il est maire. »
- 13:57F.BayrouFait
« Le système qu'on connaissait avant, où on pouvait être maire et député et ministre, c'était beaucoup plus humain. »
- 14:42Y.Braun-PivetFait
« Face à une telle catastrophe qui n'est pas arrivée sur le territoire national depuis des décennies, il est important d'être aux côtés de ces populations. »
- 15:25F.BayrouPromesse
« J'ai bien compris les défis, l'impératif qui est le nôtre. Je vous promets d'essayer, pas seulement aujourd'hui, de le résoudre avec l'ensemble de la représentation nationale. »
- 18:31S.Pierre-BrossoletteFait
« Une faute a conduit à la seconde faute. Il veut garder son mandat, c'est une assurance tous risques. »
- 24:07C.RouxFait
« Il dit qu'il ne choisira pas. Il peut tenir ? Il peut décider de ne pas choisir ? »
- 28:27C.RouxFait
« La question retraites peut être un point de passage ? Il y a eu des mots pesés à l'époque de la réforme des retraites. »
- 37:02E.MacronFait
« Je veux profondément le remercier. Je veux le remercier de sa proposition d'alliance. »
- 37:35F.BayrouFait
« J'ai la chance de parler avec le président de la République presque tous les jours. »
- 38:19F.BayrouFait
« L'annonce de la retraite à 65 ans, qui a été faite de manière un peu brutale, trop brutale, ne correspond pas à la réalité. »
- 39:02C.RouxFait
« Il promet d'être dans une position encore plus forte que ce qu'avait vécu E.Macron avec M.Barnier. »
- 52:50F.MerzFait
« Vous êtes une honte pour l'Allemagne ! Vous êtes embarrassant ! »
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue. C'est un baptême du feu pour F.Bayrou. Une heure de questions-réponses avec les députés. Pour une première, le chef du gouvernement, sans gouvernement pour l'instant, devait désamorcer une première polémique: son aller-retour à Pau pour présider le conseil municipal alors que l'urgence est à Mayotte. Il a tenté de s'expliquer cet après-midi. "Attention à ne pas séparer la province des cercles du pouvoir à Paris." Le nouveau locataire de Matignon joue la carte de l'élu de terrain. Il défend même au passage le cumul des mandats. Est-ce une faute? Que sait-on de sa stratégie pour répondre aux multiples défis? Quelles sont ses relations avec le président de la République? Ce dernier a annoncé un déplacement en urgence à Mamoudzou. Avec nous pour en parler, J.Jaffré, politologue, chercheur associé au Cevipof.
C.Michel-Aguirre, vous êtes journaliste Avec nous ce soir, S.Pierre-Brossolette, éditorialiste politique au "Point". B.Boucher est journaliste politique et présentatrice de l'émission "l'information s'éclaire". Bonsoir à tous les 4. Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct. On va écouter F.Bayrou. C'était cet après-midi. Il voulait passer un message de rassemblement. - F.Bayrou: Madame la députée, d'abord un mot pour vous dire l'émotion qui est la mienne. Il y a longtemps que je n'ai pas pris la parole C'est une l'Assemblée que j'ai beaucoup aimée. Je veux lui dire quelque chose de simple, un sentiment et une expression de respect de la part du gouvernement à l'égard de chacune et de chacun qui siège sur ces bancs. - C.Roux: Ces mots aussi lui ont été reprochés. Il parle de lui alors qu'il faudrait qu'il parle de Mayotte. - J.Jaffré: Oui. On ne peut pas dire que ce soient des débuts exceptionnellement réussis. Mais il y a plusieurs problèmes dans tout ça. F.Bayrou parle de la classe politique à la classe politique
auraient cru qu'on leur parlerait à eux. D'ailleurs, il n'est pas allé à la télévision pour une interview, ce qui est classique pour un Premier ministre nommé, même si ce n'est pas toujours dans les grandes émissions que vous vous dirigez. Il aurait pu venir dire qu'il avait un certain nombre d'objectifs en tête, qu'il voulait s'en occuper, et parler de Mayotte aux Français, ce qu'il aurait dû faire dimanche soir, à l'évidence. C'est sa première bourde. Sa deuxième bourde, c'est son déplacement à Pau. Parfois, F.Bayrou, c'est la mauvaise fois incarnée, en particulier dans les débats parlementaires. Il nous a lancé le grand thème de l'opposition entre Paris
et la province, les Parisiens qui ne comprennent rien au pays et "il faut donc que je retourne en province en permanence car je suis un provincial". C'est le paysan béarnais qui est de retour. Etait-il cependant heureux qu'il ne soit pas présent au côté d'E.Macron physiquement pour la réunion sur Mayotte? Certainement pas. - C.Roux: Pardon, je vous coupe. Il s'en est expliqué à l'Assemblée cet après-midi. On va l'entendre dans un instant. du pouvoir à Paris."
Il cite la mairie du 7e arrondissement en répondant à M.Panot, qui l'interpellait. - J.Jaffré: Comme interlocutrice de la mairie du 7e arrondissement de Neuilly-sur-Seine... Nos téléspectateurs sont très nombreux à bien connaître les lieux de pouvoir en politique. C'est R.Dati, dans le 7e arrondissement. Ca a longtemps été N.Sarkozy à Neuilly. Ca lui brûlait probablement les lèvres, à F.Bayrou, d'envoyer une petite tape à Sarkozy. - C.Roux: Vous dites qu'il s'agit d'une erreur. municipal, qu'il veut garder son mandat... Il relance la question sur le cumul des mandats. C'est une faute politique? On parle même du prix du billet d'avion...
Enfin, de l'avion privé qu'il a pris pour cet aller-retour. - C.Michel-Aguirre: Une mutation doit avoir lieu, de la posture politique de F.Bayrou. Depuis 12 ans qu'il a quitté l'Assemblée nationale, il joue sur deux registres qu'il a invoqués ces derniers jours. D'abord, c'est le vieil instituteur, référence à Henri IV. Il a aussi fait une citation de F.Mitterrand, par ailleurs Il joue l'historien et le vieux sage de la politique. "J'en ai vu d'autres", etc. Ca allait tant qu'on était le conseiller, l'éminence grise un peu sage d'E.Macron, le jeune qui arrivait et qui dégommait tout. Là, on est passé dans un autre registre. Il a les clés du pouvoir. Nous sommes en situation d'urgence. Vous en avez parlé: il y a Mayotte. Juste après, et ce n'est pas du tout contradictoire, ça va avec, il y aura le budget, sans parler de la composition du gouvernement. On voudrait qu'il ait les mains dans le cambouis. Ca fait des mois qu'on est sans gouvernement. Il va falloir que sa posture évolue, sans compter que tout ça
donne une petite impression d'impréparation. C'était déjà le cas dans la passation de pouvoir, avec M.Barnier qui était sympathique, entre ces deux hommes qui étaient un peu de la même génération et dont on avait retiré peu, si ce n'est une nouvelle citation à Henri IV. Là, il a dit qui n'allait pas faire sa déclaration de politique générale maintenant. Certes, mais on aimerait bien que sur la méthode, - C.Roux: A.Corbière a fait ce tweet. Il n'était peut-être pas préparé à ce qu'on ne lui passe rien. - S.Pierre-Brossolette: C'est dur, mais il ne l'a pas volé. C'est du typique F.Bayrou. C'est l'ancien monde. Il s'apprêtait à s'attaquer à l'Himalaya, comme il l'a dit. Et il s'est retrouvé devant un tsunami. Il était complètement en porte-à-faux. Il a été bousculé. Il avait son clan, à l'ancienne, doucement... Il aime parler lentement et prendre son temps.
Il n'aime pas se faire balader par les autres, pas On ne se laisse pas bousculer quand on est le digne successeur d'Henri IV. Il fait des erreurs. Il en a souvent fait dans sa vie. Il est souvent présomptueux. Il a les défauts de la politique à l'ancienne et il est pris parfois par un certain hubris. Quand il était ministre de l'Education, il croyait qu'il pouvait bousculer la loi Falloux qui a mis un million de personnes dans la rue. Là, il a cru qu'il suffisait qu'il arrive avec sa main tendue
et ses mots de compromis pour que les choses s'apaisent. Arriver à ce but ultime... Pour lui, peut-être qu'il n'y aura plus de présidentielles, quoi qu'il espère encore... Mais c'est peut-être pour lui le point culminant de sa carrière. Il se dit: "Ca y est, j'y suis!" Aujourd'hui, c'est trépidant. Il faut savoir s'adapter. C'est le nouveau monde que pratique E.Macron avec plus ou moins de bonheur, mais au moins, il en a les codes. D'ailleurs, Ga peut faire plaisir à une certaine partie de la population de ce style à l'ancienne.
On va voir les sondages. S'il n'en avait pas fait dans sa vie, il serait déjà président. - C.Roux: Sur le fond, il dit qu'il était à cette réunion sur Mayotte, en visio, qu'il a suivi cette réunion, avec le président et deux ministres sur place... "La situation est sous contrôle. Je pouvais aller à Pau sans mettre en péril la gestion de crise à Mayotte." Ca s'entend? - S.Pierre-Brossolette: Non. C'est de la séance de rattrapage. S'il fallait refaire le film pareil, il ne le referait pas Les hommes politiques n'arrivent jamais à admettre une erreur.
Là, c'est une erreur assez énorme. Il a une petite pensée aujourd'hui pour sa conseillère, une femme remarquable qui est décédée, malheureusement. Sans doute qu'elle ne lui aurait pas laissé faire cette bêtise. - C.Roux: Une autre bourde. A propos de Mayotte, pour justifier sa présence à Pau, il dit qu'il n'est pas d'usage que le président de la République et le Premier ministre quittent le territoire national en même temps. Quand on parle de Mayotte, ça fait mal. de F.Bayrou. Il a fait plusieurs maladresses. Il dit aussi que Pau est en France, sous-entendu que Mayotte n'est pas en France. Il a fait cette incursion sur la mairie du 7e arrondissement. On a le sentiment d'une déconnexion totale. J'ai trouvé un F.Bayrou assez poussif, assez déconnecté de la classe politique qu'on connaît aujourd'hui. Il a quitté l'Assemblée nationale depuis 12 ans, c'est vrai. Pourtant, il la connaît bien. Il a été 20 ans député. Il connaît très bien l'Assemblée. la politique d'aujourd'hui, le temps politique et le temps médiatique.
- C.Roux: Il remet peut-être en question ce temps. - B.Boucher: On a l'impression qu'il s'en moque, qu'il veut prendre ses distances avec la politique d'aujourd'hui. En réalité, il va être très vite rattrapé par l'Hémicycle. Il a essayé de rassembler à gauche à droite. J'avais le sentiment qu'il trouvait plus d'assentiment sur le côté droit de l'Hémicycle que sur le côté gauche. Il y a eu un affrontement avec B.Vallaud. - S.Pierre-Brossolette: Le seul petit moment de bonheur, c'est en parlant des impôts. nous serions le pays le plus heureux au monde. - C.Roux: On va reparler du fond. Il y a la question de la fiscalité et celle des retraites. Une chose est sûre: la parole de F.Bayrou était très attendue
cet après-midi à l'Assemblée. Pas De ministres sur le banc, toujours pas de gouvernement, mais des questions-réponses avec des députés en forme de grand oral. Au menu: l'urgence budgétaire, mais surtout la polémique sur son déplacement à Pau alors que tous les regards sont tournés depuis quelques jours vers Mayotte. - Seul face à une partie de l'Hémicycle en colère... - Pour ses premières questions au gouvernement qu'il incarne seul, il n'a pas échappé aux foudres de l'opposition
qui lui reproche son voyage à Pau hier soir. - M.Panot: Vous n'auriez pas dû vous rendre à Pau pour conserver un mandat, mais à la réunion de crise de l'Elysée pour assumer votre nouveau rôle. Le mépris est éprouvé d'autant plus grandement quand la souffrance est là. - F.Bayrou: Vous pouvez vous égosiller autant que vous voulez. C'était le président de la République qui dirigeait la réunion de crise et j'ai participé. C'est à bord d'un avion Falcon qu'il a rejoint Pau hier soir pour assister au conseil de la ville dont il est maire. Un décalage surprenant avec la crise à Mayotte. - F.Bayrou: Merci pour votre accueil. - Un accueil glacial des élus de l'opposition. - La première question qui me vient, c'est: qu'est-ce que vous faites là? Je considère que le fait que vous soyez venu ici, c'est une faute politique. - Vous ne trouvez pas désolant de vous trouver ici alors que vous avez accepté, exigé même, si j'ai bien compris
le vaudeville qui a conduit à votre nomination, des fonctions - Pour sa défense, il fait l'éloge d'un vieux modèle: le cumul des mandats, pourtant interdit depuis 2014 aux parlementaires. - F.Bayrou: Le système qu'on connaissait avant, où on pouvait être maire et député et ministre, c'était beaucoup plus humain. Il n'y avait pas cette rupture. - Une justification qui interroge jusque dans les rangs du camp présidentiel. - Y.Braun-Pivet: Face à une telle catastrophe qui n'est pas arrivée sur le territoire national depuis des décennies, il est important d'être aux côtés de ces populations. J'aurais préféré que le Premier ministre, au lieu de prendre Il faut être à 100 % mobilisé sur la gestion de la crise dans de telles circonstances. - Rétablir le cumul des mandats, l'idée ne convainc pas
du tout la classe politique. - M.Tondelier: Si ce qu'a voulu faire F.Bayrou hier est de démontrer l'intérêt du cumul des mandats, qu'il peut avoir une jambe à Matignon et une jambe à Pau, et que tout ça était compatible, je pense que c'était à contre-emploi. - Ce n'est pas compatible. Le Premier ministre, c'est tous les jours, de jour et de nuit, des ennuis qui tombent. pas être une priorité pour les Françaises et les Français. La priorité, c'est le pouvoir d'achat, l'accès aux soins, l'école, l'hôpital... - Autant de questions auxquelles le nouveau Premier ministre a promis de répondre, sans oublier le vote sensible du budget. - F.Bayrou: J'ai bien compris les défis, l'impératif
qui est le nôtre. Je vous promets d'essayer, pas seulement aujourd'hui, de le résoudre avec l'ensemble de la représentation nationale. - F.Bayrou a été reçu par E.Macron ce midi pour évoquer la composition du futur gouvernement. - C.Roux: Nous allons revenir sur la composition du gouvernement, sur les sujets de fond. Voici une remarque. Ca, ça ne passe pas. - J.Jaffré: Bien sûr. D'abord, ce qu'on voit est spectaculaire. Les couteaux sont tirés. Il est invraisemblable que Y.Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, faisant partie en principe de la majorité, que F.Bayrou l'exécute de cette façon à la stupéfaction d'ailleurs de l'éminent journaliste qui l'interrogeait... On se dit que la cohésion même est complètement remise en cause, pour la nomination et maintenant.
Il est difficile de continuer d'utiliser le Falcon. F.Bayrou est un peu stupéfiant, quand même. Expliquer que tout va bien parce qu'il a assisté à la réunion en visio de la première à la dernière minute, ce n'est pas comprendre la puissance des images et de la présence. On attend de la fonction de Premier ministre au moins de donner le sentiment qu'on a en main les affaires de l'Etat. Quand vous êtes en visio à Pau, pour suivre la réunion, et que les images ne montreront qu'E.Macron et les ministres présents, vous n'êtes plus sur l'image. L'autre faute, c'est que, dans cette affaire, il a laissé l'Etat à B.Retailleau. C'est B.Retailleau qui incarne l'Etat par sa présence à Mayotte et par la puissance même de sa présence. Même en bras de chemise, quand B.Retailleau parle, c'est
l'Etat qui s'exprime. Il a laissé la nation à E.Macron. E.Macron annonce le deuil national et qu'il va aller très vite à Mayotte car il faut porter auprès des Mahorais la présence de la France telle qu'elle est. Il n'est ni sur le plan de l'Etat ni sur le plan de la nation... Il est là à défendre le cumul des mandats. Il y a urgence à se ressaisir. - S.Pierre-Brossolette: Une faute a conduit à la seconde faute. Il veut garder son mandat, c'est une assurance tous risques...
Pour justifier ça, il a mis le cumul des mandats dans le débat. Ce n'était pas le bon timing. On peut débattre des causes de la déconnexion d'une certaine administration parisienne par rapport aux besoins des gens d'en bas, comme le disait M.Barnier. Il y a peut-être une question à poser sur le cumul, mais l'opinion est complètement contre. L'accumulation de charges est plutôt une accumulation de financements plutôt qu'une présence accrue des élus Donc ils ne sont pas pour. C'est sans doute la mauvaise réponse à une bonne question. C'est vrai qu'il y a la question de la déconnexion de certains ministres, des administrations, des besoins pratiques des gens. Mais ce n'est pas forcément en cumulant des élus qui ont les pieds sur le terrain parce qu'ils se font élire...
Ils n'ont que le souci de la réélection. Les députés ont des permanences tout le temps. Je ne pense pas que ce soit la bonne réponse. Une boulette en a entraîné une autre. "François le têtu" n'en démordra pas. - C.Roux: Y.Braun-Pivet ne s'exprimait pas sur le voyage à Mamoudzou, qu'il n'a pas fait, mais sur le cumul des mandats, en disant que ce n'était pas le moment. L'urgence n'est pas à débattre à nouveau sur le non-cumul des mandats, voté en 2018 à l'unanimité. - C.Michel-Aguirre: D'ailleurs, les députés eux-mêmes
sont très partagés. C'est un sujet qui est revenu régulièrement, notamment avec cette Assemblée macroniste qui était très novice, qui n'avait pas eu de mandats locaux précédemment. Quand vous parlez aux députés, vous en avez autant qui sont persuadés qu'il faudrait revenir à un certain cumul député n'est pas censé l'être, et d'autres qui vous disent que pas du tout, qu'il faut être à fond dans la mandature nationale. En plus, en tant que Premier ministre, alors qu'il l'est, ce n'est pas du tout sa fonction, avec les urgences qu'il a sur la table. Même si ça devait revenir sur le tapis, je ne vois pas quelle serait l'issue du vote. - C.Roux: Il défend le cumul des mandats, sans cumul des indemnités. - B.Boucher: De toute façon, aujourd'hui, c'est plafonné. On a dans l'esprit qu'on cumule les indemnités. Pour les Français, le cumul est très impopulaire. ce qu'on gagne en tant que parlementaires. Ca n'excède pas une somme un peu au-delà de 8000 euros, qui peut
paraître assez importante certes, mais pour un double travail. Le double mandat a toujours divisé la droite et la gauche. Peut-être qu'il envoie un petit signal aux Républicains, aux sénateurs et aux territoires. Mais ce n'est pas le moment de le faire. C'est un très mauvais timing. - C.Roux: On peut lui reprocher. Il a regardé le côté très expéditif du mandat de son prédécesseur. "Je voudrais pouvoir garder mon mandat de maire de Pau." C'est se projeter sur quelque chose qui ne pourrait pas durer. D'abord, il se justifie. A mon avis, le cumul des mandats ne devait pas arriver dans le débat à ce moment-là. Il est obligé de le faire. Ca donne l'impression qu'il s'occupe de lui alors qu'il y a des centaines de personnes mortes probablement à Mayotte, et on ne connaît pas
encore le bilan. Il est provisoire. Il va être beaucoup plus lourd. Il le fait pour des raisons politiques. Il défend l'idée que la région, les provinces et Paris, le cercle Ca a toujours été un combat. On peut le comprendre. Mais il le fait aussi pour des raisons politiciennes. Peut-être que dans 3 mois, voire moins, quand on voit ce démarrage, il ne sera plus là. Il devra peut-être revenir à la mairie de Pau. Ca fait 10 ans qu'il est maire de Pau. Peut-être qu'il devra y retourner.
C'est son assurance-vie ou tous risques. - J.Jaffré: Le b.a.-ba, dans ces cas-là, c'est que vous restez conseiller municipal. Vous mettez l'un de vos proches amis au poste de maire. plus à Matignon. Ce n'est pas très compliqué d'organiser ce genre de choses. C'est donc ahurissant que ça ne vienne pas à l'esprit du Premier ministre. - C.Roux: Dans ses explications, il y a une autre urgence, sortir un gouvernement dans les jours qui viennent. Ca peut s'entendre? Il s'est engagé sur quelque chose de rapide. - J.Jaffré: Ca justifie le fait qu'il n'aille pas à Mayotte. Mais ça ne justifie pas le fait qu'il ne se soit pas exprimé à la télévision sur ses objectifs et sur Mayotte. Il aurait dû le faire dimanche soir. Il aurait dû se consacrer à Mayotte. En tout cas, il aurait dû donner le sentiment que c'était
une immense préoccupation pour lui. Par ailleurs, tout le monde peut comprendre qu'on ne va pas attendre début janvier pour avoir un gouvernement. Les Français seront attentifs au gouvernement pour 8 jours encore, pas plus. - C.Roux: On a une remarque. Visiblement, il dit qu'il ne choisira pas. Il peut tenir? Il peut décider de ne pas choisir? - B.Boucher: Je pense qu'il devra moins souvent se rendre à Pau, L'urgence, c'est de répondre à la situation de Mayotte, de former un gouvernement. Il y a urgence à avoir une équipe gouvernementale et à avoir un budget. Toutes les personnes qui ont travaillé sur un budget vous disent qu'il faut une année entière pour le faire. - C.Roux: Il a dit qu'il ne laisserait pas la situation budgétaire sans réponse. Il s'y est engagé.
Il a rappelé qu'il s'était toujours exprimé sur ce sujet, bien avant qu'on se retrouve C'était son mantra en 2007. Sur cette situation budgétaire, on sait qu'il va s'y atteler. - S.Pierre-Brossolette: C'est sans doute l'un des sujets qu'il a travaillés. On se souvient de sa campagne de 2007, qu'il a faite sur la dette. Tout le monde le prenait pour un fou, il le reconnaît lui-même. Enfin, il y avait la moitié de la dette d'aujourd'hui. Là, c'est l'éléphant au milieu de la pièce. Il faut absolument s'attaquer au budget. Les déficits n'ont pas disparu avec la censure et la nomination Il en est conscient. Il a une équation très difficile. La solution trouvée est offerte,
mais aussi rejetée... La droite trouvait que c'étaient des solutions trop à gauche parce que M.Barnier augmentait les impôts et qu'il enlevait des exonérations de charges. Lui est plutôt dans l'état d'esprit de dire que l'impôt n'est pas une solution à tout. Il le dit avec un peu d'éloquence. Il serait comme un bon père de famille, couper la dépense et rationaliser le budget de la France. est effroyable. La droite va mettre des lignes rouges. Les conditions pour que LR participe au gouvernement, c'est qu'il n'y ait pas trop d'impôts, mais plutôt des coupes dans les dépenses. La gauche n'a comme solution que d'augmenter les impôts. Pour trouver le chemin, ça va être compliqué. - C.Roux: On va reprendre les 2 aspects de ce dialogue que vous évoquez. C'est son logiciel. Il a dit à l'Assemblée nationale que des passerelles existaient. Il en est convaincu. au gouvernement. C'est après les consultations. Ca veut dire que c'est déjà crispé avec LR? - B.Boucher: C'est compliqué.
Aujourd'hui, ils retiennent leur participation au gouvernement. Ils mettent un certain nombre de lignes rouges. C'est aussi ce que dit la gauche. Mais pour quoi faire? Quelle est la feuille de route? Quelle sera la politique menée? En même temps, la gauche n'a pas intérêt à se retrouver dans un gouvernement, étant donné qu'il y aura avec les municipales en 2026 et l'élection présidentielle en 2027. Chacun aura à coeur d'afficher ses convictions, de droite et de gauche. D'ailleurs, un nouveau rendez-vous a été demandé à F.Bayrou pour qu'il s'explique sur ce qu'il allait faire,
et notamment sur des discussions avec le budget. - C.Roux: B.Retailleau est LR? Il veut rester au gouvernement? - B.Boucher: Oui. Il y a des dissensions entre B.Retailleau et L.Wauquiez. Ce qui est sûr, c'est qu'il y aura B.Retailleau au gouvernement, Il faut afficher les migrations et la sécurité... Sur le régalien, il a promis à la droite qu'il ne bougerait pas de la ligne menée par M.Barnier. - C.Roux: Maintenant, regardons à gauche. La question retraites peut être un point de passage? Il y a eu des mots pesés à l'époque de la réforme des retraites. Il avait donné le sentiment de prendre de la distance avec ce que faisait E.Macron. Pourrait-il donner gain de cause au PS en mettant entre parenthèses la réforme des retraites? - C.Michel-Aguirre: D'abord, revenons sur le positionnement
des socialistes. la grande différence entre la situation précédente du gouvernement de M.Barnier et la situation actuelle, c'est la position du PS, qui a vu passer des trains, qui a vu LR se retrouver avec un Premier ministre alors qu'ils ont moins de députés. Il y a un ministre, B.Retailleau, qui s'est imposé. Il a vu le RN engranger une grande victoire politique, même si c'est discutable, en disant que sur la facture d'électricité, ce serait non. Le PS a besoin d'une victoire politique, d'un symbole de quelque chose, pour dire qu'il est aussi dans le jeu. C'est là-dessus que les socialistes vont miser gros, d'autant que sur d'autres sujets, notamment les superprofits, on sait qu'il y avait déjà des accords à l'Assemblée avec le patron du MoDem, qui avait voté des amendements. Je pense que la condition absolue...
Enfin, je ne sais pas si elle est absolue... En tout cas, l'une des conditions importantes de non-censure dans la négociation, ça va être les retraites, pour que ça ne soit pas une victoire pour le RN, qui, dans la configuration précédente, a failli engranger tous les points. Les socialistes ont vu passer les trains. Quelle sera-t-elle? Dans quelle configuration? Ce sera compliqué. - C.Roux: La situation politique de F.Bayrou est plus favorable que celle de M.Barnier? - S.Pierre-Brossolette: Oui. Il y a déjà eu une censure.
Avant d'en voter une seconde et de mettre le pays dans la panade, même les socialistes vont hésiter. F.Hollande l'a dit nettement, dimanche. Il a dit qu'il fallait de la stabilité pour le pays. Pourtant, il est allé jusqu'à voter la censure, en tant qu'ancien chef de l'Etat. dans leur camp. Il faut maintenant avancer. Ce sera difficile pour les socialistes de menacer d'une censure. F.Bayrou le sait très bien. Il y a une part de bluff, de jeu de dupes. Chacun fait monter les enchères.
On reste sur notre faim. Mais à la fin, il ne peut pas y avoir de censure immédiate, sinon, ça ouvrira un front pour la démission d'E.Macron. Personne n'en veut. Le PS n'est pas prêt. - C.Roux: On n'a pas parlé du RN. Par le passé, on a dit qu'il avait les clés. Il y avait ce fameux "pouce en bas" de M.Le Pen. On avait le sentiment que c'était elle qui mettait à mort le Premier ministre. Le RN est-il dans un état d'esprit plus favorable vis-à-vis de F.Bayrou? - C.Michel-Aguirre: Je vais complètement dans le sens de S.Pierre-Brossolette. M.Le Pen a déjà fait le pari de donner un gage à son socle des 60 % d'électorat qui voulaient qu'on les entende, qui voulaient la censure. par rapport à son agenda judiciaire. M.Le Pen va y réfléchir à deux fois. Pour les socialistes, je suis d'accord. B.Vallaud a essayé de jouer les durs, mais ça ne sera pas si simple que ça. - B.Boucher: Je ne suis pas si certaine,
concernant le RN. L'intérêt de M.Le Pen est de provoquer des élections anticipées, de jouer avec le calendrier judiciaire. Si jamais il y avait une nouvelle censure sur un prochain budget, ça pourrait l'arranger. Elle a dit dans une interview au "Figaro" Je veux bien le croire. Elle voit que son électorat réagit bien à la censure. Mais aujourd'hui, la donne a changé. Ce sont les socialistes qui détiennent la clé de la censure. Comme ils veulent s'afficher comme un parti de gouvernement, alors qu'ils ont été mis dans la même nasse que les insoumis, leur intérêt, c'est plutôt de ne pas censurer,
et même d'éviter une nouvelle censure. Voilà pourquoi ils cherchent un nouveau compromis. Sur le nouveau budget, il y a eu une mésentente au sein du PS. Quand ils ont décidé de faire cet accord de non-censure, O.Faure de non-utilisation du 49-3. Mais ils savaient très bien que le budget, a priori, ne peut pas passer sans 49-3. L'idée, c'était de négocier sur le budget, qu'il y ait un 49-3, mais sans qu'il y ait une censure de la gauche. Maintenant, ils se sont embarqués avec le 49-3
et ils ne savent plus trop comment revenir en arrière. O.Faure a déclaré qu'il pourrait éventuellement s'abstenir sur le budget. Ce serait assez étonnant. En général, on ne s'abstient pas sur un budget. - J.Jaffré: Ce qui va tendre les relations où F.Bayrou, vis-à-vis des socialistes, doit lâcher l'idée d'une grande conférence sociale, dans laquelle on discute d'un grand nombre de problèmes, dont les injustices qui ont longue carrière. On ne dit pas qu'on abroge la réforme des retraites, mais on commence à causer de ce qui ne va pas.
Ca va forcément tendre les relations avec E.Macron. Une grande conférence sociale, ça remet profondément en cause la politique qu'il a menée. Il faut que nos téléspectateurs le sachent, la politique française, ce sont des tensions permanentes qui se déplacent. Les tensions entre les socialistes et Macron, entre le RN avec LR, qui n'a pas d'autre choix que de participer au gouvernement... LR revit parce qu'ils ont participé au dernier gouvernement. - C.Roux: On va s'arrêter sur les tensions entre le Premier ministre et le président. L'histoire retiendra que c'est F.Bayrou qui s'est imposé
à E.Macron, si on en croit les récits du tête-à-tête musclé de vendredi entre les 2 hommes. L'artisan de la victoire de 2017 s'impose à Matignon. Itinéraire d'un duo qui pourrait se terminer par un bras de fer. - Sérieux affiché, mais toujours un petit coup pour la notoriété. - F.Bayrou: Enfin, les ennuis commencent. - Epilogue d'un bras de fer avec E.Macron. Quelques heures plus tôt, le président du MoDem se rend à l'Elysée, furieux de voir Matignon lui échapper. Deux heures de discussion glaciale et une menace.
... 15 minutes plus tard, la décision est actée. ... Le président a été contraint de céder face à son allié historique. Entre les deux, une relation complexe. Un soutien inattendu, avec une mise en scène dans un restaurant parisien face à une nuée de journalistes. - E.Macron: Je veux profondément le remercier. Je veux le remercier de sa proposition d'alliance. - F.Bayrou: Il y a des moments où on est obligés de dépasser tout cela. Nos préférences, nos habitudes, nos goûts. Ce qui est en jeu est trop grave. - Un Allié de poids, qui se vante d'avoir l'oreille du président. - F.Bayrou: J'ai la chance de parler avec le président de la République presque tous les jours.
- Une relation entretenue par de longues discussions En 2020, F.Bayrou est nommé haut-commissaire au plan, avec l'ambition de coordonner les grandes priorités de l'Etat. Mais sur certains sujets, le président du MoDem reprend sa liberté. - F.Bayrou: L'annonce de la retraite à 65 ans, qui a été faite de manière un peu brutale, trop brutale, ne correspond pas à la réalité. - Des petites sorties en fonction de l'humeur du moment. En début d'année, vexé de ne pas avoir obtenu le ministère de l'Education nationale dans le gouvernement de G.Attal, F.Bayrou se lance dans un réquisitoire contre la méthode Macron. C'est la rupture, en France, constante, continuelle et progressive, entre la base et les pouvoirs. - A quoi s'attendre? Le Premier ministre semble bien décidé à tracer son chemin sans se soucier de l'avis du président.
- Il y a un rapport de force qui s'installe d'entrée de jeu. Il promet d'être dans une position encore plus forte que ce qu'avait vécu E.Macron avec M.Barnier. F.Bayrou l'avait dit d'entrée de jeu: il veut un gouvernement resserré avec des personnalités, des fortes personnalités politiques qui incarnent quelque chose. Jupiter serait-il plutôt à Matignon qu'à l'Elysée? - C.Roux: On va revenir sur les relations entre E.Macron et F.Bayrou. Quand on dit que ce sera un gouvernement resserré, avec des personnalités, j'imagine que certains noms circulent déjà. C'est déjà une rupture sur la volonté. On avait plutôt des technocrates, jusque-là. - C.Michel-Aguirre: Si on compare avec le gouvernement précédent, dans le gouvernement de M.Barnier, il n'y avait guère que la personnalité de B.Retailleau qui ressortait. C'était aussi lié au fait que M.Barnier avait quitté le paysage politique français depuis 20 ans. On sent dans les 1ers discours... Ce qui fuite un peu, c'est que F.Bayrou veut une équipe resserrée. En même temps, il dit qu'il veut être un peu en retrait.
En effet, certains noms circulent. C'est comme s'il allait nommer des personnalités fortes, et de la même manière qu'il laisse B.Retailleau prendre la lumière à Mayotte, qu'il allait laisser ces personnalités incarner leur ministère. Je trouve qu'il y aura beaucoup de personnalité macronistes dans ce noble gouvernement. Sinon, d'où vont-elles venir? La seule chose que le PS peut négocier, c'est un amendement, une réforme plus profonde sur les retraites. Du côté des LR, ils ont déjà été bien servis. Il y a fort à parier qu'il y aura beaucoup de personnalités que l'on a déjà vues dans l'entourage...
- S.Pierre-Brossolette: Il y a un nom qui circule. C'est celui d'E.Borne. - J.Jaffré: G.Darmanin, c'est Macron qui veut le faire revenir. - S.Pierre-Brossolette: Il y aura forcément des poids lourds LR. Pourquoi veut-il un gouvernement resserré? Comme la part des gens d'origine de gauche sera sans doute assez limitée, il vaut mieux que le gouvernement Sinon, il y aura un petit appendice de gauche. Si c'est resserré, ce sera moins voyant. M.Barnier voulait les chefs dehors. Sinon, ils allaient lui casser les pieds. Il voulait des gens qui travaillent leur dossier.
Là, l'avantage de F.Bayrou, c'est qu'il sait qu'il vaut mieux mettre les chefs dedans. Si L.Wauquiez voulait être dedans, ça l'arrangerait. Ca le neutraliserait. C'était une fameuse anecdote de MacArthur: mieux vaut avoir ses ennemis dans l'attente plutôt qu'ils vous pissent dessus. - C.Roux: On a des questions. - C.Roux: On a des questions dans cette émission. On ne peut pas faire un one-woman-show. Voici une question. - S.Pierre-Brossolette: Oui. Elles sont tendues et elles le sont depuis longtemps. L'appui de F.Bayrou a été déterminant dans le sauvetage d'E.Macron. Ils ont la même vision de neutralisation des grands partis, PS et RPR. Ils voulaient dépasser le clivage gauche-droite pour éviter d'être coincés par ces 2 grands monstres. Sinon, ils sont horriblement différents.
L'un est à l'ancienne. Il palabre. L'autre, c'est la start-up nation. Il n'a pas arrêté de rouler le pauvre F.Bayrou depuis 2017. Il l'a nommé garde des Sceaux, puis il a dû se séparer de lui. Le pauvre Bayrou, c'est la dernière chance... - C.Roux: Vous disiez qu'on passait de tension en tension. Va-t-il y avoir une relation? On a entendu le mot "cohabitation" qui serait plus raide qu'avec M.Barnier. F.Bayrou est l'artisan de la victoire d'E.Macron. - J.Jaffré: Mais ça remonte. C'est 2017. Plus personne ne raisonne sur le thème de l'aide décisive
de F.Bayrou, surtout pas E.Macron, à mon avis. Ce qui m'étonne, c'est que le président ait pu avoir la liberté absolue de nommer S.Lecornu jusqu'à 11h vendredi, sans ministre des Armées, pour finalement choisir F.Bayrou. Ce n'est pas du tout la même ligne politique. C'est stupéfiant. S.Lecornu est beaucoup plus à droite. Au fond, pour ceux qui s'en souviennent, c'est le RPR, la formation chiraquienne, c'est-à-dire bien à droite. le contraire, la position giscardienne contre Chirac. S'il voulait nommer S.Lecornu, c'est probablement qu'il voulait gouverner à nouveau lui-même et s'occuper de tout.
Il estimait sûrement que S.Lecornu Premier ministre ne le gênerait pas. Là, E.Macron est tombé sur un os. "Si c'est comme ça, je retire mes billes." C'est l'achèvement de la structure du macronisme qui s'est certes dissoute mais qui, malgré tout, garde un peu de présence. Il faut trouver un modus vivendi entre les deux hommes. Il faut que ça puisse fonctionner. Le problème de Bayrou est d'abord de dire beaucoup de choses très aimables sur le président. Nous allons entendre plein d'amabilités très importantes sur le président. "Le président est irremplaçable." Est-ce que G.Darmanin va aux Affaires étrangères? C'est ce que voulait Le président Macron sous Barnier. Barnier s'y est opposé. Ils ont choisi, et c'est assez drôle, J.-N.Barrot.
C'est un représentant archétypique de la famille centriste, petit-fils de député MRP, fils d'un ministre giscardien et de l'UDF bien connu: J.Barrot. à J.-N.Barrot, car sinon, F.Bayrou est humilié. - C.Roux: Je me mets à la place des gens qui nous regardent et qui se demandent ce qui peut sortir de ce qu'on est en train de se dire. Est-ce qu'il a une urgence? Là, on a l'impression que c'est un entre-soi bâti sur des relations qu'ils ont tous les deux et sur un équilibre politique. Est-ce que l'urgence de cette colère sourde des Français arrive jusqu'au Premier ministre dans la composition du gouvernement? - B.Boucher: Je pense qu'un gouvernement resserré, c'est certainement une demande des Français.
Les Français ne savent pas qui est ministre, depuis au moins plusieurs mois, voire plusieurs années. Ils sont incapables de vous citer le nom du Premier ministre. C'est le 4e dans l'année! Ca va être compliqué pour eux. Un gouvernement resserré, c'est synonyme d'une équipe plus dynamique et plus aux affaires, dans l'efficacité. C'est sans doute quelque chose qui peut parler aux Français. S'il y a des noms connus, comme E.Borne, X.Bertrand... - C.Roux: Ils incarnent quelque chose. - B.Boucher: Oui. On aura l'impression d'avoir des poids lourds, des gens d'expérience. On parlait du cumul des mandats. Il y a sans doute une confusion entre le cumul et le fait qu'on est arrivés, avec E.Macron, avec des gens qui n'avaient pas d'expérience en politique. Ils n'avaient pas été élus avant.
Ca avait été beaucoup reproché par les Français. Les Français trouvent que ça a du bon d'avoir fait l'ENA et de savoir faire de la politique aujourd'hui. - C.Roux: Sur la relation entre F.Bayrou et E.Macron, vous pensez que le récit fait dans "Le Monde" Y aura-t-il une forme de rivalité? - B.Boucher: Vous avez entièrement raison. Je pense que les relations sont déjà tendues. F.Bayrou s'est imposé à E.Macron. Dans la Constitution, c'est le président qui nomme le Premier ministre. Il a été très en colère de lire le récit de cette nomination. Quand vous êtes deux dans la pièce et que le récit sort, c'est qu'il y en a un des deux qui a parlé. On peut imaginer que c'est dans l'entourage de F.Bayrou
qu'on a parlé à la presse. On peut imaginer qu'E.Macron n'est pas très heureux du récit qui a été Ce qui est sûr, c'est que F.Bayrou va prendre ses distances. A mon avis, il ne sera pas un collaborateur. Il a déjà pris ses distances depuis assez longtemps, que ce soit sur les "gilets jaunes", la méthode, les retraites... Le barycentre s'est déplacé à droite. E.Macron, c'est plutôt le centre gauche. Depuis quelque temps, il y avait déjà des distances. - C.Roux: C'est un hasard si E.Macron annonce son départ pour Mamoudzou au même moment? - C.Michel-Aguirre: Il y avait une petite urgence, quand même. Il se déplace. - C.Roux: On va élargir la focale. En Allemagne, aussi, le chancelier O.Scholz est allé au tapis. Un vote de défiance hier contre une coalition souvent érigée pourtant comme un modèle: le compromis, les coalitions... Une crise politique sur fond de récession économique du modèle
allemand. - La motion du chancelier n'a pas réussi à atteindre la majorité de 367 votes. - O.Scholz battu au Bundestag. Les députés allemands ne lui accordent pas leur confiance en tant que chef du gouvernement. de nouvelles élections en février. - O.Scholz: Nous devons à nos citoyens décence et sérieux. Mais la raison pour laquelle j'ai décidé de mettre fin à la coalition gouvernementale était tout autre. Elle a été motivée par une question encore plus importante, celle de savoir si, oui ou non, et comment, nous investissons dans notre pays. - La culture du compromis à l'allemande est mise à mal. La coalition vole en éclats. Tout avait bien commencé pourtant en 2021 entre une alliance - Tous les trois, nous ne voulons pas nous limiter mais nous élargir en tant que partenaires. Nous venons tous les trois avec nos propres perspectives et idées. - Cette alliance, appelée "coalition du feu tricolore",
a tenu un temps, mais elle s'est heurtée à des difficultés. La guerre en Ukraine, la récession économique 2 ans d'affilée et la crise industrielle... Le chancelier O.Scholz et son ministre des Finances ne s'entendent plus. Le 6 novembre, le libéral est limogé. - O.Scholz: Trop souvent, il s'est livré à des tactiques mesquines Trop souvent, il a rompu ma confiance. Il a même annulé unilatéralement l'accord sur le budget. - Les trois partenaires de cette coalition n'arrivaient plus à faire des compromis pour trouver les 12,5 milliards d'euros qui manquaient au budget de 2025. - O.Scholz repart donc en campagne, mais ça s'annonce difficile.
Son principal opposant, le voici: F.Merz. C'est le chef de file des conservateurs de la CDU. - F.Merz: Vous dites que tout va continuer comme avant, qu'on va s'endetter aux dépens de la jeune génération, dépenser la compétitivité de l'économie allemande. Il est embarrassant de voir comment vous vous comportez au niveau européen. Vous êtes une honte pour l'Allemagne! Vous êtes embarrassant! - F.Merz est un ancien businessman de chez BlackRock, Axa ou encore Deutsche Borse. Il pilote son propre avion. Il a des propos controversés sur les femmes, les homosexuels. Il prend un virage plus à droite sur l'immigration. Mais il reste toujours moins impopulaire qu'O.Scholz.
- Il a une façon de faire de la politique que les Allemands sur le sol", comme un cow-boy. Il est là, il assume, il parle très fort. Il assume d'avoir certains dérapages. Certains disent que c'est bien de parler de façon claire face à D.Trump et face à V.Poutine. F.Merz va donner une direction. - Fervent partisan de l'Otan et de l'UE, il multiplie les rencontres à l'étranger ces derniers jours. U.von der Leyen, V.Zelensky... Il se verrait déjà chancelier avant même les élections prévues le 23 février. - C.Roux: Question. économique, depuis la guerre en Ukraine, grosso modo, qui a rendu plus cher
le gaz russe. Ca a mis à mal leur modèle économique. Aujourd'hui, ils ont besoin de faire des économies car ils sont en récession. Ce n'est jamais la chose la plus facile. Néanmoins, ce n'est pas du tout la même situation. Ils ne sont pas endettés. Ils sont sur de bonnes bases. Economiquement, ils ont à coeur de bien gérer. Il n'y a pas du tout la même urgence qu'on a de notre côté. n'est pas la réponse à tout. Cette coalition est un peu baroque, il faut bien le dire. Elle n'a pas tenu. Il y avait des divergences sur la politique économique, notamment sur le déficit budgétaire à avoir ou pas. Si F.Merz gagne, ils vont desserrer l'étau de la Banque centrale allemande. Jusqu'ici, elle était d'un rigorisme terrible.
Elle ne permettait aucun déficit. Face à la crise économique allemande, c'est très important qu'ils puissent mettre un peu d'essence dans le moteur. C'est un revirement incroyable. Ce serait bien, d'avoir un gouvernement en France. Il faudrait reconstituer le couple franco-allemand. Quand il n'y a pas le couple franco-allemand qui est en bonne marche, c'est la panne. - B.Boucher: La différence, c'est qu'en Allemagne, ça ne les inquiète pas. Ils ont l'habitude d'avoir des coalitions. En France, on n'est pas habitués à ça.
Ca faisait 62 ans qu'on n'avait pas eu de motion de censure faisant tomber un gouvernement. Ce qui est assez amusant comme parallèle, c'est qu'on a cette coalition qui va des libéraux à la gauche C'est un peu ce qu'on essaie de faire en France. Ce n'est pas de très bon augure. On voit qu'en Allemagne, ça ne réussit pas. - C.Roux: Vous évoquez la proportionnelle. C'est une proposition défendue par F.Bayrou depuis toujours. - B.Boucher: Ca pourrait faire une certaine unanimité. La droite n'est pas tout à fait d'accord. Ca pourrait mettre tout le monde d'accord, mais il y a 50 nuances
de proportionnelle. C'est là que ça se complique. - C.Roux: Ce n'est peut-être pas le moment? - B.Boucher: On a déjà quasiment une Assemblée qui ressemble Elle est morcelée. - S.Pierre-Brossolette: Ca détacherait le PS de LFI. - C.Roux: On revient à vos questions. Question. - J.Jaffré: Il est important qu'E.Macron, président de la République... Il faut garder en tête qu'il exerce cette fonction, même s'il est impopulaire. Il est en vol vers Mayotte. - C.Roux: Il y sera dans quelques heures. Il a accéléré. - J.Jaffré: C'est la France qui dit à Mayotte: "Votre malheur
Les secours, il en faut, et c'est extrêmement important. Le président va prendre des engagements sur place. L'expression de la solidarité nationale est une urgence. - C.Roux: Il y a une question pour vous. Question. - J.Jaffré: C'est une question pour nous tous? - C.Roux: Oui... Est-ce que c'est le sujet? C'est là-dessus qu'on l'attend? Vous disiez qu'il n'avait pas pris la parole pour s'exprimer devant les Français. Il y a ce problème du budget. Mais ne pas avoir pris la parole, et j'insiste, ça m'a stupéfait, compte tenu de ce qui se passait à Mayotte, mais aussi pour dire un certain nombre d'objectifs majeurs qu'il voulait poursuivre. On ne peut pas dire que F.Bayrou ait un problème à s'exprimer. Il a parlé une heure à l'Assemblée nationale. L'un des problèmes de notre période, c'est que la classe politique donne le sentiment de parler à elle-même. La relation aux Français compte beaucoup moins qu'avant. - C.Roux: Question.
- B.Boucher: Il est assez mince. On n'a pas entendu énormément parler du Haut-Commissariat au plan On a eu des notes assez sommaires. On n'a pas eu l'impression que ça ait beaucoup aidé à la gouvernance du pays. - C.Roux: Question. - S.Pierre-Brossolette: C'est une question très importante. C'est à peu près son seul levier. Il va devoir garder un certain nombre de ministres. Certains sont protégés par E.Macron. Il y en a d'autres pour qui la nécessité fait loi, comme B.Retailleau. C'est difficile, avec Mayotte.
Faut-il faire un gouvernement tant que Mayotte Je sais bien que ça va durer mais... Le ministère de l'Economie, il a essayé de le proposer à P.Moscovici, qui n'a pas l'air très chaud. Je pense qu'il en a aussi parlé au gouverneur de la Banque de France. C'est quand même délicat. Ca va être très important pour les marchés, pour l'Assemblée, pour l'autorité, pour construire le budget. Je pense que ça va être le poste le plus important du prochain gouvernement. - B.Boucher: A priori, A.Armand devrait sortir. Enfin, c'est ce qu'on entend. Il a été pressenti pour Matignon. Il connaît bien les marchés.
Il a été à l'Industrie. - J.Jaffré: Ca rentre dans la relation Bayrou-Macron. Lescure était poussé par une partie du camp macroniste. - C.Roux: Question. - J.Jaffré: Il y aurait été. Il y aurait passé le week-end. Il habite un petit village des Pyrénées-Atlantiques. Je ne vais pas le citer pour rester discret. Tranquillement, il aurait pris sa voiture pour aller Sinon, c'est un vol, une ligne régulière, entre Paris et Pau. Ca fonctionne aussi. - C.Roux: Question. - C.Michel-Aguirre: Certainement. En tout cas, il va avoir à coeur de marquer sa différence, et ce, pour pouvoir avancer. On sent bien que ce nouveau Premier ministre ne va pas du tout endosser les habits du collaborateur, comme on a eu des Premiers ministres, depuis le début, collaborateurs d'E.Macron.
Il va essayer de se placer en surplomb, en égal, en opposant. On va entendre en même temps cette musique de "moi, je pense - S.Pierre-Brossolette: C'est une forme de cohabitation qui peut être bénéfique pour les deux. E.Macron n'a pas intérêt à avoir un Premier ministre qui a l'air d'être son toutou. Bayrou ne sera pas le toutou de Macron. Pour l'opinion, c'est mieux. Vu l'impopularité de Macron, il vaut mieux avoir l'air d'avoir un Premier ministre qui existe par lui-même. D'ailleurs, il a dit lui-même qu'il serait un Premier ministre de plein exercice et qu'il exercerait
sa complémentarité avec Macron. Ca veut tout dire. dans les sondages. Le match France-Allemagne continue. - B.Boucher: Les Français n'avaient pas véritablement envie d'avoir un Premier ministre centriste. - C.Roux: Question. - C.Michel-Aguirre: Cette Assemblée paraît ingouvernable en l'état. On a l'impression que le mandat de F.Bayrou va jusqu'à la prochaine dissolution potentielle. Pour l'instant, on a du mal à se projeter après. - C.Roux: Question. - J.Jaffré: La seule façon de changer de Premier ministre
passe par la censure. de Premier ministre. De toute façon, il faut présenter sa démission au président de la République. Partis comme on est, je ne vois pas F.Bayrou avoir la moindre raison de présenter sa démission. E.Macron doit à ce moment-là pousser les députés à voter la censure contre F.Bayrou. On est chez les fous! - B.Boucher: Il peut y avoir une dissolution dans quelques mois. - J.Jaffré: Je vois que vous êtes en avance. - C.Roux: Question.
- B.Boucher: Ce n'est pas sûr! que ça fasse sourire les gens qui nous regardent ce soir. - S.Pierre-Brossolette: Je ne pense pas que les députés vont prendre la responsabilité, de nouveau, de mettre à bas un gouvernement. Ca va leur retomber sur le nez. L'opinion ne comprendrait pas qu'on rejette quelqu'un qui a l'air, au moins, d'être de bonne volonté. - C.Roux: Dernière question. - B.Boucher: Ce n'était pas son choix. - C.Michel-Aguirre: Il n'avait sans doute pas le choix. On n'est pas sûrs qu'E.Macron nourrisse les meilleures intentions
envers F.Bayrou, si on peut le dire comme ça. - C.Roux: Merci. On retrouve A.-E.Lemoine. Au programme? - A.-E.Lemoine: La libération de P.Watson. Elle est saluée par B.Bardot. Une trottinette piégée conçue par l'Ukraine pour éliminer en plein Moscou un dirigeant de l'armée russe. Le premier grand oral houleux de F.Bayrou à l'Assemblée
François Bayrou