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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 8 octobre 2024 9 min

Les mesures qui choquent la gauche - Olivier Faure est l'invité des 4 vérités du mardi 8 octobre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Et pourquoi Olivier Faure ? Parce que c'est lui qui va défendre tout à l'heure la première motion de censure de l'ère Barnier. Bonjour, monsieur le premier secrétaire du Parti Socialiste. Bienvenue. Alors vous l'avez déposé cette motion, mais vous savez très bien qu'elle ne sera pas adoptée de toute façon.

0:25
Olivier Faure

C'est vraisemblable, puisque le RN a décidé de soutenir sans participer à ce gouvernement. Et donc il y a évidemment un suspense assez mince.

0:33
Présentateur

Vous les prendriez, les voix du RN, si elles se présentaient à vous ?

0:35
Olivier Faure

Mais je crois que la raison pour laquelle le Front populaire n'a pas été appelé à Matignon, c'est précisément parce que le chef de l'État a considéré que le RN aurait censuré le Front populaire. Donc ces voix, elles existent et elles font basculer ou pas, effectivement, un gouvernement. Et donc aujourd'hui, de quoi s'agit-il ? Il s'agit d'abord de rappeler les conditions dans lesquelles Michel Barnier a été nommé. Il n'est représentant ni du Front populaire ni du Front républicain auquel il n'a même pas participé. Je rappellerai aussi la politique en tant que conduire, qui est une politique en trompe-l'œil.

Et puis ce sera aussi une façon de dire qui est dans l'opposition et qui ne l'est pas.

1:15
Présentateur

Ce qui est un peu étonnant, c'est que vous aviez annoncé le dépôt d'une motion de censure avant même qu'il prononce le discours de politique générale. Est-ce que vous n'auriez pas pu laisser, sachant son produit, comme on dit, du côté justement du RN ?

1:26
Olivier Faure

Écoutez, on connaît les orientations de ce gouvernement. Il a présenté, en fait, dans son discours de politique générale, ses grandes intentions, même si on découvre au fur et à mesure ce qui n'était pas initialement annoncé. Par exemple, sur les retraites, il a prévu de désindexer les retraites, puisqu'elles vont être indexées, mais avec six mois de retard. Ça n'a pas été annoncé dans la discussion de politique générale. On sait bien qu'il est aujourd'hui tenu à la fois par le RN, mais aussi par sa propre majorité, qui est une majorité très relative et qui est une majorité très discordante, qui d'ailleurs ne suit même pas complètement les positions qu'il peut lui-même développer.

2:03
Présentateur

Il a quand même dit que ceux qui gagnent le plus perraient plus d'impôts, que les très grosses entreprises perraient davantage d'impôts. Ça, ce sont des mesures de gauche. Vous devriez applaudir.

2:11
Olivier Faure

Mais il m'arrive d'être d'accord. Simplement, je voudrais quand même que vous notiez quelque chose. On est en train de parler d'un impôt sur les plus grandes fortunes et les grandes entreprises qui va permettre de prendre 20 milliards. Il faut savoir que nous avons 1 200 milliards de dettes supplémentaires depuis Emmanuel Macron. Cette imposition exceptionnelle, c'est ce que dit le Premier ministre, va durer un an. Deux ans, il a dit. A priori, ce sera deux. Alors, imaginons même deux ans. Deux ans, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous pensez qu'on va régler nos problèmes avec 20 milliards fois 1 ou fois 2. Non, mais il y a d'autres mesures. Oui, oui, oui. Il dit 60 milliards en total.

Il n'y a pas que ça. Oui, bien, justement. Il y a le problème, c'est... Dans les retraites dont vous avez parlé, il y a plein de choses. Le problème, c'est tout le reste. Et le problème, c'est que ce que vous ne faites pas payer aux entreprises, aux grandes fortunes, vous le faites payer à tous les autres. Et donc, c'est là où je dis qu'il y a un trompe-l'œil. C'est qu'on nous parle de justice fiscale, mais la réalité, c'est que ce sont les Français, dans leur immense majorité, qui vont régler la facture.

3:10
Présentateur

Est-ce que vous êtes d'accord avec lui sur le diagnostic ? Est-ce que vous dites, oui, la situation financière est catastrophique, et il faut serrer la visse et il faut trouver des dizaines de milliards ?

3:16
Olivier Faure

Oui, la situation est catastrophique, mais ça ne vient pas de nulle part. Pourquoi est-ce qu'on a une dette qui s'est amplifiée à ce point ? Parce que pendant 7 ans, vous avez un président de la République et 4 gouvernements successifs qui ont appliqué la même politique et qui ont, en réalité, fait multiplier les cadeaux fiscaux aux mêmes. Et ça a creusé la dette, puisque vous savez qu'aujourd'hui, la moitié de cette dette supplémentaire est liée aux cadeaux fiscaux d'Emmanuel Macron.

3:43
Présentateur

Mais vous, quand vous présentiez votre programme pour les législatives, vous ne parliez pas du tout d'économie, vous ne parliez pas du tout de réduction des dépenses. Au contraire, il y avait 100 milliards de dépenses supplémentaires pour 2025. Est-ce qu'aujourd'hui, vous dites, bon, effectivement, ce n'était peut-être pas la bonne potion ?

3:56
Olivier Faure

Alors, nous n'étions pas au pouvoir. Nous ne le sommes d'ailleurs toujours pas. Donc on peut comme ça balancer des chiffres quand on déploie un pouvoir. Non, il faut toujours réviser en fonction de ce que l'on apprend, etc. Et je vois que Michel Barnier lui-même est très surpris par les conditions de son arrivée. Donc évidemment, sans doute, faudrait-il à la marge vérifier et puis corriger. Mais nous avons toujours proposé des mesures d'économie. Les mesures d'économie, c'est par exemple le fait de dire que vous avez aujourd'hui des effets d'aubaine incroyables pour les grandes entreprises. Ils ont ce qu'on appelle le crédit impôt recherche qui coûte entre 7 et 8 milliards par an.

Et ça n'empêche pas les entreprises de délocaliser leurs recherches. Vous avez aujourd'hui des exonérations de cotisations au-delà de deux SMICs dont tout le monde sait qu'elles sont un effet d'aubaine. C'est-à-dire qu'elles ne servent à rien, elles ne créent pas d'emplois, mais elles permettent là aussi d'être des allègements de prélèvements obligatoires pour les entreprises. Et là aussi, il y a des économies à réaliser.

4:53
Présentateur

C'est d'ailleurs à l'étude du côté de Bercy, mais évidemment, les patrons ne sont pas d'accord. Il y a un autre sujet dont s'en parle au gouvernement, c'est le sujet de l'immigration. Le ministre de l'Intérieur, à 10h ce matin, va réunir une vingtaine de préfères pour leur dire d'expulser davantage. Et il cible notamment les associations qui font du conseil juridique aux migrants. Il dit qu'elles sont militantes pour empêcher les expulsions grâce aux subventions publiques. Est-ce qu'il a raison ? Et est-ce que ça explique en partie le faible taux d'expulsion des OQTF ?

5:18
Olivier Faure

Mais pas du tout. Et ce qu'il dit est honteux.

5:20
Présentateur

Pourquoi ?

5:21
Olivier Faure

Nous sommes dans un pays, justement, qui défend quoi ? Qui défend un État de droit. La possibilité pour chacun d'avoir accès à ses droits.

5:29
Présentateur

Alors il veut confier l'aide juridique à l'Office français de l'immigration. Il ne veut pas qu'il n'y ait pas d'aide juridique. Mais il ne dit pas les associations qui sont des militantes. C'est le cas dans un certain nombre de pays d'Europe.

5:37
Olivier Faure

Mais est-ce que vous pensez que les associations ont la possibilité d'empêcher ? Elles ont simplement une possibilité, c'est d'expliquer à ceux qui sont frappés par une décision de quitter le territoire, de se défendre. Mais se défendre comment ? Par les moyens du droit. Et rien que par le droit, il n'y a aucune raison particulière de penser qu'elles pourraient bloquer par quels moyens.

Donc c'est encore une mesure idéologique qui est faite pour en appeler aux instincts les plus grégaires et faire en sorte d'adresser un message aussi à l'extrême droite en lui disant « Regardez, voyez, moi je suis celui qui aujourd'hui est le cheval blanc, ou plutôt en l'occurrence le cheval noir, qui va permettre de redresser ce pays en stigmatisant mieux les personnes migrantes. »

6:24
Présentateur

Mais vous êtes favorable à ce qu'on ait plus d'expulsion, à ce qu'on ait plus d'application des OQTF ?

6:29
Olivier Faure

Oui, mais pour cela, comment faut-il faire ? Il faut réserver les OQTF au cas des personnes qui sont les plus dangereuses pour notre population, éviter de multiplier pour faire du chiffre quand on sait très bien que ces OQTF ne seront pas exécutés. Vous en avez aujourd'hui 6 à 7% qui sont exécutés. C'est dire qu'on met en réalité, on prend des décisions qui sont des décisions trop nombreuses, qui ne sont pas appliquées ensuite, qui sont souvent nombreuses aussi parce qu'elles résultent de difficultés dans nos préfectures, avec des renouvellements de cartes de séjour qui ne se font pas tout simplement parce que les rendez-vous ne peuvent pas avoir lieu.

Bref, il y a toute une série de choses à revoir, mais certainement pas de la façon dont M. Rotaillot les imagine.

7:10
Présentateur

Alors, on entend que cette politique vous choque, mais est-ce que ce ne serait pas un peu de votre faute aussi si la droite est au pouvoir ? C'est toujours votre faute. Écoutez, non, mais ce n'est pas moi qui le dis, c'est Bernard Cazeneuve. Il dit, je le cite, en refusant de s'engager clairement à ne pas censurer un gouvernement dont j'aurais pris la tête, c'est Bernard Cazeneuve qui parle, Olivier Faure, c'est vous, et Boris Vallaud sont tombés avec jubilation dans le piège tendu par Emmanuel Macron.

7:30
Olivier Faure

Absurde. Absurde. Je n'ai même pas envie de répondre à cette accusation qui est stupide. Il est improbable, mais vraiment improbable, qu'Emmanuel Macron ait imaginé un jour nommer un homme de gauche. Pourquoi l'aurait-il fait alors qu'il a nommé Michel Barnier ? C'est ce que dit Bernard Cazeneuve. Oui, mais c'est ce que dit Bernard Cazeneuve, mais ce que je vous dis là, c'est qu'Emmanuel Macron n'a jamais eu l'intention de nommer Bernard Cazeneuve, alors que Bernard Cazeneuve s'imagine qu'il aurait pu l'être libre à lui. Mais vouloir faire en plus porter cette responsabilité à la gauche, c'est quand même assez absurde.

Et pourquoi aurait-il été d'ailleurs à Matignon, si ce n'est parce que le Front populaire avait réalisé le score qu'il a réalisé, qu'il est arrivé en tête de l'élection législative le 7 juillet. Et Bernard Cazeneuve était justement le seul homme de gauche à ne pas avoir soutenu le Front populaire.

8:19
Présentateur

Alors Bernard Cazeneuve, il fait partie d'un courant qui s'éloigne du courant que vous défendez vous. Il dit, ce sont nous les sociodémocrates, avec d'autres, avec Raphaël Glucksmann. Vous avez beaucoup de concurrence sur ce créneau-là. Comment contrer cette influence grandissante de Raphaël Glucksmann ?

8:33
Olivier Faure

Je ne cherche pas à contrer qui que ce soit. Je cherche à rassembler, je cherche à faire en sorte que toute la gauche puisse se retrouver. Raphaël Glucksmann, c'est moi qui ai choisi, d'ailleurs contre M. Cazeneuve, qui avait, lui, soutenu la liste des radicaux de gauche dans l'élection passée. Et même dans l'élection précédente, c'était déjà moi qui avais fait le choix de Raphaël Glucksmann, parce que je considérais que sur la question européenne, nous avions évidemment un chemin commun, parce que nous sommes européens et que nous croyons au même sujet.

9:00
Présentateur

Et on verra si ce chemin reste commun encore bien longtemps. On vous retrouve évidemment cet après-midi à l'Assemblée pour défendre la motion de censure du nouveau Front populaire. Merci Olivier Frouin. Merci à vous. C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.