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ChroniqueBLAST (sur YouTube)· 28 mars 2022 15 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsSolidarités & familleImmigration & asile

LA BATAILLE DU VOTE UTILE

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00MélenchonFait
    « Monsieur Macron, c’est le programme économique de madame Le Pen plus le mépris de classe. »
  • 3:00JadotFait
    « On ne vote pas pour ceux qui refusent d’appeler un dictateur, un dictateur. »
  • 5:00ZemmourFait
    « Je suis le seul candidat de droite de cette élection. »
  • 7:00ZemmourFait
    « Marine Le Pen est une socialiste en économie qui ne veut plus prendre aucun risque de déplaire aux médias sur les sujets régaliens. »
  • 9:00RousselFait
    « La République française, ce n'est pas une fédération de régions autonomes. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Le décryptage des meetings de Mélenchon, Jadot, Zemmour et Roussel, c’est le sommaire du numéro 23 de la Guerre du trône. Hier, c’était un peu comme avec ces artistes dont on connaît le tour de chant. On guette la nouveauté au milieu des refrains connus.

Avec quatre meetings, il y en avait pour tous les goûts. Mélenchon à Marseille, Jadot au Zénith de Paris, Zemmour sur l’esplanade du Trocadéro, Roussel à Toulouse. Et de fait, au milieu des ritournelles que chacun fredonne ou pas, selon sa préférence partisane, il y avait du neuf.

Des arrangements différents, voire des chansons dont l’encre est à peine sèche. Ainsi, sur la plage du Prado, Jean-Luc Mélenchon s’en est pris pour la première fois à Marine le Pen. Quelques jours plus tôt, ses équipes avaient prévenu : il s’agit désormais de siphonner l’électorat populaire de la candidate du Rassemblement National.

Ils rêvaient d’une élection bien tranquille, qui se finirait, comme ils l’espéraient c’est-à-dire comme d’habitude. Qu’ils dégagent ! D’un côté monsieur Macron, c’est annoncé depuis des mois, de l’autre côté madame Le Pen.

Alors, le premier tour était une sorte de formalité administrative, on casse les pieds à tout le monde avec les 500 signatures, et puis enfin on se retrouve entre gens de bonne compagnie pour un deuxième tour low cost. D’un côté l’actuel propriétaire des lieux et ses amis, de l’autre l'héritière de la firme familiale après qu’elle se soit débarrassée du doberman qui était monté sur la table. Le doberman, c’est Zemmour.

Alors, Macron et Le Pen, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ? Oui et non… Au fond, tout ça c’est la même touillette. Ah je ne confonds pas monsieur Macron et madame Le Pen.

Ce n'est pas ce que je suis en train de vous dire. Mais je sais aussi qu’il y a une différence. Monsieur Macron, c’est le programme économique de madame Le Pen plus le mépris de classe.

Madame Le Pen, c’est le programme économique de monsieur Macron plus le mépris de race. Le message est clair. “Le vrai candidat du peuple, c’est moi” dit Mélenchon.

Explorant jusqu’au bout le scénario du match retour Macron - Le Pen, le candidat de l’Union populaire s’est ensuite adressé aux électeurs de gauche. Arrivé au deuxième tour, on aurait vu surgir le coeur effaré de tous ceux qui, constatant cette abomination, seraient venus vous dire leur indignation et vous appeler à faire la chasse à ceux qui ne veulent pas donner des consignes de vote. La main sur le coeur, le roi des castors appellera à faire barrage et tout le poulailler lui pardonnera d’avoir plumé la volaille pendant cinq ans.

Alors écoutez-moi bien, si réellement vous avez l’intention de faire barrage au deuxième tour, j’ai une proposition plus intéressante à vous faire : Faites barrage dès le premier tour en votant pour nous ! Là encore, le message est clair : "Si vous ne voulez pas être contraints de voter Macron pour battre Marine Le Pen, faites que je sois face à lui au second tour." Une façon habile, pour Jean-Luc Mélenchon, de marteler que le vote en sa faveur est un vote utile.

Au même moment, au Zénith de Paris, Yannick Jadot réservait ses mots les plus durs au candidat de l’Union populaire. Une charge dont la démesure s’explique surtout par la crainte de voir, demain, la gauche se réorganiser autour de la France insoumise plutôt que des Écologistes. Je sais le dépit ressenti par nombre de citoyennes et de citoyens, à l’idée de devoir se retrouver une fois de plus, une fois de trop, à ne pas pouvoir voter par conviction au deuxième tour, à n’avoir comme seul choix que celui de faire barrage à l’extrême droite.

Et j’entends qu’à cela on agite le mirage d’un vote utile ou efficace. Mes amis, mes amis, le vote utile, le vote efficace au premier tour d’une élection, c’est le vote de conviction. On ne vote pas par défaut.

On ne vote pas en oubliant le passé. On ne vote pas en oubliant les ambiguïtés face aux complotistes de la crise sanitaire, en oubliant les soutiens à l’intervention Russe en Syrie et les contorsions ambiguës sur l’Ukraine et aujourd’hui sur l’Union européenne. On ne vote pas pour ceux qui refusent d’appeler un dictateur, un dictateur.

On ne vote pas pour affaisser, effacer notre horizon européen et nos convictions internationalistes. “Notre horizon européen et nos convictions internationalistes” dit Yannick Jadot. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

L’Europe a commencé à répondre présent face à l’agression russe contre l’Ukraine. Certains à droite comme à gauche continuent de vouloir en sortir. Nous défendrons qu’il faut aller plus loin.

Dans l’immédiat, en décidant un embargo total sur le pétrole et le gaz russe qui alimentent la machine de destruction de Vladimir Poutine. Comment feront alors les Français pour se chauffer et se déplacer ? Comment boucleront-ils leurs fins de mois, une fois les factures acquittées ?

Yannick Jadot ne le dit pas. Mais l’horizon européen du candidat écologiste s’étend au-delà de cet embargo. Je propose qu’au lendemain des élections présidentielles, le peuple français soit consulté par référendum sur une union approfondie des Européens pour la sécurité climatique et énergétique, pour la souveraineté industrielle et alimentaire.

Une union de la défense et une organisation digne et efficace pour les réfugiés, les exilés et les migrants. Cette envolée a le mérite d’affirmer un vrai clivage. Celui qui oppose l’intégration européenne à la souveraineté nationale.

Clivage que Jadot résume dans cette formule : La France est notre maison et l’Europe est notre village. S’il en est un pour qui l’Europe n’est pas le village de la France, c’est bien Éric Zemmour. Sur l’esplanade du Trocadéro, là où Nicolas Sarkozy en mai 2012 et François Fillon en mars 2017 avaient rassemblé leurs partisans, le candidat de Reconquête a dessiné le périmètre de la droite réac.

Vous, comme moi, nous n’en pouvons plus de la division des patriotes en plusieurs camps. Cette division qui est la cause profonde de nos défaites. Alors, je le dis aujourd’hui, j’aurai besoin de tout le monde.

Avec mon équipe, j’aurai besoin des gaullistes, j’aurai besoin des souverainistes, j’aurai besoin de toutes les familles de la droite et de tous les patriotes. J’ai des amis aux Républicains et je les accueillerai. J’ai des amis au Rassemblement National.

Ils auront toute leur place à mes côtés. Oui, j’aurai besoin d’Eric Ciotti. Oui, j’aurai besoin de François-Xavier Bellamy, de Laurent Wauquiez.

J’aurai besoin de Nadine Morano, de Jordan Bardella. Cette énumération a des allures de futur gouvernement. Mais elle préfigure, en fait, la recomposition de la droite.

Car Éric Zemmour sait bien que son tour n’est pas encore venu. Il parie sur l’explosion des Républicains et du Rassemblement national après la reconduction d’Emmanuel Macron. Si reconduction il y a, bien sûr.

Bref, il joue le coup d’après. Je suis le seul candidat de droite de cette élection. Valérie Pécresse est une centriste, une centriste déjà prête à voter Emmanuel Macron.

Marine Le Pen est une socialiste en économie qui ne veut plus prendre aucun risque de déplaire aux médias sur les sujets régaliens. Quant à Emmanuel Macron, il a passé dix ans au pouvoir depuis François Hollande et il ne sait toujours pas de quel bord il est. Et comme Jean-Luc Mélenchon, le candidat de Reconquête dénonce la chronique d’une victoire annoncée.

Aujourd’hui, ils vous disent que l’élection est déjà jouée, qu’on ne change pas un capitaine dans la tempête alors qu’il est justement responsable de bien des tempêtes dans notre pays. Ils vous disent, ils vous disent que Marine Le Pen est le vote utile alors qu’elle n’est utile qu’à la victoire d’Emmanuel Macron. Mais Éric Zemmour manque encore de métier.

Il a laissé passer sans protester une réaction outrancière de son public, après l’énumération de crimes particulièrement odieux. Non mes amis, il n’y a pas de fatalité. Vous pensez que c’est vous qui devez avoir honte, mais non c’est l’État qui devrait avoir honte.

Je suis là, je suis là pour lutter contre la fatalité. Chacun… Macron assassin ! Macron assassin !

Macron assassin ! Macron assassin ! Macron assassin !

L’entourage du candidat a soutenu que celui-ci n’avait pas entendu la foule. Pourtant, à ce moment précis, il suspend son propos pour laisser la clameur retomber. Il aurait suffi d’un : “Je vous demande de vous arrêter” pour que l’incident n’occulte pas le reste du meeting.

Mais Zemmour n’a pas su, ou n’a pas voulu, aller contre ses partisans. Résultat Valérie Pécresse est immédiatement montée au créneau. “Je combats avec force le président sortant mais laisser traiter un adversaire de meurtrier, c'est dangereux pour la République.

Ce n'est certainement pas ça la droite ! Ce n'est pas ça ma France !" C’est ensuite Christophe Castaner qui y est allé de son commentaire.

Il a fait la démonstration cet après-midi de son irresponsabilité. Je dirais même de son empêchement présidentiel. Quelqu’un qui n’a pas la capacité de demander à la foule de cesser de scander “Macron assassin” est effectivement indigne d’une fonction de responsable politique.

Dans ce climat anxiogène, il est un candidat qui a choisi d’incarner le bonheur : Fabien Roussel. À Toulouse, son meeting ressemblait, à bien des égards à ces séances de thérapie qui permettent de retrouver l’estime de soi. Un vrai succédané aux antidépresseurs.

Je voudrais vous dire, à vous qui êtes là ce soir, ce midi… Vous dire à vous qui êtes là, et à celles et ceux qui nous regardent à la télévision en ce moment. Je vous vois et je veux vous dire : Qu’est-ce que vous êtes beaux ! Oui, qu’est-ce que vous êtes beaux, et on ne vous le dit pas assez.

Vous êtes beaux, vous êtes généreux, vous êtes généreuses, vous êtes belles, vous êtes beaux, fiers, dignes, c’est ça la France que nous aimons ! Moi aussi, je devrais essayer ce registre. Spectateurs de la Guerre du trône, vous êtes les plus beaux et les plus intelligents.

Et les plus généreux, puisque vous ne manquerez pas de nous soutenir financièrement à la fin de cette chronique. Entre deux envolées, le télévangéliste Fabien Roussel a quand même fait un peu de politique. D’abord sur la Corse et les promesses d’autonomie.

Il fut une époque où la République, une et indivisible, était un principe qui nous rassemblait. Eh bien s’il faut que je sois seul à la défendre, je la défendrai car je ne crois pas que l’horizon de la France soit de devenir une somme de régions autonomes où le droit du travail serait à géométrie variable, où le SMIC varierait d’une région à l’autre, où l’école même changerait d’une région à l’autre, où les droits des citoyens seraient différents en fonction de leur lieu d’habitation. Aujourd’hui la Corse, et demain quelle autre région ?

La République française, ce n'est pas une fédération de régions autonomes. Fabien Roussel se sent un peu seul. À juste titre.

Quel candidat prendrait le risque de s’aliéner le vote des Corses à quelques jours du premier tour ? Il est vrai, cependant, qu’au regard des sondages, le candidat communiste n’a pas grand-chose à perdre. L’autre moment politique du discours portait sur le vote utile et en filigrane sur Jean-Luc Mélenchon, la cible la mieux partagée du moment.

Certains vous disent que tout est fait, et d’autres même vous reprennent, vous chantent le refrain du vote utile. Il y aurait donc à les entendre, un vote utile et donc un vote inutile. Quel mépris.

Il y aurait donc des citoyens utiles et des citoyens inutiles. Imaginez un peu. Dans une élection, nous, nous disons que toutes les voix comptent et toutes les voix sont utiles.

Ne laissez personne prescrire une ordonnance pré-électorale. Marine Le Pen incarne-t-elle le vote utile de la droite radicale ? Jean-Luc Mélenchon incarne-t-il le vote utile de la gauche et du barrage à l’extrême droite ?

La réponse nous sera donnée dans 13 jours. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Quand bien même l’affiche finale de la présidentielle s’annonce comme une redite de 2017, les scores des uns et des autres au premier tour détermineront une recomposition inédite du paysage politique.

Le camp de la gauche et le camp de la droite ne seront plus les mêmes. Rien que pour cette raison, cela vaut peut-être le coup de se déplacer le 10 avril. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube.

Et n’oubliez pas d’activer la cloche. Et comme le dit si bien Fabien Roussel, vous êtes généreux. Vous pouvez donc vous abonner sur notre site BLAST-INFO.FR et faire des dons.

On ne le dira jamais assez : votre soutien financier est le garant de notre indépendance. À lundi pour un prochain numéro de La Guerre du trône.