MÉLENCHON : «2017 EST UNE ÉLECTION COUP DE BALAI»
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:10OuverteRéponse directe
Bonsoir, Jean-Luc Mélenchon ! Merci d'être notre invité ce soir.
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Et vous préparez une émission sur votre chaîne YouTube, qui est un peu un des rendez-vous, dans Esprit de campagne, ce dimanche ?
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Ah oui, un peu Fidel Castro, quoi...
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Alors, on va y revenir, parce que j'ai quelques-uns des chiffres et je vais vous poser des questions.
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Il y a des conflits d'intérêt peut-être, il y a des questions là-dessus.
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Et quand il dit qu'il y a le danger Marine Le Pen, ça ne mobilise pas, justement, l'unité de la gauche ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« il y a un texte, il n'y a pas qu'une personne avec sa cravate. Il y a un texte, il y a un programme, il y a des chiffres, et j'espère que ça va stimuler la discussion dans la campagne présidentielle »
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« il y a dans le pays une immense colère contre tout ça, alors les gens le manifestent de cette manière qui n'est quand même pas violente »
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« il ne faudrait quand même pas perdre de vue qu'il y a 9 millions de pauvres dans ce pays »
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« L'élection de 2017, c'est une élection coup de balai ! »
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« Le système, ce n'est pas le système, c'est la caste »
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« Quand on est un Français, et qu'on parle de l'Algérie, on doit peser ses mots »
- 12:00JLMFait
« un crime contre l'humanité, c'est imprescriptible »
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« les allègements d'impôts ou les suppressions d'impôts, de 2000 à 2010, ont coûté 100 milliards par an à l’État à partir de 2010 »
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« 100 milliards, c'est une somme qui peut vous paraître importante, mais le député Les Républicains M. Carrez avait expliqué que les allègements d'impôts ou les suppressions d'impôts, de 2000 à 2010, ont coûté 100 milliards par an à l’État à partir de 2010 »
- 17:30JLMChiffre
« à l'entrée vous avez cette somme, et à la sortie vous avez 195 milliards d'euros qui rentrent dans les caisses de l’État »
- 19:30JLMFait
« je propose des taxes kilométriques - donc une taxe écologique - et des taxes sociales »
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« Je suis pour qu'on ramène l'euro, dans la période où il y a euro, à la valeur du dollar »
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Ruth Elkrief : Bonsoir, Jean-Luc Mélenchon ! Merci d'être notre invité ce soir. Vous êtes candidat de la France Insoumise à l'élection présidentielle, député européen, vous avez publié L'Avenir en commun, qui a cartonné.
JLM : Oui, oui, pour un programme politique, hein, ça montre que les gens s'intéressent ! Elkrief : Et vous préparez une émission sur votre chaîne YouTube, qui est un peu un des rendez -vous, dans Esprit de campagne, ce dimanche, à partir de 14h30 et jusqu'à, j'ai envie de dire, pas d'heure, 20h ? JLM : Non, non, 5 heures.
Il faut à tout prix qu'on ait fini à 19h30-20h, sinon on va mourir à la tâche. Elkrief : Ah oui, un peu Fidel Castro, quoi...
JLM : Ah, non non, c'est pas Fidel Castro. D'abord, ça n'est pas moi qui parle pendant 5 heures, heureusement, je n'y suffirais pas. Non, il y a toute l'équipe du chiffrage, qui est une équipe différente de celle qui a établi le programme.
Donc l'intention, c'est de montrer comment nous nous y prenons, sujet par sujet. Mais je voudrais souligner la différence, quand même : C'est que l'administration de l’État a plusieurs centaines de personnes pour faire ce travail. Nous, nous l'avons fait à quelques dizaines d'experts, et qui ont bien travaillé, ce sont souvent des hauts fonctionnaires ou des experts de leur domaine, et nous mettons tous nos chiffres sur la table, en même temps que le programme est en circulation, vous le savez, depuis novembre dernier, il s'en est vendu 200 000.
Donc je dis ça aussi parce que j'ai envie de dire : faites la comparaison ! Avec moi, vous savez à quoi vous avez affaire : il y a un texte, il n'y a pas qu'une personne avec sa cravate. Il y a un texte, il y a un programme, il y a des chiffres, et j'espère que ça va stimuler la discussion dans la campagne présidentielle, parce que, pour l'instant, ça vole bas, hein.
Elkrief : Alors, on va y revenir, parce que j'ai quelques-uns des chiffres et je vais vous poser des questions, Mais, "ça vole bas", c'est vrai qu'il y a des casseroles, il y a des concerts de casseroles un peu partout, et, en l'occurrence, Marine Le Pen, c'était ce soir, regardons : Alors on voit, c'est apparemment un drapeau du NPA, mais François Fillon, c'était au début de la journée, et, il y en a, à France 3, qui ont dit que c'étaient vos militants. Que les musiciens-cuisiniers étaient des sympathisants de la France Insoumise. JLM : C'est possible.
Je ne dirige pas une armée, chacun fait ce qu'il veut. Et il y a dans le pays une immense colère contre tout ça, alors les gens le manifestent de cette manière qui n'est quand même pas violente, c'est plutôt gentil, on tape sur des casseroles, et puis, les casseroles, dans le monde entier, sont maintenant devenues le symbole des gens qui font du bruit quand ils se déplacent parce qu'on pense au fait qu'ils ne respectent pas eux-mêmes les principes qu'ils recommandent aux autres. Donc il faut le comprendre : c'est ça l'état d'esprit du pays, et disons-le, à juste titre, parce que, vous savez, il ne faudrait pas trop regarder, à propos de M.
Fillon, que la question de ses emplois familiaux, plus ou moins fictifs, ce n'est pas à moi de me prononcer : Le plus grave, c'est quand même qu'il dirigeait une société de conseil, où il y avait des assurances et ainsi de suite, qui lui payaient des sommes dont on se demande à quels conseils elles correspondent. En vérité, ce sont eux qui lui donnaient des conseils sur ce qu'il devait faire. Elkrief : Il y a des conflits d'intérêt peut-être, il y a des questions là-dessus.
En tout cas, il n'y a pas de procédure judiciaire là-dessus, mais il y a des questions. Et, juste un mot, parce que lui a dit : "Ce n'est pas très démocratique de parler dans ces conditions." JLM : Je ne crois pas qu'il ait été empêché de parler, mais il faut qu'il admette que les gens manifestent leur humeur.
Ca m'arrive à moi, vous savez. Je me fais aussi engueuler, dans des rencontres. C'est ça, une campagne électorale.
Une campagne électorale, c'est des contacts, avec tout ce que ça comporte d'aspect humain. Les gens qui sont à bout de nerfs, vous savez, il y en a plein le pays, hein ? Il ne faudrait quand même pas perdre de vue qu'il y a 9 millions de pauvres dans ce pays.
Alors, quand vous êtes en dessous du seuil de pauvreté, c'est-à-dire en dessous de 1000 euros par mois, et 1000 euros, c'est une fortune pour beaucoup de gens, et que vous entendez parler de gens qui n'ont rien fait et qui ont gagné 10 fois cette somme, eh bien comprenez que les gens sont excédés. Et je vous le dis : L'élection de 2017, c'est une élection coup de balai ! Les gens vont aller, avec leur bulletin de vote, dégager tous ceux dont ils sentent qu'ils sont responsables de cette manière d'être.
Quand je dis "le système" - vous savez on dit "anti-système", c'est devenu la mode maintenant. Elkrief : Bah oui, il y en a pas mal comme vous maintenant ! JLM : Mais ça ne veut rien dire, cette histoire-là Elkrief : Tout le monde dit ça aujourd'hui !
JLM : Le système, ce n'est pas le système, c'est la caste. Et quand je parle de la caste, pardon, c'est ce petit milieu où vous avez le directeur d'une assurance, qui est d'accord avec un ancien premier ministre, il lui paie des choses et ensuite l'autre va...
Enfin, c'est ça que les gens détestent : C'est l'impression que les principes ne s'appliquent qu'à eux, et qu'une petite caste, elle, n'en fait qu'à sa tête. Moi je les comprends, et c'est pourquoi, si on ne prend pas ma solution - pardon de faire le prophète - ma solution, c'est une Assemblée Constituante, on modifie les règles du jeu, on remet tout à plat. Elkrief : la VIème République.
JLM : La VIème République, avec une Assemblée Constituante composée de gens qui n'ont jamais été élus avant Si vous ne faites pas ça, vous verrez que ça va mal tourner. Parce qu'ici, c'est la France, c'est un peuple assez agité quand même, hein. Elkrief : Et qui aime l'histoire et la politique.
Juste un mot : il resterait candidat même s'il était mis en examen. Qu'est-ce que vous en pensez ? JLM : Écoutez, c'est son affaire, mais ça n'arrange personne.
Voyez-vous, quand je parle de son programme...
J'étais à Strasbourg, je parle de son programme sur la suppression des heures supplémentaires et le fait qu'il faut travailler davantage... mais toute la salle commence par éclater de rire !
Et puis après, le hue. Donc on ne peut même plus comparer des programmes, il n'est plus crédible sur rien. Alors, il fera bien comme il veut, et moi je n'ai pas l'intention de lui retirer... et surtout de nous retirer à nous un adversaire aussi fragile, c'est quand même presque un cadeau qui nous est fait là, mais pour la démocratie ce n'est pas bon, parce que les gens de droite ont aussi le droit d'être représentés par quelqu'un qui défend leur opinion, qui les fait valoir, et puis le souverain, c'est le peuple !
Elkrief : Alors, la gauche justement. Ça c'était pour la droite. La gauche.
Eh bien on va écouter Benoit Hamon. Il est au Portugal et il a confié qu'il vous avait parlé ce matin. Alors, on l'écoute.
Hamon : J'ai parlé avec Jean-Luc Mélenchon, nous avons discuté pendant plusieurs minutes. Nous nous verrons. La situation est suffisamment grave, aujourd'hui, avec les intentions de vote qui se portent sur Marine Le Pen, pour ne pas nous livrer à je ne sais quel théâtre autour de cela.
Donc, puisque vous étiez inquiets, vous ne l'êtes plus. Nous nous sommes parlé. Vous étiez encore plus inquiets, vous vouliez que nous nous voyions : nous allons nous voir.
Punto finale. Elkrief : Alors, tout va bien ? JLM : Écoutez, comme il avait dit qu'il allait me contacter, figurez-vous que, depuis 3 semaines, vos collègues, chaque fois qu'ils me croisent, me disent : alors où en êtes-vous ?
Donc, je pouvais raconter ce que je voulais, il n'y avait que ça qui les intéressait. Donc j'ai fini par dire à Strasbourg, en public, devant tout le monde : bon, moi je vais mettre de l'ordre là-dedans : je fixe la date : je ne peux pas cette semaine parce que j'ai cette émission, ensuite je suis sur France 2 jeudi donc j'ai dit, bah voilà ça sera vendredi, samedi ou dimanche prochain. Elkrief : Vous vous êtes parlé quand même ce matin ?
JLM: Mais, du coup, il m'a envoyé aussitôt un sms, on s'est téléphoné et, pour qu'il comprenne bien ce que je veux, je lui ai envoyé une lettre, pour lui remettre mes arguments, pour qu'il puisse y réfléchir pour quand on va se rencontrer. Et mes arguments se concentrent sur une chose : Je pense que ça ne sert à rien qu'on fasse l'un l'autre la danse du ventre, à savoir lequel est le plus unitaire, tout ça, ce sont des histoires. On n'en est plus là.
On n'est plus à la période où on se tape sur les épaules et où les électeurs se mettent en rang. Elkrief : C'est de la comédie, vous voulez dire ? JLM : Mon devoir, c'est de ne pas dire ça.
Mon devoir, c'est de dire, allez on va parler, etc. Mais enfin quand même, quel est le problème de ce que vous appelez la gauche ? Quel est son problème ?
Si vous regardez les sondages pour moi : j'ai un point ou deux de plus que le score que j'ai fait en 2012. Si vous regardez les Verts, ils sont au même niveau qu'en 2012. Qui a perdu la moitié de ses voix ?
C'est le Parti Socialiste. Donc, c'est un peu fort de café qu'on vienne me demander de remplumer des gens qui viennent de tout perdre ! Mais pourquoi ont-ils tout perdu ?
À cause de leur politique, pas de leur personne. Elkrief : Mais Benoît Hamon, il était contre cette politique, théoriquement. Il s'est présenté comme cela.
JLM : Parfait. Donc, il s'est présenté contre, je vous en donne acte. Et il a été investi en balayant M.
Valls. Donc maintenant, il faut aller au bout. On ne peut pas me dire ce qu'il dit, c'est-à-dire : je suis en rupture, mais on va garder comme députés tous les gens qui ont fait la politique précédente.
Non ça ne va pas. On ne peut pas me dire qu'on va changer, et en même temps plus ou moins câliner l'idée de M. Macron.
Donc ce sont des garanties que je demande. Elkrief : Mais n'est-ce pas aussi pour vous une manière de dire : je pose des garanties qui seront sans doute inacceptables, pour montrer que je ne fais pas ma mauvaise tête, que je ne suis pas l'oncle grognon qui ne veut pas venir à la table du dimanche, en famille, retrouver...
JLM : Ça, c'est vous qui vous chargerez de le dire, de toute façon, quoi que je dise, il y aura forcément un commentaire, une analyse. Moi, vous savez, j'ai le dos large. Il faut avoir des nerfs.
Parce que le même qui me dit qu'il veut m'embrasser sur la bouche raconte au Canard Enchaîné qu'il veut me siphonner. Le chef du Parti Socialiste, M. Cambadélis, j'ai à peine fini d'écrire une lettre plutôt sympa à Benoît Hamon qu'il dit : "Ah, ce sont les 21 conditions !" Il a juste oublié que plus personne dans ce pays ne sait de quoi on parle à propos de 21 conditions.
Le gars, il date un peu ! 21 conditions, c'est la constitution du Parti Communiste en 1920. Donc, tout ça, c'est très vieux monde.
C'es très... je m'arrange, on se voit, on s'embrasse.
Ca ne tient pas debout. Moi je demande de la clarté. Un : il faut rompre avec la politique du gouvernement.
Point numéro un. Deux : il faut rompre avec les personnes qui sont responsables. Elkrief : Donc vous demandez les têtes de Myriam El Khomri, Manuel Valls et Bruno Le Roux.
C'est l'expression de Benoît Hamon, il a dit : "Je ne donnerai pas les têtes." JLM : Oui, et bien, précisément, je ne demande aucune tête. Mais je demande qu'on ne se paie pas la mienne.
C'est ça la différence. Il y a derrière moi des millions de gens qui pensent comme moi. Et puis surtout, je veux que l'on réponde.
Si vous voulez, un socialiste, aujourd'hui, il vous promet ce que vous voulez. Ce que vous voulez. Demandez-lui une voiture, deux, trois, il dira oui, du moment que vous votez avec lui Moi, ça n'est pas comme ça que je vois la politique.
François Hollande aussi, il a tout promis. "Mon ennemi c'est la finance, je vais taxer tous les riches..." et ainsi de suite.
Et puis après, il fait le contraire. Et notamment sur une question : Je ne suis pas d'accord pour qu'on laisse de côté la question européenne dans des formules ambistouillées. Elkrief : Votre différence principale, c'est sur l'Europe finalement ?
Parce que vous, vous voulez sortir de tous les traités, vous voulez sortir de l'OTAN, et Benoît Hamon, peut-être qu'il espère que ça va changer, qu'il peut la réformer...
JLM : Voilà. Mais ça, comme ça fait trente ans qu'on espère...
Elkrief : Donc c'est cela, le problème ? JLM : Il faut qu'il comprenne. Il y a beaucoup d'attitudes qui sont sans conséquences dans cette campagne.
Vous ne pouvez pas retourner une fois de plus voir les Allemands en leur disant : "Écoutez, on aimerait bien parler" alors que les précédents ont tout signé. Il faut donc venir en disant : "Écoutez, voilà où ça ne peut plus aller pour nous : Notre pays est en train de se détruire, il faut donc changer les traités européens." Parce que c'est à cause d'eux que nous sommes étranglés.
Et s'ils ne le veulent pas, il faut être capable de leur dire : "Écoutez, bah, on ne peut pas rester, on va mourir." Donc je pense que ça fera changer les Allemands d'attitude, mais encore faut-il avoir du courage, il faut avoir de l'audace. Elkrief : Jean-Luc Mélenchon, justement, sur cette gauche, il y a le quotidien Libération, le journal Regards, et peut-être BFM TV, qui vous proposeraient peut-être un débat vous, Yannick Jadot, Benoît Hamon.
Vous dites oui ? JLM : Évidemment que quand tout le monde va dire "allez, il faut..." ...
Mais, écoutez, est-ce que tous ces gens-là se rendent compte qu'on est en campagne électorale ? Le problème n'est pas de convaincre chacun nos petits amis. Ce n'est pas ça, le sujet.
C'est de ramener au vote et à la décision politique des millions de Français qui ont l'intention de ne pas s'y intéresser. Elkrief : Donc, pas de débat ? JLM : Oui, tous les débats que vous voulez, c'est pas le sujet !
Le sujet, c'est comment on convainc la masse des Français de revenir dans l'action politique. Et je leur propose de passer un coup de balai. Je leur propose de faire une Assemblée Constituante.
Je leur propose de revenir à un véritable choc pour qu'on remette en route l'activité du pays. Franchement, je vais passer mon temps à quoi ? Faire des débats à propos de l'unité de la gauche ?
C'est quoi, la gauche, dans ce pays ? Vous pouvez me dire qui c'est ? Elkrief : Et quand il dit qu'il y a le danger Marine Le Pen, ça ne mobilise pas, justement, l'unité de la gauche ?
JLM : Quel danger ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Elkrief : Elle est en tête aujourd'hui...
JLM : Oui. Combien fait-elle ? 25 %.
Vous connaissez les institutions. 26, allez, 30. Vous êtes d'accord ?
Je vous fais un prix. Comme ça, vous aurez bien peur. 30, ça veut dire 70% qui ne votent pas pour elle, non ?
Il y a un deuxième tour, vous en avez entendu parler ? Il y a bien deux candidats ? Elkrief : Donc, ça ne vous inquiète pas, d'accord.
JLM : Donc, écoutez, on l'a déjà fait une fois, Monsieur Le Pen était là...
Elkrief : C'est du chantage en quelque sorte ? JLM : Donc c'est un argument qui sert à faire peur et à empêcher de penser. La véritable question qui se pose, c'est : comment peut-on entraîner une majorité, ou un nombre suffisant de Français pour être au deuxième tour ?
Les uns pensent que c'est en faisant une combine, en se réunissant, en s'embrassant, en mettant tout ce qui dérange sous le tapis, et ce qui dérange et qu'on met sous le tapis, ce sont les raisons pour lesquelles les socialistes ont perdu la moitié de leurs voix. Donc je n'ai pas l'intention d'aller m'accrocher à un corbillard. Je le dis très clairement.
Et je dis aussi qu'il faut donc rompre politiquement. Si Benoît Hamon est prêt à une politique de rupture avec le passé et avec les gens qui sont encore là, il est le bienvenu. D'ailleurs, il ne le pense pas, puisqu'il a dit qu'il serait candidat jusqu'au bout, sur votre antenne.
Elkrief : Et vous aussi. Vous aussi vous serez candidat jusqu'au bout. D'ailleurs, vous chiffrez votre programme, pour moi c'est la preuve.
JLM : Bah vous avez raison ! Il n'y a pas besoin de preuve : j'ai dit que je serai candidat ! J'ai même proposé ma candidature comme candidature commune.
J'ai dit : je suis la garantie qu'on ne retournera pas à la politique de Hollande. On ne peut pas être plus clair. Mais quand même, moi je veux donner leur chance à ceux qui veulent bouger du bon côté.
S'il veut bouger du bon côté, c'est-à-dire rompre avec tout ce vieux monde, avec les organisations du Parti Socialiste, avec Hollande, avec l'Europe des traités budgétaires, et bien il est le bienvenu, et on peut parler sur d'autres bases. Mais pour continuer comme avant, et avec des formules qui veulent dire tout et son contraire, il ne faut pas compter sur moi. Elkrief : C'est clair.
Emmanuel Macron sur la colonisation, vous qui connaissez ces questions...
JLM : Oui, vous parlez à un pied-noir. Elkrief : Oui, c'est pour ça. Un homme né à Tanger...
JLM : Oui, ma famille est d'Algérie. Mes comptes sont à Staoueli et à Oran. Alors quand vous entendez Emmanuel Macron parler comme ça à Alger, et aujourd'hui dire qu'il n'est ni dans la repentance, ni dans le refoulé, et qu'il parle de "crime contre l'humanité"...
JLM : Ouh là là là là...
Elkrief : En un mot, votre sentiment ? JLM : Bon, je peux vous donner mon sentiment. Quand on est un Français, et qu'on parle de l'Algérie, on doit peser ses mots.
Pourquoi ? Parce que la nation algérienne s'est constituée dans sa lutte de libération nationale au prix du sang. Ça a été extrêmement violent, il faudrait quand même s'en rappeler.
Ensuite, parce que nous condamnons tous la colonisation, la colonisation en général et en particulier. Il n'y a pas une personne politique en France qui dit : "Il faudrait reprendre la colonisation, bravo". Et enfin parce qu'il s'agit quand même aussi d'une population, un million de pieds-noirs, parmi lesquels il y avait les miens, qui ont laissé leur tombe.
C'est un sujet très douloureux. Donc on doit parler avec précaution et ne pas dire de bêtises. Parce que quand on dit "crime contre l'humanité", il faut bien se rendre compte d'une chose : un crime contre l'humanité, c'est imprescriptible.
Donc, que propose M. Macron ? De réunir un tribunal pour rattraper ceux qui restent ?
Et les envoyer faire un Nuremberg sur l'Algérie ? Enfin, c'est de la folie. Il faut peser ses mots.
Donc comment peut-on faire ? On va dire d'abord : la décolonisation et son histoire, maintenant, sont un fait qui concerne les historiens. Les historiens algériens, les historiens français qui doivent entre eux parler et nous proposer une version, conforme aux faits, et qui nous permette d'apprendre en dépassionnant.
Et puis, nous, les responsables politiques, maintenant, qui sommes là, vivants, eh bien on doit se rappeler d'une chose : la guerre est finie, maintenant on s'aime. C'est ça le sujet. Ce n'est pas d'aller sans cesse, revenir...
Bon, en plus, pour rendre des services très discutables aux gens qui l'ont interpellé. Je pense que M. Macron, sur les sujets centraux de l'histoire de France, devrait beaucoup réfléchir.
On s'approprie toute une histoire. Et en s'appropriant cette histoire, il le faut faire avec délicatesse, pour les morts comme pour les vivants. Elkrief : Merci là-dessus, Jean-Luc Mélenchon.
On parle de votre programme maintenant puisque, concrètement, vous nous expliquez dans votre chiffrage que vous allez faire 100 milliards d'investissement, sur la planification écologique, dès le début du mandat, 165 milliards de dépense courante, et qu'en plus vous faites un prélèvement discrétionnaire de 120 milliards sur 5 ans. À l'arrivée, création de 3 millions d'emplois, dont 200 000 fonctionnaires en plus Alors moi quand je vois ça, j'ai une question...
JLM : Ca vous a fait peur, hein ? Elkrief : Non, je me dis, d'abord qu'est-ce que c'est que "prélèvement discrétionnaire" ? Ça, ça m'a fait peur, le mot "discrétionnaire"...
JLM : Oui, je ne sais pas de quoi il s'agit...
Elkrief : Comment ça, vous ne savez pas de quoi il s'agit ? Parce qu'on se demande : vous prélevez sur qui, sur quoi, sur combien ? JLM : Commençons, d'abord.
Parce que là, quand on donne des chiffres, les gens n'ont aucune espèce d'idée de ce que c'est que 100 milliards. Alors je vais leur dire : C'est les 100 milliards qui auraient dû être investis, si on avait suivi la pente d'investissement ordinaire, sous le mandat de François Hollande. Donc c'est 100 milliards de rattrapage.
Deuxièmement : 100 milliards, c'est une somme qui peut vous paraître importante, mais le député Les Républicains M. Carrez avait expliqué que les allègements d'impôts ou les suppressions d'impôts, de 2000 à 2010, ont coûté 100 milliards par an à l’État à partir de 2010. C'est-à-dire que l’État a été appauvri volontairement de 100 milliards.
Retenez bien ce que je suis en train de vous dire. Ça représente, à l'année 2016 : le quart de la dette du pays a été créé par des recettes qui ne sont pas arrivées, volontairement ! Bon.
Donc voilà pour les 100 milliards. Ensuite, il y a la dépense publique...
Elkrief : 165 milliards. JLM : Oui. Les postes qu'on crée, d'enseignants, de policiers, etc.
Mais, maintenant, comprenez bien mon affaire, Mme Elkrief. Une fois que vous avez injecté l'argent, il rentre dans l'économie, il commence un circuit. Il se prélève dessus, sur les salaires, des impôts ; sur les ventes et l'achat, des taxes.
Donc à l'entrée vous avez cette somme, et à la sortie vous avez 195 milliards d'euros qui rentrent dans les caisses de l’État sous forme d'impôts sur le revenu, de taxes diverses, et d'impôts, évidemment, sur le capital, cela va de soi. Donc, vous voyez, au total, c'est un circuit qui est positif. Elkrief : Oui, mais attendez.
Vous partez comme si on était sur une page blanche. Mais aujourd'hui, on a une dette ! Aujourd'hui, on a 2 200 milliards de dette, c'est-à-dire 100% du PIB, avec des taux qui sont en train de remonter.
Demain, vous êtes Président de la République. Vous remboursez cette dette ou pas ? Vous vous dites : "on va la rembourser" ou pas ?
D'une façon ou d'une autre ? Parce que comme vous réinjectez beaucoup d'argent qui peut donner de l'argent, c'est ce que vous nous expliquez : qu'il y a un coefficient multiplicateur, que, de fait, ça va pouvoir être à la fois une relance de l'économie et peut-être de l'emploi, c'est ce que vous espérez, mais, avant, on part quand même d'une chose, la page n'est pas blanche. Il y a une énorme dette.
JLM : Bien sûr, mais il y a un budget de l’État aujourd'hui, elle est payée la dette, non ? Elkrief : Elle va augmenter. Les taux peuvent augmenter.
JLM : Attendez, les taux, maintenant c'est la dernière trouvaille pour faire peur à tout le monde, mais...
Elkrief : Vous n'avez peur de rien, hein, vous ? JLM : Non. Surtout pas d'argent, parce que l'argent est une chose très simple.
De maux d'argent, on se guérit très facilement. C'est des autres maux dont on ne se guérit pas. Parce que, Mme Elkrief, je suis sympa, là Je ne vous demande pas combien ça coûte, le malheur.
Apparemment, vous n'avez pas l'air de vous le demander non plus. Combien ça coûte, au pays ? Elkrief : Vous croyez ?
JLM : Mais, attendez, je sais bien, mais c'est ma répartie. Combien ça coûte au pays, les gens qui ne sont pas instruits ? Combien ça coûte au pays, les gens qui ne se soignent pas ?
Ah oui, bah le prix du malheur il existe. Donc je viens sur mes chiffres. Elkrief : Ça, c'est clair.
Évidemment qu'il y a un budget de l’État : il continue. Sur la dette, il y aura un traitement particulier, parce qu'on a quand même regardé un peu le contenu de cette dette. Mais attendez : quand je vous dis qu'il y a 195 milliards de rentrées, ça veut donc dire qu'il y a plus de rentrées qu'il n'y a de sorties, en fin d'exercice - car naturellement les dépenses se font nécessairement progressivement : Par exemple, si vous recrutez un fonctionnaire, vous respectez le statut de la fonction publique, bah ouais, il faut d'abord le former.
Bon. Et ainsi de suite. De même, 100 milliards, il faut pas croire que ça se dépense comme ça.
Il faut le temps de l'installer...
Elkrief : Vous avez dit dans votre programme, normalement c'est tout de suite les 100 milliards d'investissement, pour que ça donne un effet...
JLM : Il faut que ce soit le plus rapide possible. Parce que sinon ça va mal tourner, il faut que les gens retournent au boulot. Il y a du travail, il y a des milliards d'heures de travail qui sont à accomplir.
Elkrief : Mais sur le travail, justement : vous nous proposez une augmentation immédiate du smic net mensuel de 16%, pour le porter à 1326€ nets pour 35 heures. Vous voulez passer aux 32 heures. Vous voulez retourner à la retraite à 60 ans.
JLM : Attendez, Mme Elkrief, s'il vous plaît...
Elkrief : Non, mais, juste sur le travail, sur le coût du travail...
JLM : Je suis sur le travail. D'abord on commence par dire qu'à mon avis, dans ce pays, il y a besoin de beaucoup de travail. Il n'a pas lieu parce qu'il n'est pas solvable, aujourd'hui.
C'est-à-dire, on ne peut pas le payer. À partir du moment où on est en état de le payer parce qu'on lance des travaux, car dans cette croissance, il faut bien voir que le moteur de cette croissance, c'est la transition écologique. C'est ça qui nous fait des millions d'heures de travail à fournir.
Bien. Quand la machine se remet en route, il est clair qu'elle irrigue tout le reste. Alors, je suis pour le retour aux 35 heures, ça c'est dans le programme...
Elkrief : Le retour aux 32 heures, mais pas tout de suite, c'est ça que vous dites ? JLM : Non non non non, ce n'est pas ça qu'il y a dans le programme. 35 heures, c'est-à-dire : on revient à une durée légale de 35h, avec une majoration des heures supplémentaires qui, étant davantage payées, coûtent quelque chose et se mettent en balance avec un emploi équivalent.
Et ensuite, je dis : nous organisons la conférence sur la réduction du temps de travail, pour voir, puisque la CGT l'a demandé, d'autres centrales, les 32h, comment ils règlent ça avec le patronat. Moi, mon engagement, c'est 35 heures, le retour aux 35h réelles, et la majoration des heures supplémentaires à partir de la première. Elkrief : Et l'augmentation du smic...
Donc avec, à la clé, une relance de la consommation ? C'est ce qui peut être un des moteurs ? JLM : Admettons, oui !
Elkrief : Alors, ça, c'est un classique, vous allez me dire que ce n'est pas vos critères, mais quand même, quand on relance la consommation, on sait que c'est la hausse des importations. On achète des produits importés, et surtout des produits étrangers. Du coup, nos produits français, ils vont être plus chers à cause des salaires, et si jamais on réduit un peu le temps de travail, à qui on vend ?
À qui on vend nos produits ? JLM : Alors, on va commencer d'abord par tirer la première leçon de ce que vous dites, puisque c'est une objection, il faut donc y répondre "Si on consomme, on va importer" : Bah non, déjà, on pourrait importer un peu moins, qu'est-ce que vous en pensez ? Donc, produire davantage ici.
Primo. Secundo, ce qu'on importe : on pourrait commencer à être moins aveugle sur ce qu'on fait. Moi, je propose des taxes kilométriques - donc une taxe écologique - et des taxes sociales.
Je ne suis pas d'accord pour acheter un blouson quatre fois moins cher qu'en France parce qu'à l'autre bout de la Terre, un gamin aura fait le travail, en polluant tout autour de lui. Elkrief : Oui, mais s'il est moins cher, comme vous le disiez, hélas, pour certains, c'est la seule solution. JLM : Oui, eh bien ce sera une autre solution, parce que les solutions barbares ne sont pas les seules solutions.
Faire souffrir des gens et détruire la planète n'est pas une solution durable. Donc, nous sommes un grand peuple, nous avons les moyens de faire autrement. Maintenant, quand vous me dites qu'on achète à l'étranger, oui, alors où est le problème ?
À part les problèmes que je viens de soulever ? Où est le problème ? Elkrief : Non, c'est le renchérissement du coût de nos produits, du coup, qui fait que, parce que vous augmentez les salaires...
JLM : Ah, que vous voulez vendre à l'extérieur ? Elkrief : Oui, c'est ça. JLM : Bah, ma logique globale, c'est celle de la relocalisation de l'activité.
Et il n'est pas vrai qu'il y aurait un impact économique de cette augmentation, pour la raison suivante : Je suis pour qu'on ramène l'euro, dans la période où il y a euro, à la valeur du dollar. Par conséquent, l'avantage qu'a aujourd'hui tout ce qui se paie en dollar sera annulé par le fait que l'euro sera au même niveau. Aujourd'hui, il est 10% plus cher. 10% moins cher, ça représente des milliards d'économie pour les entreprises françaises qui achètent, et, pour celles qui vendent, un avantage comparatif extrêmement substantiel.
Pardon, Mme Elkrief, 10% de différence sur les prix c'est quand même pas rien ! Quand on propose une chose comme celle-là, je m'attends au moins à ce qu'on me dise "Ah c'est pas mal !" Elkrief : Et bien je vous dis juste une chose, moi, c'est que il y a des gens qui vont aller vous écouter sur YouTube ce dimanche pour avoir toutes les réponses sur tout le reste du chiffrage dont vous ne nous avez révélé que quelques morceaux.
Merci. JLM : C'est un travail énorme, et je remercie ceux qui m'y ont aidé. Je crois que BFM sera présent sur place, et je vous en remercie.
Jean-Luc Mélenchon