Congrès EELV : "Il faut sortir de cet entre-soi délétère" se désole Sandrine Rousseau
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– Et notre invitée politique ce matin, c'est Sandrine Rousseau. Bonjour. – Bonjour. – Merci beaucoup d'être avec nous, députée écologiste de Paris, membre de la NUP. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Fabrice Vesserodon du groupe Ebra, les journaux régionaux de l'Est de la France. – Bonjour, Riane. Bonjour, Sandrine Rousseau. – Bonjour. – On a beaucoup de sujets d'actualité à avoir avec vous, Sandrine Rousseau. On va évidemment parler de votre parti, mais d'abord Emmanuel Macron et la Coupe du Monde au Qatar.
Emmanuel Macron qui a fait ce tweet il y a quelques heures et qui dit que cette Coupe du Monde, le site témoigne de changements concrets qui sont à l'œuvre. Le Qatar s'est engagé dans cette voie, il doit continuer, il peut compter sur notre soutien. C'est ce que dit Emmanuel Macron. Qu'est-ce que vous pensez de ce tweet ?
– Je pense que c'est un tweet de circonstance et que la réalité, c'est que ce type d'événement sportif, la Coupe du Monde au Qatar, ça ne fait que banaliser et ça ne fait que rendre acceptable des pays et des régimes qui sont en réalité totalitaires.
– Ça ne l'engage pas dans la voie du changement comme le dit le chef de l'État ?
– Au contraire, ça les banalise, ça les conforte, ça les rende acceptables. Et pourquoi tout cela ? Parce qu'en fait, on est dépendant au pétrole. Voilà. – C'est ce qui est ce tweet selon vous ? – Mais bien sûr, et tant qu'on ne réglera pas cette dépendance au pétrole, on devra faire des ronds de jambes devant des régimes qui ne sont pas fréquentables en réalité. On le voit avec les ouvriers qui ont construit les stades, on le voit avec les personnes LGBTQIA+, qui sont quand même torturées. Enfin, je veux dire, en quoi le Qatar s'ouvre-t-il ? – Mais ça ne vous choque pas ce tweet ?
– Mais bien sûr que si, je pense qu'Emmanuel Macron, qui dit un jour le sport, ce n'est pas politique, puis le lendemain fait ça, qui fait de la politique, enfin rien ne va là-dedans, rien n'est cohérent, qu'ils le disent clairement, on a besoin du pétrole du Qatar, au moins ce sera…
– Vous ne pensez pas qu'il en restera quand même quelque chose, toute cette polémique, autour de cette Coupe du Monde au Qatar ?
– Ah ben sans doute qu'il en restera quelque chose, mais quoi ? – De positif, je voulais dire. – De positif ? Bah écoutez, si la France gagne, sans doute… – Non, non, non ! – Mais à part ça, je ne vois pas très bien, des stades de foot climatisés, des droits des personnes bafouées, des…
– Non mais dans les choix à venir justement, dans les choix à venir, dans les choix à venir.
– J'espère que ça servira, mais quand on voit que les Jeux Olympiques d'hiver pourraient être organisés en Arabie Saoudite, enfin voilà, je crois que là on devient fou, on devient collectivement fou.
– L'autre sujet, un autre sujet d'actualité, c'est cette interview, ces propos de Gabriel Attal hier matin dans Le Parisien, il dit que la priorité du gouvernement, ce sont les Français qui bossent, la France laborieuse qui se lève tous les matins, en ayant le sentiment de travailler pour d'autres, c'est ce qu'il dit. Quelle est votre réaction, vous qui prenez un droit à la paresse ? C'est ce qu'il déplore d'ailleurs dans cette même interview.
– Eh bien je pense que oui, les personnes qui travaillent se lèvent et n'arrivent pas à finir les fins de mois, et que c'est une souffrance et une difficulté qui ne fait que s'amplifier, et que ces personnes-là ont précisément besoin de retrouver des marges de manœuvre, des espaces de respiration. – Donc il a raison d'en faire sa priorité ?
– Non, pas comme ils le font, c'est-à-dire pas en augmentant le temps de travail et en n'augmentant pas les salaires, c'est-à-dire que cette classe laborieuse, elle a besoin qu'on augmente les salaires, qu'on lui donne du temps pour vivre, et au contraire qu'on partage le travail avec les personnes qui sont au chômage plutôt que de leur mettre le couteau sous la gorge en diminuant leurs allocations de chômage.
– Lui, il rappelle qu'il y a eu des augmentations des crédits d'impôt pour la garde d'enfants, qu'il y a eu des baisses d'impôt de plus de 6 milliards, qu'il y a eu des augmentations des tickets restaurant.
– Ben oui, une augmentation des tickets restaurant, c'est très bien, sauf qu'il n'y a pas eu d'augmentation de salaire. Il n'y a pas eu la moindre possibilité de discuter d'augmentation de salaire. Or, ce dont on a besoin là, ce dont ont besoin ces personnes, c'est d'une augmentation de salaire. Vraiment, la situation sociale devient extrêmement critique. Je ne crois pas que M. Attal mesure l'ampleur de la crise sociale qui est en train d'exploser complètement dans notre pays. Et là, les premières factures arrivent. Et ça ne va faire que s'amplifier dans les mois qui viennent. Et je pense qu'on est face à de très, très grandes difficultés.
– Clément Beaune, le ministre des Transports, était l'invité du Grand Rendez-vous hier. Il a parlé de vous et de votre vision de la gauche. On va l'écouter, je vous fais réagir juste après.
– La gauche de Sandrine Rousseau, elle représente d'abord une grande confusion. Moi, je ne me reconnais pas dans cette mélasse où on jette à la fois de la soupe sur des tableaux, on soutient des activistes qui bloquent les routes, on manifeste contre les bassines. Et je ne l'ai jamais entendu, c'est ça qui m'intéresse le plus. C'est ce que j'étais encore il y a quelques jours dans l'hémicycle avec Sandrine Rousseau. Je n'ai jamais entendu une proposition précise, à part les actions chocs, on va en débattre. Mais jamais une proposition précise sur l'investissement dans l'énergie, sur l'investissement dans les transports, jamais.
– Quelle est votre action ? – Vous vous reconnaissez dans son portrait ?
– Bien sûr, c'est tout moi. Il fallait qu'il soit un peu plus dans l'hémicycle parce qu'il aurait vu qu'on soutenait par exemple les 9 milliards sur la rénovation des logements, les 3,5 milliards sur la réfection du réseau ferroviaire pour que les trains fonctionnent et fonctionnent mieux parce qu'on a un problème de réseau. Il aurait entendu aussi les 1,5 milliards que nous proposions de mettre sur le train de nuit. Il aurait entendu tout cela. Et en fait, Clément Beaune, moi ce que j'entends de lui, c'est en fait la question écologique n'est jamais à l'ordre du jour, n'est jamais d'actualité, n'est jamais au centre du questionnement.
Et en fait là, ça commence à devenir vraiment très critique. Et moi je deviens vraiment très inquiète de la situation parce que le mur écologique qui est devant nous, que ce soit sur le climat ou la biodiversité, le mur est d'une hauteur que l'on ne mesure pas complètement aujourd'hui. Donc là, il est temps de mobiliser notre énergie et notamment l'énergie de l'État sur la transformation écologique. Et c'est toujours remis à demain, toujours remis à après-demain. Et là maintenant, ça devient vraiment très très dangereux.
– Alors justement, Emmanuel Macron a parlé de notre ambition écologique. C'était hier soir sur sa chaîne YouTube, une nouvelle vidéo là-dessus. et il dit qu'il veut développer un réseau de RER, de trains urbains, dans 10 métropoles françaises, justement, pour tenir cette ambition écologique. Vous êtes contente ?
– C'est très bien de faire de nouveaux RER. Mais pour ceux qui fréquentent par exemple les transports parisiens, on voit bien qu'on est à la rupture aussi dans les métros. L'offre de métro a diminué, les métros sont surchargés. Parfois, il faut attendre 3 voire 4 rames pour pouvoir monter dedans. – Mais là, c'est bien, c'est un satisfait que vous donnez au chef de l'État. – Oui, mais il n'y a pas 1 euro qui est mis sur les transports publics actuels. Il n'y a pas 1 euro qui est mis sur les transports publics dans la ruralité. Donc en fait, c'est encore un effet d'annonce. – Vous vous retrouvez quoi, un problème de financement de cette annonce ?
– Il n'y a pas d'argent mis par l'État sur ces transports en commun. Et moi, j'ai l'impression qu'Emmanuel Macron, il se réveille le matin, il réunit son équipe de com', il se dit, bon, qu'est-ce qu'on va annoncer ? Allez, 10 RER, allez, on fait 10 RER. Mais derrière, il y a tout un réseau de transports en commun qui est en train de s'effondrer, notamment sur la région parisienne, mais pas que. Et puis, parce que tout le réseau ferroviaire dont je vous parlais, il doit y avoir des investissements sur ce réseau ferroviaire pour faire en sorte qu'il fonctionne bien mieux. et puis, il y a la ruralité où, pour l'instant, rien n'est fait.
Et donc, l'essence augmente et on laisse les personnes toutes seules, dépendantes face à leur voiture et complètement dépendantes de l'essence. Et rien n'est fait. Donc, voilà, les réunions de com' de 10h le matin, on fait une annonce à midi, ça ne m'intéresse pas tellement en réalité.
– Puisque vous… on va parler d'un autre texte qui concerne l'écologie, c'est le texte sur les énergies renouvelables, le développement des énergies renouvelables, il arrivera en séance lundi prochain. Est-ce que vous allez voter ce texte ?
– Alors, c'est un texte qui est très pervers, et là, il me faut quelques minutes pour expliquer la perversité de ce texte, parce qu'il faut comprendre quelle va être notre position là-dessus. C'est qu'en fait, on a un texte sur les énergies renouvelables. Donc, il y a énergie renouvelable dans le titre. Donc, on se dit, les écolos vont être contents, évidemment, puisqu'il y a énergie renouvelable dans le titre. Sauf que, quand on regarde le texte, parce que ce qui est important dans les textes de loi, c'est le texte. Eh bien, on s'aperçoit que les énergies renouvelables sont en fait le motif pour détricoter le droit de l'environnement.
C'est-à-dire qu'on utilise l'implantation des énergies renouvelables pour détricoter le droit de l'environnement. Eh bien, on fait des exceptions au droit de l'environnement, on diminue le droit de l'environnement, on diminue la protection des milieux pour…
– Il n'est pas indispensable de modifier le droit de l'environnement, justement, pour évoluer tout ça ?
– Alors, pas du tout, parce qu'aujourd'hui, l'essentiel des projets d'éoliennes, par exemple, sont bloqués par les préfets. C'est les préfets qui bloquent les projets d'éoliennes, alors que toutes les autorisations ont été données et que ça respecte tout à fait le droit de l'environnement.
– Mais est-ce que le gouvernement vous entend là-dessus ? Les écologistes ont discuté avec Agnès Pannier-Runacher, de vos réserves, notamment sur les questions de la biodiversité ?
– Alors, les écologistes discutent, mais pour l'instant, en fait, on a l'impression d'une espèce de stratégie du gouvernement qui consisterait à dire, vous voyez, vous refusez les énergies fossiles, regardez, vous refusez les textes sur les énergies renouvelables, alors qu'en fait, dedans, on met plein de vipères, plein de choses-trappes pour que ça soit impossible pour nous de le voter. Et puis, je ne sais pas encore si on va le voter ou pas, parce qu'il n'y a pas de position de vote encore qui a été définie par le groupe écologiste. – Mais vous, personnellement ? – Pour l'instant, on ne peut pas utiliser les énergies renouvelables pour détricoter le droit de l'environnement.
Il faut bien comprendre qu'aujourd'hui, la perte de biodiversité est majeure. On parle d'un effondrement de la biodiversité, on parle d'un anéantissement de la biodiversité. Il y a 70% des insectes qui ont disparu. Donc, en fait, on ne peut pas faire comme si, pour planter une éolienne, on pouvait encore diminuer le droit de l'environnement. Ce n'est pas possible. Là, on est dans un ensemble de contraintes qui est certes difficile à gérer, mais avec cet ensemble de contraintes, on y arrive très bien. La preuve, aujourd'hui, ceux qui bloquent l'implantation d'éoliennes, ce sont les préfets. Ce n'est pas le droit de l'environnement.
Donc, là, véritablement, on utilise un texte, encore une fois, pour viser autre chose. Et on a l'impression que le gouvernement dit, regardez, vous ne voulez pas des énergies fossiles. Regardez, vous ne voulez pas des ENR. Donc, il n'y a plus que le nucléaire. Enfin, vraiment, ayons un débat sur l'énergie. – Mais ce n'est pas un nom catégorique. – Ce n'est pas un nom catégorique, mais c'est une position lucide.
– Donc, la condition, juste, c'est qu'Agnès Pannier-Runacher vous écoute sur cette question de la biodiversité ?
– Et c'est une position lucide qui est de dire à Agnès Pannier-Runacher et au gouvernement, on voit votre stratégie, nous ne sommes pas dupes.
– Et si elle vous écoute sur la question de la biodiversité, pourriez-le voter ? Ce n'est pas un non-faire. – Exactement. – Sur un autre texte, le texte sur la constitutionnalisation de l'IVG, puisqu'il a été voté, la proposition de loi des insoumis a été votée il y a quelques jours à l'Assemblée, est-ce que vous voterez celle de la majorité présidentielle
qui sera présentée cette semaine, qui sera discutée cette semaine ? – Alors, moi j'ai compris qu'Aurore Berger retirait son texte, puisque celui-ci avait été accepté. Donc, normalement, il devait être étudié. Aujourd'hui, il a été retiré. Donc là, c'est très bien, ça c'est un bon point pour le gouvernement, c'est-à-dire qu'ils actent le fait qu'un texte a été voté à l'Assemblée. Maintenant, le texte qui a été voté à l'Assemblée doit être voté conforme au Sénat. – C'est ce que j'allais vous demander,
quel avenir du coup pour ce texte, alors que le Sénat, pour le moment, refuse, et a refusé de voter un texte similaire ? – Est-ce que c'est un peu un coup d'épée dans l'eau ? – Alors, il a refusé de mémoire à 17 voix, je crois, donc c'est très peu. – Le texte de Mélanie Vogel, votre collègue écologiste ?
– Voilà, je dis au Sénat, attention, ne passez pas à côté de l'histoire. Ne passez pas à côté de l'histoire. Là, on a une occasion assez incroyable de faire en sorte que la France montre le chemin à bien d'autres pays, donne de la force à bien d'autres femmes dans d'autres démocraties pour que, passe dans les constitutions, le droit à disposer de son corps. Donc, à 17 voix, vraiment, réfléchissez et faites-le et on se retrouvera en congrès et on votera ce texte qui sera un texte historique. – On va parler politique, on va parler de votre parti,
puisque le premier tour du Congrès d'Europe Écologie-Les Verts s'est tenu ce week-end. Votre candidate, la candidate que vous souteniez, est arrivée en troisième position à moins de 14% des voix. Est-ce que c'est un revers pour vous ?
– Évidemment, j'espérais un score qui pouvait être un peu supérieur, mais voilà, maintenant c'est le Congrès, enfin un Congrès c'est quelque chose qui se fait, c'est un vote intra-muros et surtout l'échec pour moi incroyable de ce Congrès, c'est qu'on est passé de 100 000 votants à la primaire à 5 300 sur un Congrès. On est passé de 100 000 votants à la primaire à 5 300.
– Pour vous l'échec, c'est le nombre de votants, c'est pas le score de votre candidate ?
– Comment voulez-vous que l'écologie devienne un parti qui marque, qui s'impose, qui devienne la force motrice du camp progressiste alors qu'on est 5 300 votants ? Et encore avec des procurations, donc se sont déplacées à mon avis 3 000 personnes maximum, 3 000 personnes alors que c'est l'enjeu majeur du 21e siècle.
– C'est la motion de Marine Tondelier, motion de règlement intérieur, l'aviez-vous qualifiée, qui est arrivée en tête ce week-end. Est-ce que vous êtes déçue que votre parti n'aille pas vers un peu plus de radicalité ?
– Je salue le score de Marine Tondelier et je me dis juste que… – Vous la félicitez ? Parce qu'on vous a pas entré en compte. – Oui, bien sûr, surtout qu'elle va avoir besoin de tout le monde. – Je salue son score et très bien. Et voilà, maintenant, moi ce que je voudrais, c'est vraiment qu'on sorte de cette espèce d'entre-soi délétère à vraiment une ouverture large et à faire en sorte qu'on se laisse déborder par la société civile. Et j'espère que Marine Tondelier aura cette intelligence de se faire déborder par la société civile, de faire entrer très massivement des personnes dans notre parti et de ne pas fermer au motif qu'on contrôle mieux quand c'est fermé. – Vous craignez ça ?
– Oui, je crains un peu ça. – Pourquoi ? – Parce que je pense que si on est passé de 100 000 personnes à la primaire à 5 000 personnes votant à un congrès, c'est parce qu'on a fermé les portes. – Mais ça veut dire qu'Europe écologie… – Faut de quoi on aurait vraiment pu agréger beaucoup de personnes. Et on a eu peur. Quand je dis « on a eu peur », c'est l'institution parti politique a eu peur de cette arrivée massive de personnes. Moi je dis, ça n'est pas comme ça qu'on va gagner. Voilà. Et donc j'espère qu'on va ouvrir ça. Mais maintenant, parce qu'avant nous n'étions nulle part, parce que je rappelle quand même que moi je suis arrivée au début de la primaire, j'avais deux militants écolo.
Donc là, voilà, on fait 14%. On aurait pu espérer mieux, très bien, c'est déjà ça. On est partout, on va être partout dans les instances, y compris dans les régions. Donc petit à petit, on va construire quelque chose. Et vraiment, on poussera. – Vous êtes déçu votre fort ? – On poussera. Non, je ne suis pas déçue. On partait de zéro. Donc voilà. Oui, évidemment, j'aurais espéré mieux, mais on est parti de zéro. – Vous ne partiez pas de zéro, vous avez fait 49% à la primaire. – Non, mais je suis partie, oui. – Vous faites moins de 14%. – Oui, mais justement, j'ai fait 49% à la primaire. 100 militants écolo. C'est ça qu'il faut bien comprendre.
Et donc, je pense être vraiment en phase avec une partie de la société. Cette partie de la société a du mal à rentrer dans les partis politiques parce qu'elle a du mal à s'y retrouver, et particulièrement dans le mien. Mais c'est ça qu'il va nous falloir penser. – Mais juste pour qu'on s'acclare, est-ce que vous soutenez Marine Tondelier pour le second tour ? – Ah ben ça, je n'en sais rien. Les discussions sont encore en cours. Et par ailleurs, ce n'est pas moi, c'est Mélissa Camara, que je tiens d'ailleurs à féliciter parce qu'elle a fait une campagne absolument incroyable.
Cette femme est un des avenirs de l'écologie politique et je vous invite vraiment à regarder son parcours parce qu'elle incarne des choses tout à fait incroyables. – Mais qui vous soutenez pour ce second tour ? – Mais là, il y a des discussions. Et Marine Tondelier, va-t-elle nous tendre la main aux pattes ? Elle est la question. – Qu'est-ce que vous attendez d'elle ? – Si elle nous tend la main, alors évidemment, on saisira cette main. – Qu'est-ce que vous attendez d'elle ? – Qu'elle ouvre, qu'elle montre son ouverture.
– Vous pointez juste le faible nombre de votants. Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, pour vous, Europe Écologie est finie ? – Et pour compléter cette question, on a quand même un peu le sentiment quand on vous écoute que vous jouez en dehors du parti, en vous adressant directement à votre électorat, un peu comme l'a fait Emmanuel Macron en d'autres temps, comme le fait Laurent Wauquiez en ne se présentant pas à la présence du parti ?
– Et c'était une question, c'était un constat.
– C'est une question, est-ce que vous jouez en dehors du parti ?
– Mais en tous les cas…
– Est-ce que c'est ça votre stratégie ?
– Non, ça fait partie des règles du jeu que de participer au congrès, donc on l'a fait. Voilà, moi je respecte les règles du jeu. On est dans un monde comme ça, où il faut respecter ses règles, je le fais, on se présente au congrès, on fait son score. Mais après, l'essentiel ne se joue pas sur un corpus de 5000 personnes. – Non mais justement, je dois dire ma question, est-ce que le parti est fini pour vous aujourd'hui ? Est-ce qu'Europe Écologie, telle qu'il existe aujourd'hui, il est mort ?
– Alors le parti n'est pas fini, mais je pense que dans la crise démocratique que nous vivons, il y a cette question de la place des partis, ça me semble évident, parce que vous citiez Emmanuel Macron, il a gagné la présidentielle sans parti. Et Jean-Luc Mélenchon n'a pas un parti au sens, avec des statuts, un règlement intérieur, un congrès, etc. C'est une formation, c'est une force politique, mais ce n'est pas un parti avec une structure très établie. Moi je pense que les partis permettent la démocratie interne, donc c'est absolument indispensable. Mais par contre, la démocratie interne ne peut pas servir à fermer, à ce que ça soit une boîte complètement fermée à l'extérieur.
Donc il nous faut trouver des modalités pour faire en sorte qu'il y ait une forme de fluidité. Le militantisme d'aujourd'hui n'est plus le militantisme d'hier. Le militantisme d'hier ressemblait à une sorte de sacerdoce, où on y consacrait ses week-ends, ses soirées, etc. Les militants d'aujourd'hui ne veulent pas ça. Les militants d'aujourd'hui et les militantes veulent pouvoir militer un jour, repartir, revenir, faire des actions, discuter politique de manière enflammée, puis repartir et revenir trois semaines plus tard. C'est ça le militantisme d'aujourd'hui. Il faut qu'on adapte notre structure à ça.
– Quand Yannick Jadot, hier dans le journal du dimanche, s'oppose à votre ligne, à votre radicalité, et dit qu'il n'y a pas de perspective majoritaire pour un populisme écolo, qu'est-ce que vous répondez à ça ?
– Je ne sais pas ce que je dois répondre, mais déjà je ne sais pas, enfin, qu'est-ce qu'on appelle populisme écolo ? – Pour vous, c'est du débat ou de l'invective ? – Je ne rentrerai pas là-dedans, mais en tous les cas…
– Mais quand même, vous avez une perception. Vous êtes de la même famille politique, vous êtes en famille, là il y a des choses.
– Non mais là, on a quand même un sujet dans l'écologie, qui est que nous ne sommes plus en phase avec notre base. Enfin, c'est quand même un sujet. C'est-à-dire que la base électorale, on l'a vu pour la présidentielle, la base électorale de l'écologie n'a pas été présente. Donc déjà, moi j'ai envie de dire, consolidons notre base, parlons-leur, faisons en sorte qu'ils se retrouvent, toutes les personnes éco-anxieuses, toutes les personnes qui attendent une écologie fière, une écologie impertinente, une écologie aussi qui nomme des adversaires.
Parce que c'est ça, il y a quelque chose qui me fascine un peu, moi, dans des lignes politiques, c'est que c'est comme si l'écologie n'acceptait pas d'avoir des adversaires. – Dans la ligne de Yannick Jadot en l'occurrence. – L'écologie a des adversaires politiques, enfin, moi je veux dire, il n'y a pas de...
– Donc c'est-à-dire, prenez le rassemblement comme il le fait, pour vous, ce n'est pas il faut être radical ?
– Il faut prenez le rassemblement, mais sans masquer le fait que l'écologie n'est pas quelque chose de consensuel à la base, en fait. Il nous faut changer de système économique, social, il nous faut protéger les plus pauvres, il nous faut développer les biens communs, il nous faut taxer les plus riches, taxer les entreprises, limiter l'évasion fiscale. Tout cela, évidemment, il nous faut transformer l'agriculture intensive en une agriculture respectueuse, il nous faut limiter la chasse. Tout cela, évidemment, n'est pas consensuel, et il y a des personnes qui sont contre cela, et il faut l'assumer.
Et il faut l'assumer, parce que notre débat et nos positionnements ne gagneront que si on assume aussi une forme d'adversité.
– Il y a une élection qui réussit plutôt pas mal aux écologistes, c'est l'élection européenne. Est-ce que vous souhaitez une liste écologiste simple ou une liste avec l'ANUP ?
– J'ai l'impression surtout qu'il est bien trop tôt pour en parler, nous sommes deux ans à l'avance, et que par ailleurs, il est bien trop tôt pour fermer des portes. Ça fait partie de ce dont je vous parlais tout à l'heure, de la fermeture. On verrouille bien. Moi, je pense que ce n'est pas le moment de verrouiller. Je pense que c'est le moment de dire que tout est ouvert, et qu'on serait fiers et heureux de pouvoir porter, et je dis bien porter, une nouvelle perspective pour l'Europe, et que l'écologie peut porter l'écologie. – Quand vous dites « on », ça pourrait être vous. Est-ce que vous avez envie de porter cette liste aux européennes ?
– Je suis députée de Paris, je ne vais pas être candidate à toutes les élections. – Vous pourriez. – Ce n'est pas mon projet. – Vous pourriez, c'est une question. C'est dans deux ans que vous dites, est-ce que ça vous tente ? – Non, mais je vais épargner les gens d'une campagne à chaque élection. Non, non, ce ne sera pas moi. Mais par contre, l'écologie porte une dynamique de renouveau de cette Europe, et d'une Europe écologique et sociale. Et ça, vraiment, je dis aux partenaires à gauche, parce que vraiment, moi je pense que la NUP, ça a été un espoir.
Et ça a suscité un espoir chez des électeurs et électrices qui n'avaient pas à choisir entre des bulletins, et qui vraiment avaient envie d'en prendre deux ou trois et de les mettre dans la même enveloppe. Là, ils n'en avaient qu'un seul à prendre et à les mettre dans la même enveloppe. Donc il faut qu'on continue cette dynamique. Si ça n'est pas possible, ça n'est pas possible, mais ça n'est pas aujourd'hui qu'on doit le décider.
Mais est-ce que ça vous semble possible ? Il y a des divisions au PS. Le PS se déchire sur cette stratégie. Fabien Roussel aussi, au sein du Parti communiste. Même chez vous, chez les écologistes, ça divise. Est-ce que la NUP a encore un avenir pour vous ?
Moi, je pense que les fiertés isolées ne permettent pas de créer des dynamiques politiques. Pour vous, ce sont des fiertés isolées ? Oui, je pense que, et particulièrement parce que le Parti communiste a un congrès. Celle de qui, notamment ? Le Parti communiste a un congrès, le Parti socialiste a un congrès. Nous, nous sortons d'un congrès. Enfin, nous sommes en plein milieu d'un congrès. Et en fait, ces moments de congrès sont des moments de fierté identitaire, j'ai envie de dire. Et donc, il faut sortir de ces moments de fierté identitaire pour construire une dynamique.
Vous dites avec le sourire, vous voulez épargner les gens, vous présentez toutes les élections. Vous avez le sentiment que parfois, vous en faites trop ?
Alors, non, pas du tout. Mais par contre, je pense que le travail politique que je fais n'est pas un travail qui consiste à moi me placer. C'est un travail politique qui consiste à ouvrir un champ politique. Et ouvrir un champ politique qui pose la question sociale, la question sociétale en même temps que la question écologiste. de dire qu'il n'y a pas de transformation écologique d'ampleur s'il n'y a pas en même temps une réforme profonde de notre société. Et ça, en fait, est donc des rapports de domination et des rapports d'inégalité sociale au sein de cette société. La transformation écologique ne sera pas une énième innovation. Ça ne sera pas ça.
Ça pourra, l'innovation technologique pourra nous aider ici ou là. Mais ça n'est pas ça fondamentalement qui nous fera changer de société. Aujourd'hui, on parle de société de consommation. C'est-à-dire qu'on fait société par la consommation. Cela n'est pas une manière de faire société. Et donc, c'est ce champ-là que j'ouvre. Et donc, pour ça, il me faut un travail politique dans le long terme. Et par ailleurs, je suis députée de Paris et j'entends bien représenter et à l'Assemblée et sur mon territoire cette dynamique. Hier, j'étais, juste, je termine là-dessus, mais j'étais avec une association du 13e arrondissement qui accueille des enfants en situation de handicap après l'école.
Cette association va devoir fermer tout le mois de décembre parce qu'elle n'a plus de moyens. Elle n'a pas assez d'argent pour ouvrir. Ça veut dire qu'on laisse les parents avec des enfants en situation de handicap seuls à se débrouiller, seuls. Vous vous rendez compte de la violence de cette société ? Moi, je ne veux pas de ça.
– Un mot, puisqu'on parlait de la NUP sur Adrien Quatennens, puisque hier, Clémentine Autain, députée de la France Insoumise, a dit que la démission n'était pas l'axe choisi par la France Insoumise. Est-ce que vous regrettez ça ?
– Je pense qu'Adrien Quatennens ne peut pas représenter le peuple français et il ne peut pas représenter les hommes et les femmes en l'état actuel.
– Donc, c'est-à-dire que vous continuez ce matin à demander sa démission ?
– Je demande à ce qu'il ne vienne pas à l'Assemblée. Et je pense que c'est à LFI de prendre la décision
– Alors ça, c'est actuel, il ne prendra pas part à la vie du groupe jusqu'à la décision judiciaire. Est-ce que c'est suffisant ?
– Là, il y a une instruction judiciaire et il faut que cette instruction aille rapidement. Maintenant, moi, je voudrais dire, parce que je crois qu'il n'y a presque jamais eu de parole comme ça, de dire « je crois Céline Quatennens ». – Je soutiens aussi Clémentine Autain. – Je la soutiens, oui, très bien. Ce n'est pas pour rien qu'on se retrouve là-dessus d'ailleurs. Et je pense que sa parole doit être respectée. – Sa parole doit être respectée. – Il est fort aussi d'ailleurs. – Et donc, sur cette base-là, alors Adrien Quatennens doit se mettre en retrait. Et quelque part, on est dans une… – Non mais il est en retrait, est-ce qu'il faut qu'il démissionne ?
– Oui, mais moi, je pense qu'il faut qu'il réfléchisse à la démission. On est dans un moment politique très particulier où la politique qui était faite pour les hommes et par les hommes, où ce genre de violence sur les femmes n'était pas un sujet. Ça n'était pas un sujet. Ça n'était pas un sujet politique. Aujourd'hui, ça devient un sujet politique. Alors oui, c'est difficile. Alors oui, ce sont des évolutions qui sont compliquées. Et oui, on le voit à l'intérieur de chaque parti politique, ça crée des tensions et pas des petites tensions. Mais maintenant, on est dans ce moment-là.
Est-ce qu'on accompagne ce changement ou est-ce qu'au contraire, on met le frein pour éviter et pour se replier sur un monde qui est quand même un monde de domination masculine ? Moi, je dis, ouvrons, ouvrons et prenons la mesure de ce qui est en train de se passer dans la société.
– Et très rapidement, Fabrice, une question pour les journaux du groupe Ebra. – Oui, Dominique Voinet a été élue ce week-end, Adol Savine, secrétaire à la tête des Verts de Franche-Comté. Que vous inspire le retour en politique de cette figure de l'écologie française ces 30 dernières années ?
– Ah mais moi, je n'ai pas de problème à ce qu'elle revienne en politique. J'ai un problème à ce qu'elle prenne des responsabilités en politique puisque voilà, il y a eu un moment qui était un moment très important au sein de l'écologie et du parti écologiste. Ça a été l'affaire Bopin, c'était la première affaire de violence sexuelle quand même au sein d'un parti politique. et un an avant MeToo, ça a été très dur pour nous de parler. Ça a été extrêmement compliqué. Je rappelle qu'à l'époque, personne ne parlait de cela. – Vous l'en voulez. – Non, non, mais qu'on était les premières à le faire.
On était 4, puis on était 7, puis à la fin je crois qu'on était 14 à avoir parlé sur les comportements de Denis Bopin. Et puis il y a eu un procès que Denis Bopin nous a intenté en diffamation. C'est lui qui nous a fait ce procès pour nous faire taire, c'est les fameux procès Bayon. Nous avons gagné ce procès et nous avons gagné même des dommages pour procédures abusives. Bien, Dominique Voynet qui était une ancienne secrétaire nationale de notre parti politique a été témoin en faveur de Bopin contre nous, contre nous. Et c'est un acte politique d'avoir fait ça. Et ça n'est pas vrai qu'elle a été convoquée par la justice et qu'elle n'avait pas le choix.
François de Rugy était dans la même situation et il a refusé de venir. Donc en fait je veux dire, c'était un acte politique. Qu'est-ce qu'on veut ? Est-ce qu'on est un parti féministe ou est-ce que nous ne le sommes pas ? Je crois qu'aujourd'hui il faut répondre à cette question.
Merci beaucoup Sandrine Rousseau, merci d'avoir été notre invitée ce matin. Merci Fabrice, on passe au Club de Territoire. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Sandrine Rousseau