Arrêts-maladies des fonctionnaires : Manuel Bompard juge la mesure "scandaleuse"
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France Inter, Simon Le Baron, le 7-10.
La gauche a obtenu plusieurs victoires face au gouvernement ces derniers jours à l'Assemblée nationale, mais quand restera-t-il à l'arrivée dans le budget qui sera adopté ? Le député LFI des Bouches du Roné, coordinateur national de la France Insoumise, est l'invité du grand entretien de France Inter ce matin, Manuel Bompard. Bonjour. Bonjour. Manuel Bompard, à qui vous pouvez évidemment, comme d'habitude, poser toutes vos questions. Auditeur de France Inter, 01-45-24-7000 et sur l'application mobile de Radio France. Alors, vous n'avez pas pu, avec vos collègues députés, aller au bout de l'examen de la partie recette du projet de loi de finances 2025. On va en parler.
Les débats se sont arrêtés samedi à minuit avec encore 1500 amendements à examiner. Vous devriez reprendre le 5 novembre. Et l'on apprend, côté économie, que le gouvernement veut durcir les règles concernant les arrêts maladie des fonctionnaires. 3 jours de carence et ensuite indemnisés à 90% et non plus 100%, ce qui rapporterait, selon le gouvernement, 1 milliard 200 millions d'euros. Qu'est-ce que vous pensez de cette mesure, Manuel Bompard ?
Je trouve qu'elle est scandaleuse, que c'est une manière de pointer du doigt les fonctionnaires dans notre pays, qui, si parfois, ils sont absents, ils sont malades, c'est parce qu'ils sont malades. Ils ne sont pas absents parce que ça leur fait plaisir d'être absents. Et le ministre Casbarian, qui est à l'origine de cette mesure, ministre de la fonction publique, nous dit qu'il s'agit d'harmoniser les règles de 3 jours de carence, de la même manière que dans le privé. Or, ce n'est pas vrai, puisque, en vérité, dans le privé, dans à peu près 75% des cas, ce sont les entreprises qui prennent en charge ces jours de carence. Ça concerne à peu près les trois quarts des salariés du privé.
Par ailleurs, quand on fait ce type de comparaison entre le privé et le public, on nommait généralement de dire que, par exemple, dans le public, les salaires sont plus bas, qu'il y a une partie plus importante de la rémunération qui est sous forme de primes. Là, je parle, par exemple, sur la question du plafonnement à 90% des indemnités en cas de congé maladie. Bref, je trouve que c'est une manière scandaleuse d'essayer de faire des économies en pointant du doigt les fonctionnaires, alors que s'il y a de la souffrance au travail aujourd'hui dans la fonction publique, il faut lutter contre les raisons de cette souffrance au travail et ne pas cibler ceux qui en sont victimes.
Justement, comment vous attaqueriez à l'absentéisme dans la fonction publique ? Le ministre dit que le nombre de jours d'absence a explosé, plus 80% en 10 ans chez les fonctionnaires.
D'abord, il faut se poser la question de savoir pourquoi. Parce qu'il y a eu, sans doute, d'abord, il y a plus de souffrance au travail et ça produit des absences. Et pourquoi il y a plus de souffrance ? Parce que les conditions de travail dans la fonction publique se sont très largement dégradées ces dernières années. Parce que souvent, on demande à des fonctionnaires de faire le travail de deux fonctionnaires parce qu'il n'y a pas suffisamment de postes. Parce qu'il suffit de regarder dans l'enseignement, par exemple. Vous voyez bien que les profs non remplacés se comptent maintenant par centaines et par milliers.
Donc, vous avez des professeurs qui sont là et qui sont obligés de courir parce que vous avez des personnels de l'éducation nationale qui ne sont pas suffisamment nombreux. et donc, ça, ce n'est certainement pas la recette du gouvernement qui va permettre de répondre à cette problématique. Dans le budget de M. Barnier, on annonce qu'il va y avoir 4000 enseignants en moins. Donc, si on veut lutter contre ces difficultés-là, il faut renforcer les moyens de la fonction publique et certainement pas aller taper du doigt ou taper sur les doigts de celles et ceux qui sont absents.
Parce que s'ils sont absents, s'ils sont en congé maladie, c'est parce qu'il y a de la souffrance au travail, tout simplement.
Puisque l'on parle là du volet dépenses du budget qui arrive en commission, vous allez peut-être devoir examiner dans l'hémicycle, ce qui n'est pas sûr encore. Donc, dépenses, ça veut dire économie. Quelles économies, vous à gauche, vous proposez ? On va parler du volet recettes. Vous proposez beaucoup d'impôts, mais côté économie ?
Non, mais d'abord, moi, je ne propose pas beaucoup d'impôts. On va en parler en détail. Je propose une fiscalité plus importante sur une catégorie de la population, c'est-à-dire les plus riches. Maintenant, la difficulté, elle est que M. Barnier nous dit qu'il faut faire 60 milliards d'euros d'économie, mais il nous dit d'ores et déjà, avant même le début de la discussion budgétaire, 40 milliards de ces 60 milliards d'euros d'économie doivent être faits par la baisse de la dépense publique. Et donc, ça a les conséquences dont on était en train de parler sur les fonctionnaires, sur les budgets d'un certain nombre de ministères.
Moi, je dis ce ratio-là, 20%, un tiers, pardon, dans les nouvelles recettes et deux tiers dans la baisse de la dépense, ce ratio, il n'est pas bon. C'est ça qu'il faut modifier. Et moi, je pense qu'au contraire, il faut aller chercher des recettes nouvelles, parce que si aujourd'hui, le pays est dans une situation de déficit telle que celle qu'on connaît, ça a été dit pas uniquement par mois, même les agences de notation le disent. C'est parce que depuis qu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, l'État s'est assis sur 60 milliards d'euros de recettes par an.
Ça veut dire que c'est 60 milliards d'économies que le gouvernement cherche, dont l'État a besoin pour revenir, c'est l'objectif, à 5% du déficit l'an prochain. Vous pouvez les faire quasi-exclusivement via des prélèvements. De nouvelles taxes ? Oui, bien sûr. Raisonnablement. Le ministre des Comptes Publics, Laurent Saint-Martin, dit « Revenons un peu de rationalité ».
Vous dites que rationnellement, c'est possible. Mais bien sûr que c'est possible. C'est même pas compliqué du tout. Je vous donne un exemple. Dans la discussion du budget la semaine dernière à l'Assemblée nationale, on a fait voter en faveur d'un amendement qui est ce qu'on appelle la taxe Zuckmann sur les milliardaires. C'est une taxe qui concerne très précisément 147 personnes en France. Donc contrairement à ce que dit le gouvernement, ça ne touche pas l'ensemble de la population. Les 147 personnes qui ont un patrimoine qui sont milliardaires. Si vous mettez une taxe de 2% sur la fraction au-delà du milliard de patrimoine, vous rentrez à peu près 15 milliards d'euros de recettes.
Vous faites 25% de l'effort qui est nécessaire. Donc oui, bien sûr que c'est possible de faire comme ça. Parce que sinon quoi ? Parce que les dépenses, la réduction des dépenses dont nous parle le gouvernement, il faut dire ce que c'est. C'est moins d'argent pour l'éducation nationale, j'en ai parlé. C'est moins d'argent dans le ministère des Outre-mer. C'est moins d'argent dans le ministère de l'écologie aujourd'hui. Alors que tout le monde sait que nos efforts en matière de transition écologique sont bien inférieurs à ce qu'il est nécessaire de faire pour faire face à l'urgence climatique.
Sur les Outre-mer, simplement, je précise que le ministre a annoncé hier qu'il ferait partie des ministères pour lesquels le budget serait sanctuarisé.
Non, il a annoncé, pardonnez-moi de préciser les choses, dans les 5 milliards de nouvelles économies qu'il a annoncées hier, le budget des Outre-mer ne serait pas concerné par ces 5 milliards d'économies supplémentaires.
Comme le ministère des Armées qui font l'objet de plans de programmation. Ça, c'est vrai.
Par contre, il y a déjà eu des coupes cette année, et il y a déjà des coupes qui étaient prévues avant ces nouvelles 5 milliards, pardonnez-moi du niveau peut-être un petit peu trop de précision, qui impactent ces différents ministères, y compris le ministère de la Justice, contrairement d'ailleurs à ce que dit le ministre. Bref, tout ça pour vous dire, je pense que l'effort, il faut le mettre dans l'augmentation des recettes de l'État, et certainement pas dans la baisse de dépenses qui vont impacter les services publics, et qui donc en dernier, vont impacter les Françaises et les Français.
Mais c'est vrai que vous avez fait passer plusieurs amendements, de nombreux amendements en particulier, pour taxer davantage donc les plus riches et les grandes entreprises. Ce sont des victoires que vous avez obtenues sur le gouvernement dans l'hémicycle, portées donc en partie, en grande partie, par le nouveau Front populaire. Mais est-ce que ces victoires, elles sont autre chose que symboliques, puisqu'à l'arrivée, le Sénat va détricoter ce que vous avez fait, et le gouvernement peut passer au 49.3 le texte de son choix ?
Écoutez, ça c'est de la responsabilité du gouvernement. Moi, avec mes collègues députés du nouveau Front populaire et de la France insoumise, nous avons été élus pour faire notre travail, et faire notre travail, c'est essayer de modifier en profondeur ce budget, pour que ça ne soit pas un budget de matraquage social, comme le gouvernement s'apprête à le faire, puisque j'ai parlé des réductions dans les dépenses, mais il est aussi envisagé dans le gouvernement de M. Barnier, une augmentation des taxes sur l'électricité, par exemple, une désindexation des pensions de retraite pendant les six premiers mois de l'année, et moi je lutte contre ça.
Et pour lutter contre ça, parce que je suis cohérent, je fais des propositions alternatives de recettes, dont celles que j'ai évoquées. Maintenant, oui, le gouvernement peut faire un 49.3 à la fin, s'il fait un 49.3 à la fin, que les choses soient claires, nous nous déposerons une motion de censure pour le faire tomber.
Vous dites matraquage social, le gouvernement répond matraquage fiscal, boucherie, tyrannie fiscale, 40 milliards supplémentaires via vos amendements,
encore une fois, est-ce bien raisonnable ? Le gouvernement est malhonnête dans cette discussion depuis le début, parce qu'il essaye de faire croire que les mesures que nous proposons sont des mesures qui viseraient les Françaises et les Français dans leur globalité. Et c'est totalement faux. Aucun des amendements que nous avons déposés s'attaque ou mettrait à contribution davantage les 90 ou 95% des Français les plus pauvres.
La porte-parole du gouvernement dans le Parisien aujourd'hui en France ce week-end prend trois exemples, la taxe sur les ventes de résidences principales, la surtaxe sur l'assurance-vie et la hausse des droits de succession. Est-ce que ça, c'est s'attaquer aux ultra-riches ?
Non, mais ça, on peut en parler si vous voulez. Mais par exemple, prenons l'exemple la hausse des droits de succession. En l'occurrence, vous avez en France aujourd'hui seulement 20% des Français qui ont le plus de patrimoine qui payent des droits de succession. Et à aucun moment, nous avons proposé d'impacter ceux qui n'en payent pas, par exemple. Par ailleurs, cet amendement n'a pas été voté, en l'occurrence, puisqu'il a été rejeté.
Mais si on prend, dans la discussion, les amendements qui ont été approuvés, adoptés par une majorité de députés à l'Assemblée nationale, c'est la taxe Zuckman sur les milliardaires dont j'ai parlé tout à l'heure, qui touche 147 personnes, c'est une surtaxe sur les dividendes, c'est la pérennisation de la contribution exceptionnelle que le gouvernement a prévue. Le gouvernement a prévu de mettre en place ce qu'il a appelé une contribution exceptionnelle sur les plus riches, en disant, globalement, ils ne payent pas suffisamment d'impôts parce qu'ils bénéficient de dispositifs d'optimisation ou d'exonération fiscale. Donc, il faut mettre un taux minimum d'impôts.
Bon, nous, nous avons dit, mais si vous le faites de manière provisoire, parce que vous considérez qu'ils ne payent pas suffisamment d'impôts par rapport à ce qu'ils devraient payer normalement, pourquoi vous le faites de manière provisoire et pas de manière permanente ? Donc, nous avons fait un amendement pour le rendre permanent. Cet amendement a été voté. Donc, vous voyez, ce sont des mesures de bon sens. La justice fiscale, elle ne peut pas être provisoire. Si vraiment, c'est une mesure de justice fiscale, elle doit être permanente. Je pense que le gouvernement est très malhonnête dans son argumentation.
Et la vérité, c'est que le budget qui va impacter les Françaises et les Français dans leur ensemble, ce n'est pas le budget que nous proposons, le contre-budget que nous proposons, c'est le budget que Michel Barnier a mis sur la table. Parce que quand vous augmentez les tarifs de l'électricité, ça, ça concerne tous les Français. Quand vous désintexez les pensions de retraite, ça concerne tous les retraités, en particulier les 2 millions de retraités pauvres.
On va parler des retraites, mais vous parlez de contre-budget. Vous n'avez pas, justement, proposé de contre-budget de manière unie à gauche ? Ah non, alors, pardonnez-moi... Depuis 2022 ?
Non, non, pardonnez-moi de vous le dire. Au début de cette discussion budgétaire, nous avons fait 10 propositions communes de l'ensemble du nouveau Front populaire, de nouvelles recettes, dont certaines de ces propositions ont été ensuite déposées par les différents groupes sous forme d'amendements communs, identiques, et ces amendements, pour certains d'entre eux, ont été votés. Donc nous avons bien fait des propositions communes.
Donc il n'y a pas de problème d'unité à gauche ? On a vu, par exemple, juste un exemple. Je vous en prie. Mais c'est vrai que cette assemblée est inédite. Dans le débat pour alourdir le malus écologique sur les véhicules essence et diesel, vous, les insoumis, avec les écologistes, vous avez voté avec les macronistes pour alourdir ce malus, alors que vos alliés communistes et socialistes ont voté avec le RN et LR pour faire sauter cette mesure ?
Alors, d'abord, que les choses soient claires, dire que nous avons fait des propositions communes de nouvelles recettes, ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tous les sujets. Donc il peut y arriver, il peut arriver que sur certains sujets, nous ne soyons pas exactement sur la même position. Maintenant, s'il y a un camp qui est divisé, quand même, je veux le dire, dans cette discussion budgétaire, c'est ce qu'on appelle le bloc central.
Le bloc central qui a étalé pendant toute la semaine ces divisions entre ceux qui pensent qu'il faut une contribution sur les plus riches, ceux qui pensent qu'il ne la faut pas, ceux qui pensent qu'il faut qu'elle soit permanente, ceux qui pensent qu'il faut qu'elle soit provisoire. Et surtout, ce qui m'a frappé dans cette discussion budgétaire, c'est la démobilisation totale d'un camp, le camp gouvernemental.
Comment vous expliquez cet absentéisme, justement, puisqu'on va parler d'absentéisme ? C'est tout à fait hallucinant. Des députés du socle gouvernemental.
Oui, peut-être que M. Casbarian, avant de s'en prendre à l'absentéisme des fonctionnaires, devraient se poser la question de l'absentéisme de ses propres députés. Parce que dans toute la discussion budgétaire, il y avait entre 10 et 20% des députés macronistes qui étaient présents. C'est quand même assez stupéfiant. Nous, les Insoumis, nous étions toujours autour de 70% de présence. Que tout le monde ne puisse pas être là tout le temps, il faut le comprendre. C'est une discussion qui dure une semaine. Il y a des contraintes en circonscription. Mais 10 à 15% de députés présents pour défendre le budget du gouvernement, c'est tout simplement scandaleux.
Quand je l'explique, je pense que ce bloc central n'existe pas, qu'il n'a aucune cohérence politique. Ça a été seulement un artifice pour empêcher le nouveau Front Populaire d'arriver au pouvoir. Et c'est ça ce qui apparaît sous les yeux ces derniers jours.
Et justement, dans cette assemblée inédite, est-ce que vous ne vous dites pas, compte tenu sans doute du manque d'unité des alliances qui composent cette assemblée, qu'il y avait un autre chemin vers plus de compromis pour faire adopter un budget qui aurait été plus représentatif des différentes sensibilités ?
Mais ça, c'est de la responsabilité du gouvernement. Écoutez, quand le gouvernement arrive dans la discussion et dit « Il y a une chose qui ne changera pas, quelle que soit la discussion parlementaire, c'est que deux tiers de l'effort, ça sera dans la baisse des dépenses et un tiers de l'effort, ça sera dans des nouvelles recettes. » À partir du moment où le gouvernement dit « Ça, dans tous les cas, ça ne bougera pas. » Alors, il n'y a pas de compromis possible. Parce que s'il voulait vraiment chercher un compromis, il dirait « Je laisse aux parlementaires choisir qu'est-ce qui est de l'ordre de nouvelles recettes et qu'est-ce qui est de l'ordre de la baisse des dépenses.
» Le gouvernement ne veut pas discuter. On voit bien qu'il a une stratégie de laisser pourrir la discussion. Vous savez, la moitié des amendements qui ont été déposés dans cette discussion l'ont été par des soutiens du gouvernement. Donc, c'est quand même bien la preuve que le gouvernement a l'intention de gagner du temps pour, à la fin, sans doute utiliser les délais constitutionnels pour nous mettre au pied du mur d'accepter ce budget. Nous ne le ferons pas, c'est clair, sauf s'il est tellement transformé qu'il correspond à un budget qui est un budget juste mais qui n'est pas le cas aujourd'hui.
On va parler des retraites, Manuel Bompard, qui reviennent en débat à l'Assemblée. Mais d'abord, une question pour vous de Claude au Standard de France Inter. Bonjour, Claude. Oui, bonjour. Bonjour.
Je voulais poser une question toute simple à M. Bompard. M. Bompard, qui est pour l'égalité des Français et contre tous les privilèges, comment peut-il accepter que des gens malades aient trois jours de carence et d'autres seulement un jour ? C'est totalement injuste. Expliquez-moi pourquoi. Qu'est-ce que vous en pensez de ça ?
On revient donc sur le projet du gouvernement de durcir les règles pour l'assurance maladie des fonctionnaires.
Bonjour, merci pour la question. Je suis d'accord avec vous sur le fait que c'est une inégalité qui n'est pas acceptable. Mais moi, je vous pose une question. Pourquoi, quand il y a une inégalité, on devrait la régler en s'alignant par le bas sur les mesures qui sont les plus défavorables pour les salariés ? Moi, je n'ai pas de problème à ce qu'on réduise la durée de trois jours de carence dans le privé à un jour, comme c'est le cas dans le public aujourd'hui. Ça, c'est la première chose que je veux vous dire.
Et la deuxième, c'est que comme j'ai essayé de l'expliquer tout à l'heure, en vérité, dans le privé, ces trois jours de carence, dans 75% des cas, ils ne sont pas en vigueur parce que ce sont les fonds de prévoyance des entreprises qui le prennent en charge. Donc, en fait, s'il y a une inégalité aujourd'hui, malheureusement, elle frappe davantage les fonctionnaires que les salariés du privé. Mais oui, pas de problème pour essayer d'uniformiser les conditions de travail entre le privé et le public, mais alors faisons-le sur la base de ce qui est le plus favorable pour les salariés et pas toujours sur la base de ce qui est le plus défavorable pour eux.
Et il y a énormément de questions aux standards de France Inter sur cette question, effectivement, des jours de carence et de l'indemnisation des agents de la fonction publique. Autre gros morceau, Manuel Bompard, auquel vous allez vous attaquer à partir d'aujourd'hui avec vos collègues députés, c'est le budget de la sécurité sociale. Dans ce cadre, le gouvernement prévoit de reporter de six mois de janvier à juillet 2025 la revalorisation des pensions de retraite pour dégager 4 milliards d'euros d'économie. Vous espérez faire tomber cette mesure, vous avez bon espoir, elle était tombée en commission ?
Oui, bien sûr, il faut rejeter cette mesure, c'est une mesure qui est juste inacceptable. Comprenez bien, ça a été évalué en moyenne pour les retraités à moins 300 euros de revenus pour l'année prochaine et c'est une mesure qui concerne l'ensemble des retraités et qui concerne en particulier, je le disais tout à l'heure, les 2 millions de retraités en France qui vivent sous le seuil de pauvreté. Comment vous pouvez expliquer que le gouvernement refuse de mettre à contribution ?
Les 147 milliardaires de ce pays qui ont vu leur patrimoine doublé depuis qu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir mais sont prêts à prendre plusieurs centaines d'euros à des retraités qui vivent sous le seuil de pauvreté. C'est juste inacceptable. Comment on peut expliquer que ça c'est une mesure de justice ? Ce n'est pas du tout une mesure de justice. Donc nous, nous avons l'intention effectivement de faire tomber cette mesure tout simplement.
Mais alors vous qui prônez toujours l'abrogation de la réforme des retraites, si cette réforme était abrogée, la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse citée par le journal Les Echos dit que cette abrogation coûterait près de 3 milliards et demi d'euros dès l'année prochaine et près de 16 milliards en 2032. Comment vous résorbez ce déficit ? Écoutez,
on a organisé lundi dernier à l'Assemblée Nationale avec l'ensemble des organisations syndicales et patronales d'ailleurs une conférence de financement. Et il suffit d'écouter les discussions qui ont eu lieu ce jour-là pour montrer qu'il existe beaucoup de manières de pouvoir financer un retour à l'âge de départ à la retraite à 62 ans comme une première étape. Moi, je suis pour aller plus loin, je suis pour revenir à l'âge de départ à la retraite à 60 ans. C'était dans le programme du nouveau Front Populaire.
Je vous donne juste un exemple mais si vous soumettez par exemple à cotisation les dividendes versés aux actionnaires qui aujourd'hui sont exonérés de cotisation, vous rentrez dans les caisses de retraite à peu près 15 milliards d'euros. Si vous faites une surcotisation ce qu'on avait proposé sur les revenus au-delà de 4 000 euros net par mois, vous pouvez rentrer des milliards d'euros supplémentaires dans la caisse du régime de retraite.
Si vous avez des mesures contraignantes pour l'égalité salariale entre les hommes et les femmes parce que si vous augmentez les salaires des femmes pour les mettre au même niveau que les salaires des hommes, vous allez générer des cotisations supplémentaires qui vont permettre de faire rentrer dans les caisses de retraite de quoi financer très largement le retour à l'âge de départ à la retraite à 62 ans. Donc tout ça, c'est une question de choix politique. Nous, le choix politique que nous proposons, c'est de dire que quand on a travaillé toute sa vie, quand on arrive à 60 ans, qu'on est fatigué, qu'on est épuisé, on n'est pas obligé de partir à la retraite.
Je sais qu'on me dit parfois qu'il y a des gens qui veulent pouvoir continuer à travailler. Personne ne dit qu'ils ne peuvent pas continuer à travailler. On dit que ceux qui sont dans une situation qui fait qu'ils doivent partir à la retraite doivent pouvoir le faire.
Est-ce que vous allez voter si le texte du Rassemblement National qui propose cette abrogation revient dans l'hémicycle peut-être jeudi lors de ce qu'on appelle la niche parlementaire du RN ? Si ce texte revient, est-ce que vous voterez avec Marine Le Pen et ses troupes ? Écoutez,
le plus probable aujourd'hui et ce qui est quasi certain, c'est que le texte ne revienne pas à l'identique puisque le texte a été examiné en commission mercredi dernier et qu'en commission mercredi dernier, tellement il a été écrit avec les pieds, tellement le RN est une bande d'incapables y compris sur ce sujet, ce texte a été complètement vidé de sa substance. Moi, je vous dis, le RN est une escroquerie sur le sujet. Quand vous prenez les positions du RN sur les retraites, je les ai notées quand même parce que c'est difficile de suivre. Le RN défendait, l'âge du départ à la retraite à 65 ans en 2007.
Ils sont revenus à l'âge du départ à la retraite à 60 ans en 2012, puis 62 ans en 2022, puis 64 ans en 2024 pendant la campagne des élections législatives parce que M. Bardella disait non, non, ce n'est plus la priorité d'abroger la réforme des retraites. En quelque sorte, l'âge de départ à la retraite pour le RN, c'est comme au loto. Vous ne savez pas, en fonction de l'année, vous ne savez pas sur quel jour ou quelle durée ça va tomber. Donc moi, je dis, il n'est pas question de leur donner un point, de leur donner une quelconque crédibilité sur ce sujet. Est-ce que c'est juste une façon
justement de ne pas leur accorder une victoire et de pouvoir revendiquer effectivement
cette crédibilité sur le sujet ? Est-ce que vous avez lu la proposition du RN sur ce sujet ? Je l'ai fait. Par exemple, lisez l'exposé des motifs de la proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites du RN. Il est marqué. En ce qui concerne le financement, en quelque sorte, nous ne présentons pas de plan de financement précis parce que tout ça doit s'envisager de manière globale une fois que Marine Le Pen sera arrivée au pouvoir.
Vous trouvez ça sérieux, franchement, de faire une proposition d'abrogation de la réforme des retraites en 2024 dans laquelle vous dites on ne la finance pas, on la financera en 2027 en espérant, c'est ce qu'ils disent, que Marine Le Pen arrive au pouvoir. Mais moi, je n'ai pas envie que Marine Le Pen arrive au pouvoir. Je me bats contre Marine Le Pen.
Comment comptez-vous obtenir cette abrogation puisque les amendements que vous allez introduire dans le débat sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale risquent d'être retoqués pour irrecevabilité financière ?
Alors, vous avez raison. Bon, il y a quand même des amendements qui sont des amendements ce qu'on appelle des amendements d'appel qu'on a déposés dans le cadre du projet de loi de finance de la sécurité sociale qui vont être examinés cette semaine et j'espère qu'ils soient votés. Mais surtout, il y a la niche parlementaire du groupe de la France Insoumise qui va avoir lieu le 28 novembre prochain. C'est dans quelques semaines et à cette occasion-là, le nouveau Front Populaire va proposer une proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites, de retour à l'âge de départ à la retraite à 62 ans.
Et là, vous accepterez les voix du RN, le cas éché.
Moi, je n'ai pas à les accepter ou pas à les accepter. Je souhaite qu'une majorité de députés votent et je souhaite que cette proposition de loi puisse être approuvée. Ensuite, c'est ça aussi qui est important de le dire, contrairement d'ailleurs à la proposition complètement fantasque du Rassemblement National, c'est que nous avons déjà la garantie que cette proposition de loi soit ensuite intégrée dans une niche parlementaire au Sénat. Le groupe communiste a donné son accord, ça sera au mois de janvier. Et ça pourra revenir ensuite à l'Assemblée Nationale dans une niche parlementaire du groupe écologiste au mois de mars à l'Assemblée.
Donc, il y a déjà un parcours législatif qui est prêt pour effectivement tenter d'abroger cette réforme des retraites.
Bonjour Laurent. Oui, bonjour. Merci de prendre ma question. Une question pour Manuel Bompard. Oui, en fait, c'est pour tous les députés. Je suis effaré par la course à la création d'impôts alors qu'on sait où est l'argent. On supprime directement les services communication des collectivités territoriales, régions, métropoles, départements. On va faire énormément d'économies. On aura beaucoup plus d'argent pour le reste et c'est que de la propagande. Manuel Bompard. Bon, Laurent a une dent contre les services communication. Il y a sans doute des économies à faire. La question que vous pose Laurent, c'est pourquoi autant d'impôts et quasiment aucune économie ?
Non, mais attendez. Je veux dire, moi, je ne suis pas contre l'idée qu'il fasse faire des économies. Je dis juste que cette manière de faire croire qu'on va faire des économies qui vont être indolores pour les Françaises et les Français, je trouve ça scandaleux. Maintenant, par exemple, je vous donne un exemple. Le crédit impôt recherche, c'est une dépense, c'est la première dépense fiscale de l'État aujourd'hui. Bon, ça coûte beaucoup d'argent et ça coûte beaucoup d'argent. Parfois, c'est justifié parce que ça permet effectivement de subventionner et d'aider la recherche et le développement et ça, personne ne peut être contre.
Mais on sait, des études ont été faites sur le sujet, que dans une grande partie des cas, c'est absorbé par des grands groupes pour faire tout sauf de la recherche et le développement. Là, par exemple, il y a des économies à faire. Donc moi, je ne dis pas qu'on ne peut faire aucune économie, mais essayer de dire que c'est une mesure juste d'aller s'en prendre aux retraités, d'augmenter les tarifs de l'électricité, de supprimer encore des postes de fonctionnaires dans l'éducation nationale et que ça va améliorer la vie des Françaises et des Français, je trouve que c'est tout simplement malhonnête.
Une question pour terminer, Manuel Bompard, sur la visite d'État d'Emmanuel Macron au Maroc à partir d'aujourd'hui. Est-ce que vous vous réjouissez de ce réchauffement après des années de bruit diplomatique ?
Oui, bien évidemment. Vous savez, moi, je pense que... Quitte à s'éloigner de l'Algérie. Non, mais justement, moi, écoutez, je pense que la responsabilité de la France, de la diplomatie française, c'est de nouer des nouvelles formes de partenariats d'accords avec les pays du pourtour méditerranéen. D'arrêter de considérer en quelque sorte ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée comme quelque chose qu'on doit mettre à distance.
Et donc, moi, je souhaite qu'on ait des relations diplomatiques qui soient avancées avec le Maroc, mais aussi avec l'Algérie, mais aussi avec la Tunisie, avec tous les pays du pourtour méditerranéen et qu'on ne soit pas seulement dans une approche, là, j'ai entendu ce que disait M. Retailleau, comptable, de visa, etc.
Il est du voyage pour négocier, effectivement, la question des visas et des obligations de quitter le territoire français qui sont très peu exécutées parce que, notamment, les pays, le Maroc, entre autres, n'acceptent pas leurs ressortissants qui sont expulsés.
Mais écoutez, justement, pourquoi y a-t-il eu une crise diplomatique ? C'est vous qui l'avez dit. parce que le gouvernement précédent avait pris la décision de diviser par deux le nombre de visas qui ont été accordés. Ça n'a pas du tout fonctionné, ça n'a produit aucun effet et ils ont été obligés de revenir sur cette mesure un an plus tard. Moi, je dis qu'il faut sortir de cette vision, de cet rapport-là au pays du pourtour méditerranéen et construire d'autres formes de coopération, des coopérations culturelles, des coopérations économiques, des coopérations universitaires. C'est notre richesse, la mer Méditerranée.
Ce qui se passe autour de la mer Méditerranée, il faut lui donner une dynamique positive et la France, elle devrait être de voir ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée comme un danger.
Manuel Bompard, coordinateur national de la France Insoumise et député des Bouches-du-Rhône. Merci. Merci à vous. 8h47, bonne journée à vous aussi.
Manuel Bompard