Sandrine Rousseau est l'invitée de La politique s'éclaire de ce samedi 13 décembre 2025
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Notre invitée dans la politique, c'est Claire Sandrine Rousseau. Bonjour et bienvenue. Merci d'être avec nous ce matin, députée écologiste et sociale de Paris. La ministre de l'Agriculture, Annie Gennevard, vient d'annoncer qu'un million de bovins dans les semaines qui viennent allaient être vaccinés. Vous saluez-vous la réactivité du gouvernement face à cette maladie contagieuse ?
En tout cas, il était temps d'annoncer cette vaccination parce que c'est ce qui est attendu par les éleveurs. Et on comprend pourquoi. Parce que l'abattage comme ça, très administratif de troupeaux entiers, d'élevage entier, est évidemment un traumatisme économique, social, psychologique aussi pour les personnes qui travaillent et qui ont passé leur journée, leur vie, leur mois juste avant à élever ces bêtes.
Mais c'était la seule solution, l'abattage ? C'est ce que dit Annie Gennevard dans Le Parisien ce matin.
On n'a pas le choix quand il y en a une qui est contaminée ? Pour moi, la question c'est le modèle agricole qu'il y a derrière. Ce n'est pas tant une question de vaccination ou pas de vaccination. Est-ce qu'on veut rester zone indemne pour pouvoir exporter des bêtes et qu'on considère ces bêtes comme des intrants dans un processus de production et de création de profit ? Ou est-ce qu'on a une relation avec ces bêtes qui dit qu'on ne veut pas les abattre quand elles ne sont pas malades ?
Là, en l'occurrence, toute la contestation, toute la colère est partie d'un élevage qui avait été vacciné, où il y a eu une décision administrative d'abattage et où l'éleveur ne voulait pas se séparer de ces bêtes. Et en fait, pour moi, il y a quelque chose de l'ordre de la valeur du métier, de la dignité dans le métier, du respect du métier derrière ça. Ce n'est pas juste une question de statistiques. Si cette maladie se généralise sur tout le territoire... Oui, mais si on arrive à faire des zones de vaccination, alors on protège d'une certaine manière les bêtes. Mais par contre, c'est vrai qu'on ne sera plus considérés comme zone indemne de la maladie.
Donc on ne pourra plus exporter de la même manière. Mais en fait, moi, la question que je pose... Qui est un sujet pour notre économie ? Absolument. Mais la question que je pose, c'est est-ce qu'il est... Enfin, comment on appréhende le fait d'exporter des bêtes vivantes ? Comme des outils commerciaux, comme des éléments de notre commerce international ? Vous mettez en cause aussi la taille des exploitations. Vous comprendrez bien que moi, je suis pour une vaccination, pour des zones de non-transport d'animaux, même s'il faut penser les exceptions aussi, parce qu'évidemment, tout ne peut pas être géré uniquement par une interdiction très stricte dans ce domaine-là.
Mais voilà, qu'on soit zone indemne ou pas zone indemne, en fait, me semble être un sujet plutôt secondaire par rapport au fait de respecter les éleveurs dans leur métier et dans leur capacité à gérer.
Mais vous vous demandez la vaccination généralisée, aujourd'hui ?
En tous les cas, par périmètre, c'est-à-dire par cercle concentrique autour des cas qui sont détectés et qu'on vaccine large autour des cas qui sont détectés.
Mathilde Panot demande un débat avec un vote au Parlement. Vous y êtes favorable ?
Oui, je pense que sur l'agriculture, nous manquons de débats. En fait, nous étudions des lois dans l'Assemblée nationale, mais petit bout par petit bout. On l'a vu avec la loi Duplon et ce fameux acétamipride. Mais en fait, on a besoin d'avoir un débat sur le modèle agricole que nous prenons. Et je pense que la FNSEA qui prône cet abattage, qui prône aussi une intensification de l'agriculture...
Qui prône cet abattage parce que les autorités sanitaires...
Oui, mais qui prône aussi un modèle agricole particulière, industriel, international, de concurrence internationale, qui est en fait un modèle néolibéral d'agriculture, arrive un peu au bout. C'est-à-dire que voilà, par exemple, avec l'augmentation des épisodis, parce que ça, toutes les études scientifiques montrent aussi qu'avec le réchauffement climatique, on va avoir un développement des épisodis. Comment on fait dans une agriculture internationale, mondialisée, d'échanges internationaux ? Et en fait, est-ce que l'agriculture doit entrer dans une forme de balance commerciale ou pas ? En fait, c'est ça la question qui est posée aux agriculteurs.
Et moi, je veux que les agriculteurs aient un revenu. Oui, je veux que les agriculteurs, je le dis, aient un revenu. Mais un revenu qui ne dépendent pas des marchés internationaux, mais qui dépendent au contraire de la qualité de leur travail.
Il y a un autre sujet agricole, c'est le Mercosur, vous savez, qui sera soumis au vote des députés européens la semaine prochaine. Est-ce que vous faites confiance à Emmanuel Macron sur ce vote ?
Pas du tout, d'aucune manière. Mais ça, ça fait partie des différences que nous avons avec Emmanuel Macron. C'est qu'Emmanuel Macron pense la France dans une forme de concurrence internationale de libre-échange. Alors lui, il est opposé en principe. Oui, enfin, il a négocié jusqu'à présent. Et puis là, maintenant, il voit que ça se tend, donc il prône une autre position. Moi, ce que je dis, c'est qu'on ne peut... Par exemple, le Mercosur est un énorme sujet pour l'agriculture française. Un énorme sujet. Donc nous, nous l'avons rejeté à l'Assemblée nationale. Et j'invite vraiment les parlementaires européens à refuser cet accord.
Parce que ça va mettre en danger, de manière très immédiate, l'agriculture française et des pans entiers de l'agriculture française. Puisqu'on va importer des produits qui n'auront pas les mêmes conditions de production dans le reste du monde.
Alors justement, Emmanuel Macron se bat pour avoir des clauses miroirs, des clauses de sauvegarde, des contrôles sanitaires en portant en frontière. Oui, mais ça ne suffit pas.
C'est la philosophie de la chose qui ne va pas. On ne peut pas mettre en concurrence nos éleveurs avec des éleveurs de pays qui n'ont pas les mêmes normes, ni les mêmes exigences, ni les mêmes conditions de travail. En fait, ce n'est pas possible.
Le budget de la sécurité sociale a été adopté grâce à l'abstention des écologistes. Vous le regrettez ? Alors moi, j'ai voté contre. Je sais, vous avez voté contre. Mais la majorité de votre groupe s'est abstenue.
Évidemment qu'à titre personnel, je regrette ça parce que je pense que le PLFSS, le projet de loi de finances de la sécurité sociale, met encore un peu plus en danger notre protection sociale, l'hôpital public, mais aussi tout le médico-social. C'est un débat qui n'a pas beaucoup émergé dans le cadre des débats sur le PLFSS. Mais en fait, là, on vient d'acter par ce vote la tarification à l'acte qu'on dénonce absolument dans l'hôpital public, dans le médico-social. C'est-à-dire que les EHPAD, par exemple, vont être considérés et vont être maintenant subventionnés à l'acte. C'est extrêmement...
Enfin, je le dis, mais ça veut dire que quand vous faites la toilette d'une personne, si vous discutez 10 minutes avec elle, les 10 minutes ne sont pas comprises dans la tarification. C'est extrêmement grave, en fait. Extrêmement grave.
Vous vous sentez en marge de votre groupe, du coup, puisque vous n'êtes pas en adéquation avec le vote ?
Je n'ai pas complètement compris. Je dois dire ce qui s'est passé dans le groupe parce qu'il y a beaucoup de députés qui se sont exprimés pour dire que spontanément, ils auraient voté con. Donc, je n'ai pas tellement compris pourquoi, à la fin, on s'était abstenus. Mais je respecte les votes de chacun. Moi, je dis juste que... Là, en fait, moi, j'ai été chef de file pour ce groupe du PLFSS depuis le début. C'est-à-dire que je fais des réunions avec les ministres depuis le mois de juillet. J'ai assisté à toutes les lectures du matin jusqu'à tard dans la nuit des quatre lectures qu'il y a eu à l'Assemblée nationale en commission des affaires sociales.
J'ai même assisté à la commission mixte paritaire. Donc, je veux dire, j'ai suivi ce texte dans le détail depuis le début avec mon collègue Hendrick Devy. Et je dis vraiment attention parce que ce que nous avons fait, c'est que nous avons accéléré, en fait, une espèce de glissade d'une protection sociale qui est en train de s'affaiblir faute de recettes et que le gouvernement n'a fait aucun pas sur les recettes. Donc, oui, il y a des choses positives. Sauf que ce vote, il permet quand même la stabilité du pays. Non, il permet plein.
Et il permet aussi d'éviter une dégradation du déficit. 24 milliards, 30 milliards. Vous allez me dire que ce n'est peut-être pas suffisant.
Il permet de maintenir le macronisme sous vos respirations artificielles,
raison pour laquelle moi, j'étais archi contre. Il y a eu quand même des concessions fortes sur le doublement des franchises médicales, sur la hausse de l'ondame. C'est l'objectif de dépense de l'assurance maladie. Ce ne sont pas des victoires que vous pouvez revendiquer, vous, écologistes ?
Si vous me permettez une minute d'explication, en fait, on est parti dans la première copie d'un ondame à 1,6% d'augmentation et on est arrivé à 3. Mais l'année dernière, c'était 3,7%. C'est-à-dire qu'en fait, toute la stratégie et toute l'habileté, je dois dire, de Sébastien Lecornu a été de présenter une copie tellement basse, tellement inacceptable pour tout le monde que chaque chose qui était repoussée était présentée comme une espèce de victoire, alors qu'en fait, ça n'était qu'une horreur évitée. Et donc, c'est le piège dans lequel il nous a mis. C'est le piège, véritablement.
Et en plus, toutes les horreurs de ce texte étaient à la fin du texte, ce qui nous obligeait à voter le début du texte pour éviter les horreurs de la fin. Et comme ça, il nous a mis dans une forme d'entonnoir dont on n'a pas su se sortir à la fin. Moi, je vous dis, un non-dame à 3%, c'est bien. Ce n'est pas du tout non plus à la hauteur des besoins. La Cour des comptes dit qu'il faudrait 4% pour que, juste, on respecte l'évolution naturelle des besoins en santé. Donc, on est 1% en dessous.
Si on est malade, on sera toujours remboursé par la Sécurité sociale.
Mais sans doute pas autant qu'avant. Par exemple, sur les affections longue durée, vous ne le serez pas de la même manière. Par exemple, sur les arrêts de travail, votre médecin sera hyper contrôlé sur les arrêts de travail qu'il donne. Et donc, probablement, sera-t-il plus regardant sur les arrêts de travail.
Vous maintenez votre vote mardi ? Bien sûr. Donc, vous allez voter contre. Vous pensez que ça va passer quand même ? Je ne sais pas, on verra. En tout cas, votre groupe n'a pas l'intention de changer sa consigne de vote ?
Je n'ai pas entendu ça dans le groupe. Mais après, j'appelle vraiment les députés écologistes à ne pas... Parce que j'ai entendu Cyril Châtelain dire « Si j'écoutais mon cœur et mes tripes, je voterai contre ». Et j'ai envie de dire, il faut écouter son cœur, ses tripes, sans doute en politique. Mais aussi, il faut avoir la ligne politique
de l'exigence. Il y a Manuel Bompard qui a demandé aux écologistes de se ressaisir. Le PS qui a voté pour. Est-ce que tout ça, ça dessine des alliances différentes pour les municipales ?
Non, mais ni on se ressaisit à l'appel de Manuel Bompard, ni on suit les socialistes. On a une ligne écologiste à porter. Mais voyez, par exemple, sur la ligne écologiste...
Pour les municipales, ça ne change rien ?
Mais bien sûr, ça ne change rien. Pour les écologistes, je le dis, là par exemple, une des choses, c'est qu'il y a des aliments qui nous rendent malades, les aliments ultra transformés, le sucre caché, l'alcool pour les adolescents dans des produits qui sont marketés pour que les adolescents les achètent. Tout cela, il n'y a pas eu la moindre avancée sur ce plan-là. Le Nutri-Score n'a pas été accepté. Il n'y a pas eu la moindre taxe comportementale. Donc en fait, je le dis pour les écologistes, vraiment, il n'y a rien dans ce PLFSS dont on peut dire, en tant qu'écologiste, voilà, on va changer un peu la politique de prévention et de soin.
Est-ce que l'abstention sur le PLFSS, le budget de la sécurité sociale, préfigure d'une abstention sur le budget de la nation, le PLF ?
Là, je ne peux pas m'avancer là-dessus. Mais enfin, non, j'espère pas. Vous allez voter contre. Puis le fait que je dis aussi, c'est qu'en fait, on ne peut pas s'abstenir sur tout. Enfin, vraiment, ça, pour le coup, c'est une position que j'adopte moi.
Le chef d'État-major des armées, le secrétaire général de l'OTAN, alerte sur la menace russe. Or, vous, le budget de la défense, vous avez voté contre ?
Alors non, ça n'est pas le budget de la défense. C'était une... La hausse des... Non, non, non, non, non. C'était une espèce de note d'intention que posait le Premier ministre. Ça n'était pas le budget. En vue d'augmenter les crédits de la défense ? En vue de... Oui. Mais pourquoi, en fait ? Pourquoi on a cette espèce de vote à avoir sur une intention de plus tard ? On va faire quelque chose... Vous êtes vous pour augmenter les dépenses de la défense ? Non, mais en fait, moi, la question aujourd'hui, c'est comment on finance cette augmentation des dépenses de l'armée ? Et encore une fois, ça vient en diminution d'autres budgets. Mais donc, vous êtes contre ? En l'État, je suis contre.
Oui, en l'État, je suis contre. Mais pour des équilibres budgétaires. Et aujourd'hui, je ne vais pas voter une intention sans aucune espèce de matérialité du budget.
Brigitte Macron a traité de sale conne les féministes qui avaient empêché la veille le spectacle d'Harry Habitant de se produire normalement. Comment vous réagissez ?
Je dis qu'il faut qu'elle s'excuse. C'est inadmissible. Inadmissible. Enfin bon, elle est la femme de celui qui a trouvé que Depardieu faisait honneur à la France, qui a mis Nicolas Hulot dans le gouvernement et qui l'a maintenu bien au-delà du raisonnable, qui a maintenu Damien Abad dans le groupe Renaissance bien au-delà du raisonnable, qui avait avant le fameux Simian qui avait été condamné pour violences conjugales et qui était aussi dans le groupe. Bon, en fait, là, à un moment, on ne peut pas faire des grands mots, grandes causes nationales avec des trémolos dans la voix, faire des discours comme a fait Emmanuel Macron au début de ses mandats, et puis derrière, faire ça.
Vraiment, il faut qu'elle s'excuse. Voilà, il faut qu'elle s'excuse. Après, elle peut dénoncer la forme. C'est ce qu'elle dit. Oui, mais Salcon, ce n'est pas la forme. Salcon, ce n'est pas la forme. Ce sont les féministes qu'elle dénonce. Donc maintenant, on arrête avec cette hypocrisie sur les violences faites aux femmes. Je rappelle qu'il y a 150 femmes qui meurent chaque année de violences conjugales et qu'il y a 300 000 femmes qui subissent des violences conjugales, qui ont un viol toutes les 7 minutes en France. Ça suffit. Je le dis, ça suffit. Merci Sandrine Rousseau, députée écologiste et sociale de Paris,
d'avoir été notre invitée ce matin. Tout de suite, les informations.
Sandrine Rousseau