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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 15 octobre 2025 27 min

Élisabeth Doineau : « Le Premier ministre a su trouver le chemin pour éviter la censure »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Elisabeth Donneau, merci beaucoup d'être avec nous, sénatrice union centriste de la Mayenne. Vous êtes rapporteure générale du budget de la Sécurité Sociale ici au Sénat. On va évidemment longuement revenir sur le discours de Sébastien Lecornu et cette suspension de la réforme des retraites. Vous le voyez, ça fait la une de la presse régionale ce matin. On a sélectionné trois titres, trois petites nuances. On va les regarder ensemble. D'abord la une du Télégramme, Lecornu reçu à l'oral. Ensuite la une du Journal du Centre, la censure bat en retraite.

Et puis la dernière une, c'est celle du Courrier Picard, la réforme des retraites suspendue jusqu'en 2027. Vous d'abord, qu'est-ce que vous retenez de ce discours ? Est-ce que c'est le fait que sur la forme il ait été reçu ? Est-ce que c'est le fait qu'il ait échappé à la censure a priori ? Ou est-ce que c'est le fait que la réforme des retraites a été suspendue ?

0:59
Elisabeth Doineau

Écoutez, moi je prendrais la première parce que Lecornu reçu à l'oral. Je pense que la réalité, elle est là. Le Premier ministre a su trouver le chemin pour éviter la censure, certes, comme c'est sur la deuxième une. Mais la réalité, c'est qu'il a bien montré, et vous avez vu, ça a été scandé pendant tout son discours, ce qu'il attendait du Parlement. Et donc je trouve qu'il a réussi son oral.

1:22
Présentateur

Il a réussi l'exercice ? Moi, à mon avis, oui. Il a martelé une nouvelle règle. Il a martelé qu'il donnait la main au Parlement, on l'écoute.

1:33
Locuteur non identifié

Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez.

1:39
Présentateur

Ça, c'est la nouvelle règle qu'il a martelée à plusieurs reprises. Est-ce que c'est quand même pas ahurissant que ce soit qualifié de rupture ?

1:45
Elisabeth Doineau

Écoutez, on peut employer tous les mots que l'on veut, parce qu'il faut marquer les esprits, en réalité. Mais là, il a voulu, vous l'avez vu, il l'a répété et répété. Et donc, c'est vraiment ce qu'il attend du Parlement, c'est qu'on puisse avoir tous à l'idée que nous sommes là pour débattre. C'est notre rôle et que, peut-être, ces dernières années, il y avait plus de mouvements de posture, finalement, que de réels débats, ou en tout cas d'échanges entre les différentes positions des partis.

2:16
Présentateur

Mais redonner la main au Parlement, c'est une rupture ? Écouter le Parlement, dire que c'est le Parlement qui décide, c'est une rupture ?

2:23
Elisabeth Doineau

Écoutez, chacun en soi est une rupture, parce qu'il n'est jamais comme le précédent. Mais est-ce que ça ne devrait pas être la norme ? – Mais bon, je crois que le 49-3 est plus une rupture que de donner la main au Parlement. Non, là, je pense qu'il a voulu rappeler le rôle du Parlement, la réalité du Parlement. Mais, à la vérité, la rupture, certains la cherchent encore. – Vous ne la cherchez plus ? – Non, non, parce que je pense, vous voyez, qu'on a tous, moi, pas particulièrement, mais je sais que les politiques ont des éléments de langage. Et ce qu'il fallait, c'était sans doute trouver un terme, un mot qui puisse indiquer que les choses allaient changer.

Maintenant, le 49-3 a été annoncé comme un outil qui ne serait pas utilisé. Je pense que c'est une vraie rupture. Que, du coup, ça donne la voix au Parlement, le débat au Parlement, eh bien, écoutez, c'est la réalité, ça. C'est que, quand on n'utilise plus le 49-3, c'est évidemment le Parlement qui va décider. Alors, ça promet des débats qui ne vont pas finir. Parce qu'en plus, on le voit bien, à l'Assemblée nationale, ils nous ont habitués à ne pas finir les textes. Je vous rappelle le dernier PLFSS, ils n'avaient pas été jusqu'au bout. Ils avaient même été loin d'être jusqu'au bout. – Vous pensez qu'ils n'arriveront pas à finir dans les temps ?

– Alors, maintenant, s'ils veulent vraiment la suspension et qu'ils souhaitent avoir une majorité, peut-être qu'ils iront jusqu'au bout. Ils éviteront d'avoir trop d'amendements, des discussions qui n'en finissent pas. Après, il faut savoir ce que chacun veut. Mais, très honnêtement, la parole, effectivement, est au Parlement.

3:52
Présentateur

– Vous saluez la position des socialistes qui disent qu'on fait le pari du débat parlementaire ?

3:56
Elisabeth Doineau

– Écoutez, moi, je suis toujours pour le débat parlementaire. Et d'ailleurs, c'est pour cette raison que, moi, j'accepte ce que propose Sébastien Lecornu. Mais, en mon nom personnel, ce n'est pas au nom de la rapporteure du budget de la Sécurité sociale, ce n'est pas non plus au nom de celle qui a été rapporteure aux côtés de René-Paul Savary et Catherine Deroche. C'est au nom, simplement, de la parlementaire que je suis. J'estime que, ça fait déjà quand même très longtemps que l'on voit bien que cette question des retraites a cristallisé tous les débats. – Donc, vous dites politiquement, il fallait suspendre cette réforme ? – Moi, je pense que politiquement, il le fallait.

Parce qu'il y a politiquement, d'abord, la raison que je vous dis, comme quoi c'est un sujet qui va bien, mais du recul dans tout. Parce qu'à chaque fois, on vous dit, mais, vous avez voté de telle façon la réforme des retraites. Et puis, c'est surtout sur le plan budgétaire. Une censure, mais ça coûte très, très cher.

4:50
Présentateur

– On va y venir. On va y venir. Et juste, il y a une nouvelle conférence sociale qui a été annoncée. Est-ce que c'est raisonnable, juste après l'échec du conclap ? C'est bien de repasser par cette méthode ?

5:01
Elisabeth Doineau

– Écoutez, moi, je suis pour le dialogue. Je pense que les partenaires… – La conférence retraite et travail, a précisé hier soir le ministre du Travail. Il veut qu'il y ait le travail. – Mais parce que tout est lié, vous savez, il y a la sécurité sociale, mais dans l'ensemble de la protection sociale, il y a aussi le chômage, il y a aussi les partenaires sociaux à travers l'Agircarco, par exemple. Et donc, on voit bien que tout ça est mêlé. Et il faut absolument en débattre ensemble.

5:27
Présentateur

– Alors, on va revenir évidemment sur l'annonce principale de ce discours, la suspension de la réforme des retraites. Est-ce financièrement tenable ? Qui est concerné par cette suspension ? C'est votre éclairage, Stéphane. Sébastien Lecornu, qui a donc annoncé hier suspendre la réforme des retraites jusqu'à la présidentielle. D'abord, pour les gens qui nous écoutent, concrètement, qui est concerné ?

5:44
Invité

– Alors, le chiffre a été donné par le Premier ministre hier, Oriane, 3,5 millions de personnes bénéficieront de cette mise en pause de la réforme des retraites. C'est une suspension complète et immédiate qui doit être encore votée par amendement au moment de l'examen du budget de la Sécurité sociale à l'automne. Avant de vous expliquer si chez vous, vous êtes concerné et comment ça va vous concerner, un petit rappel, la réforme borne de 2023, elle avait deux objectifs. D'abord, décaler progressivement l'âge minimum de départ à la retraite pour partir avec un taux plein, âge minimum décalé de 62 à 64 ans.

Et un deuxième objectif, augmenter plus vite que prévu le nombre de trimestres que vous devez cotiser si vous voulez partir avec une retraite complète. Sans gel de la réforme, vous auriez dû atteindre 172 trimestres cotisés.

6:31
Présentateur

Mais la réforme, elle avait déjà commencé à s'appliquer depuis le 1er septembre 2023.

6:34
Invité

Oui, et donc pour être très clair, il n'y a pas de retour à l'âge minimum à 62 ans. On s'arrête là où la réforme en était, c'est-à-dire à 62 ans et 9 mois. Même chose pour le nombre de trimestres à cotiser. Le compteur est bloqué à 170 trimestres. Alors, qui sont les gagnants de cette suspension, Auriane ? Eh bien, ce sont toutes les personnes nées à partir de 1964.

6:55
Présentateur

Et alors, qu'est-ce qui va se passer pour ces personnes ?

6:56
Invité

Alors, pour les personnes qui sont nées en 1964, eh bien, elles vont gagner un trimestre de cotisation. Elles pourront partir à taux plein à l'âge de 62 ans et 9 mois. Donc, plutôt qu'à 63 ans, comme le prévoyait la réforme Borne. Mais les grands gagnants sont surtout ceux qui sont nés en 1965. Ils pourront partir à la retraite dès 2027 au lieu de 2028. Ils gagnent, eux, deux trimestres. Ça fait quand même six mois. Et pour les générations suivantes, eh bien, en théorie, c'est la même chose. Tout le monde y gagnerait. Mais, il y a un grand mais, Auriane. La réforme des retraites n'est suspendue que jusqu'en janvier 2028, après la présidentielle.

Le débat est donc renvoyé à l'élection présidentielle. Donc, rien n'exclut une nouvelle réforme des retraites.

7:35
Présentateur

Alors, voilà, pour qui est concerné, on en vient au coût. Combien va coûter la suspension de cette réforme pour le budget de la Sécurité sociale ?

7:41
Invité

Alors, là aussi, les chiffres ont été donnés par Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale hier. En 2026, le gel de la réforme des retraites coûtera 400 millions d'euros. En 2027, ce sera 1,8 milliard d'euros. Coup total, donc, d'ici la prochaine présidentielle, 2,2 milliards d'euros. D'autant que, je le rappelle, la Cour des comptes estime que même avec la réforme borne de 2023, appliquée dans son ensemble, sans suspension, le système des retraites serait déficitaire de 15 milliards d'euros en 2035. Ce qui appelle de potentielles nouvelles réformes du système de retraite. Elisabeth Douano, vous êtes donc la rapporteure, ici, au Sénat, du budget de la Sécurité sociale.

Est-ce que, financièrement, elle est tenable, cette suspension de la réforme des retraites ?

8:22
Elisabeth Doineau

Mais rien ne tient aujourd'hui. Vous savez qu'on a un déficit qui va encore se creuser pour l'année 2025. On avait prévu environ 21 milliards de déficit. On va être à 23 milliards. Donc, rien ne tient. Alors, j'ai envie de dire quelques millions supplémentaires. Eh bien, la question est toujours la même. Comment on revient vers l'équilibre de la trajectoire de la Sécurité sociale ? Et donc, qu'on remette le chantier, je dirais, sur les retraites, de toute façon, ça aurait été une nécessité. Mais toute la population peut le voir. Chacun de nos concitoyens peut le voir. Il y a nettement moins d'actifs qu'il y avait il y a 10 ans, il y a 20 ans.

On vit de plus en plus vieux et en meilleure santé. Donc, on voit bien que les temps de retraite sont plus longs parfois que les temps de période active. Donc, ça ne peut pas tenir. Donc, il faut trouver des solutions. Il y avait effectivement l'âge de départ à la retraite, le nombre de trimestres. Mais après tout, on peut encore pousser plus loin la réflexion et se dire que dans ces périodes où, justement, on cherche comment résoudre l'équation, peut-être que certains auront des solutions possibles. Moi, je me dis toujours que rien n'est perdu, il faut se parler. Or, moi, ce que je voyais, c'est que depuis cette réforme, eh bien, on avait divisé la France en deux.

Alors, quelle était notre responsabilité ? Nous, nous l'avons toujours dit au Sénat. Il y avait des questions qui n'avaient pas été résolues. Le problème des carrières hachées des femmes, le problème du travail des seniors, le problème du travail des jeunes aussi, parce qu'on pourrait parler de la quantité de travail. Il faut qu'on augmente notre croissance, notre PIB. Et on sait que ça, ça fait partie des questions très importantes, parce que le PIB en France est dans une médiane. Si on avait un PIB au niveau de l'Allemagne, par exemple, on n'aurait sans doute pas de déficit. Donc, vous voyez, il y a des choses à faire. Donc, moi, je me dis que le débat, le dialogue permettra…

10:12
Présentateur

Pourquoi monter le temps de travail pour sortir des 35 heures ?

10:15
Elisabeth Doineau

Mais ça, c'est une solution aussi. C'est une solution. Moi, je pense que si on faisait travailler plus de jeunes, plus de seniors qui sont aujourd'hui au chômage, eh bien, on aurait plus de cotisations, justement, pour la sécurité sociale. Et je vous dis que, par rapport à des pays comme l'Allemagne, on serait même sans doute sans déficit. Donc, il y a plein de leviers. On a sorti un rapport avec Raymond de Poncet-Monge. Bien sûr que nous ne sommes pas d'accord sur les solutions, mais nous avons été d'accord sur le fait qu'il fallait revenir à une situation d'équilibre. Et pourquoi ?

Parce que cette solidarité de la sécurité sociale, elle se fonde sur une solidarité entre actifs et retraités, entre malades et non-malades, entre ceux qui ont une famille avec des enfants et d'autres pas, etc. On peut décliner ça dans les cinq branches, ceux qui sont autonomes, ceux qui ne le sont plus. Mais il n'y a pas de solidarité entre générations. Il n'est pas dit qu'on doit reporter nos retraites sur les actifs de demain, sur les jeunes. Et moi, je comprends la désespérance des jeunes aussi.

11:12
Présentateur

Est-ce qu'il est en danger, ce système par répartition ?

11:16
Elisabeth Doineau

Eh bien, il est en danger depuis qu'il est en déficit. On voit bien que ça ne tient pas. Donc, il faut penser à la retraite par capitalisation. Je pense qu'une part serait peut-être nécessaire. La retraite à point. On a bien vu que là aussi, il y avait quand même des réticences. Et je crois que c'est lié à l'égalité des chances d'avoir une retraite correcte. Parce que la retraite à point, elle est moins solidaire, en quelque sorte, que la retraite par répartition. Donc, il faut en rediscuter. Mais il est sûr que les jeunes, interrogez-les. Ils vous disent qu'ils n'auront pas de retraite. Mais en quelque sorte, ils ont raison.

Si nous, nous continuons, si notre génération continue telle que ça sur la pente et la dérive des déficits, effectivement, ils n'auront pas de retraite. Ils paieront la nôtre. Et d'ailleurs, ils paieront en plus nos consultations et tous nos soins médicaux. Parce que là aussi, on a un éléphant dans la pièce. C'est la dérive des comptes de l'assurance maladie.

12:08
Invité

Et pour être très clair, cette suspension de la réforme des retraites, elle suppose un vote à l'Assemblée et au Sénat. Vous, vous voterez pour la suspension de la réforme des retraites ? Oui, mais si on nous donne aussi des solutions

12:18
Elisabeth Doineau

pour tout ce que je vous ai dit.

12:20
Présentateur

Mais vous pensez que ça passera au Sénat ? Parce que les LR, ils ne sont pas très favorables. Bruno Retailleau, il a fustigé le discours de Sébastien Lecornu hier. Il a dit que le gouvernement est l'otage des socialistes. Dans votre groupe, c'est aussi un peu partagé. Vous pensez que ça passera, cette suspension ?

12:33
Elisabeth Doineau

Moi, je ne lis pas dans le maire de café, Auriane, vous non plus. Donc, moi, j'ai envie de vous dire que, justement, il faut débattre. Nous étions tous d'accord. René-Paul Savary avait proposé un amendement sur un contrat pour les seniors. Bon, ça, ce n'est pas passé. Ils le regrettaient beaucoup. Avec Catherine De Roche, on avait beaucoup défendu les femmes avec les carrières hachées. On n'était pas satisfaites non plus. Donc, on peut remettre, en tout cas, ces questions-là à l'ordre du jour et voir comment, avec les partenaires sociaux, avec cette grande conférence, comment on peut y travailler et trouver des solutions.

13:05
Invité

Sur les économistes. Oui, hier, dans son discours, le Premier ministre a averti qu'il demandait le gel, mais que ce gel doit être compensé par des économies. Et qu'est-ce qu'on peut trouver comme économie pour compenser la suspension de la réforme des retraites ?

13:17
Elisabeth Doineau

Alors, les économies, c'est dans l'ensemble de la sécurité sociale, parce que tout se tient. On ne peut pas trouver d'économie au niveau de la branche vieillesse, sinon à lutter contre la fraude. Mais une fois qu'on a lutté contre la fraude, de toute façon, on n'a pas de marge. Il n'y a pas tant de fraude que ça. À ce niveau-là, on a déjà bien examiné les choses avec la caisse des retraites. Mais il faut peut-être imaginer d'autres recettes, parce que la dérive, si vous voulez, de l'assurance maladie, la dérive des retraites, qui est moins importante actuellement, puisqu'on a redressé les choses, mais qui risque à long terme de se dégrader, eh bien, en fait, il faut essayer d'anticiper.

Et pour anticiper, il faut regarder ça de façon globale. Et je pense qu'il y a des choses qu'il faut trouver sur les recettes, comme il faut trouver sur les moindres dépenses. On le voit bien, les moindres dépenses, ça agit sur le long terme. Si on trouve des recettes, c'est bien, mais c'est one shot. Je veux dire, ça marche dans les premières années, mais ce n'est pas sur la durée. Donc, il faut plutôt agir sur les dépenses. Mais moi, je pense qu'il faut aussi agir sur les mieux de dépenses. Mieux de dépenses, ça veut dire agir sur la prévention en santé, agir sur l'efficience des soins, agir sur la lutte contre la fraude.

Et là, vous avez vu, il y a un projet de loi de lutte contre la fraude qui va être déposé en même temps que les deux projets budgétaires. Donc, je pense que là, on a des outils qui sont mis à notre disposition.

14:47
Présentateur

Plus de la moitié des économies vont peser sur les assurés. Il y a notamment la question du doublement des franchises. Est-ce que ça, c'est quelque chose que vous allez valider ?

14:54
Elisabeth Doineau

Alors, malheureusement, c'est réglementaire. Donc, et vous l'avez vu déjà la dernière fois, la ministre a signé parce qu'il fallait aussi que les comptes de l'assurance maladie soient sur une trajectoire un petit peu plus, comment… Un peu moins déficitaire. Un peu moins déficitaire, on va dire, ou en tout cas qui allaient vers un peu le mieux. Et en réalité, c'est vrai que c'est toujours une déchirure de voir ça parce qu'on se dit les assurés et les plus fragiles et les moins fortunés vont forcément être dans la difficulté. Mais regardez le comité d'alerte au mois de juillet qui a donné un avis très négatif sur l'état de nos comptes.

On avait dépassé l'objectif national des dépenses d'assurance maladie. Et là encore, on voit bien qu'on ne tient plus ces dépenses. Il faut savoir que les dépenses de santé augmentent, mais naturellement, de 4,5% chaque année. Or là, en ce moment, on est à un nom d'âme, justement, un objectif de 2,9%. Là, c'est vrai que ce qui est dans le prochain budget, c'est 1,6%. C'est énorme. Mais…

15:57
Présentateur

Et vous pensez que ce sera tenu, 1,6% pour l'augmentation des dépenses, 17,5 milliards pour le déficit l'année prochaine ? Ça va être rude.

16:04
Elisabeth Doineau

Ça va être rude. Vous savez, c'est proportionnellement, quand on sait que la Sécurité sociale, c'est environ 650 milliards. Et quand on voit ce qui est demandé en termes d'économie, je pense qu'il faut effectivement…

16:15
Présentateur

C'est trop ambitieux, ces objectifs ?

16:16
Elisabeth Doineau

C'est ambitieux, mais ça peut se réaliser si on est tous d'accord. D'être responsable aussi par rapport à notre consommation. Parce que la consommation en santé, elle existe. Et je pense qu'on peut tous faire un petit effort. Et si on multiplie l'effort par le nombre de Françaises et de Français, je pense qu'on peut y arriver.

16:35
Présentateur

Un dernier mot, puisqu'il y a la question des retraites, mais les retraités sont aussi mis à contribution, en tout cas dans le projet initial. Est-ce que le RN n'a pas raison de dire que les retraités sont la variable d'ajustement de ce budget de la Sécurité sociale ?

16:48
Elisabeth Doineau

Vous savez, c'est facile d'avoir des slogans et de monter les uns contre les autres. Parce que moi, je vois bien depuis quelques temps cette idée que les retraités auraient un pouvoir d'achat qui serait mieux, voire aussi bien ou en tout cas mieux que les actifs.

17:06
Présentateur

Avec notamment un gel des pensions, la fin de l'abattement de 10% ?

17:09
Elisabeth Doineau

Non, moi ce que je regarde, c'est que l'effort soit bien réparti. Justement réparti. Donc je ne ferai pas de commentaires sur les commentaires de Mme Le Pen.

17:17
Présentateur

On va continuer à parler du budget, du budget en général, puisque le Premier ministre a également évoqué le budget et les collectivités territoriales. On imagine qu'il va développer ce point cet après-midi au Sénat, mais qu'attendent les élus du budget ? On est avec Yvan Lubranewski. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes le vice-président des maires ruraux de France, conseiller municipal de la ville des Molières, c'est en Essonne. Qu'est-ce que d'abord vous attendez, vous, cet après-midi, du discours de Sébastien Lecornu sur cette question du budget et des collectivités ?

17:47
Invité

On attend des discours, on attend aussi des actes. Ce qui a été légèrement abordé hier dans son discours, de mettre en face des compétences, des moyens, c'est ce que réclament les collectivités depuis longtemps. Et c'est pour être un maire rural et pour avoir été au premier rang au moment du mouvement des Gilets jaunes. Vous savez, quand il y a eu ce grand débat national qui a abouti après que nous ayons nous-mêmes lancé les cahiers de doléances, eh bien, beaucoup de gens appelaient à avoir de la traçabilité de l'impôt et à participer à l'effort, notamment au niveau de leur commune.

Et il y a un vrai sujet aujourd'hui, c'est qu'on a totalement coupé le lien entre les entreprises et la commune où il y a la production et entre les citoyens et la commune où ils habitent, avec diverses réformes, alors que là, pour le coup, il y a une traçabilité, il y a une révocabilité, quelque part aussi des élus qui sont à portée de baffe, comme on dit. Ça me semblait une richesse dans notre pays. Et aujourd'hui, la plupart des élus locaux regrettent beaucoup ça. Donc là, il y a un chemin inverse à prendre en la matière. Est-ce qu'il va en parler ? Je ne sais pas.

19:10
Présentateur

Mais ce manque de moyens, cette rupture du lien, comme vous dites, entre les élus et les administrés, il a été difficile à gérer pour vous ?

19:21
Invité

Oui, c'est difficile à gérer pour nous. C'est difficile pour les citoyens eux-mêmes. Moi, je pense qu'à un moment donné, on va arriver, puisque vous savez qu'une bonne part des citoyens payent des impôts sur le revenu, pour certains, des fractions relativement importantes, comment ils vont comprendre, comment ils vont accepter que leur mère leur réponde « Oui, mais je ne peux pas agir juste en bas de chez vous, parce que finalement, l'État ne me reverse pas suffisamment de moyens pour le faire ». Alors qu'une fois de plus, je le répète, la logique était tout à fait inverse il y a bien longtemps. Et ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas du tout pour moi.

Je ne le vois pas comme un propos réactionnaire. Je le vois vraiment comme une base et un ciment du vivre ensemble. On ne peut vivre ensemble que si l'on fait ensemble, si l'on contribue ensemble et qu'on peut vraiment palper au quotidien ce qui est produit comme action dans la commune où on habite.

20:32
Présentateur

Elisabeth Doineau, comment vous réagissez ?

20:34
Elisabeth Doineau

Écoutez, moi, j'ai été élue locale, maire d'une commune de 340 habitants. Alors j'ai été les mains dans le cambouis aussi. Donc je faisais partie des maires ruraux avant que l'association existe. Pour tout vous dire, le Sénat reproche aussi cette déconnexion entre l'impôt et le faire ensemble, et le faire pour sa commune, le faire pour sa ville. Mais bon, ce sera peut-être long de revenir en arrière, je ne sais pas. Mais ce qu'il faut surtout, c'est donner les capacités aux collectivités de remplir leurs compétences. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, si la commune en général peut le faire, l'intercommunalité a beaucoup plus de mal. Les départements, c'est en ce moment très, très compliqué.

Bon, les régions, elles se sont pour certaines recentrées sur leur mission. Mais on voit bien que l'État ne comprend pas trop bien, finalement, que les collectivités ont besoin de cette aisance. Mais pas une aisance extraordinaire. Mais ils ont besoin de savoir où ils vont. Et moi, je pense que la pluriannualité aussi, savoir où l'on va, ce serait vraiment quelque chose de nécessaire. Or, là, à chaque budget, on est obligé de se remettre en question. On ne sait pas trop quoi promettre à nos concitoyens, parce qu'on n'a pas une vue assez lointaine, finalement. Et c'est très difficile de faire les budgets pour les communes.

Moi, je me souviens qu'on avait les chiffres à la fin mars ou début avril, parfois. Comment voulez-vous prévoir ce que vous allez faire en termes de projets si vous êtes prévenus au dernier moment ? Au Sénat, on défend donc cette qualité de financement, en tout cas de budget pour les communes. L'année dernière, on a fait en sorte que la rigueur soit moins forte que ce qui était prévu. Je pense qu'on va avoir cette année encore ces débats avec Sébastien Lecornu. C'est important parce que les services publics que peuvent apporter les collectivités, c'est ce qui fait le quotidien des gens. Et les gens ont besoin de voir qu'on avance aussi sur certains projets dans les collectivités.

Donc, il faut arrêter aussi de dire que les collectivités dépensent trop. Alors, il y a toujours les mauvais élèves. Mais ça, vous savez, les chambres régionales des comptes les connaissent et les mettent à l'avant. Mais il faut arrêter. Je pense que s'il y a bien des bons gestionnaires, ce sont les présidents, les élus des collectivités territoriales.

22:52
Présentateur

Merci beaucoup, Yvan Lubraneski, d'avoir été avec nous, vice-président des maires ruraux de France. On termine par l'actualité dans nos régions. On va à Châteauroux. On retrouve Alban Ratsivalaka. Bonjour, merci Alban d'être avec nous, directrice départementale de l'édition de l'Indre pour la Nouvelle République du Centre-Ouest. Alban, c'est aujourd'hui la journée nationale des toxicomanies. À lire dans vos pages un témoignage poignant. Oui, un témoignage poignant. En cette journée, nous avons voulu mettre en lumière une histoire que nous racontons aujourd'hui dans nos colonnes sous la plume de ma consoeur Manuela Tonnel.

Alors, c'est l'histoire de la famille d'Olivia, une jeune femme de 21 ans, décédée l'année dernière d'une overdose à Châteauroux. Olivia était issue d'une famille sans problème, une famille unie, une famille aimante comme beaucoup. Elle commence à consommer du cannabis au collège, puis sa consommation se poursuit pendant des années avec des substances de plus en plus dures. Ses parents n'accompagnent pas leur fille. Elle est suivie dans un centre spécialisé dans les addictions. Elle est suivie par des psychologues. Elle est suivie par des médecins. Mais le lundi 21 octobre 2024, au petit matin, son père Lionel découvre le corps de sa fille inanimée.

Elle avait succombé à une overdose dans la nuit. Depuis, le papa a créé une page Instagram. En mémoire de sa fille, il a fondé le collectif de lutte contre les errances thérapeutiques liées aux addictions. Il explique que malgré l'accompagnement pendant cinq ans, ils ont assisté impuissants et désemparés à la dégradation de leurs filles. Alors Lionel Prévost souhaite aujourd'hui l'ouverture d'une enquête parlementaire sur les défaillances de prise en charge des jeunes en souffrance psychologique et addictologique. Il rencontre actuellement les élus locaux, les députés, les sénateurs, pour leur présenter un rapport basé sur son expérience.

Et parmi ces propositions, il évoque notamment la création d'un statut spécifique pour les jeunes en situation de vulnérabilité addictive. Alors Madame la sénatrice, pensez-vous qu'un tel statut sera une bonne idée pour qu'on puisse enfin évoluer dans la prise en charge de ces jeunes victimes d'addictions aux stupéfiants ?

24:49
Elisabeth Doineau

Tout d'abord, ce drame que vous nous racontez, il se rapproche d'autres drames qu'on vit, soit dans nos familles, chez nos amis, ou dans les collectivités dans lesquelles nous sommes les uns et les autres. Et c'est vrai qu'on a un sentiment d'impuissance et pour les parents, c'est une blessure qui ne se referme jamais. Qu'est-ce que je pense de ce statut ? En réalité, moi, je pense depuis fort longtemps que la loi ne change pas tout, que le statut, je ne sais pas ce qu'il apporterait, mais ce qui compte vraiment pour moi, c'est qu'on mette tout en œuvre. Moi, ce que j'observe, et de plus en plus depuis qu'on a eu la crise de la Covid, c'est que les jeunes sont en grande souffrance.

Les derniers sondages montrent qu'un jeune sur quatre est en souffrance, en dépression, et qu'un sur trois a des problèmes vraiment plus graves et qu'il est suivi par un psychologue ou par des professionnels. Donc, il y a vraiment... Et c'est partout dans le monde, ce n'est pas qu'en France. Donc, il y a un vrai souci avec la jeunesse. Et moi, je suis vraiment... Désolée qu'on ne prenne pas ça plus à cœur.

Et je pense que là, il faut qu'on trouve tous ensemble, malgré qu'on n'ait pas suffisamment de professionnels de santé qui s'occupent de cette question, il faut qu'on trouve tous ensemble pourquoi les choses ne vont pas bien pour nos jeunes, avec 7% d'entre eux qui pensent au suicide et qui vont jusqu'à l'acte. Donc, madame, moi, je pense qu'au-delà du statut, il y a aussi... Qu'est-ce qu'on fait dans notre société pour accompagner les jeunes et leurs parents, bien sûr, leurs familles ? Mais qu'est-ce qu'on fait vraiment ? Vraiment ?

26:25
Présentateur

Merci beaucoup. Merci Alban, la une de la Nouvelle République. La drogue lui a pris sa fille. Elle témoigne. C'est à la une de votre... Il témoigne, pardon. C'est à la une de votre journal. Merci beaucoup Alban. Merci Elisabeth Doineau. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.