Budget 2025, consultations des chefs de partis... Le "8h30 franceinfo" de Laurent Marcangeli
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France Info Bonjour Laurent Marcangeli. Bonjour. Gabriel Attal a envoyé hier les lettres plafond au ministère pour préparer le budget, c'est-à-dire les enveloppes de crédit accordées à chaque ministère. Alors il prévoit 10 milliards d'économies. La candidate du nouveau Front Populaire pour Matignon, Lucie Casté, estime que ça pose un problème démocratique majeur. Manuel Bompard pour LFI dénonce un pur scandale. Est-ce qu'un gouvernement démissionnaire a le droit de faire ça, peut faire ça ?
D'abord, ce sera au Parlement au final de trancher, vous le savez bien. A partir d'octobre ? A partir d'octobre, le Parlement se penchera sur la loi de finances. Là, aujourd'hui, le gouvernement est dans l'obligation de le faire. C'est une obligation qui tient au calendrier, mais in fine. C'est le Parlement qui fera le budget du pays sur proposition du gouvernement. Et avec l'Assemblée nationale que nous avons depuis le second tour des élections législatives, je pense qu'Assemblée nationale va peser de tout son poids.
Parce qu'il y a peu de chances que le gouvernement de Gabriel Attal ou qu'un gouvernement de la majorité actuelle soit à la manœuvre pour ce budget 2025 ?
Non, pas gagné les élections. Moi, je dis que personne ne les a gagnées, que la composition de l'Assemblée en atteste.
La gauche considère qu'elle a plus gagné que vous.
Elle est arrivée en tête, de fait, en nombre de députés. Elle est arrivée en tête pour une trentaine de sièges. Elle a 192 ou 193 députés. Je vous rappelle que nous en avions 250 sur la précédente législature et que ça a été très compliqué pour nous. Et je rappelle également que, si on est totalement honnête, ce n'est pas le premier bloc qui est arrivé en tête en nombre de suffrages exprimés. C'est le Rassemblement national qui a obtenu près d'un tiers des suffrages. Donc, on est dans une situation particulièrement confuse politiquement.
Mais, je le pense, lorsqu'il va falloir évoquer les questions liées au budget, liées au financement de la sécurité sociale, il va falloir prendre un esprit de responsabilité qui, malheureusement, aujourd'hui, manque un peu.
Mais là, on voit Gabriel Attal, il prévoit 10 milliards de gels de crédit, notamment avec une baisse pour le ministère du Travail, notamment sur les sujets d'apprentissage. Le futur gouvernement a tout à fait le droit de considérer qu'il n'est pas du tout en phase avec les premières orientations budgétaires qui sont prises par le gouvernement des missionnaires. Bien sûr. Il aura le temps de refaire à sa main d'ici le 1er octobre en ayant fait toutes les formalités préliminaires ?
Le gouvernement pourra très bien donner d'autres inflexions. Mais, encore une fois, moi, je veux quand même qu'on revienne au centre du sujet. Nous sommes, depuis plusieurs semaines, en procédure pour déficit excessif. Ce n'est pas rien. La France doit rendre une copie à Bruxelles avant le 20 septembre. Voilà. Et ça conditionne tout le reste. Selon moi, aujourd'hui, le seul sujet qui compte, le sujet le plus important, c'est préparer un budget, le faire voter par le Parlement et faire en sorte que ce budget tienne compte de la situation de déficit excessif dans laquelle nous nous trouvons. Et vous croyez que ce sera possible, vu les conditions justement à l'Assemblée ?
Ce sera très difficile. Moi, je ne suis pas dans le déni. Aujourd'hui, je sais particulièrement que la situation politique rend ce travail particulièrement difficile. Et j'en appelle depuis plusieurs semaines, plusieurs mois avec le groupe que je préside un esprit de responsabilité qui, malheureusement, fait défaut.
Et justement, dans ce budget, Gabriel Attal prévoit 10 milliards de gel de crédit. La gauche dit « c'est trop ». Est-ce qu'à vos yeux, c'est assez ? Pas assez ? Normalement, sachant que Bercy préconise au moins 20 milliards d'économies.
Nous avions plutôt 25 milliards, si mes souvenirs sont exacts.
Oui, on était même montés à 25 milliards que Bercy envisagait il y a quelques mois. Puis cet été, le ministre démissionnaire du budget, Thomas Cazenave, disait 20 milliards.
Si je me réfère au rapport de la Cour des comptes, c'était plus du 25 milliards que du 20 milliards. On y avise. Que fait-on ? Est-ce qu'on continue de laisser le pays s'enfoncer dans un endettement majeur ? Je vous rappelle tout de même que la situation de fragilité politique que nous vivons, elle peut aussi être une fragilité financière. Je vous rappelle que la France contracte une dette. Elle le contracte donc auprès des marchés. Et les marchés, ils peuvent aussi à un moment attaquer. Et ça peut provoquer une crise financière en suce de la crise politique dans laquelle nous nous trouvons. Donc j'en appelle quand même à un esprit de responsabilité.
Et le groupe que je préside à l'Assemblée nationale sera dans cette ligne, une ligne de responsabilité afin de protéger les Français par rapport à une menace que ferait peser une crise financière.
Donc pour répondre, Gabriel Attal ne va pas assez loin ?
Non. Et vous estimez que le NFP fait une erreur en disant qu'il faut annuler ces 10 milliards ? Le NFP est dans une vieille tradition de la gauche française. On arrive, ou du moins on veut arriver aux responsabilités. On contracte des dépenses supérieures à nos moyens. Et ensuite, on doit présenter la note. Et c'est la rigueur. Ça a été ça en 1981. Ça a été ça également en 2012 avec François Hollande. Rien ne change, rien ne bouge.
Donc là, on vit au-dessus de nos moyens.
Mais cela fait 40 ans, 50 ans que nous vivons au-dessus de nos moyens. Je vous rappelle que la France ne réalise plus de budget à l'équilibre depuis 1974. Je parle en tant qu'ancien élu local qui, lui, est obligé de présenter un budget en équilibre. Le budget de la France ne l'est plus depuis 50 ans.
Sauf que la gauche propose dans son programme des hausses d'impôts, notamment sur les plus aisés. Est-ce que ça, c'est un moyen de rétablir les finances publiques, selon vous ?
De mon point de vue, je pense qu'in fine, ce sera toujours les mêmes qui se feront matraquer. À chaque fois, on nous dit seulement les impôts seraient les plus aisés. Mais la gauche a habitué les Français à surtout frapper sur les classes moyennes. Et ce que je reproche au NFP, c'est de faire fi aujourd'hui de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Ils proposent comme seule solution un maintien, voire une augmentation des dépenses qui ne pourra être financée que par de l'endettement supplémentaire et une augmentation de la fiscalité. À un moment, il faut dire stop.
Et le groupe Horizon et Indépendant est dans cette posture qui est celle de dire « On ne peut plus aujourd'hui vivre au-dessus de nos moyens. On ne peut plus continuer dans cette voie de l'endettement et de l'imposition. »
Message transmis au futur gouvernement, quel qu'il soit. Vendredi, vous allez rencontrer Emmanuel Macron à l'Elysée, avec Edouard Philippe, notamment patron de votre parti. Est-ce que vous avez une solution de sortie de cette crise politique à proposer aux chefs de l'État ?
D'abord, je voudrais qu'on revienne au fond. Pendant l'été, j'ai vu les concours lépines de qui, quelle partie, quelle personnalité. Moi, ce qui m'intéresse et ce qui nous intéresse, c'est pour quoi faire. C'est toute la question. C'est toute la question. Donc nous, ce que nous allons proposer...
Mais le qui est important aussi, pour avancer les choses.
Oui, le qui est important. Le qui, je vous le rappelle, ce n'est pas un bloc seul. Je pense que tout le monde l'a compris. Personne ne peut aujourd'hui, sur une situation telle qu'elle est, gouverner le pays par bloc face aux autres, parce qu'il sera minoritaire. Et ensuite, c'est pour quoi faire ? Déjà, pour faire un budget. On en a parlé tout à l'heure. Et pour moi, c'est le sujet numéro un. Ensuite, c'est pour aussi assurer un fonctionnement des pouvoirs publics et éviter une crise institutionnelle. Il faudra donc transcender. Il faudra donc aller au-delà des clivages.
Et il faudra donc s'accorder sur un pacte qui, à mon avis, sera assez minimaliste, in fine, parce qu'on ne pourra pas ouvrir tous les tiroirs en même temps.
Il y aurait quoi dans ce pacte minimaliste pour vous ?
D'abord, je vous le dis encore une fois, un budget qui tienne compte de la situation dans laquelle nous nous trouvons, parce que c'est lui qui conditionne tout le reste. Et ensuite, il y a également un certain nombre de sujets. Par exemple, vous aviez des propositions qui étaient sur la table au niveau du ministère de la Justice, d'Éric Dupond-Moretti, sur la justice des mineurs, et également sur la lutte contre la criminalité organisée, avec notamment la création d'un statut de repenti auquel j'avais participé en tant que député.
Eh bien, ce sont des sujets qui, à mon avis, sont suffisamment, aujourd'hui, partagés, qui pourraient être débattus à l'Assemblée nationale, en vue d'améliorer la qualité du service public de la justice.
Nous sommes toujours avec Laurent Marcangeli, président du groupe Horizon à l'Assemblée.
Alors, juste avant le fil d'info, vous nous disiez que le plus important, c'était un gouvernement pour quoi faire, mais le fait d'avoir un nom pour Matignon, c'est quand même le préalable. On a vu, effectivement, fleurir cet été des noms. Xavier Bertrand, Bernard Cazeneuve, Karim Bouamran, Jean-Louis Barlot. Est-ce que, parmi ces noms, il y a une solution qui pourrait permettre de débloquer la situation, selon vous ?
Je suis attaché à l'esprit de nos institutions. Et l'esprit de nos institutions, c'est le président de la République qui nomme le chef du gouvernement. Ce n'est pas au groupe parlementaire, ce n'est pas au parti politique, à un moment de dire, vous allez nommer telle personne. Je suis un petit peu la comédie de LFI depuis la fin de la semaine dernière, où on menace même le président d'être destitué, sans en parler d'ailleurs, au préalable avec ses partenaires. Ça en dit long sur l'état, déjà du NFP, qui prétend pouvoir gouverner le pays.
Et je voudrais même ajouter la candidate décidée, qui est Mme Casté, contre laquelle je n'ai rien à titre personnel, que personne ne connaissait avant le 23 juillet. Je trouve que ce n'est pas sérieux, cette manière de procéder. C'est un problème de ne pas la connaître avant ?
Pas grand monde ne connaissait Edouard Philippe au niveau national, après qu'il soit nommé par Emmanuel Macron en 2017.
Oui, mais Edouard Philippe avait été élu à plusieurs reprises, à plusieurs élections. Il a été parlementaire, il était maire de la ville du Havre. Il avait travaillé avec des personnalités importantes de la vie politique française. Il avait une certaine expérience de la chose publique, qui, à mon avis, n'est pas partagée par la candidate du NFP.
Elle est aux finances à la mairie de Paris, elle connaît...
Avec des résultats exceptionnels, comme chacun le sait, puisque les finances de la ville de Paris sont dans un état florissant que chaque Parisien connaît lorsqu'il reçoit sa feuille d'impôt. Aujourd'hui, ce que je vais vous dire, c'est que je ne serai pas, vendredi, face au Président de la République, en lui disant, j'ai une idée, vous devez désigner telle personne. Ce que je dirai au Président de la République, ce que nous dirons au Président de la République, c'est que nous sommes prêts à transcender, à aller au-delà de notre camp, pour pouvoir former un gouvernement d'union la plus large possible, en vue d'éviter la paralysie du pays et la crise politique.
Mais Laurent-Marc-Angelis, je n'arrive pas à croire que vous ne proposiez aucun nom depuis cet été. Parce que je suis attaché, je vous l'ai dit, à l'esprit des institutions. Mais quand vous entendez les noms circuler, Xavier Bertrand, Bernard Cazeneuve, on en a parlé, Jean-Louis Berleau, vous ne vous dites pas, non, quand même, sur cet avis-là, je pense qu'il faudrait suivre une autre voie.
Je peux vous dire une chose, c'est que les trois noms auxquels vous faites référence sont des noms qui m'inspirent respect, qui, selon moi, font partie de celles et de ceux qui peuvent exercer des responsabilités au plus haut niveau, puisqu'ils l'ont déjà fait, puisqu'ils ont démontré qu'ils étaient capables de le faire.
Ça ne convaincra manifestement pas la gauche. Cet été, vous avez, juste après les Jeux Olympiques, envoyé une lettre à vos homologues présidents de groupe à l'Assemblée, de la droite républicaine de Laurent Wauquiez à la gauche, hors LFI, puisque vous n'avez pas écrit à Mathilde Panot, pour proposer de se réunir tous ensemble. Est-ce que vous avez eu des réponses à ce courrier, Laurent Marcangé ?
Bien sûr que non. Bien sûr que non. Et la finalité, vous le voyez bien, c'est que c'est le président de la République qui, au final, fait venir vers lui les représentations politiques. Nous avons proposé...
C'est un problème, selon vous ?
De toute manière, le moment viendra assez rapidement où il faudra qu'on se parle. Ça me semble indispensable.
Si vous n'arrivez même pas à le faire là pour une réunion, on a des doutes pour la suite.
Écoutez, il faut être optimiste. Ceci étant dit, que va faire le président de la République ? Il va nommer un ou une chef de gouvernement. Il y a urgence maintenant ? Oui, je pense que le moment est venu de sortir du gouvernement démissionnaire. Je pense que ce n'est pas sain de conserver ce mode de fonctionnement. Ce chef de gouvernement, qu'est-ce qu'il va faire ? Il va devoir aussi consulter les forces politiques. Et moi, je profite de l'occasion que vous me donnez aujourd'hui pour renouveler cette invitation. N'attendons pas d'être confrontés dos au mur à l'urgence de la formation d'un gouvernement. Voyons-nous, discutons. Sortons des postures. Sortons également du déni.
Comme le NFP semble être rentré dans ce déni. Personne ne peut gouverner seul. Il va falloir ouvrir pour former des coalitions beaucoup plus larges. En réalité, ce que nous disons aujourd'hui, nous le disons depuis 2022. Je rappelle qu'Edouard Philippe, dès le mois de juin 2022, avait dit il faudra élargir. Quand le président de la République a dissous, qu'avons-nous dit ? On ne pourra pas repartir avec la majorité telle qu'elle existait jusqu'à aujourd'hui. Elle ne sera pas suffisamment forte pour pouvoir gouverner seule. Donc, nous continuons de dire il faut élargir et élargir pour permettre au pays de ne pas sombrer dans la crise.
Sauf que vous-même, est-ce que vous jouez le jeu de vous excluez une partie du nouveau Front populaire en ne prenant pas en compte LFI dans l'équation ? Sauf que le nouveau Front populaire est un bloc qui, malgré les fissures, pour l'instant, tient toujours et ira à l'Elysée rassembler sa candidate pour Matignon vendredi.
Ni le RN qui vous l'avait dit représente 10 millions de votes.
Oui, mais moi je suis prêt à travailler au Parlement avec tout le monde, je l'ai démontré. Mais pour former un gouvernement, il faut quand même faire attention à ce qu'on fait et avec qui on travaille. Vous parlez de LFI, mais franchement, franchement, croyez-vous que ce parti est un parti de gouvernement ? Croyez-vous que ce parti... Le reste du nouveau Front populaire
a l'air de le penser puisqu'ils sont alliés ?
Oui, mais ça, ça s'appelle tout simplement une forme de déni, encore une fois. Vous voyez bien la gêne à chaque fois que LFI s'exprime chez notamment les socialistes, voire même chez les autres composantes. Tout ça, ce ne sont que des alliances faites pour pouvoir avoir des élus. Vous le savez aussi bien que moi. Et le NFP ne repose que là-dessus. Et aujourd'hui, on le voit bien, la première formation politique du NFP, c'est LFI. Moi, pour moi, ce que propose LFI, la manière dont LFI s'exprime, la manière dont LFI mène sa vie politique est dangereuse pour le pays.
Dangereuse pour le pays ?
Particulièrement dangereuse. Notamment, en ce qui concerne... Regardez les prises de position. Vous avez quand même des députés qui appelaient au boycott des athlètes israéliens et leur disaient qu'ils n'étaient pas bienvenus. D'ailleurs, je veux pour preuve, les LFI étaient particulièrement mal en point pendant les Jeux Olympiques parce que ça se passait bien. Et en réalité, je crois que ces partis politiques, le RN et LFI, ne sont bien que quand les Français ne vont pas bien. Beaucoup ont quand même réagi.
Oui, après coup, moi, ce que je sais, c'est que lorsque ça va bien, lorsque les gens sont heureux, la plupart du temps, les membres de ces familles politiques que sont le RN et LFI ne sont pas très heureux, eux.
Vous disiez que le NFP, c'était une alliance pour avoir des élus. Reviens dans le débat aujourd'hui la question de la proportionnelle. C'est Raphaël Glucksmann qui propose de l'établir assez rapidement pour les prochaines législatives. Est-ce que vous, vous considérez que ce serait la solution pour forcer à l'avenir les partis politiques à travailler ensemble d'instaurer la proportionnelle ?
Je vois bien où M. Glucksmann veut arriver. M. Glucksmann veut libérer le Parti socialiste de son mariage forcé avec LFI. Et si c'est la solution, peut-être. Moi, je n'ai pas d'a priori. Ce que je souhaiterais, en revanche, c'est que le mode de scrutin permette tout de même de dégager une prime permettant à une force politique d'avoir un peu plus qu'une proportionnelle intégrale qui, à mon avis...
Pourquoi pas de la proportionnelle, mais avec une prime majoritaire ?
Vous savez, on va rentrer dans une phase où si, ex abrupto, on dit je ne veux pas entendre parler de ça, ça sera très difficile de former cette alliance qui permettra de donner un gouvernement au pays. Et c'est bien, ça fera peut-être partie
des prochains chantiers de l'Assemblée nationale. Merci Laurent-Marc-Angeli, député et président du groupe Horizon, d'avoir été avec nous ce matin pour l'U830 France Info. Merci à vous, Aurélie. Très bonne journée. À demain. À demain. Merci à vous,
Laurent Marcangeli