Message de la ministre Amélie de Montchalin aux préparationnaires des concours de l'ENA
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Mesdames, Messieurs, chers étudiants, chers élèves, quelques jours après les annonces du Président de la République, je tenais à m'adresser directement à vous, étudiants qui préparaient les différents concours de notre fonction publique, et en particulier à vous qui préparaient les concours de l'ENA. Je sais combien la voie dans laquelle vous êtes engagée depuis de nombreuses années pour certains d'entre vous, ou plus récemment pour d'autres, avec autant de convictions néanmoins, est exigeante. Je sais à quel point elle vous demande des sacrifices, de l'engagement, de la persévérance, et ce, d'autant plus dans le contexte sanitaire actuel.
Alors, je peux imaginer combien les annonces de la semaine dernière suscitent de votre part des interrogations. Elles sont, je le sais, tout à fait légitimes, mais je tiens par ce message à vous dire que ces interrogations ne doivent en aucun cas vous faire douter de la voie à laquelle vous aspirez, celle de servir votre pays, l'intérêt général, qui est, je crois, l'une des plus belles manières de mettre sa vie au service des autres. Je veux d'abord vous rassurer sur les modalités d'organisation très concrètes du concours cette année.
Je tiens ici à être très claire pour celles et ceux d'entre vous qui se sont inscrits au concours de l'ENA de la rentrée prochaine. Vous n'avez aucune inquiétude à avoir. Ce concours se déroulera dans les conditions fixées et comme annoncé en février dernier par le président de la République, il sera marqué par l'ouverture du premier concours talent.
Je veux surtout vous conforter dans votre projet de servir l'État au regard de l'ambition que nous souhaitons donner à travers cette réforme à notre haute fonction publique, à notre action publique. Vous savez, en 1945, la création de l'École nationale d'administration s'est faite dans un pays qui était en pleine reconstruction et cette création est venue répondre, avec un succès qu'il importe de ne pas oublier, à cette nécessité de refondre la machine administrative française comme c'était les mots du général de Gaulle et de Michel Debré. A l'époque, le pays était fortement ébranlé par la guerre.
Le but était de démocratiser, de professionnaliser le recrutement de hauts fonctionnaires. Aujourd'hui, en 2021, nous devons regarder les choses en face. Notre pays traverse une crise multiforme. probablement la plus grave que notre pays ait connue depuis cette Seconde Guerre mondiale, depuis 1945, et cette crise a mis en lumière certaines faiblesses de notre État.
Elle a aussi révélé ses forces et il nous importe de les préserver. Cette crise, on le voit, met surtout en lumière les attentes des Français et de nos concitoyens. Ces attentes, et je le constate tous les jours, je pense que vous le voyez aussi, ce sont des attentes de services publics plus proches, plus efficaces, plus humains, plus agiles.
L'Institut du service public a précisément pour ambition de répondre à ces attentes, sans bien sûr renier ce que l'ENA a apporté jusqu'à maintenant à notre administration, mais en en tirant des conséquences sur ces nouveaux besoins de l'État aujourd'hui, pour qu'il regagne notamment en efficacité. Cet institut va s'adapter avant tout aux réalités et aux besoins du XXIe siècle. Nous allons bien sûr continuer à former les cadres supérieurs de l'État, à la tradition centenaire de ce service public à la française connu à travers le monde.
Cette tradition, je crois, a été pour vous probablement une aspiration à vous préparer à ces concours de la haute fonction publique et il ne faut surtout pas vous en détourner. Mais ce service public en 2021, bien sûr, est différent de la manière dont nous l'avons fait jusqu'à maintenant. Nous devons donner de la proximité, de l'efficacité, et à nouveau une priorité à ce service des Français qu'ils nous demandent de voir évoluer.
Ceux d'entre vous qui seront admis à l'Institut du service public cette année se verront donc offrir dès l'an prochain, dès le 1er janvier 2022, dans ce nouvel institut, une formation d'excellence, avec notamment la création d'un tronc commun, commun à tous les futurs aux fonctionnaires. Les magistrats, les directeurs d'hôpitaux, les commissaires de police, tous ensemble, vous recevrez une formation d'excellence pour faire de vous des cadres supérieurs de l'action publique, de la fonction publique, pleinement en prise avec les réalités de notre société. Cette formation vous donnera des clés essentielles pour notamment préparer vos décisions publiques à venir en lien plus grand avec la décision scientifique, le doute scientifique.
Également, vous préparez à pratiquer, à défendre au quotidien les valeurs de la République, la laïcité, la neutralité, l'égalité de traitement. Également, pour que la transition écologique, la transition numérique fasse partie prenante de l'ensemble de votre action dans les prochaines années. Et puis, nous devons également mettre au cœur de notre formation la lutte contre les inégalités sociales et territoriales, qui, on le sait, sont un des enjeux sur lesquels notre pays doit faire beaucoup mieux et beaucoup plus fort.
Alors, à l'issue de cette formation à l'Institut du service public, vous bénéficierez aussi, en 2023, des nouvelles modalités de sortie que nous sommes en train de définir. Et vous pourrez alors choisir, en fonction de votre classement, votre affectation, votre emploi. La connaissance du terrain sera au cœur des compétences qu'il vous appartiendra de développer et de valoriser.
Ces premières affectations dans les emplois seront principalement sur des fonctions opérationnelles, en administration centrale ou sur le terrain, en administration déconcentrée. Ces affectations vous permettront, je crois, de réaliser cette promesse d'une action publique au plus près de nos concitoyens, dans les fonctions de services concrets de leur vie quotidienne. Les maîtres mots de votre carrière seront désormais accompagnement, mobilité, agilité.
Il vous appartiendra de prendre en main vos propres carrières en mettant en œuvre votre esprit d'initiative, votre capacité à innover, votre sens de l'audace que vous aurez cultivé au sein de l'Institut du service public, où, et c'est important, vous pourrez revenir, et c'est nouveau, plusieurs fois au cours de votre carrière, car cet institut sera aussi la grande maison de la formation continue des cadres dirigeants de l'État. Le président de la République l'a dit dans son discours du 8 avril, que je vous invite vraiment à tous lire, à vous approprier, et je vous le répète maintenant avec conviction, pour chacun d'entre vous, cette réforme est une chance. N'en doutez pas, saisissez-vous de l'esprit de cette réforme qui, je le crois, servira de fondation, au service de l'État de demain, que vous incarnez, pour conforter votre orientation, vos projets, et je l'espère renforcer encore votre motivation dans les quelques mois qui vous séparent du concours.
Permettez-moi d'abord de vous souhaiter à tous et toutes, très sincèrement, de la réussite dans la voie que vous avez choisie. L'État a besoin de vous, et il y a une place pour chacun d'entre vous, dans ce service de l'intérêt général, dans notre fonction publique, d'où que vous veniez, sur la seule base de votre mérite et de votre talent. Ce sont là les promesses du service public, c'est inchangé, mais nous devons plus que jamais adapter notre fonction publique à ce contexte de crise et au XXIe siècle, qui, devant nous, vous demandera de l'action, de la persévérance et de l'engagement.
Sous-titrage Société Radio-Canada
Amélie de Montchalin