La grande interview : Frédéric Péchenard
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La grande interview en direct sur CNews et sur Europe 1. Bonjour Frédéric Pechenard. Bonjour. Vous êtes vice-président LR de la région Île-de-France, ancien directeur de la police nationale. On aura l'occasion de parler des manifestations qui vont se dérouler un peu partout en France aujourd'hui. Mais d'abord, je vais commencer avec cette question. Est-ce que vous dites aux boulangers et aux fleuristes d'ouvrir ce matin ? Qu'est-ce que vous leur dites ?
Je leur dis d'ouvrir. Je leur dis d'ouvrir à la condition qu'ils aient envie de le faire, à la condition que leur personnel soit volontaire, et à la condition que leur personnel soit payée deux fois plus. Finalement, laissons le choix aux gens. Il y a ceux qui préfèrent avoir un jour chômé, d'autres qui préfèrent, parce qu'ils en ont besoin, toucher un petit peu plus d'argent. Laissons faire, d'autant plus que l'espèce de totem qui dit que le 1er mai, on ne travaille jamais. Moi, j'étais policier 30 ans, j'ai toujours travaillé le 1er mai. Les avions décollent, les trains partent, les restaurants sont ouverts.
Donc on voit bien qu'il y a une part déjà très importante des Français qui travaillent sans que ça pose de problème. N'embêtons pas les boulangers.
Mais vous leur dites d'ouvrir, malgré le risque qu'ils encourt, parce qu'on l'a bien compris, il y a un imbruglio au gouvernement. Les inspecteurs du travail peuvent mener des inspections dans les boulangeries, par exemple, et verbaliser ceux qui auront décidé d'ouvrir. Pour rien vous cacher, je n'ai pas bien tout à fait compris
quelle est la position du gouvernement, qui a dit blanc, noir, peut-être. Tout ça n'est pas très clair. On voit bien qu'il n'y a pas une volonté forte du gouvernement d'empêcher les fleuristes et les boulangers de travailler aujourd'hui, même si malheureusement ça reste assez flou, ce qui est regrettable, parce que c'est toujours plus simple, quand les responsables de la conduite de la France prennent des positions qui sont claires.
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'aujourd'hui, ce n'est pas très clair. Comment vous jugez d'ailleurs la communication du gouvernement, le ministre du Travail, qui en appelle à l'intelligence collective, la porte-parole du gouvernement qui parle de bon sens ? Les boulangers et les fleuristes auraient aimé avoir des règles claires plus que des incantations comme celle-ci. C'est une certitude. Les gens préfèrent avoir des règles claires. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles ne sont pas claires aujourd'hui.
Si on pousse un peu le raisonnement, vous êtes favorable à l'ouverture, à ceux qui le souhaitent, aux commerces qui le souhaitent, le 1er mai, qu'on leur permette d'ouvrir, de travailler s'ils en ont envie ?
En tout cas, les boulangers, à partir du moment où vous estimez que c'est essentiel d'ouvrir des restaurants ou des commerces où on peut acheter à manger, les boulangers, par définition, avoir son pain tous les jours, c'est quelque chose qui est important. Donc moi, je ne vois pas d'inconvénient à ce que les boulangers puissent être ouverts le 1er mai, sous la condition que j'ai citée préalablement, c'est-à-dire que les salariés soient volontaires et soient payés le double,
comme la loi le prévoit. C'est un 1er mai qui intervient dans un contexte compliqué, notamment sur le volet du pouvoir d'achat, avec des prix du carburant qui ont beaucoup augmenté. Est-ce que vous êtes favorable à une réduction des taxes, comme le réclament certains ?
Le sujet est extrêmement important, parce que ça touche directement au portefeuille des Français, et on voit bien que l'essence a augmenté, le gaz a augmenté, il va encore plus augmenter, donc finalement, c'est se déplacer, ce qui est fondamental. Alors à Paris, on peut vivre sans voiture, on l'a compris, mais ailleurs, c'est très difficile. Il y a d'abord des tas de métiers où vous avez besoin de votre voiture, et puis il y a des tas de gens qui habitent en province qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler. Puis vous avez besoin de vous chauffer aussi, il y a beaucoup de gens qui sont chauffés au gaz.
S'il y a une augmentation du prix de l'essence, c'est notamment, pas uniquement, mais notamment à cause des tensions et des guerres, guerre au Moyen-Orient, guerre en Ukraine, etc. Il y a peu de chances que les choses s'améliorent dans les semaines ou les années à venir. Donc on voit bien que le sujet numéro 1, alors le sujet numéro 1, c'est aujourd'hui le prix à la pompe, on est d'accord. Alors disons le sujet numéro 2, mais qui va venir assez vite, puisque l'élection présidentielle c'est dans un an, c'est qu'est-ce qu'on veut comme politique énergétique pour la France ? Il faut absolument que la France redevienne indépendante en termes d'énergie.
D'autant plus que si on veut aller vers plus d'électricité, plus de voitures électriques, plus de chauffage électrique, il va falloir produire beaucoup plus d'électricité. Donc ça passe par le nucléaire. Or on a la chance en France, grâce au général de Gaulle notamment, on a la chance en France d'avoir une énergie qui ne coûte pas cher et qui est décarbonée grâce au nucléaire. Donc on voit bien que ça sera très important dans la campagne électorale de 2027. Quels sont les candidats qui seront pour augmenter le nucléaire ? Quels sont ceux qui sont pour le baisser ?
Rappelons quand même qu'il n'y a pas très longtemps, Mme Borne, alors ministre d'Emmanuel Macron, a fermé Fessenheim et en était ravis. Or c'était une erreur stratégique, c'était peut-être un bon choix politique, mais c'était une erreur stratégique fondamentale. Oui, il nous faut plus de nucléaire, parce que c'est ça qui donnera l'indépendance énergétique à la France et qui permettra au prix au quotidien de baisser et donc l'augmentation du pouvoir d'achat des Français. Et ça, ça sera important de voir qui défend le nucléaire dans ceux qui vont se présenter à l'élection présidentielle.
Frédéric Pêche-Nard est l'invité de la grande interview sur CNews et sur Europe 1. Vous êtes donc vice-président de la région Île-de-France. Vous êtes aussi l'ancien directeur de la police nationale et qui dit 1er mai dit manifestation. 320 manifestations sont prévues en France, un peu plus de 100 000 personnes attendues. Et le ministre de l'Intérieur alerte les préfets sur les risques de violence dans les cortèges. Est-ce que vous redoutez des débordements aujourd'hui ?
Alors, bien sûr, on les redoute et malheureusement, ça va arriver, selon toute vraisemblance. Juste un chiffre pour que les téléspectateurs se rendent bien compte. Les manifestations revendicatives se passent à 90% dans la zone police nationale. C'est 35 000 manifestations par an en France. 35 000. Et il y en a 10%, 3 500, qui sont suffisamment importantes pour nécessiter l'emploi des forces mobiles, CRS et gendarmes. Ça veut dire 10 par jour. Ce qui signifie en gros que 99% des manifestations revendicatives se passent parfaitement bien. Ça, c'est important. Comme toujours, on met le focus sur ce qui se passe mal, un petit peu comme à l'SNCF. On s'intéresse aux trains qui arrivent.
Parce qu'on a des images des premiers mai précédents où parfois, c'est vrai, il y a eu des violences dans les cortèges.
Bien sûr. Probablement, il y en aura aussi. Et si le ministre de l'Intérieur a appelé les préfets à faire attention, c'est que les services de renseignement ont attiré son attention sur le fait qu'il y a un certain nombre de black blocs, de militants radicaux qui sont la plupart du temps liés à l'ultra-gauche, qui viennent non pas pour manifester, mais pour casser, pour affronter les forces de l'ordre. Et c'est toute la difficulté du maintien de l'ordre à la française, c'est de permettre à ceux qui viennent manifester de le faire et d'interpeller ceux qui viennent uniquement pour affronter les forces de l'ordre ou pour casser.
Et pour que ça soit efficace, il faut qu'il y ait un bon partenariat avec les organisations syndicales et notamment avec les services d'ordre. La CGT avait, c'est un peu moins vrai malheureusement maintenant, mais avait un excellent service d'ordre qui permettait à un moment donné d'expulser les casseurs de la manifestation. Et à ce moment-là, c'était plus facile pour la police d'intervenir pour arrêter les casseurs. Mais chacun peut comprendre que quand les casseurs, les black blocs sont intégrés à la manifestation, au milieu de gens qui viennent juste pour manifester ou des badauds qui viennent pour regarder, l'emploi de la force par la police est évidemment beaucoup plus compliqué.
Le phénomène des black blocs, c'est un phénomène que vous avez vu de près quand vous étiez le patron de la police nationale. Aujourd'hui, on a l'impression qu'il n'y a quasiment plus aucune manifestation qui se déroule, manifestation de la gauche, sans la présence de black blocs. Comment vous jaugez cette menace aujourd'hui dans les manifestations ?
Elle existe, à vrai dire, elle a toujours existé. Quand j'étais jeune policier, il y a de ça une quarantaine d'années, ça ne s'appelait pas des black blocs, ça s'appelait des autonomes. Mais l'idée était la même. On avait des militants de l'ultra-gauche qui venaient pour affronter les forces de l'ordre et pour casser. Alors on a des pilleurs, c'est une chose, et puis on a les casseurs, c'en est une autre, les casseurs ayant une approche plus politique, alors que les pilleurs viennent uniquement dans un but d'appropriation.
Est-ce que vous pensez qu'il faut par exemple remettre en place une loi anti-casseurs comme elle a pu exister dans le passé, qui permettait justement de dissuader ou en tout cas d'arrêter ceux qui se rendaient coupables de ces violences ?
Je pense qu'on a un arsenal juridique aujourd'hui qui est suffisant. La difficulté majeure qu'il y a sur les manifestations, c'est que quand vous avez des casseurs, le but de la police au moment de la manifestation, c'est d'interpeller le plus rapidement possible les trublions pour les mettre de côté et les sortir pour que la manifestation se passe bien. Mais souvent, du coup, les procédures ne suivent pas toujours, et on est souvent un petit peu déçus entre le nombre d'interpellés et les condamnations, mais c'est aussi parce que nous n'avons pas une bonne pratique de la judiciarisation du maintien de l'ordre. C'est-à-dire ?
Bien souvent, les procédures de maintien de l'ordre passent au deuxième plan, puisque la priorité, c'est de permettre à la manifestation de continuer, c'est d'interpeller les gens, mais après, pour qu'ils soient condamnés, il faut matérialiser le fait qu'ils aient commis une infraction. Et c'est là où parfois ça pêche un petit peu.
On parlait de groupuscules violents, on a appris que le Conseil d'État avait confirmé la dissolution de la jeune garde groupuscule impliquée dans la mort de Quentin de Ranque à Lyon. C'est une bonne nouvelle ? Oui, bien sûr, c'est une bonne nouvelle.
Après, ça n'empêche pas les gens de se regrouper sous une autre appellation et de continuer leur action de violence. Mais fondamentalement, on ne peut pas, dans un régime démocratique comme le nôtre, avoir une unité, avoir des gens qui se revendiquent de la violence et qui aboutissent à la mort d'autres personnes.
Beaucoup renvoient dos à dos les groupuscules violents d'extrême gauche et d'extrême droite. Votre expérience à la tête de la police nationale, votre expérience politique, est-ce que vous aussi, vous faites cette équivalence ?
Moi, je renvoie dos à dos tous les gens qui sont violents. La violence n'a pas lieu d'être dans une démocratie, une république comme la d'autre.
Est-ce que ces comportements sont plutôt situés dans la nébuleuse d'extrême gauche que dans la nébuleuse d'extrême droite, selon vous ?
En nombre, la violence est plus du côté de l'ultra-gauche. Pour une raison assez simple, c'est qu'il y a beaucoup plus de militants d'ultra-gauche que d'ultra-droite. Mais sinon, c'est à peu près la même chose. Ce sont les mêmes.
Vous êtes inquiet quand même du climat de violence dans le pays à un an de l'élection présidentielle. On va y revenir. Mais est-ce que vous êtes inquiet par ce climat, par ces images de violence qui nous parviennent ?
Alors, le climat, bien sûr, est inquiétant. Mais de temps en temps, vous pouvez penser que le climat, c'est un ressenti. Or, il y a une réalité. Si vous prenez les dix dernières années, les chiffres de la délinquance, il y a deux choses qui sont contrastées. La première, entre guillemets, bonne nouvelle, c'est que globalement, les atteintes aux biens ont légèrement diminué en France sur la période de dix ans. Et c'est une période qui est intéressante parce qu'en termes de travail, elle est significative. Mais par contre, les violences ont augmenté.
Les plaintes pour tentatives d'homicide, entre 2016 et 2023, ont augmenté de 78%.
Absolument. C'est d'ailleurs ce que je voulais vous dire. Entre 1990 et 2012, je prends 1990, que c'est l'année où je suis arrivé à l'abri d'être criminel, 2012, quand j'ai quitté la police nationale, le nombre des homicides en France ont diminué de moitié. Donc on était dans un pays où on tuait deux fois moins que 30 ans avant. C'était une bonne nouvelle. Depuis 2014, chaque année, le nombre des homicides et des tentatives d'homicides réaugmente. Comment on l'explique ? C'est très difficile, d'autant plus que c'est probablement dû à un climat de tension général, interne à la France, externe à la France. Cette augmentation des homicides, on la voit aussi dans d'autres pays européens.
Et puis on voit bien que l'ambiance générale, que ce soit au Moyen-Orient, que ce soit en Ukraine, est quand même plutôt à la violence qu'à l'apaisement et à la paix. Ce qui est inquiétant. Et c'est inquiétant chez nous, parce qu'on voit bien qu'il y a une augmentation des violences aux personnes.
C'est un échec aussi de la politique régalienne d'Emmanuel Macron, 2016-2023. Ça veut dire que ça couvre une bonne partie de son premier mandat et un peu du deuxième. C'est incontestable. On parle donc des violences. Rendons hommage aujourd'hui aux policiers, aux gendarmes qui seront sur le terrain. Vous-même avez parfois décrit les conditions très dégradées, parfois dans lesquelles ils doivent évoluer. Quelles sont les recommandations, les urgences aujourd'hui que vous prenez pour remettre un peu de moyens pour que les policiers, les gendarmes travaillent dans les meilleures conditions ?
Alors, il faut incontestablement une loi de programmation sur plusieurs années, comme celle qui vient d'être lancée sur l'armée française, pour le ministère de l'Intérieur. Vous savez, vous avez un budget qui est à peu près, pour la police, de 10-11 milliards d'euros chaque année, mais 85% de ce budget, c'est la masse salariale. Donc vous avez des policiers qui sont formés, bien formés, rémunérés pour des fonctionnaires convenablement. Mais par contre, le reste est assez, c'est moins de 20% du budget pour tout le reste, pour la formation, pour l'achat des véhicules, pour l'achat, et notamment pour l'immobilier police.
Les policiers et les gendarmes travaillent dans des conditions immobilières qui sont extrêmement dégradées. C'est d'ailleurs pour ça que la région Île-de-France, un partenariat avec l'État, et que nous co-construisons des commissariats et des casernes de gendarmerie, parce que l'État n'a pas les moyens de le faire et ne le fait pas assez. Alors, ça nous est reproché par la gauche, qui dit que la région n'a pas à s'occuper de sécurité, mais finalement, si la région Île-de-France ne le fait pas, personne n'aidera l'État et personne n'aidera la police et la gendarmerie.
L'une des principales menaces en France aujourd'hui, c'est le narcotrafic. Bruno Rotaillot, le chef de votre famille politique, préconise de reconquérir certains quartiers qui sont aujourd'hui aux mains des narcotrafiquants, par exemple, en y contrôlant 24 heures sur 24, les sorties, les entrées, de multiplier les perquisitions administratives, saisir les avoirs des criminels, il veut un État d'urgence anti-trafique. Est-ce que c'est une bonne idée ?
Alors, c'est incontestablement une très bonne idée. On a un sujet qui est très important, c'est celui du narco-banditisme. Pendant des années, on a beaucoup parlé du terrorisme, qui existe toujours et le risque est important, mais on voit bien qu'on a aujourd'hui un risque de narco-banditisme qui est très important. C'est-à-dire qu'on a... Moi, j'étais à la brigade des stups il y a une trentaine d'années, tout ce que je vois aujourd'hui, je l'ai connu, je l'ai déjà vu, sauf que ça a été multiplié par 10, par 50, par 100. Et vous avez maintenant, à peu près partout en France, des points de deal, etc.
Et donc, vous avez des narco-trafiquants qui sont extrêmement puissants parce qu'ils sont très riches. Et donc, ils peuvent acheter des tueurs à gage, ils peuvent corrompre des gens, etc. Et donc, c'est un souci pour notre République. Quand on voit ce qui s'est passé il y a quelques années avec la mafia en Italie, on n'en est pas là, on est loin de là, mais on voit bien que ça commence à prendre ce chemin-là. Donc, il faut impérativement lutter contre le narco-banditisme. Le narco-banditisme, ce n'est pas seulement une question de lutte contre la délinquance,
c'est une question de respect à notre République et à notre démocratie. Avec des enquêtes, de police judiciaire, pour mener justement le travail.
C'est d'ailleurs tout le paradoxe de ce qui se passe en ce moment. C'est-à-dire que vous avez un constat qui est fait par le gouvernement qui reprend ce que je viens de dire, c'est-à-dire que le narco-banditisme est un risque pour notre démocratie. Mais dans le même temps, il y a une réforme de la police nationale qui a supprimé, le mot est un peu fort, mais qui a handicapé fondamentalement la police judiciaire. Or, la police judiciaire, c'est justement cette police qui lutte contre la criminalité organisée. Donc, vous avez 85% de la criminalité organisée est traitée par la police nationale et toute cette criminalité organisée est traitée par la police judiciaire.
Or, à part à Paris, où la direction de la police judiciaire est restée intacte, ailleurs, elle se dilue dans cette direction départementale de la police nationale. Ce que je trouve est inquiétant et j'appelle, moi j'appelle le ministre de l'Intérieur à recréer des directions zonales de police judiciaire pour avoir suffisamment d'hommes en nombre et en qualité parce qu'on ne s'improvise pas enquêteurs dans ce type d'affaires pour pouvoir lutter efficacement contre le banditisme.
Frédéric Pechnard est l'invité de la grande interview sur CNews et sur Europe 1, vice-président de la région de France, ancien directeur de la police nationale. Il nous reste pas moins de 5 minutes, je vais vous poser des questions courtes qui appellent, si possible, des réponses courtes. Sur la réponse pénale, est-ce qu'il faut durcir notre arsenal, par exemple, contre ceux qui s'en prennent aux forces de l'ordre ? Il y a eu une affaire à Fort Calquier, deux gendarmes ont été blessés par un chauffard qui a fait un refus d'obtempéré, qui leur a foncé dessus. Or, il a écopé simplement d'un enferme sous bracelet électronique, autrement dit, n'est pas allé en prison.
Est-ce qu'il faut durcir les sanctions contre ces auteurs de violence contre les forces de l'ordre ?
Il faut les appliquer, plus que les durcir. Parce qu'aujourd'hui, vous avez un certain nombre de décisions de justice et un très grand nombre de décisions de justice qui, en fait, sont peu ou mal appliquées. Et l'important, dans une sanction, disait le philosophe italien, ce n'est pas sa sévérité, c'est sa certitude. La difficulté qu'on a aujourd'hui, c'est que globalement, un certain nombre de voyous ont un sentiment d'impunité parce qu'ils vont être condamnés, mais probablement, généralement, derrière, ils ne feront pas tout ou partie de leur peine. C'est pour ça que c'est surtout important, s'il faut mettre fin à l'impunité.
Pour mettre fin à l'impunité, il faut que les peines soient certaines, y compris d'ailleurs de très courtes peines de prison. Vous savez, je ne voudrais pas être trop long, mais quand vous avez quelqu'un qui est condamné une première fois du sorcier, une deuxième fois du sorcier, une troisième fois de la prison ferme, mais avec bracelet électronique, donc il n'y va pas, il développe ce sentiment d'impunité. Il y a des pays où, dès la première infraction, vous êtes condamné à une peine de prison ferme très courte, une semaine, 10 jours, 15 jours, par exemple le Danemark, et il semblerait que ça soit très efficace en termes de récidive.
Est-ce que, Frédéric Peschner, vous vous considérez comme un maboule ? Je fais référence évidemment au propos du chef de l'État qui a qualifié de maboule ceux qui veulent, je le cite, nous fâcher avec l'Algérie, autrement dit, ceux qui veulent un rapport de force avec l'Algérie. Est-ce que vous êtes un maboule, Frédéric Peschner ? Alors, j'ai bien peur que oui.
Ce n'est pas que je souhaite me fâcher avec l'Algérie, bien au contraire, je pense qu'il faut qu'on ait un rapport apaisé avec l'Algérie. Mais pour avoir un rapport apaisé, il faut être deux. C'est-à-dire qu'il faut aussi que l'Algérie fasse des efforts que visiblement, ils ne font pas, et notamment qu'ils reprennent les étrangers, les Algériens en situation irrégulière ou sortant de prison, qu'on souhaite expulser. Eh bien, il faut qu'ils les reprennent, ils ne le font pas, et tant qu'ils ne le feront pas, je ne vois pas comment est-ce que notre relation pourrait être apaisée.
La méthode douce, celle du dialogue exigeant, pour reprendre les mots de Laurent Nunez, elle ne fonctionne pas ?
En tout cas, jusqu'à présent, elle ne fonctionne pas. Il n'y a toujours pas d'Algériens en situation irrégulière que nous arrivons à renvoyer. Vous savez, il y a un problème de place dans les prisons. Vous avez pas loin de 25% d'étrangers en prison. Ces étrangers, juridiquement, pourraient exécuter leur peine dans leur pays d'origine, ce qui permettrait de désengorger des prisons. Ça se fait au compte-gouttes, ça devrait se faire de manière systématique. Encore faut-il que, dans un partenariat, il faut être deux. Et là, si on est nous, les gentils, mais qu'en face, il ne se passe rien, ça n'a aucun sens.
Frédéric Pêche-Nard, vous êtes membre de LR. Votre candidat, c'est donc Bruno Retailleau pour l'élection présidentielle ?
Contestablement, c'est d'abord notre président, qui a été élu à 75% des voix il y a un an. Et là, nous avons fait un sondage interne. Et 75% de nos adhérents ont désigné Bruno Retailleau comme candidat LR pour la présidentielle.
Et malgré cela, on voit certains pontes de LR ne pas s'afficher ostensiblement, ne pas afficher ostensiblement un soutien franc et massif à Bruno Retailleau. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ? De s'engager derrière votre candidat ou de clarifier leur position ? Je pense qu'il faut s'engager derrière Bruno Retailleau.
Vous savez, cette élection présidentielle de 2026 sera particulière. Si on a deux candidats de droite républicaine et du centre, aucun des deux ne sera au deuxième tour. Il faut donc qu'on ait un seul candidat. Il faut que chacun prenne ses responsabilités. « Nous, LR, nous avons un candidat. C'est Bruno Retailleau. Fin de l'histoire. »
Qu'est-ce que vous répondez à Éric Chotti qui disait cette semaine sur notre antenne que, tôt ou tard, Bruno Retailleau finira par rallier Édouard Philippe ?
Je ne fais pas dans la prédiction. Je n'en sais rien. Et d'ailleurs, personne n'en sait rien. Ce qu'il y a, c'est que nous, les Républicains, nous sommes un parti de droite républicaine. Nous tenons à nos valeurs. Nous avons un candidat qui est le président de notre parti, qui est Bruno Retailleau. Nous sommes majoritaires dans les villes de plus de 10 000 habitants. Nous sommes majoritaires au Sénat. Nous avons un groupe important à l'Assemblée nationale. On est un parti qui pèse. Et, ma foi, on va défendre nos couleurs. Après, on verra bien avec qui on se rallie le cas échéant, s'il y avait nécessité. Mais honnêtement, je pense que ce sera le contraire.
Je pense que ce sera peut-être Édouard Philippe qui se ralliera à Bruno Retailleau. Dont acte. On verra. On verra. On jugera sur pièce.
Merci, Frédéric Pechner, d'avoir répondu aux questions de la grande interview en direct sur CNews et sur Europe.
Frederic Pechenard