Ebola : un cas français sous haute surveillance
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
adoptez Antikal. ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". Pour la 1re fois en France, un cas d'Ebola a été identifié chez un médecin de retour de RDC. Le patient a été placé à l'isolement.
Une enquête épidémiologique est en cours pour suivre les éventuels cas contacts. Avec nous, M.Jaspard.
Bonsoir. Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes médecin spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital.
Vous êtes infectiologue à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, et chercheuse à l'Inserm. Vous allez régulièrement sur le terrain, en particulier en Guinée et en RDC, 2 pays confrontés à une épidémie sévère d'Ebola. Le médecin travaillait pour une ONG humanitaire.
Il est arrivé à Paris. Dans un cas comme celui-ci, il faut agir vite. - M.Jaspard: Il faut toujours agir vite.
L'épidémie est au Congo, pas en Guinée. Mais effectivement, j'ai travaillé en Guinée. Il faut isoler les gens rapidement.
C'est valable en France, mais aussi n'importe où où il y a des cas. - C.Roux: Il avait pris un avion...
C'est un virus qu'on ne connaît pas bien. Mais des cas contacts dans un avion, ça veut dire que tous les gens qui ont pris le même avion sont à risque? - M.Jaspard: C'est une maladie qui se transmet par les fluides corporels.
Ce n'est pas une maladie respiratoire. On n'asperge pas le métro en éternuant. En revanche, il faut un contact avec les fluides corporels.
Dans un avion, on imaginerait que les personnes autour de la personne malade puissent être des cas contacts en fonction du contact. - C.Roux: La ministre de la Santé a expliqué que 5 personnes étaient considérées comme cas contacts et ont été identifiées et placées à l'isolement.
Est-ce que dans ces cas-là, quand on dit...
Vous ne pouvez pas parler de ce cas précis, mais quand on dit qu'il a des symptômes légers, ça veut dire que c'est une maladie qui peut dégénérer sur la durée? Il y a une période d'incubation assez longue? - M.Jaspard: L'incubation, c'est avant d'avoir les symptômes.
Sur cette maladie, il y a une incubation entre 2 et 21 jours. C'est le moment où la personne n'est pas au courant qu'elle est malade. Après, ça commence par des symptômes légers, de type grippaux, maux de tête...
Après, ça peut se dégrader autour de J-8, J-10. C'est des troubles digestifs, diarrhées, vomissements, des saignements extériorisés et des troubles neurologiques. - C.Roux: Avec un taux de létalité élevé. - M.Jaspard: On connaît mal cette espèce.
Le variant Bundibugyo. - C.Roux: C'est un médecin qui travaillait pour une ONG.
Vous allez régulièrement sur le terrain. Quand vous intervenez sur un pays où il y a une épidémie d'Ebola, comment ça se passe? Vous êtes protégée mais exposée? - M.Jaspard: On est consentants.
On y va de notre plein gré. On sait ce qu'on risque, ce qu'on vit là-bas. On est exposés, mais aussi extrêmement vigilants sur le terrain.
Je n'ai jamais été aussi vigilante que quand je suis sur le terrain. On applique une "no touch policy". On ne touche personne.
Il n'y a pas de contacts physiques avec qui que ce soit. Dès qu'on rentre dans la zone où il y a des patients, on s'habille avec cet équipement incroyable...
Celui-là. Ces fameuses combinaisons jaunes dans lesquelles il fait extrêmement chaud. On reste avec les patients une heure maximum, avec cette tenue. - C.Roux: Le problème, c'est la vigilance sur la durée. - M.Jaspard: Dans des débuts d'épidémie comme ça, où on est très vite très exposés et très fatigués...
Je ne suis pas allée sur l'épidémie du Congo actuellement. - C.Roux: Mais vous en connaissez d'autres. - M.Jaspard: Normalement, on doit rester sur site que quelques jours, quelques semaines.
Après, la fatigue est telle qu'on baisse la vigilance. - C.Roux: Le chef de l'OMS a estimé que le risque pour la santé publique dans le monde reste faible.
Il a assuré qu'il n'y avait pas besoin de paniquer. C'est intéressant de voir cette communication. On voit bien les précautions prises car il y a un traumatisme collectif.
On l'a vu avec la panique de l'hantavirus, qui fait référence à ce qui s'est passé avec le covid. - M.Jaspard: Il va falloir vivre avec les épidémies, il y en aura d'autres.
On va devoir apprendre à vivre avec ça. Il est vrai qu'Ebola, ce n'est pas comme le covid. Il n'y a pas de transmission respiratoire.
Il n'y a probablement pas de transmission entre personnes asymptomatiques. La science avance. Pour l'instant, on pense qu'il n'y a pas de transmission chez les personnes asymptomatiques.
Ebola est très lié aux habitudes. Au Congo, les personnes malades sont généralement prises en charge par leur famille, dans leur foyer, où les gens sont soignés par leurs proches. Quand ils sont trop malades, on les emmène à l'hôpital.
En France, on envoie les gens à l'hôpital dès qu'ils ont le moindre symptôme. L'autre mode de transmission important au Congo, c'est autour des décès. Un corps décédé, s'il est manipulé par des gens autour de lui, il y a une transmission. - C.Roux: On voit bien qu'il y a une inquiétude mondiale sur l'épidémie en RDC.
Ce n'est pas anecdotique. La Maison-Blanche a demandé au Congrès une rallonge budgétaire de près de 1,4 milliard de dollars pour répondre à l'épidémie d'Ebola en Afrique centrale. - M.Jaspard: Je ne sais pas de quoi tout le monde a peur.
Si on veut limiter cette épidémie, il faut traiter les cas sur place. Il faut aller travailler au niveau de l'épicentre du problème. Qu'il y ait de l'argent qui arrive au Congo pour prendre en charge les patients, faire de la recherche, c'est une bonne chose.
On met nos efforts sur ça, tout en étant préparé à gérer les quelques patients qui sortiront du Congo. - C.Roux: Est-ce que c'est une épidémie singulière? - M.Jaspard: C'est une épidémie comme on en a déjà vu en Guinée, en RDC en 2018...
Nous, on connaît tout ça. On a l'habitude. - C.Roux: Je vous demande ça, car ça fait l'objet d'une communication au G7.
C'est pas forcément des sujets traités au G7. On a vu que les Américains avaient accepté de signer une résolution sur le fait de suivre et d'accompagner le traitement de cette épidémie en Afrique. Qu'est-ce que cela raconte? - M.Jaspard: Vous l'avez dit, le monde a changé après le covid.
Maintenant, les épidémies, on en parle plus, les gens sont plus inquiets, donnent plus leur avis...
C'est devenu une information qui circule. Ce n'était pas le cas avant. C'est bien, que les gens soient au courant de ce qui se passe.
Après, elle n'est pas différente des autres. Il va falloir faire de la prise en charge, comme les autres, de la recherche, trouver des médicaments, des vaccins... - C.Roux: Selon le dernier chiffre officiel de l'OMS, on parle de 1094 cas recensés en RDC, dont 277 décès.
Est-ce que ces chiffres ne sont pas sous-estimés? - M.Jaspard: Ils sont très difficiles à interpréter.
On a compté jusqu'à 1000, puis on est retombé à zéro...
Là, on recommence à compter. On avait beaucoup de cas de décès avant. Là, c'est très compliqué d'analyser ces chiffres.
Les patients sont sous-diagnostiqués sur le terrain. On ne sait pas exactement qui est malade et qui est mort. - C.Roux: Il faut rappeler les conditions dans lesquelles ça se passe. - M.Jaspard: C'est une zone entre 2 pays en guerre depuis très longtemps.
Les populations payent cette guerre depuis des années. Les gens restent chez eux jusqu'à ce que la sécurité arrive et qu'ils puissent aller à l'hôpital. Les gens ne veulent pas aller à l'hôpital.
Il y a un refus de la maladie. Il y a énormément de choses qui font qu'on sous-estime très clairement l'ampleur. - C.Roux: C'est difficile d'intervenir? - M.Jaspard: Oui.
La population a très peur des conditions sécuritaires, de la maladie, des médecins...
Les gens sont terrorisés. - C.Roux: Des médecins aussi? - M.Jaspard: Parce que les médecins sont en lien avec la maladie.
Ils n'ont pas peur de moi, mais de cette maladie qui les envahit en plus des problèmes qu'ils ont, la crise, la guerre et la pauvreté. - C.Roux: Il n'y a pas de vaccin contre Ebola. - M.Jaspard: Non, pas contre cette espèce, pour l'instant.
La recherche est extrêmement active. C'est aussi les bénéfices du covid. On fait la recherche de manière très rapide. - C.Roux: On aurait tort de considérer que c'est juste le sujet de l'Afrique? - M.Jaspard: Ce n'est pas que le sujet de l'Afrique.
C'est des sujets mondiaux. Il faut que tout le monde se mette sur ces sujets pour que ça ne se diffuse pas. - C.Roux: On a vu que les Etats-Unis étaient sortis des organismes mondiaux de santé globale, mondiale.
C'est un sujet qui concerne l'ensemble des pays aujourd'hui, des continents? - M.Jaspard: Oui.
Il faut un effort mondial. Aller bilatéral, c'est une erreur. Il faut un effort mondial pour ne pas dupliquer les efforts.
Si personne ne se coordonne, ce sera le bazar. Il faut se coordonner. Les organisations internationales sont là pour ça. - C.Roux: Ils se sentent parfois délaissés, sur place? - M.Jaspard: Les Congolais?
Oui, je pense, tout le temps. C'est une population laissée complètement pour compte, dans une zone sinistrée, qui subit absolument tout, la guerre, les violences, la pauvreté, et maintenant les maladies. - C.Roux: L'Europe est confrontée à une canicule historique.
Est-ce que cela pourrait devenir un problème...
On parle des zoonoses, des virus qui pourraient arriver sur des territoires dans lesquels ils n'étaient pas auparavant. C'est une inquiétude particulière? - M.Jaspard: Clairement...
Moins sur Ebola, parce qu'Ebola, à la base, c'est une transmission d'un animal dans la forêt qui se met en contact avec un être humain, et qui circule ensuite entre les êtres humains. Mais plus il y a une déforestation, plus il y a de contacts entre l'animal et l'homme dans un contexte de déforestation ou de n'importe quelle activité humaine, plus on va avoir ce genre de contacts...
Pour les zoonoses, c'est notamment la dengue, le chikungunya...
C'est déjà une réalité. Ca va augmenter. Le changement climatique va avoir un impact dessus.
Comme il y a du moustique, il y a l'hôte sur place. S'il y a du moustique-tigre sur place, par définition, il y a le vecteur. Après, ce sont des maladies moins graves qu'Ebola, moins mortelles.
Mais c'est sûr qu'avec ce réchauffement climatique et ces chaleurs, on va avoir une augmentation des vecteurs. - C.Roux: Merci beaucoup.
Vous y allez en août? - M.Jaspard: Probablement. - C.Roux: Merci d'être venue sur ce plateau.
Dans un instant, les experts de "C dans l'air". On reviendra sur les négociations en cours
Stéphanie Rist