Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLa France insoumise· 7 juin 2021 22 min

PMA : intervention de Jean-Luc Mélenchon sur le projet de loi bioéthique

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Jean-Luc Mélenchon

J'imagine à ma place, puisque le motif de cette tentative d'assassinat ou de cette mise en scène du meurtre, dans des images d'une extrême violence, j'en suis encore glacé, est fait au nom du fait que nous nous réclamerions de la PMA, qui est en débat cet après-midi, cette vidéo étant été postée dimanche, j'ai pensé que la manière la plus adaptée de répondre était de venir à la tribune de l'Assemblée nationale, affirmer une nouvelle fois que, comme beaucoup d'entre vous, je défendrai le droit à la PMA, et que rien ne m'en dissuadera, aucune violence, aucune menace, parce que c'est ainsi que sont les députés, c'est leur devoir de tenir tête, et cette tribune est le lieu où les choses se disent, et cet hémicycle est le lieu où les choses se décident.

Le Temple de la République méritait donc qu'on vienne y tenir tête. Naturellement, je ne confonds pas cette giclée de violence, cette incitation invraisemblable, où il aura fallu qu'il y ait plus de 100 000 vues pour qu'enfin on se décide à en interrompre la diffusion. J'imagine que, sans doute, dans les heures qui suivent, au titre de l'article 40, le procureur général se saisira d'une plainte. Mais je ne confonds pas cette attaque avec le point de vue qui a été développé par des collègues qui sont hostiles à la PMA, et j'en resterai à l'état d'esprit qui fut le mien et celui de beaucoup d'entre vous dans les précédentes séances, disant nous allons exposer nos arguments.

Nous sommes dans un domaine qui échappe en partie à la latéralisation politique traditionnelle, même si, à la vérité, on retrouve les mêmes dans les mêmes choix sur des sujets comme cela, et qu'il y a pour beaucoup de la conviction philosophique d'autres religieuses, et ils ont le droit de s'y référer pour formuler leurs propres convictions. Encore une fois, il va falloir répéter ce qui devra l'être sans cesse. Aucun père de famille ne sera déchu de ses doigts de paternité. Je voudrais le rappeler. Aucune femme ne sera contrainte à la PMA.

Il s'agit donc, encore une fois, d'une liberté qui est reconnue parce qu'elle correspond à une nécessité, et que les observations de l'expérience nous montrent que l'éducation d'un enfant, qu'il soit garçon ou fille, par une femme, fût-elle seule ou vivante en couple avec une autre femme, ne crée aucun de ces problèmes que parfois on observe dans les familles où il y a un papa et une maman. Et on ne peut voir des couples, des parentèles biologiques, être des bourreaux d'enfants, tandis que personne n'a jamais mentionné à cette heure qu'un couple de femmes l'est été.

Si bien que dans la relativité de nos observations et de notre réflexion, nous concluons que cette liberté peut être bonne pour la société, qu'elle peut être bonne pour des êtres humains et qu'elle peut être très profitable à des enfants qui, de cette manière, sont pris en charge avec amour par deux personnes. Car ce qui importe dans le couple, ce n'est pas tant le sexe, puisque l'orientation sexuelle n'est pas un choix, ce qui importe, c'est la prise en charge par deux personnes plutôt qu'une. C'est-à-dire que la charge parentale est plus facilement assumée quand elle repose sur deux personnes. Mais on peut très bien aussi, hélas, des fois, se dire qu'on va la porter toute seule.

Je dis toute seule parce que, le plus souvent, c'est le cas des femmes. Si bien que des enfants sans papa ni présence paternelle à la maison, il y en a des milliers et des milliers dans ce pays, sans qu'on puisse jamais dire que le résultat sera nécessairement des enfants déséquilibrés ou à qui la meurtrissure de cette absence aura créé une perturbation psychologique indépassable. Ce n'est pas vrai. Et ceci nous donne une indication sur un point qui a de l'importance à nos yeux. Bien sûr, ceux qui diront la présence masculine est nécessaire ont raison.

Pour la raison que l'humanité est composée d'hommes et de femmes qui étant sur tant de points différents biologiquement, cela va de soi, sont néanmoins similaires quant à leurs besoins humains. Mais l'humanité est faite d'hommes et de femmes. Est-ce que la naissance d'un enfant dans un couple constitué par deux femmes va l'amputer de la relation aux hommes ? Bien sûr que non. Car par nécessité, cet enfant aura deux grands-pères. Peut-être qu'il aura deux, trois, quatre, cinq oncles. Peut-être qu'il aura dix cousins.

Tant et si bien que la présence masculine sera dans son existence et elle contribuera à sa formation et à son identification de genre telle qu'il la construira par son expérience. Car si l'orientation sexuelle n'est pas un choix, l'orientation de genre peut l'être à certains moments. Ce processus est mystérieux pour moi, mais je l'ai observé. Et c'est la raison pour laquelle je me dis que la répartition des genres souvent correspond à des préjugés ou à des comportements stéréotypés qui, eux, tous, sont un résultat culturel. C'est le point sur lequel je voudrais ancrer ma démonstration. J'ai entendu vos arguments, Mme Ménard. Je les connais.

Et je vais vous dire, quoi que je sois en désaccord total avec vous, je les respecte. Car je comprends la construction. Et je vois bien le lien qui existe entre cette idée que vous vous en faites de la vérité biologique, de la parentalité, avec les autres aspects de votre pensée politique de la même manière que vous les trouveriez chez nous. Il est vrai que c'est par une coïncidence que je veux relever qu'on trouve parmi les partisans de la PMA et de la liberté de formation des couples les partisans du droit du sol, terrain hautement politique, tandis que, dans le point de vue inverse, on trouvera les partisans du droit du sang.

Il existe de longues traditions dans la pensée politique de notre pays et de tous les autres d'ailleurs, l'idée qu'il existerait une vérité biologique qui s'imposerait dans différents domaines. Souvent, l'ethnicisme est basé sur cette idée. L'humanisme procède d'un tout autre point de vue. J'ai eu cité ici une fois Pic de la Mirandole pour dire que c'était son livre de la dignité de l'homme qui fondait le début de l'ère moderne puisqu'il instituait absolument et radicalement la responsabilité individuelle de l'individu dans la construction de son existence, niant, ce qui peut être choquant, qu'il soit l'objet d'un projet de salut ou d'une prédétermination.

Cette responsabilité radicale, pendant de nombreuses années, il m'a échappé, alors que le texte était si important dans l'histoire de la pensée du mois européenne, il m'a échappé qu'il avait été précédé 50 ans auparavant d'un texte qui était l'affirmation fondamentale de la similarité des êtres humains et donc de leur construction entièrement culturelle et sociale. C'est le texte de Christine de Pizan, La cité des femmes, qu'on va retrouver ensuite, point de vue féministe, établissant cette similarité liée à chacune des étapes de la construction de l'humanisme philosophique du mois en France.

Ainsi, nombreux qui sont sur ces bancs admirateurs de Montaigne sauront que son œuvre n'aurait jamais été transmise telle qu'il l'a voulu, sans Marie de Gournay, laquelle fut l'auteur d'une lettre-document de l'égalité entre les hommes et les femmes, dit comme je viens de le dire à cette instance. Si bien qu'on voit la concomitance intellectuelle entre l'émergence de l'humanisme radical fondateur de la pensée moderne et le féminisme. Et le féminisme est la négation de l'attribution sociale et culturelle des genres. Il postule nécessairement l'autoconstruction. La parentalité va de même.

J'ai pris la question par l'angle du féminisme parce qu'il me semble que c'est sans doute ce qui facilite le plus le débat à cette étape dans notre histoire parce que nous en discutons beaucoup. Je ne dis pas que tout le monde l'admette, mais nous en parlons beaucoup. donc les bases de la discussion nous sont acquises à tous. Mais j'aurais pu faire, je ne le ferai pas, l'histoire de la parentalité pour rappeler qu'elle est d'abord et avant tout l'histoire du patriarcat. Parce que, dans toute l'Antiquité, ou une bonne partie d'entre elles, la parentalité est définie d'abord par les droits du père et tout à fait subsidiairement par ceux de la mère.

C'est ainsi que dans la Rome antique, aussi bien que dans la Grèce antique, qui vous sert souvent de modèle, comme à moi, eh bien, le droit d'exposer les enfants, c'est-à-dire de les abandonner après leur naissance, était un privilège absolu du père, pas de la mère. Et c'est de cette manière que, tout au long de l'histoire, on a pu s'assurer que la parentalité, telle qu'elle a été construite dans un horizon visible par nous, c'est l'histoire du patriarcat et de la paternité masculine. La parentalité, pour tout ce qui concerne les droits liés à la parentalité et à la filiation, ont toujours et systématiquement été rattachés à l'homme.

C'est pourquoi, je crois que nous n'aurons pas trop de difficultés, à notre époque, à nous dire qu'on peut procéder autrement et reconnaître ce caractère culturel de la paternité, de la parentalité, de la maternité, au fil des siècles. Dans un passé récent, je rappellerai, et c'est encore vrai, que la paternité est déclarative. Si c'est ton épouse qui a mis cet enfant au monde, alors c'est le tien. Je n'aurai pas le mauvais goût de signaler la distance qui peut parfois séparer l'état déclaratif de la réalité biologique. La société est capable de regarder ailleurs. Et chacun est prêt à se pencher sur un berceau en s'appropriant l'être qui s'y trouve.

Parce que souvent, on a assez d'amour pour ça. C'est comme ça. Et si nous savons tous que c'est comme ça, alors on tirait jusqu'au bout toutes les conséquences politiques et philosophiques à ce moment où une demande apparaît. Le sommet sans doute de cette façon de voir où la parentalité, c'est la paternité, a donné lieu dans l'histoire à beaucoup de légendes et de mythes qui nous aident à réfléchir au sujet. Là, je commencerai par quelque chose qui n'est pas un mythe, mais qui est la déclaration de Napoléon à propos de la parentalité qui résume très bien ce que je vous ai dit il y a un instant. L'enfant appartient au mari de la femme comme la pomme au propriétaire du pommier.

La femme est donnée à l'homme pour qu'elle lui fasse des enfants. Elle est sa propriété comme l'arbre à fruits et celle du jardinier. Voilà qu'il y avait la simplicité brutale qui aujourd'hui nous fait sursauter mais qui pendant deux siècles a paru finalement assez normale. Et puis après, quand même, on a donné plus de place au jugement de Salomon. que vous connaissez Madame Ménard aussi bien que moi. Mais qui interroge qui est la mère. Jusque là, on a interrogé qui est le père, qui est la mère. Et en y répondant, on a répondu pour les deux. C'est la personne qui est capable d'assez d'amour pour renoncer à l'enfant plutôt qu'à le voir souffrir.

Et dans le cas du jugement de Salomon, qu'il soit partagé en deux. Dans la légende chinoise, c'est la même histoire mais dans un autre sens. Dans le jugement de Salomon, c'est la maman naturelle qui renonce à l'enfant plutôt que de le voir partagé. Dans la légende chinoise et dans le cercle de Cré-Caucasien de Brecht, c'est l'inverse. C'est la mère adoptive qui renonce à l'enfant plutôt que de le voir souffrir ou partagé, c'est-à-dire écartelé par le fait que les deux femmes sont appelées à tirer chacune de leur côté le gamin pour savoir qui l'aura pour finir.

Ce qui nous démontre que si nous savons que la paternité est déclarative, qu'elle est un fait social institué par la tradition, institué par les codes et les lois qui faisaient suivre avec la filiation la propriété car c'était ça le fond de l'affaire, eh bien nous avons les mêmes histoires qui nous permettent de réfléchir et d'observer que la maternité non plus n'a pas la vérité biologique absolue à laquelle pourtant elle peut prétendre pour toute la raison d'évidence que chacun connaît quant à l'origine des enfants. Voilà pourquoi je crois que la loi est sage.

J'en ai exposé les arguments pour montrer qu'elle n'est pour nous pas du tout une aliénation ou une concession qui serait faite à l'instant mais plutôt l'aboutissement, le couronnement d'un long processus qui a cheminé dans le temps et qui nous amène jusqu'à ce point. Sans doute y aura-t-il pour les générations qui suivent encore d'autres prolongements, encore d'autres situations qui aujourd'hui nous paraîtraient inouïes comme il y a un siècle aurait paru inouï l'idée que deux femmes puissent être non seulement un couple mais en plus les parents d'un même enfant. C'est un processus d'émancipation humaine dont il est question.

Alors on comprend qu'on puisse ne pas en être d'accord mais entendez qu'il est difficile d'entendre que nous priverions un enfant de ceci ou de cela car l'idée d'aucun de ceux qui contribuent à l'adoption de ce texte n'est de priver de quoi que ce soit mais au contraire d'ajouter de rendre possible d'élargir le champ de ce qui est bon et permet à la société de se montrer plus ouverte plus à l'écoute des enfants. Non. A nos yeux il n'y a pas de vérité biologique mais il y a une vérité humaine une vérité philosophique qui doit parler à cet instant.

Voilà ce que nous allons faire et voici ce que je voulais affirmer à votre suite madame pour vous dire pourquoi nous allons rejeter votre motion de rejet en vous disant que nous entendons la cohérence de votre point de vue mais que dans ce moment il est dépassé par l'histoire et par la bienveillance de tous ceux qui sont ici et qui veulent un moment plus tendre et plus accueillant pour l'enfant plus doux et plus bienveillant à l'égard des femmes. Alors ça ne justifiera pas je veux vous le dire comme certains le craignent qu'à une autre étape ceux qui sont partisans de la PMA se retrouveraient mécaniquement partisans de la gestation pour autrui.

Je veux vous le dire très solennellement ce n'est pas du tout notre point de vue nous y sommes opposés contre certains de nos amis qui trouvent que l'idée est bonne et qu'elle aussi elle doit être acceptée. Je pense qu'ils se trompent et je l'aurais déjà dit. On me dit alors monsieur Mélenchon vous êtes dans une contradiction terrible avec vos amis puisque vous niez la GPA mais vous demandez en même temps que les enfants qui en sont issus et qui n'ont aucune responsabilité dans cette situation soient cependant reconnus par les parents qui en font la déclaration ici.

Oui c'est vrai oui c'est vrai c'est une contradiction oui c'est vrai c'est un angle mort nous préférerions un raisonnement d'une pièce mais qu'allons-nous faire contre les faits ?

L'enfant est là il a des parents il peut arriver qu'à un moment ou à un autre par exemple l'enfant soit à l'hôpital et alors monsieur madame n'aurait pas le droit n'a pas le droit d'intervenir de donner son point de vue d'accompagner parce qu'il n'a aucune responsabilité légale à l'égard de cet enfant alors s'il est vrai que c'est une contradiction ce que je concède je dirais qu'il ne me reste plus dans ce cas qu'à renvoyer à ceux qui sont les auteurs de cette situation la responsabilité morale de ce qu'ils ont créé car je ne crois pas et je ne croirai jamais à quelques incroyables exceptions peut-être qui peuvent surgir ici ou là à un don gratuit dans ce domaine ce que l'on a observé partout et systématiquement c'est que la GPA transformait le corps de la femme qui porte l'enfant pour quelqu'un d'autre en un instrument de production et à cet égard jamais nous ne serons d'accord pour la réification du corps humain et donc nous nous y opposerons mais vous me direz comme ce n'est pas le sujet vous avez beau jeu de vous y opposer à quelque chose qui n'est pas proposé peut-être bien mais je tenais à vous le dire puisque souvent dans les arguments contre la PMA on sous-entend que la GPA serait à l'affût prête à bondir dès que nous aurons voté ici la PMA et bien non elle rencontrera les mêmes difficultés que la PMA rencontre comme soutien je suis sûr que dans cette hypothèse nous ne serons pas seuls j'achève sans abuser davantage de la répartition d'arguments que vous avez déjà entendu mais je suis heureux et fier d'avoir pu les présenter avant que mes amis interviennent à leur tour au fil du texte et ce sera seulement pour dire à cet instant que je vote contre votre proposition madame dans l'esprit non pas de vous narguez-vous bien sûr mais ceux qui m'ont menacé de mort pour avoir cette opinion et tous ceux qui partagent avec moi cette conviction

20:51
Intervenant

merci beaucoup monsieur le président mélenchon la parole est désormais à monsieur Pierre-Yves Bournazel qui nous donne une explication de vote sur la brève motion de rejet préalable de madame Ménard et c'est un temps qui est évidemment illimité vous l'avez à noter monsieur Bournazel vous avez la parole

21:11
Présentateur

merci monsieur le président ce sera très très très bref madame la ministre messieurs les ministres madame la présidente de la commission spéciale monsieur le rapporteur mesdames les rapporteurs vous dire que pour nous évidemment nous allons nous opposer à cette motion de rejet préalable d'abord parce qu'il est temps de débattre de rentrer dans le vif du sujet et surtout d'agir et de poser un acte qui est un acte de progrès pour un droit un droit pour ces femmes lesbiennes ou célibataires qui vont pouvoir grâce à notre action de législateurs et je pense aux parlementaires de la majorité présentielle mais au delà toutes celles et tous ceux qui veulent accompagner cette avancée de pouvoir permettre à ces femmes de pouvoir enfin fonder la famille à laquelle elles aspirent légitimement depuis longtemps enfin je voudrais dire que nous allons évidemment rejeter cette motion de rejet préalable aussi parce que ce travail nous le menons tous ensemble depuis de nombreuses années et singulièrement au parlement sous la houlette de cette commission spéciale dont je pense à la fin

22:16
Locuteur

de la fin de la fin de la fin de la fin de la fin