Christian Cambon : « Nos forces armées ne sont pas encore à la hauteur, malgré les efforts faits"
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Christian Cambon, vous êtes sénateur à l'air du Val-de-Marne, envoyé spécial du président du Sénat pour les relations internationales. Menaces nucléaires, conflits au Moyen-Orient, guerre en Ukraine, velléité russe, les tensions géopolitiques et les menaces sont nombreuses. La France est-elle armée pour y faire face ? N'est-elle pas en retard dans la course aux armements ? Le Sénat se prononce aujourd'hui sur l'actualisation de la loi de programmation militaire depuis 2017. Le budget de nos armées a pratiquement doublé. On va en parler d'abord un point sur les menaces. Elles sont nombreuses, Christian Cambon.
Et parmi ces menaces, il y a la menace nucléaire, la puissance. Les puissances nucléaires qui ont porté leurs dépenses consacrées à leur arsenal à un niveau record, c'est ce qu'on a appris il y a quelques heures. La France en est où sur ce sujet ? Est-ce qu'on est en train de se muscler ?
Alors, les deux lois de programmation militaire qui sont déjà intervenues ont effectivement priorisé la mise à niveau de nos armes nucléaires qui sont essentiellement portées, vous le savez, par les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. Depuis plus de 70 ans, un sous-marin nucléaire équipé de 16 têtes multiples circule quelque part dans le monde et est en mesure d'assurer un retour très violent si un pays attaquait la France. Et cette menace est effectivement appréciée par rapport à nos intérêts légitimes. Il est absolument nécessaire de maintenir cette force nucléaire qui représente un pourcentage important des dépenses de défense.
Moi-même, lorsque j'ai rapporté les deux lois de programmation précédentes, déjà, ce budget existait. Bien évidemment, et vous venez de le rappeler, la quantité de menaces qui sont maintenant tout autour de nous. On sait qu'il y a des missiles de longue portée de l'Iran qui pourraient, le cas échéant, toucher le territoire national.
Donc, il y a une prise de conscience, je crois, de tout le monde, mais singulièrement ici du Sénat et de sa commission des affaires étrangères et de la défense pour faire en sorte qu'effectivement, la France ne lâche pas la pression et continue à mettre en œuvre des crédits pour à la fois répondre à ces besoins de mise à niveau de notre arsenal nucléaire et aussi les armes conventionnelles.
Mais quand on voit que le président chinois est actuellement en Corée du Nord et que Kim Jong-un affirme que le programme nucléaire nord-coréen est désormais irréversible, est-ce que le risque de menaces nucléaires n'a jamais été aussi fort que depuis la chute du mur de Berlin au début des années 90 ?
Il n'a jamais été aussi fort, certes, ceci posé. L'arme nucléaire est normalement une arme qui est faite pour ne pas s'en servir. C'est ce qu'on appelle une arme de dissuasion. C'est-à-dire que si vous m'attaquez avec une arme nucléaire, je vous réponds et la quantité de dégâts que vous allez subir sera telle qu'elle va vous faire réfléchir et faire en sorte que vous ne m'attaquiez pas. C'est ça le fondement de la dissuasion, comme son nom l'indique. Après, j'allais dire, il y a les paroles verbales, singulièrement venant de la Corée du Nord, on est très habitués à ces menaces.
Du reste, entre ce qui est dit et la réalité de l'armement nucléaire coréen, il conviendrait d'être un peu précis, mais en tous les cas, il y a partout une volonté, et c'est peut-être ça le plus inquiétant, de dissémination de l'arme nucléaire. C'est-à-dire que maintenant, d'autres pays commencent à dire « mais moi aussi je veux l'arme nucléaire ». Car finalement, on voit très bien que si l'Ukraine avait conservé les armes nucléaires dont il avait hérité de l'Union soviétique, peut-être que l'Ukraine n'en serait pas dans cette situation-là.
Et en Corée, on entend dans les partis politiques de Corée du Sud un certain nombre de responsables qui disent « compte tenu de ce qui se passe à 60 km de Séoul en Corée du Nord, peut-être ferait-on bien d'avoir nous aussi une arme nucléaire ». Et ça, c'est un véritable danger, parce que si l'arme nucléaire est disséminée un peu partout dans le monde, un jour ou l'autre, on peut imaginer qu'un régime un peu fou et terroriste puisse appuyer sur le bouton. Et là, évidemment, c'est une confrontation d'une toute autre gravité.
Et l'Iran, également. Autre sujet de conflit. On a vu hier, la nuit précédente, les frappes qui ont brièvement repris entre Israël et Iran. Finalement, ça s'est un peu calmé dans la journée d'hier. Est-ce que l'Iran a pour objectif de tendre les relations entre Trump et Netanyahou, de faire exploser cette alliance, et en se servant pour ça du Liban ?
Je crois qu'effectivement, le Liban, mais aussi du reste l'Irak, la Syrie en son temps, ont été un peu les proxys de l'Iran. C'est-à-dire qu'à travers le Hamas, le Hezbollah, les milichites en Irak, l'Iran a toujours profité de ses propres amis pour essayer de tendre la situation. La confrontation, maintenant, est évidemment dramatique. Et on voit bien que les engagements des États-Unis qui pensaient peut-être régler le problème en quelques jours sont mis à mal parce que l'Iran avait accumulé une telle quantité d'armement, qu'il s'agisse de lanceurs de longue portée, de missiles balistiques ou bien de drones, on voit que le conflit continue et que c'est très difficile à maîtriser parce que…
Vous ne croyez pas à un accord ?
Je pense qu'un accord est possible, mais il faut que tout le monde, effectivement, fasse un pas et il faut que l'Iran accepte de ne pas posséder l'arme nucléaire, ce qui est très compliqué à obtenir. D'autre part, il faudrait, pour en être sûr, que l'on puisse savoir où sont les 450 fameux kilos d'uranium enrichi. 450 kilos à trouver dans un territoire qui est presque trois fois grand comme la France, c'est assez compliqué.
– Vous voulez dire que la menace nucléaire iranienne, elle n'est pas écartée malgré cette opération ?
– Elle ne l'est pas pour l'instant tant qu'il n'y a pas un véritable accord. Et il y a évidemment des contreparties, puisque l'Iran demande en contrepartie la levée des sanctions qui frappent la population iranienne de manière absolument effroyable. Il n'y a plus de médicaments anticancéreux, il y a toute une série de dispositions qui frappent la population iranienne et il peut y avoir un échange pour construire la paix. Mais tant qu'on a affaire à des gens qui veulent la guerre, on en est là.
– Mais est-ce que la France, elle n'a pas du mal à se faire entendre ? La France, elle demande depuis des semaines la fin des opérations israéliennes au Liban. Elle prêche un peu dans le vide ?
– La France et l'Europe, nous sommes totalement absents de cette affaire. Le président de la République, et c'est tout à fait son rôle, prend des initiatives, avait proposé même que Paris soit le lieu de rencontres pour des négociations, tout ça a été rejeté par les Américains qui considèrent effectivement que l'Europe d'une manière générale n'est pas partenaire pour construire la paix. Peut-être le sera-t-on plus tard lorsque la paix viendra et que là, à ce moment-là, on aura besoin de l'Europe à la fois pour pacifier la région, enfin assurer que la paix demeure et puis peut-être payer les reconstructions.
– Paix qui est aussi espérée en Ukraine, Emmanuel Macron, et c'est les homologues britanniques et allemands qui soutiennent la proposition de Volodymyr Zelensky d'un dialogue direct entre l'Ukraine et la Russie. Est-ce que vous pensez possible une issue diplomatique à ce conflit ?
– Il n'y a pas d'issue militaire possible dans un conflit de ce genre. Donc de toute façon, un jour ou l'autre, on s'assèrera autour d'une table et on négociera. Alors, est-ce que ce sera un face-à-face entre M. Zelensky et M. Poutine ? Est-ce que ce seront des intermédiaires ? On a vu pour l'Iran le rôle d'un État comme le Pakistan. On sait par exemple que la Turquie garde les contacts avec ces deux pays. Là encore, la France et l'Europe qui sont partie prenante finalement, puisqu'on est du côté de l'Ukraine, se sont un peu disqualifiés pour être ceux qui recueillent les pourparlers de négociations.
– Mais un jour ou l'autre, ce jour, il peut venir bientôt ?
– Un jour ou l'autre, un jour ou l'autre viendra.
– Mais à quelle échéance il va arriver ce jour ?
– Si je le savais, je serais prix Nobel de la paix. – Là, c'est trop tôt ? – D'ailleurs, je crois que la Russie accumule aussi beaucoup de difficultés. Elle perd beaucoup, beaucoup d'hommes, beaucoup d'hommes, des dizaines et peut-être des centaines de milliers d'hommes.
– Et sur le terrain, là, pour le deuxième mois consécutif, les forces ukrainiennes libèrent plus de territoire que les forces russes en saisissent. Est-ce que ces difficultés vont pousser Vladimir Poutine à négocier ?
– Je pense qu'effectivement, il peut y avoir au sein même de l'appareil russe des forces qui tentent de convaincre Poutine de négocier, car les forces de résistance et de résilience de l'Ukraine après une guerre qui est plus longue que la guerre de 1914, les forces de résilience de ce pays sont absolument admirables et les innovations, l'intelligence… Vous savez que maintenant, c'est à l'Ukraine qu'on va acheter des drones. Donc, ça montre la puissance…
– Drones dont ils se servent contre la Russie. Est-ce que la Russie, aujourd'hui, ça reste une menace pour nous, à court ou à moyen terme ?
– Moi, personnellement, je ne le souhaite pas parce que, quelque part, la Russie restera là où elle est. Vous savez que nous avons eu des partenariats très étroits avec la Russie. Si cette guerre s'arrête, le cours des choses reprendra. Il se trouve que, pour l'instant, les menaces que fait peser la Russie, non seulement sur l'Ukraine, bien sûr, mais sur le reste de l'Europe, sont plus que préoccupantes.
– Et pour faire face à ces menaces, notre armée est-elle suffisamment dotée ? Pour riposter, la France augmente. Son budget militaire, il a quasiment doublé depuis 10 ans. Et Stéphane, aujourd'hui, les sénateurs doivent se prononcer sur l'actualisation de la loi de programmation militaire sans l'article central du texte « La hausse du budget des armées » proposé par le gouvernement.
– Une hausse de 36 milliards d'euros pour le budget de la Défense. Pour que ce budget, il atteigne 436 milliards d'euros sur la période 2024-2030. Un effort supplémentaire justifié, selon le gouvernement, par la situation internationale dont vous avez longuement parlé. Situation qui a changé depuis 2023, date du vote de la première loi de programmation militaire. Un budget donc plus important pour être en phase avec la géopolitique mondiale, ce qui fait plutôt consensus au Sénat.
– Et alors, pourquoi cette hausse a été supprimée par les sénateurs et les républicains ?
– Eh bien parce qu'ils en voulaient encore plus. Le président de la commission de la Défense, Cédric Perrin, a fait voter en commission une nouvelle augmentation à l'augmentation du gouvernement, montant 14 milliards d'euros de plus pour atteindre 450 milliards d'euros pour le budget des armées en 2030. Avec ce surplus, les sénateurs LR voulaient financer notamment 30 nouveaux avions Rafale, 30 nouvelles frégates et du matériel pour l'armée terrorienne. – Trois nouvelles, pas 30. – Trois nouvelles frégates. – Trois. – Sauf que… – 30 nouveaux avions Rafale, 3 nouvelles frégates. – C'est ça.
– Sauf que tout ne s'est pas passé comme prévu. Christian Combon et les sénateurs LR, ils n'ont pas eu de grande cause.
– Oui, parce qu'ils ont vu leur proposition d'augmentation tout bonnement supprimée par un amendement socialiste. C'était mardi dernier. L'amendement était soutenu par le gouvernement et voté par toute la gauche, les sénateurs Renaissance, la moitié du groupe Les Indépendants à majorité Horizon et la moitié du groupe Centriste, dont le président du groupe Hervé Marseille. L'amendement a donc été validé avec 168 voix pour, 163 contre, 5 petites voix d'écart et un retour au texte du gouvernement.
Et donc une défaite un peu amère pour les sénateurs LR qui, en réaction quelques minutes plus tard, arrivent à faire supprimer l'article 2 avec les 36 milliards d'euros d'augmentation prévus par l'exécutif. Résultat, le texte ne contient plus d'augmentation du tout. Une suppression justifiée par Cédric Perrin après le vote. Écoutez. La conséquence du refus de l'article 2, c'est pour nous d'abord acter un désaccord profond avec le gouvernement et nous permettre ensuite d'aller au bout de la négociation et de continuer la négociation. Puisque, bien évidemment, si l'article 2 avait été voté, il n'y avait plus de discussion et je ne vois pas pourquoi continuer à discuter sur le texte.
Christian, ce n'est pas très très clair. Cédric Perrin parle d'un désaccord, mais vous êtes quand même d'accord pour dire que ce budget doit augmenter. Alors, pourquoi avoir supprimé le cœur de ce texte ? En quoi ça permet de mieux négocier ? On ne comprend pas très bien.
Pourtant, c'est assez simple. La position du Sénat, elle est constante. Depuis deux lois de programmation militaire, à savoir, il faut absolument rehausser le niveau d'équipement et de moyens de nos armées, compte tenu justement des dangers que l'on vient d'évoquer. Or, les 36 milliards qui ont été proposés par le gouvernement sont 36 milliards bienvenus et ils finiront en commission mixte paritaire par être votés. Ce que nous disons, c'est qu'il faut aller plus loin. Et nous ne sommes pas les seuls à le dire. La revue stratégique l'a dit. Le Premier ministre lui-même, lorsqu'il était ministre des Armées, a dit qu'il faut un poids budgétaire d'environ 100 milliards par an.
Nous en sommes loin. Par ailleurs, les marges pour atteindre les 3,5% en 2035, qui est un engagement que la France a pris auprès de ses amis de l'OTAN. Cette marge nécessiterait, si on suivait la courbe budgétaire telle que le gouvernement la présente, elle nécessiterait des marges de 14 milliards chaque année entre 2030 et 2035. C'est absolument improbable. Et ce que nous avons dit, c'est que si nous faisions cet effort, maintenant, on lissait en quelque sorte cette progression pour arriver à cet engagement. Et je pense, personnellement, que le Sénat a raison. Pourquoi ? Parce qu'une loi de programmation militaire n'est pas une loi budgétaire.
Une loi de programmation militaire, c'est pour dire dans quel sens nous allons. Or, le sens, il est clair. Le Sénat dit, nos forces armées ne sont pas encore à la hauteur, malgré les efforts qui ont été faits. Indiscutables, et on peut être redevable au président de la République, d'avoir doublé les ressources militaires en 10 ans. C'est un fait. Mais ça ne va pas assez loin, parce que les forces armées ont été éreintées pendant 20 ans. On s'est servi des dépenses militaires pour sabrer dans le budget et pour financer d'autres dépenses. Alors, nous sommes effectivement sur cette position. Face à ces engagements de l'OTAN, face aux dangers qui nous menacent, il faut aller plus loin.
Et donc, nous avons pris acte du vote. Je récuse totalement l'idée selon laquelle nous souhaitons attaquer le modèle social. J'ai du reste ici un tableau tout à fait clair.
On va le voir juste, Christian, comment, si vous pouvez le montrer ?
Voilà, je vais l'expliquer. Alors, c'est un tableau qui est très simple, parce que c'est compréhensible par tout le monde. Si vous payez 1 000 euros d'impôts, vous en payez, j'en paye aussi beaucoup. C'est très bien. Eh bien, le modèle social français, c'est 560 euros sur les 1 000 euros que vous payez. La défense, elle est là, 31 euros. On ne va pas me dire que si on passait de 31 à 32, 33 ou 34 euros, on remettrait en cause les 560 milliards que l'on dépense pour le modèle social. Les choses sont quand même assez claires. Ça vient de l'INSEE. Ce n'est pas un tableau qu'on a confectionné sur le bord d'une table.
Voilà donc pourquoi nous allons évidemment voter cette loi et faire confiance à la commission mixte paritaire, 7 sénateurs, 7 députés qui vont essayer de se mettre d'accord.
Un mot sur cette commission mixte paritaire, puisque vous en parlez, donc 7 députés, 7 sénateurs. Est-ce que c'est vraiment une bonne manière de faire la loi sur un sujet aussi sensible, de le faire à huit clots sans que ce soit public, sans que les débats soient publics ?
Écoutez, moi personnellement, ça ne me choque pas puisque de toute façon, ce sont les institutions. On ne va pas brusquement changer les institutions à la faveur de ce texte. On pourrait les rendre publiques ou pas publiques. Vous savez, c'est très technique. Moi, j'ai présidé des commissions mixtes paritaires sur la LPM la précédente. Vous y passez une journée et une nuit et vraiment, il faut vraiment comprendre, saisir et bien connaître votre dossier.
Donc, peut-être qu'on pourrait souhaiter plus de transparence, mais en tous les cas, moi, je fais tout à fait confiance à la fois au 7 députés, au 7 sénateurs pour essayer de trouver la voie de passage, parce qu'il y en a sûrement une voie de passage, pour faire en sorte qu'on avance plus loin et plus fort, pour faire en sorte que la sécurité des Français soit assurée, car finalement, au final, c'est quand même ça le sujet.
Une dernière question, parce que les sénateurs LR parlent d'un coup politique du gouvernement contre les LR avec la suppression de cette augmentation de 14 milliards d'euros. Est-ce qu'on en est là, en fait ? Ce sont des passes d'armes, des coups politiques qu'on fait sur le sujet de la défense ? Est-ce que c'est vraiment à la hausseur du débat ?
Bon, il y a eu effectivement ces interprétations. Moi, je ne m'attache pas à tout cela. Bon, effectivement, peut-être que les choses de la part du gouvernement auraient peut-être mérité d'être mieux expliquées, mieux partagées, mais il faut aussi assumer les désaccords. Il y a un gouvernement, il y a un Parlement. Si on veut que le Parlement joue son rôle, moi, je ne souhaite pas que si un jour, il y a un véritable conflit, comme la revue stratégique le prévoit, en disant qu'il y a un risque de conflit qui enflamme toute l'Europe dans plusieurs années. Moi, je ne souhaite pas que l'on me dise mais vous faisiez quoi à cette époque ? Vous nous prépariez à cela ? Vous vous souvenez ?
Le président Perrin a raconté ce qui s'était passé en 1937, 1938, 1939, avant la dernière guerre, où les gens disaient « Ah non, ce n'est pas la peine de financer des avions, il n'y a pas de pilote. Ah non, il n'y a pas d'argent. » Puis de toute façon, les Allemands n'attaqueront pas. Eh bien, on ne veut pas être dans cette situation-là. Et c'est pour ça qu'on lance ce cri d'alarme et je pense qu'il sera entendu et que l'on trouvera finalement une bonne actualisation de la loi de programmation militaire car c'est, encore une fois, la sécurité des Français qui est en jeu.
Et les régiments militaires qui sont un élément essentiel dans les communes dans lesquelles ils se situent. On va aller dans l'eau. Bonjour, Marc Sébéran. Merci d'être avec nous. Vous êtes premier adjoint à la mairie de Troyes en charge de la sécurité des affaires militaires et de la mémoire combattante. À Maï-le-Camp, près de Troyes se trouve le cinquième régiment de Dragons, plus gros régiment de France. Il a été recréé il y a dix ans, maraînés par votre ville depuis cinq ans et ce week-end, vous allez célébrer ces événements. C'est une façon de marquer les liens forts entre votre ville et les militaires ?
Oui, tout à fait, parce que le cinquième régiment de Dragons est un régiment d'élite. Tout le monde sait que c'est le seul régiment à un terre-arme de France et en même temps, il a une histoire prestigieuse. Il a combattu dès le règne de Louis XIV, puis il a été créé en 1668. Et surtout, il a participé au gloire de l'armée française parmi toutes les guerres de la Révolution de l'Empire. Et puis la Première et la Deuxième Guerre mondiale. Donc c'est un régiment assez exceptionnel. Et c'est tout à fait normal que la ville de Troyes puisse maraîner ce régiment, parce que ça montre notre effort pour l'esprit de défense. Et puis les hommes du régiment ont besoin d'être soutenus.
Il y a un lien très fort qui se crée entre une ville et un régiment, soutenus dans leur action, soutenus aussi dans leur environnement familial, et puis soutenus pour les problèmes de la vie courante. Beaucoup de militaires vivent sur Troyes, habitent sur Troyes. Les familles aussi suivent finalement leurs conjoints dans cette vie dans la ville de Troyes et peuvent profiter en effet d'un certain nombre de services de la ville.
C'est pour ça qu'on veut, à travers ces trois journées, trois journées exceptionnelles, qui vont fêter à la fois le dixième anniversaire, et le dixième anniversaire du régiment, et le cinquième anniversaire du marénage de la ville de Troyes auprès du cinquième régiment de Dragons. On veut que ce soit une grande fête populaire, avec en première partie une grande cérémonie populaire, un défi militaire à travers les rues de la ville, en plein centre, et puis en deuxième journée, une présentation très importante des nombreux matériels qui sont évidemment présents dans le cinquième régiment de Dragons, et la présentation des métiers aussi de l'armée qui est très importante.
On terminera par une troisième journée autour d'une journée pour les blessés, une course ouverte à tous, permettant de rendre hommage aussi à tous les blessés de l'armée française.
– Marc Sébéran, on va laisser Christian Cambon réagir à ce que vous venez de dire. On l'entend de la part du premier adjoint, il y a le soutien qu'apporte la ville à ses militaires, mais les militaires sont aussi essentiels à la vitalité de ces communes.
– Alors d'abord, moi je veux rendre hommage au septième régiment de Dragons de Mailly, que je connais bien et que j'ai visité, qui est un régime absolument exceptionnel, qui a fourni du reste un contingent très important dans nos opérations extérieures, et qui a un savoir-faire, c'est vraiment l'excellence de nos forces armées.
Alors le volet municipal est très important, parce que toutes les villes qui ont eu des régiments sur leur territoire profitaient effectivement non seulement du renom que ces régiments portent, mais aussi de l'impact économique, car ce sont des familles, ce sont des enfants dans les écoles, ce sont des classes que l'on ne ferme pas, ce sont des commerces qui fonctionnent mieux.
Et les malheureuses villes qui ont vu leur régiment disparaître, vous savez qu'on a fermé 42 casernes à l'époque, lorsque justement on serrait les écrous et on tapait sur le budget militaire, et bien elles l'ont payé très cher, et malheureusement nous aurons par exemple beaucoup de problèmes pour accroître le service national, car les casernes n'existent plus, elles ont été transformées en centres culturels, en logements que sais-je, et moi je suis très heureux que la ville de Troyes s'honore de conserver ce magnifique régiment et l'honore lui-même.
Moi, ma ville de Saint-Maurice dans le Val-de-Marne, nous parrainons le sous-marin nucléaire d'attaque La Perle, et les écoles, les classes ont travaillé avec ce sous-marin pour bien comprendre quel était le travail de nos marins qui nous défendent sur les cinq océans et qui assurent notre sécurité. C'est une très bonne chose et bravo à la ville de Troyes.
Merci Marc Soberan d'avoir été avec nous, premier adjoint, à la mairie de Troyes pour nous parler de cet événement qui aura lieu ce week-end. On va terminer, Christian Cambon, en regardant, comme tous les jours, les unes de la presse régionale. On a sélectionné trois titres, mais sur le même thème, parce que vous allez voir que beaucoup de unes ce matin de nos journaux régionaux sont encore consacrées à l'affaire Liana, la une de Varmatin. On va en regarder plusieurs, la une de Varmatin et ses rassemblements partout en France en réaction à ce meurtre qui a provoqué une onde de choc, de colère et d'incompréhension.
La une du Béry républicain suit la justice sous pression car cette onde de choc secoue l'institution judiciaire et puis la une de West France. Liana, après l'émotion, l'indignation et la polémique, la colère face aux défaillances imputées à des magistrats critiqués par leurs ministres, les juges crient à l'hypocrisie. Les LR aussi s'en sont pris aux magistrats, à un manque de sévérité à leur égard. Est-ce que ce n'est pas un peu facile ? Est-ce que ce n'est pas plutôt dû à un manque de moyens ?
Écoutez, je pense effectivement qu'il faut comprendre la colère et c'est notre colère à chacune et à chacun qu'on ait ou qu'on n'ait pas des enfants. Le problème est le même. Je pense qu'il faut effectivement, bien sûr, attendre les enquêtes, mais on comprend bien que quelque part, tout ce qui relevait de la violence faite aux femmes et de la violence faite aux enfants était un peu lissé comme des affaires, j'allais dire, ordinaires auxquelles doivent faire face la justice et la police.
Vous savez, moi, j'ai été très frappé par une séquence qui a été diffusée de paysans du Gers, de ce département d'Auche, et qui disait, lorsque nous, nous avons manifesté contre le Mercosur sur des ronds-points, on a vu arriver sur nous des escadrons de gendarmerie, des drones, etc. Et dans le même temps, le pédophile dangereux que l'on connaît maintenant sévissait sans qu'on l'inquiète. Donc, j'allais dire que, bien sûr, il y a sûrement des questions de moyens. Enfin, moi, je ne souhaite pas jeter l'opprobre sur une profession qui fait dans son immense majorité énormément son travail, qui le fait très bien.
Mais il faut que l'indépendance de la justice, comme l'a dit le ministre, n'équivaut pas à irresponsabilité, car il peut y avoir des fautes. Il y a des politiques qui font des fautes. Il y a toutes sortes de professions qui peuvent faire des fautes. Il y a des journalistes qui, parfois, font des fautes. Tout le monde doit pouvoir répondre. Et je pense que, quand le procureur dit réprimande, oui, sanction, non, je pense qu'il faut faire attention et puis faire confiance aux institutions. Il y a des enquêtes qui vont éclairer ce sujet et les auditions qui vont avoir lieu ce matin au Sénat vont permettre d'éclairer ce débat.
Mais c'est une très grande colère à laquelle il faut faire très attention, car c'est comme ça que naissent parfois des mouvements sociaux beaucoup plus graves.
Merci, Christian Crombon. Merci d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Christian Cambon