Damien Abad : "Le pass sanitaire ne peut pas être plus liberticide que le confinement"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
L'invité du grand entretien ce matin est le président du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale, député de l'Ain, l'Assemblée où sera débattu aujourd'hui et demain en commission et dans l'hémicycle le projet de loi portant sur l'extension du pass sanitaire et sur la vaccination obligatoire de tous les personnels soignants. Pour l'instant le Conseil d'Etat a validé assez largement le texte qui a été présenté par le gouvernement. Alors est-ce que l'opposition à droite va y apporter quelques corrections ? Lesquelles ? Est-ce que le parti Les Républicains est d'accord avec toutes ces nouvelles mesures de restriction ? Pas sûr.
Vos questions et vos réflexions sont évidemment les bienvenues comme chaque matin sur France Inter au 01 45 24 7000. Damien Abad, bonjour.
Bonjour Karine Becker.
Et merci d'avoir accepté notre invitation. Alors on en sait un peu plus sur le projet de loi qui a été adopté hier soir en Conseil des ministres. Ont été présentés plusieurs ajustements mais sans qu'il y ait de grands bouleversements. D'abord les soignants devront comme prévu justifier d'une vaccination complète au 15 septembre prochain. Ensuite le pass sanitaire sera bel et bien exigé à compter du 30 août pour tous les salariés qui travaillent dans des lieux qui accueillent du public et à qui le pass sanitaire sera officiellement demandé. Et puis j'ajoute qu'une période de rodage d'environ une semaine sera a priori accordée.
Voilà pour les grandes lignes on va bien sûr entrer dans les détails mais en l'état est-ce que c'est un texte que les députés Les Républicains sont en mesure de voter ?
Avant de voter ce que l'on veut c'est porter la voix de la droite. La voix de la droite c'est un équilibre entre la protection de la santé des français et le respect des libertés individuelles de chacun. Cet équilibre pour nous il y est sur la vaccination obligatoire pour les soignants. Nous allons même proposer de l'étendre aux policiers, aux gendarmes et aux douaniers comme nous le faisons pour les pompiers. Cet équilibre il existe aussi sur la politique de l'isolement. Nous avons toujours demandé cette politique d'isolement qui était le maillon faible du gouvernement jusqu'à maintenant. Par contre nous le disons, il n'y est pas sur le pass sanitaire.
Alors il y a eu quelques ajustements notamment sur la question des sanctions, on reviendra certainement. Mais il n'y est pas pour un point très précis, c'est que le Président de la République a parlé le 12 juillet. Les premières restrictions s'imposent le 21 juillet. Ça veut dire 9 jours après. Pour un jeune de 40 ans, de bonne foi, qui écoute le Président de la République, qui veut se faire vacciner le 15 ou le 16 juillet, et bien 5 jours après, il a des restrictions qu'on lui applique. Un parcours vaccinal aujourd'hui, c'est un mois et demi à deux mois.
Il pouvait se faire vacciner à partir du 31 mai quand même ?
Oui, mais... C'était ouvert à tout le monde à partir du 31 mai. Attendez. Oui. Et mi-juin, mi-juin pour les moins de 18 ans et notamment pour la question des mineurs. Ce que je dis simplement aujourd'hui, c'est que celui qui a écouté le Président de la République, qui veut se faire vacciner, et bien il a un parcours vaccinal d'un mois et demi à deux mois. Donc notre proposition que nous allons faire à l'Assemblée nationale aujourd'hui, l'amendement que nous allons déposer, c'est non pas d'instaurer une période de rodage, parce que ça, ça ne veut rien dire de dire on va laisser une semaine pour faire de l'accompagnement. Non.
C'est une période de transitoire jusqu'au 30 août pour que toutes celles et tous ceux qui ont été vaccinés première dose au mois de juillet puissent ne pas avoir de restrictions au mois d'août pendant le temps où ils bénéficieront de leur deuxième dose. C'est une question de cohérence, de logique et de respect des libertés de chacun et surtout d'encourager la vaccination.
Donc ça veut dire qu'au 30 août, tout le monde ne sera pas dans le respect du pass sanitaire. C'est ça que vous êtes en train de dire.
Ce que nous disons, c'est qu'entre aujourd'hui et le 30 août, il faut permettre à celles et ceux qui n'ont eu qu'une seule dose, parce qu'ils n'ont pas eu le temps de faire la deuxième dose, de pouvoir avoir accès au parc de loisirs, au cinéma, au théâtre, au restaurant, au café. Et ensuite, le 30 août, ce pass s'imposera à tout le monde. Voilà, parce que comme le président n'a parlé que le 12 juillet, la vérité c'est quoi ? C'est qu'il y a un défaut d'anticipation du gouvernement. Ce défaut d'anticipation, ce n'est pas aux Français de le supporter, c'est la responsabilité du gouvernement.
Alors, rentrons dans le détail, Damien Abad. D'abord, la question des restaurateurs, qui s'inquiétaient beaucoup d'une possible amende de 45 000 euros. Oui, de 45 000 euros, c'est ça. D'une peine de prison également, qui était au-dessus de leur tête. S'ils ne contrôlaient pas ou s'ils contrôlaient mal leurs clients et leur pass sanitaire, on est redescendu à 1 500 euros pour une personne physique, 7 500 pour une personne morale. Est-ce que vous validez cette mesure ? Est-ce que c'est bien maintenant de présenter des choses comme ça ?
C'est mieux. C'est mieux parce que mettre des sanctions pénales pour les restaurateurs, alors qu'ils n'ont pas la responsabilité d'assurer les contrôles de police pour les clients récalcitrants, c'était inadmissible. Et plutôt que ces grotesques, je dirais, sanctions pénales, il valait mieux avoir une amende. Nous, nous allons proposer que cette amende, elle soit même encore inférieure et surtout qu'elle ne soit pas avec des peines de prison. De combien ?
Parce que, eh bien écoutez, on est en train de définir cela, mais aujourd'hui, il y a une amende pour un client de 135 euros, je pense qu'on pourrait appliquer la même chose, ou en tout cas entre 135 et 1 500 euros maximum pour les restaurateurs.
Mais il faut que ça soit suffisamment dissuasif quand même, c'est ce que disait notamment Bruno Le Maire.
Vous prenez quand même un point, c'est que menacer de peine de prison des restaurateurs, alors qu'on n'est pas capable de sanctionner, par exemple, le jeune délinquant, c'est totalement inadmissible et c'est un deux poids deux mesures qui n'est pas acceptable pour les restaurateurs et les cafetiers. Donc oui, à la sanction dissuasive, l'amende, bien entendu, mais non aux sanctions pénales de peine de prison.
Qui doit contrôler quand même ? Cette question-là, elle se pose vraiment, les forces de l'ordre, quel doit être le rôle de la police dans toutes ces opérations de contrôle ?
Moi, je pense que le rôle des forces de l'ordre est essentiel, c'est-à-dire pour ça qu'on propose la vaccination obligatoire pour les forces de l'ordre, parce qu'il faut qu'ils puissent faire cet été des contrôles inopinés sur les terrasses, des restaurants, des cafés. Vous savez, dans 90% des cas, ça va bien se passer, nous aurons en face des Français respectueux. Mais les 10% où ça se passe mal, c'est pas aux restaurateurs ou aux cafetiers de gérer ça, parce que sinon ça va créer des tensions et des conflits extrêmes.
Donc, il faut que la police puisse intervenir par des contrôles inopinés, qu'elle puisse intervenir quand elle est appelée, et que c'est quand même elle qui est en charge du maintien de l'ordre, et pas les restaurateurs en tant que tels. Et donc, il ne faut pas que l'État se défausse de ses propres responsabilités.
Autre mesure, dans les centres commerciaux, j'ai envie de dire très simplement, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'il faut exiger la présentation du pass sanitaire ? Parce que le gouvernement s'est montré excessivement flou sur la question hier soir. Donc vous, à droite, les Républicains, vous proposez quoi ?
Oui, c'est très flou. Moi, je pense qu'il faut exclure les centres commerciaux, en tout cas toutes celles et tous ceux qui sont moins de 20 000 mètres carrés, du pass sanitaire. Pourquoi ? Parce que ce sont des activités quotidiennes, et le pass sanitaire, il ne peut pas concerner les activités quotidiennes. Ça ne peut pas être plus liberticide que le confinement. En confinement, on pouvait aller faire ses courses dans un supermarché, on pouvait prendre le train pour se déplacer. Il faut qu'il y ait cette cohérence et ce parallélisme des formes. Le pass sanitaire, il est là pour retrouver de la liberté, il est là pour accélérer la vaccination, il est là pour retrouver une vie normale.
Mais ce sera plus difficile d'aller prendre son petit café, en tout cas, il faudra montrer son pass sanitaire, plutôt que d'aller acheter son pack d'eau.
Oui, mais sauf qu'il y a quand même, pour nous, une différence, c'est que le pack d'eau et les courses, ça fait partie quand même de ce qu'on appelle les activités nécessaires et indispensables à la vie quotidienne. Et là où il y a un flou, c'est que nous, nous demandons de mettre le seuil dans la loi. Ce n'est pas un décret qui doit fixer ça, c'est la loi qui doit dire, voilà, pour tous les centres commerciaux et les supermarchés en dessous de 20 000 m², il n'y a pas besoin de ce pass sanitaire, c'est incontrôlable, c'est ingérable dans un supermarché. À un moment donné, il faut être dans la vie réelle et dans la vie concrète, dans la vie concrète, ce n'est pas gérable.
Et vous, le seuil que vous proposez, donc, c'est 20 000 m² ?
Oui, mais on propose de l'inscrire dans la loi et pas par décret comme le gouvernement le propose, parce qu'aujourd'hui, on a un flou. Parce que l'autre point aussi, c'est que celui qui habite à côté d'un grand centre commercial, et qui va faire ses courses dans ce grand centre commercial, qu'est-ce qu'on dit à cette personne-là, qu'elle doit présenter un pass sanitaire en permanence ? Là aussi, il y a des problèmes d'égalité de traitement entre les Français.
Alors, je rebondis sur l'idée des décrets, parce qu'il y en a déjà un qui a été publié ce matin. Le masque ne sera plus obligatoire dans tous les lieux concernés, comme les cinémas et autres. C'est-à-dire qu'il faudra présenter son pass sanitaire, mais une fois qu'on sera dans le cinéma, on aura la possibilité d'enlever ce masque. Est-ce que vous êtes d'accord ou pas ce que vous validez ?
Ça, c'est une demande que nous avons aussi. On ne peut pas avoir la double privation de liberté. Si on met en place un pass sanitaire, c'est pour retrouver un environnement sécurisé, sain et libre. Et donc, la contrepartie de ce pass sanitaire, ça doit être effectivement la levée du port du masque. Mais ce que je note aussi, c'est que parallèlement à ce pass sanitaire, il y a des départements dans lesquels les préfets, parce que la situation sanitaire se détériore, prennent des restrictions. Des fermetures de cafés, de restaurants à 23h, le port du masque dans la rue. Donc, il faut qu'on soit vigilants, parce que sinon, les Français ne l'accepteront pas.
Nous, nous disons que le pass sanitaire ne doit pas être liberticide, ça doit être un moyen de retrouver la liberté, et donc, dans certaines conditions, de pouvoir lever le masque.
Alors, pour toutes ces mesures qui vont être mises en place, des Français ont manifesté le week-end dernier. Est-ce que vous comprenez ces personnes, qui pour certains d'ailleurs ont défilé avec une étoile jaune sur l'épaule, quand d'autres ont manifesté en criant à la dictature ? Vous les comprenez ? Vous les soutenez ? Quel est le rapport de la droite vis-à-vis de ces manifestations ?
Je trouve ça, que dire ? Tellement désolant, tellement affligeant, d'utiliser l'étoile jaune et de comparer la vaccination obligatoire à la Shoah. C'est indigne, c'est intolérable, c'est inadmissible, et jamais vous nous trouverez du côté des complotistes, des anti-vax et de celles et ceux qui brandissent l'étoile jaune comme un slogan. Je le dis très clairement, mais par contre, nous devons faire la distinction entre ceux qui manifestent avec l'étoile jaune et ceux qui ont des doutes, des interrogations sur les effets à long terme du vaccin. Ce sont ces indécis-là, ils sont 19 millions de Français.
C'est à ces 19 millions de Français que le gouvernement aujourd'hui soit s'adressé, en rassurant, en apportant, en convainquant les Français. Parce que moi, je comprends qu'on ait des doutes et des interrogations, je respecte les positions de tout le monde. Mais il y a un point qui n'est pas acceptable, ce sont ces manifestations qui dérivent comme le port de l'étoile jaune.
Mais c'est beaucoup, 140 000 personnes qui manifestent dans toute la France, ou c'est pas beaucoup ?
C'est à la fois beaucoup et peu. C'est peu quand on prend la population totale française, c'est beaucoup parce que quand vous avez 100 000 personnes dans la rue, ce n'est pas rien. Moi, je pense qu'il faut donner des souplesses au pass sanitaire. L'assouplissement du pass sanitaire permettra une meilleure adhésion à la vaccination et permettra à la fin une meilleure protection des Français. Et donc, il faut entendre cela. Ce que nous avons dit depuis le début chez les Républicains, c'est qu'à la limite, la vaccination obligatoire, vous voyez, elle est plus transparente que le pass sanitaire, qui est une espèce de vaccination obligatoire déguisée qui ne dit pas son nom.
Et on ne peut pas brader comme cela non plus nos libertés. Donc nous, nous voulons ce chemin d'équilibre-là. Nous allons faire des propositions dans le débat, tout simplement pour trouver cet équilibre et pour éviter de fracturer la société française.
Mais là, vous avez glissé sur le pass sanitaire à nouveau. Moi, ce que je veux savoir, c'est 140 000 personnes. C'est une infime minorité. On est tous d'accord avec cette idée-là. Par contre, on n'est pas tous d'accord sur comment les gérer. Donc vous, les Républicains, vous proposez quoi ? Comment on gère ces personnes-là ? Qu'est-ce qu'on en fait ?
Comment on les convainc ? D'abord, il faut les rassurer. Aujourd'hui, est-ce qu'il y a eu des campagnes de vaccination positives du gouvernement ? Quasiment pas. Est-ce que le psychodrame de l'AstraZeneca n'a pas laissé des traces dans la tête des Français ? Bien sûr. Vous savez, moi, les jeunes, ils me posent une question très simple. Ils me disent, moi, je veux bien me faire vacciner, mais quand je fais le rapport co-avantage, la question que je me pose, c'est est-ce que si je me fais vacciner aujourd'hui, dans 10 ans, je ne vais pas, par exemple, développer un cancer lié au vaccin ? Et là, il n'y a pas de réponse. Et c'est là-dessus qu'il faut apporter des réponses concrètes.
Donc, on a besoin de rassurer. Moi, je suis pour le vaccin, je crois en la médecine, je crois au progrès, je crois en la recherche médicale, et je pense que dans le pays de Pasteur, on doit aller sur cette vaccination généralisée, pour le plus grand nombre, pour protéger et trouver l'immunité collective. Mais maintenant, ensuite, quand vous avez des irréductibles en face de vous, eh bien, ils font le choix de ne pas se faire vacciner, mais ensuite, ils en subiront un certain nombre de conséquences, pour les plus radicalisés, les extrémistes d'entre eux. Mais encore une fois, je ne veux pas que... Le problème, c'est qu'on fracture la société française entre les pours et les contre-vaccins.
La vérité, aujourd'hui, c'est qu'il y a un chemin d'équilibre à trouver.
Alors, au standard, on a Mathieu, qui nous attend, qui aimerait bien vous poser une question. Bonjour Mathieu, soyez le bienvenu.
Bonjour.
Bonjour, on vous écoute.
Voilà, je souhaiterais savoir si le pass sanitaire a une durée d'application prédéfinie, éventuellement renouvelable, qui pourrait nous faire entrevoir un peu d'espoir pour des lendemains heureux, ou, au contraire, le texte de loi prévoit-il une durée indéfinie et illimitée ?
Merci Mathieu. Damien Abad vous répond. Je ne sais pas si vous avez déjà lu le texte de loi.
Oui, on a commencé à le travailler. Pour moi, il n'y a pas de durée en tant que telle. Il y a simplement aussi un état d'urgence sanitaire, qui, lui, a une durée et qui est limité dans le temps. Mais ce que nous voulons, c'est, nous, un pass sanitaire qui ne peut être que temporaire. Ça ne peut pas être un pass sanitaire durable qui contrôle toutes les activités pendant tout le temps. Ça doit être le moment de la crise sanitaire, ça doit être le moyen de sortir cette crise sanitaire. Donc, pour nous, il est temporaire. Mais c'est difficile de dire que le pass sanitaire va s'arrêter au 30 septembre ou au 31 octobre.
Surtout que l'état d'urgence ne cesse de se prolonger puisqu'il vient encore d'être prolongé jusqu'au 31 décembre.
Donc, ça veut dire que, tant qu'on est en état d'urgence sanitaire, on peut avoir recours à ce pass sanitaire.
On reste au standard. On accueille Jean-Pierre. Bonjour Jean-Pierre. On vous écoute. Est-ce que Jean-Pierre est avec nous ? Il n'est pas. D'accord. Alors, Bernard, je crois qu'il y a Bernard au téléphone qui nous attend depuis un petit bout de temps d'ailleurs. Bonjour Bernard.
Je suis assez étonné quand même d'entendre M. le député préconiser un assouplissement du pass sanitaire et en particulier un délai jusqu'à la fin du mois d'août pour les primo-vaccinés, par exemple, expliquant la contradiction du gouvernement. Mais évidemment, le gouvernement a été pris de court par la flambée. Et il le sait très bien. Donc, je voudrais savoir pourquoi encore assouplir alors qu'il sait très bien qu'il y a une urgence.
Merci Bernard.
Mais pour une raison très simple, et merci Bernard, c'est que ce n'est pas aux Français de supporter le manque d'anticipation du gouvernement. Vous l'avez dit vous-même, le gouvernement a été pris de court par l'accélération du variant Delta. Je pense que l'intervention du président de la République aurait dû intervenir 15 jours à un mois plus tôt pour que les Français puissent s'organiser. Et nous le disons simplement, c'est pour encourager la vaccination et pour ne pas mettre des restrictions sur des Français et des Français qui, de bonne foi, se sont fait vacciner en écoutant le président de la République, mais qui seront sanctionnés au mois d'août.
Donc ce n'est pas un report, ce n'est pas un délai supplémentaire, c'est simplement une période transitoire pour les primo-vaccinés uniquement, ce qui permettra tout simplement d'accélérer la vaccination et de créer une adhésion plus forte des Français à la vaccination.
Je voudrais vous soumettre aussi la question de Julie, qui nous l'a envoyée par écrit. Elle dit, je suis ensemble depuis 3 mois et demi, on m'a déconseillé de me faire vacciner avant le cap des 3 mois, et maintenant, on me dit que mes vacances vont être gâchées. Qu'est-ce qu'on fait pour Julie ?
Je pense qu'il faut vraiment qu'on mette en place ce qu'on appelle ces exceptions médicales ou liées à des impératifs de santé. Il y a la question des femmes qui sont enceintes, il y a la question des personnes qui ont un handicap, il y a l'adhésion de ce qu'on appelle les troubles PIMS, par exemple. Il faut qu'on apporte des réponses concrètes. Et moi, autant je suis favorable à la vaccination, autant quand il y a des contre-indications médicales, il n'y a pas l'ombre d'un doute. Il ne faut pas, il faut permettre de ne pas se faire vacciner et en même temps de ne pas être enfermé quand on a des contre-indications médicales ou quand le médecin conseille de ne se pas faire vacciner.
Ça me semble tellement être du bon sens.
Et je vous soumets la question de Jean-Pierre qu'on avait tout à l'heure au téléphone et puis on l'a perdue. Donc du coup, il nous a écrit « Je ne veux pas me faire vacciner. Comment continuer à vivre décemment si je dois payer les tests PCR ? » Vous comprenez ce comportement-là, cette décision-là ?
Encore une fois, je la respecte. Mais je dis aussi que ce n'est pas à la société française de supporter le choix individuel de personnes qui ne veulent pas se faire vacciner. Et donc, que les tests PCR, par la suite, deviennent payants, moi, ça ne me choque pas. Bien au contraire, parce que ce qu'il faut, c'est encourager la vaccination. Vous savez, moi, j'en appelle à la solidarité, à l'esprit collectif de tous. Parce que si chacun raisonne dans son coin individuellement, on ne s'en sortira jamais. À un moment donné, qu'est-ce qu'on veut ? On veut éviter la quatrième vague, on ne veut plus de reconfinement et on veut retrouver la vie d'avant et l'art de vivre à la française.
Eh bien, ça, ça passe par la vaccination pour tous.
Alors, il y a ceux qui contestent Damien Abad et puis il y a ceux à droite qui signent une tribune dimanche dernier en soutien à Emmanuel Macron. Ils étaient 382 élus de tous bords confondus. Mais une partie vient des Républicains et soutient donc la gestion de la crise sanitaire. Vous, Damien Abad, vous n'apparaissez pas sur cette liste. J'ai bien regardé, j'ai bien cherché. Vous n'approuvez pas la gestion de la crise sociale et sanitaire par le Président ?
Vous pouvez regarder, il n'y a aucun député Les Républicains qui est sur cette liste. C'est vrai. Uniquement des élus locaux. Ce que je veux dire simplement, c'est qu'en tant que président du groupe des Républicains à l'Assemblée nationale, je ne suis pas là pour applaudir le Président de la République et je ne suis pas là non plus pour être dans une opposition à tout va. On est là pour quoi ? Pour une opposition constructive, exigeante et vigilante. Et donc, dans cette gestion de crise sanitaire, je suis désolé, mais il y a eu des lacunes, il y a eu des failles et des manquements sur les masques, sur les tests, mais également sur les vaccins.
La gestion sanitaire de la crise a été chaotique. Je sais que c'est difficile, je sais que c'était une crise d'un type nouveau, mais quand même, ça a été une gestion chaotique. Je trouve que la gestion économique a été meilleure, mais vous voyez, on n'est pas là pour donner des bons ou des mauvais points. On est là pour faire des propositions. On est là pour agir et on est là tout simplement pour défendre l'intérêt des Français et faire entendre la voix de la droite.
La question n'est pas là, Damien Abad. Tactiquement, qu'est-ce que vous dites à ces élus de votre camp et l'air ? Parce qu'il y a quand même Martine Bassal, qui est la présidente des Bouches-du-Rogne, il y a quand même Arnaud Robinet, le maire de Rhin, ce n'est pas une petite ville. Il y a le maire également de Toulouse, Jean-Luc Moudinque. Qu'est-ce que vous dites à ces élus qui, à neuf mois de la présidentielle, s'affichent en soutien du chef de l'État ?
Je leur dis qu'il ne faut pas renoncer à vouloir porter la voix de la droite à l'élection présidentielle. Je leur dis que je ne crois pas à un match Macron-Le Pen au deuxième tour et à une bipolarisation en outrance de la vie politique française. Je leur dis qu'il y a la place pour notre famille politique et je leur dis qu'il y a la place pour un candidat qui gagne cette exposition présidentielle et qui porte nos couleurs politiques et on a besoin d'eux.
Alors parlons-en de cette présidentielle. Cet après-midi, les cinq candidats ou possibles candidats à la présidentielle à droite ont prévu de se retrouver dans un hôtel pour réfléchir à tête reposée. Alors je vous parle de Valérie Pécresse, bien sûr, de Laurent Wauquiez, de Bruno Retailleau, de Michel Barnier, de Philippe Juvin. Damien Abad, est-ce que vous soutenez toujours officiellement Xavier Bertrand ?
D'abord, je salue cette initiative parce que c'est bien quand il y a un échange, il y a une rencontre entre les différents protagonistes à la primaire et ensuite, je considère et je n'ai pas changé d'avis que Xavier Bertrand, aujourd'hui, apparaît le mieux placé pour gagner cette élection présidentielle et pour bousculer le match que tout le monde nous annonce.
C'est le sondage qu'ils disent ?
Il y a les sondages, il y a la victoire quand même dans les Hauts-de-France. C'est celui qui a eu le plus grand écart entre ce que les sondages lui annonçaient et les résultats finaux. C'est aussi sa capacité à incarner une droite populaire, la France des territoires, à marquer des différences aussi avec le gouvernement et le président de la République actuelle. Donc aujourd'hui, il coche un certain nombre de cases. Après, moi, ce que je souhaite, c'est quoi ? C'est que d'abord, on puisse tous ensemble se rassembler et décider collectivement tout simplement de celui ou de celle qui s'est le mieux placée pour nos idées.
Ça ne va pas se faire maintenant, ça doit se faire à la rentrée autour du président Christian Jacob parce que lui, on le sait, il a une ambition collective pour notre mouvement et il veut faire gagner nos idées. Il veut faire gagner la droite en 2022. Donc voilà. Donc moi, ce que je souhaite, c'est qu'on ait des échanges réguliers et qu'à la fin, on se mette d'accord parce que notre génération politique qui est portée par la génération que nous incarnons, elle ne veut pas être prise en otage de querelles intestines à droite.
Elle en a assez, comme les militants, comme les Français de ces querelles-là et elle leur dit à tous, prenez vos responsabilités, mettez-vous d'accord et on veut un seul candidat.
Alors, je vais préciser ma question. Est-ce qu'il a encore une chance d'être le candidat de la droite, Xavier Bertrand ?
Bien sûr.
Honnêtement.
Plus que jamais. Bien entendu.
On n'a pas tous les autres candidats qui sont en train de s'organiser pour que surtout, il ne le soit pas ?
Attendez. Moi, je le dis très clairement. N'organisons pas une primaire qui aurait pour conséquence d'institutionnaliser la double candidature à droite. Mettons-nous d'accord, échangeons ensemble, travaillons à une méthode, travaillons à un moyen de désignation. Je ne peux pas vous dire aujourd'hui lequel, mais ce qui est important, c'est de pouvoir déjà dialoguer. On a des gens de qualité. Vous avez cité Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Xavier Bertrand, Philippe Juvin. On a des gens de qualité à droite. Tant mieux. Et bien maintenant, il faut pouvoir se mettre d'accord et accepter qu'à la fin des fins, il n'y en a qu'un seul.
En tant que président de groupe, moi, je veux être le garant de cette unité, de cet esprit collectif aux côtés de Christian Jacquin parce que je pense très clairement que c'est la seule voie pour nous du succès. Et aujourd'hui, il n'y a que la droite qui peut battre Emmanuel Macron. Tout le monde a compris que Mme Le Pen sera battue face à Emmanuel Macron. Tout le monde a compris que la gauche émiettée ne sera pas en capacité de se qualifier au second tour. Il n'y a que nous qui pouvons battre le président de la République actuelle.
qui a une question à vous poser justement sur ce qu'on est en train de se raconter. Anthony, vous êtes le bienvenu. On vous écoute. Bonjour.
Bonjour et merci de prendre ma question. Vous en prie. Du coup, en fait, j'ai souhaité interpeller le porte-parole de Damien Abad. Alors, le président du groupe Les Républiques.
Damien Abad, oui.
En fait, moi, aujourd'hui, ce qui me gêne, c'est qu'on est sur une question de santé publique alors que les gens fassent le choix de ne pas se vacciner ou de se vacciner. Voilà, je trouve que c'est des questions qui sont assez personnelles. Pour autant, on est en train de faire des débats aujourd'hui avec les Républicains, avec même le RN ou LFI, et peu importe, en disant, voilà, au final, quelle est la responsabilité de chaque Français. On est en train de mettre en cause les mesures qu'a prises Emmanuel Macron. D'un côté, en critiquant, en disant, finalement, c'est liberticide, donc en faisant le jeu du RN.
Et d'un autre côté, on a une tribune qui est signée par 300 parlementaires pour dire que c'est des bonnes mesures. et notamment LR qui signe cette tribune-là.
Mais vous, Anthony, vous avez quitté la droite, c'est ça ?
En fait, moi, j'ai surtout, non, j'ai voté à droite depuis un temps et en fait, je me suis complètement désengagé de mon soutien à LR parce que, justement, je l'ai trouvé beaucoup trop ambigu et de plus en plus radicalisé. Et aujourd'hui, je ne reviendrai pas pour un vote LR tant qu'ils n'auront pas clarifié leur position et je trouve que sur un enjeu de santé publique, aujourd'hui, il faut que les LR clarifient ça et qu'on commence à reconnaître que oui, quand il y a des bonnes mesures, c'est des bonnes mesures et qu'on arrête de jouer des guerres d'égo surtout sur des questions comme ça.
Et du coup, vous vous êtes, si je puis me permettre, politiquement un peu plus centralisé ?
Oui, je me suis beaucoup... En fait... Vous êtes macronisé ? Du coup, oui, maintenant, je suis plutôt du côté de Macron parce que je trouve que ça réunit les deux sensibilités gauche-droite. Voilà.
On a bien compris. Merci Anthony. Damien Abad vous répond.
Anthony, est-ce que vous avez l'impression, franchement, que ce que je dis depuis ce matin, ce sont des propos radicalisés ? Je crois l'exact inverse. Je crois que ce que j'ai dit, c'est d'avoir un chemin d'équilibre entre la protection de la santé des Français et justement le respect des libertés individuelles. Mais attention, moi, je suis d'accord avec l'objectif de santé publique. Je l'ai dit, nous sommes favorables à la vaccination obligatoire, même le pass sanitaire sur le principe avec des assouplissements, nous sommes favorables et sur la politique d'isolement aussi. Mais attendez, est-ce que ça veut dire qu'au nom de la santé publique, on ne doit plus avoir de débat ?
Je ne crois pas. Je pense que le débat, c'est une richesse politique en France. Est-ce que ça veut dire que finalement, on doit penser exactement la même chose que le président de la République ? Je ne crois pas. Et je suis de ceux à droite qui, quand c'est bien, je le dis. Et sur la vaccination obligatoire, je l'ai dit. Et d'ailleurs, on votera cet article-là. Quand ce n'est pas bien, on le dit aussi. Par exemple, quand le président de la République est incapable d'engager la réforme des retraites et quand on est de droite, c'est quand même une réforme importante. On le dit. Moi, je n'ai pas deux hier.
Mais je le dis aussi, on ne peut pas simplement dire qu'on va faire un copier-coller entre la droite et le macronisme et c'est comme cela que les républicains vont retrouver leur esprit. Non. Ce que l'on doit porter, c'est notre flamme, nos idées et notre voix.
Alors, je voudrais finir en revenant sur le sort d'Éric Dupond-Moretti qui est retourné sur le terrain hier. Le ministre de la Justice était en déplacement à Beauvais et il a assuré, malgré sa mise en examen, que jamais il ne lâcherait, qu'il restait combatif. Est-ce qu'on peut être mis en examen et ministre, Damien Abad ? Oui.
Je vous réponds franchement, oui. Parce que la mise en examen, ce n'est pas une condamnation. Et parce que la présomption d'innocence, ça existe pour tous les Français comme pour les ministres.
Donc la jurisprudence Balladur, c'était une mauvaise jurisprudence ?
Oui, parce qu'aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? Moi, je suis très inquiet, je vous le dis, de cette judiciarisation accrue de la vie politique française. Autant il faut sanctionner l'impunité et de dire, quand on est un homme politique, on est responsable, comme les autres, de ses actes et on a des sanctions et c'est normal et il n'y a pas d'impunité. Autant cette judiciarisation accrue et cette intrusion permanente entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir politique me posent question. Et je ne suis de ceux qui ne commandent jamais les décisions de justice, que ce soit dans mon camp, que ce soit l'extérieur de mon camp.
Donc non, quand on est mis dans l'examen inconscient du pouvoir nature, on n'a pas à démissionner.
Merci Damien Abad. Je vous laisse filer à l'Assemblée nationale, j'imagine. Excellente journée.
Damien Abad