Le président de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public se dit "indigné" par la comparaison de son rapporteur Charles Alloncle avec Zola et l'affaire Dreyfus
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Thomas Soto, RTL Matin.
Député Horizon du Calvados, il est aussi le président de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, dont les travaux doivent s'achever après-demain, mercredi. Jérôme Patrier-Lettus est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Jérôme Patrier-Lettus. Bonjour. On n'a sans doute jamais autant entendu parler d'une commission d'enquête parlementaire que celle-là. Il faut dire que depuis plusieurs semaines, il y a de l'ambiance. Écoutez quelques extraits. Je me crois à l'Assemblée nationale, monsieur le rapporteur, dans un cirque que vous avez créé.
Quand j'ai entendu ou cru lire qu'on avait fait pendant le Covid des cocktails à France Télévisions, ça m'a rendu dingue.
Je suis le bouc émissaire parfait, je suis le paratonnerre idéal. On est tous menacés dans cette commission d'enquête, on ne va pas jouer à qui est le plus menacé.
On a entendu Élise Lucet, Vincent Bolloré, on vous a entendu vous aussi, Jérôme Patrier-Lettus. On a parfois eu le sentiment que vous étiez devenu des procureurs, qu'elle était devenue, cette commission, une sorte de tribunal populaire. On entendait Xavier Agniel à l'instant qui parlait d'un cirque. Est-ce que vous aussi, vous avez été gêné par cette impression parfois ?
J'avais fixé des règles comme président de cette commission d'enquête au début. J'avais justement dit qu'il ne fallait pas que cette commission d'enquête devienne le lieu de la politique spectacle, où on vient faire le buzz, où on vient chercher sa notoriété. J'avais dit que je ne souhaitais pas que cette commission d'enquête devienne un tribunal politique, un lieu d'inquisition où on fait le procès de l'audituel public à charge et sans contradictoire. C'est un peu raté, non ? Et je n'aime pas beaucoup les procès individuels.
Je dois dire que j'ai dû suspendre, pour la première fois de la Ve République, la commission d'enquête, pas pour faire la censure, pas pour empêcher que le rapporteur fasse son travail, mais parce que je pense qu'une commission d'enquête, c'est un outil puissant et qu'on ne peut pas la dévoyer en la transformant en tribunal politique. Je constate que ces règles-là n'ont pas toujours été...
Vous dites aussi que ça a été transformé par moment en tribunal politique ?
Je dis que je constate que ces règles n'ont pas toujours été respectées et que j'ai fait comme j'ai pu, en tout cas de mon mieux, pour permettre que cette commission d'enquête fasse un travail important.
Est-ce que vous avez le sentiment aussi que cette commission a été totalement récupérée, instrumentalisée par tous ceux qui veulent la peau du service public, de l'audiovisuel ?
Écoutez, moi j'avais fixé une règle, c'est de ne pas commenter l'action du rapporteur pendant la durée de cette commission, parce que je respecte la fonction, je respecte les institutions. Maintenant, avec le rapporteur, j'ai des différences. J'ai une différence politique. Il appartient à un parti qui a fait l'alliance avec l'extrême droite. Il est député UDR, un député ciotiste. J'appartiens à un parti, Horizon, le parti d'Edouard Philippe, qui souhaite l'union de la droite et du centre, mais pas l'alliance avec l'extrême droite. Et puis on a une différence de fond. Il est pour la privatisation, en tout cas il est allié à un parti qui souhaite la privatisation.
Est-ce qu'il est venu pour se faire, entre guillemets, le service public ? Est-ce que vous avez eu le sentiment que c'était son chemin éditorial ?
Vous lui demanderez, la commission elle a pu travailler, on a fait 200 heures d'audition, on a auditionné 234 personnes. Elle a permis de faire la transparence. Moi j'ai refusé, par exemple, Thomas Soto, que la commission se tienne à huis clos, c'est-à-dire dans le dos des Français. Toutes les auditions ont été filmées. Elle a permis de contrôler l'audiovisuel public. L'utilisation de l'argent public, c'est important. Donc il y a une utilité quand même, vous dites, à tout ça ? Il y a une utilité, bien sûr. On a mis en lumière des manquements, des dysfonctionnements. Mais j'ai effectivement, avec le rapporteur, une différence de méthode.
Moi je n'aime pas beaucoup les tribunaux politiques et je n'aime pas la politique spectacle. Je vais vous faire une confidence, peut-être la seule.
Pardon, mais c'est quand même compliqué d'entendre le président de la commission parler de sa propre commission en disant « je n'aime pas beaucoup la politique spectacle et les tribunaux populaires ».
Parce que le président de la commission d'enquête n'a pas tous les pouvoirs. Je formulerai des propositions à Yaël Braun-Pivet pour revoir le fonctionnement des commissions d'enquête. Aujourd'hui, je n'ai pas tous les pouvoirs. Je suis le premier président à avoir suspendu les travaux. Ce n'est pas rien d'avoir suspendu pendant quelques semaines. J'insiste, certainement pas pour censurer ou empêcher que la transparence se fasse, mais parce qu'il faut un cadre digne et respectueux. Mais vous avez raison, on voit à l'Assemblée nationale parfois des images qui désespèrent les Français.
Il y a des Français qui nous écoutent et qui, en regardant l'Assemblée nationale, se disent « mais quel triste spectacle ».
Moi, je n'ai pas souhaité être député pour participer à ce cirque. Un cas très concret. Sur la question des salaires, par exemple, des animateurs, des présentateurs de France Télévisions, on est d'accord que vous les avez dans vos documents que vous avez reçus ? Vous avez eu toutes les informations ? On a eu toutes les informations, bien sûr. Mais alors, pourquoi dans ce cas les demander à l'oral, si ce n'est pour les jeter en pâture aux réseaux sociaux enragés ? Est-ce que ce n'est pas une petite dérive populiste, ça ?
Faire la transparence, et vous avez raison, Thomas Soto, ce n'est pas le voyeurisme. On peut expliquer aux Français, on peut contrôler l'argent public, 4 milliards d'euros d'argent public, la moitié du ministère de la Culture, mais on peut le faire sans voyeurisme, sans démagogie, je l'ai dit. Quand, par exemple, le rapporteur a révélé les frais de maquillage de Virginie Effira, je crois qu'on peut s'interroger sur le désert public, faire la transparence, et je le redis, je suis attaché à la transparence, sans effectivement tomber dans le populiste. Je vais vous faire une confidence.
Moi, j'ai été choqué et indigné de voir le rapporteur se comparer la semaine dernière à Émile Zola, en faisant la une d'un magazine où il reprenait la célèbre formule « j'accuse ». Quand Zola défendait Dreyfus. Quand Zola défendait Dreyfus. Je viens d'une famille qui a été marquée par l'antisémitisme, par l'histoire de la Shoah. Et je crois que comparer l'audiovisuel public à l'affaire Dreyfus, c'est indécent. Vous voyez, Thomas Soto, il y a...
Il n'y a pas un moment où vous vous êtes dit, mais en fait, moi je vais arrêter, je ne peux pas cautionner ça ? Parce que c'est vrai que Charles Aloncle, il a pris quand même beaucoup de lumière. Et puis il a « teinté » cette commission d'enquête.
Vous n'avez pas dit à un moment, ça sera sans moi maintenant ? Je sais bien, c'est la tentation que certains ont eue, certains députés. Et c'est une question importante, mais moi je ne voulais pas céder, laisser cette commission d'enquête simplement aux rapporteurs. Nous faisions un travail important, et je le redis, il y a des manquements, des dysfonctionnements que cette commission d'enquête a permis d'établir. Mais on peut contrôler l'audiovisuel public sans effectivement la comparer à l'affaire Dreyfus, qui me paraît tout à fait indécent.
Jérémy Patrier-Lettus, on a entendu beaucoup de bruit, il y a eu beaucoup d'écume des vagues, et sur le fond, finalement, on ne sait pas trop quoi penser. Cas concret, est-ce que vous avez réussi à savoir si l'émission complément d'enquête de France 2 a tenté, oui ou non, de monnayer des témoignages contre Rachid Dadati, comme elle l'avait affirmé ? Elle affirme qu'elle vous a apporté des preuves. Est-ce qu'elle vous a convaincu ? Vous les avez vues, ces preuves, à la raison ?
Thomas Soto, je crois que vous avez présenté complément d'enquête. Vous connaissez ces journalistes. Aujourd'hui, je vous le dis très clairement, les documents que j'ai reçus de la part de complément d'enquête et de la part de l'ancienne ministre de la Culture leur donnent la bonne foi, le bénéfice de la bonne foi, aux deux.
Il y en a un qui a dit qu'à payer, l'autre qui dit qu'ils n'ont pas payé, et les deux ont raison.
Je vous dis que les documents qu'on m'a transmis aujourd'hui, les documents que j'ai, en l'occurrence des e-mails, leur donnent à tous les deux le bénéfice du doute, ou en tout cas de la bonne foi. Moi, je ne suis pas un procureur ni un juge d'instruction. Mon rôle, ce n'est pas d'aller enquêter. Je vous dis que les documents à ce stade qu'on m'a transmis donnent aux deux le bénéfice de la bonne foi.
Bon, à quoi tout cela va-t-il servir ? Les auditions se terminent après-demain, et puis vous aurez 15 jours pour faire connaître vos conclusions. C'est le rapporteur qui devra rédiger ses conclusions. Déjà, est-ce que vous êtes sûr d'y arriver ? Au rapport ? Oui. Il va écrire son rapport.
Et je pense qu'on sera capable de le lire, en tout cas. Oui, mais est-ce qu'il sera voté ? Jusqu'à là, on devrait y arriver. Moi, je pense que c'est important de faire la transparence vis-à-vis des Français. Sinon, les Français vous disent que vous avez travaillé pendant six mois, et aujourd'hui, vous refusez que l'on puisse prendre connaissance des conclusions. Et vous savez, je pense que les Français sont grands. Ils sont capables de lire un rapport, même si le rapport ne me plaît pas, même si le rapport sera peut-être, et je ne veux pas faire de procès d'intention aux rapporteurs, à charge, je pense ensuite que c'est aux journalistes, aux Français,
de faire le tri dans ce rapport. Oui, mais ce rapport, deux options. Soit il sera voté par la Commission, soit il ne sera pas voté par la Commission. S'il n'est pas voté, il se passe quoi ? S'il n'y a pas une majorité ? S'il n'est pas voté, tout disparaît. On oublie tout.
On oublie tout.
Tout ça pour rien.
On n'oublie rien, puisque les auditions ont été retranscrites, et que pendant six mois, les Français, les journalistes, se sont intéressés à cette Commission d'enquête, mais ce sont les règles, le rapport n'est pas publié. Mais je vous le dis, moi, je suis favorable au vote, a priori, même s'il y a encore faut-il, il faut le lire, on se prononce sur le fond du rapport, pas sur sa publication, sur ce qui est dit dans ce rapport.
C'est que le voter, c'est le soutenir ?
C'est en tout cas être en faveur de ce rapport. C'est pour ça qu'il faudra discuter avec le rapporteur, pour arriver aussi à une forme de compromis. C'est ce qui avait été fait d'ailleurs dans la Commission d'enquête TNT, entre un député LFI et la majorité. En tout cas, je pense que la transparence, elle est importante, et cette Commission d'enquête, elle a permis d'identifier, je le redis, des manquements, des dysfonctionnements, et je pense qu'il faudra des propositions.
Lesquels ? S'il y avait un ou deux manquements de dysfonctionnements, ce qui vous a le plus choqué, c'est quoi, vous ? Sur le fonctionnement de l'audiovisuel public ?
Peut-être ce mélange des genres. Vous voyez en auditionner l'ancien patron de France Télévisions, à votre époque, Thomas Soto, pardon de le dire comme ça, il y avait une forme d'exclusivité qui était demandée aux grandes figures de l'audiovisuel public. Pour le dire simplement, elle ne pouvait travailler que pour l'audiovisuel public. Or, aujourd'hui, ces grandes figures, ces grandes incarnations de l'audiovisuel public, elles présentent des émissions, elles ont par ailleurs des sociétés de production, elles travaillent parfois pour des entreprises privées, elles ont même, pour certaines, des médias. Et je pense que ce mélange des genres doit être encadré.
Quand on travaille pour le service public, quand on est une incarnation du service public, il faut une forme d'exclusivité. Donc c'est le service public et que le service public ? En tout cas, il ne faut pas un mélange des genres qui parfois pose question. Vous me demandez simplement ce qu'il faut faire. On a vu qu'il y avait parfois des montages juridiques et financiers qui posaient question. On a vu qu'il fallait encore des efforts de gestion. La Cour des comptes l'a dit. Et puis, il faut renforcer les règles de pluralisme et d'impartialité d'information. Mais, et j'en termine là, la commission d'enquête Thomas Soto, elle a aussi permis de montrer l'importance de l'audiovisuel public.
Vous êtes pour la privatisation d'une partie du service public ? Je ne suis pas pour la privatisation.
Et c'est ce qu'a montré cette commission d'enquête. Et je le dis ici rapidement, sur les 234 personnes que nous avons auditionnées, même les plus critiques, même Vincent Bolloré, n'ont pas appelé à la privatisation de l'audiovisuel public.
Il a été un peu plus ficelle que ça, parce qu'il a dit qu'il faut retirer les 4 milliards de subventions. Donc, sans argent, il n'y a plus de service public.
Il ne faut pas se raconter l'histoire. En tout cas, Thomas Soto, c'est ce que je lui ai dit. C'est bien géré le service public ou pas ? En tout cas, Thomas Soto, moi, je suis favorable à l'audiovisuel public. Il faut le réformer, l'audiovisuel public. Il faut faire attention. C'est l'argent des Français. C'est l'utilisation de l'argent public. Mais j'y suis attaché, parce qu'il remplit des missions importantes.
Vous avez beaucoup cuisiné Léa Salamé pendant son audition. On va reprendre une petite mécanique qu'elle pratique dans son émission Quelle époque, si vous voulez bien. Si vous aviez en face de vous Nicolas Sarkozy, qui n'est pas venu à son audition, qu'aimeriez-vous lui dire ?
Venez devant la commission d'enquête pour nous parler d'audiovisuel public. À Vincent Bolloré. Est-ce que vous êtes pour la privatisation de l'audiovisuel public, même si vous avez dit que vous ne l'étiez pas ?
À Pascal Praud.
Quel est votre sentiment sur l'audiovisuel public ? Vous avez contribué beaucoup parfois à le critiquer, mais êtes-vous favorable à cet audiovisuel public ? Est-il complémentaire de l'audiovisuel privé ? Moi, je le crois. Et aller à Salamé ? Et aller à Salamé, je lui dirais C'est une question pas évidente. Quand allez-vous arrêter ? Est-ce que vous arrêterez de présenter le journal télévisé quand votre compagnon sera candidat à l'élection présidentielle ? Elle a dit, elle est très claire là-dessus. Et je pense que c'est important. Et je lui redemanderais ce que j'ai demandé à chaque invité. Finalement, quelle est la raison d'être de l'audiovisuel public ?
Parce que c'est ça qui fait qu'aujourd'hui l'audiovisuel public est important dans le pays. Et à Charles Aloncle, votre rapporteur ? Y avait-il un objectif politique dans cette commission d'enquête ? Est-ce qu'il a fait tout ça pour faire élire Jordan Bardella, président de la République en 2027 ? A-t-il envisagé d'être le ministre de la Culture de Jordan Bardella ?
Merci beaucoup Jérémy Patrier.
Charles Alloncle