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interviewLCP (sur YouTube)· 27 septembre 2024 14 min

Benjamin Haddad, un député devenu ministre | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Il s'est fait connaître comme chercheur, spécialiste des relations internationales, mais un chercheur militant. Député Renaissance depuis 2022, Benjamin Haddad vient d'être nommé ministre délégué chargé de l'Europe. On va revoir ce numéro de "La politique et moi", enregistré en mai 2023.

Générique ...

Bonjour, Benjamin Haddad. -Bonjour. -Une anecdote m'a fait sourire quand j'ai préparé l'émission.

C'est la réaction de votre mère quand vous lui avez dit que vous vouliez prendre votre carte dans un parti alors que vous étiez encore au lycée. -Oui. J'ai été élevé par des parents qui ont la passion du travail, des études.

Sa réaction a été : "Passe ton bac "et puis Sciences Po d'abord". J'ai toujours été passionné de politique, mais j'ai pris ma carte une fois à Sciences Po. -Qu'est-ce qui vous rendait si impatient de vous engager ? -J'ai toujours eu cette passion.

J'ai été au lycée à un moment très politisé. Jean-Marie Le Pen était au 2e tour en 2002. Moi, j'ai eu mon bac en 2003.

On avait eu le 11 septembre. Beaucoup de sujets étaient brûlants, en politique intérieure et en relations internationales. Et à un moment, on a ça en soi.

On a envie de donner un sens à sa vie qui dépasse sa propre personnalité. J'ai passé du temps en tant que militant. -Donc, Jeune Populaire, à l'époque ? -Jeune Pop, oui, à l'UMP. -Les jeunes de l'UMP. -Oui, l'UMP présidée par Marie Guévenoux, qui est aujourd'hui députée de Renaissance.

A tracter, coller des affiches, à écumer les meetings, à participer à la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007... -Vous aviez 21 ans.

Vous n'avez pas participé en petite main. Vous avez rédigé des notes, des discours sur le volet international. -J'étais passionné par l'international.

Après un stage dans un think tank américain en 3e année de Sciences Po, j'ai commencé à travailler avec David Martinon, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, qui avait organisé une équipe pour préparer le programme de politique étrangère : des notes, des discours, des éléments de langage. Mais j'ai aussi participé en tant que militant actif sur le terrain. -David Martinon, vous l'avez suivi dans sa campagne aux municipales de Neuilly-sur-Seine.

Et à partir de 2009, c'est en première ligne que vous êtes apparu comme jeune copéiste. *-Je voulais juste dire un petit mot de "Génération France" et de "Génération France Jeunes" que vous connaissez. C'est un think tank, donc un cercle de réflexion qui a été créé par Jean-François Copé depuis quelques années pour promouvoir le débat, ouvrir au maximum la réflexion politique à la société civile, aux entrepreneurs, aux intellectuels, aux jeunes, à ceux qui n'ont pas l'habitude de s'engager dans un parti politique, dans une logique militante pour participer aux débats. -Vous étiez responsable du mouvement "Génération France", un think tank, comme vous dites, un cercle de réflexion.

Il y en a eu deux autres par la suite, on va en parler, des think tanks. Pour certains, la politique, c'est l'action. Pour vous, c'est d'abord la réflexion, l'intellectualisation ? -Non, c'est l'action au service des idées.

Je suis engagé, militant pour mes convictions, un spectateur engagé. -Pour défendre vos idées. -Oui.

Dans l'engagement politique, on a des leviers d'action opérationnels pour pouvoir agir et c'est bien l'objectif. -Par la suite, Jean-François Copé a misé sur vous quand il a pris la tête de l'UMP. Il vous a nommé secrétaire national.

Vous, pourquoi avez-vous misé sur lui à l'époque ? -C'est quelqu'un pour qui j'ai toujours beaucoup d'amitié. J'ai été à l'UMP parce que je suis un libéral, un réformateur, un Européen.

Il incarnait ça. Il avait aussi donné beaucoup de dynamisme au groupe. -A l'Assemblée, vous voulez dire ? -Absolument.

Il était président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. C'était un groupe assez actif, autonome. J'étais attiré par ça.

Et puis, en effet, il y avait ce think tank où venaient des gens de gauche, de droite, des experts de la société civile pour débattre. Là, le débat portait sur l'Education nationale. Une période stimulante. -Intellectuellement.

On en revient toujours aux idées. En 2014, vous demandez à Jean-François Copé de vous envoyer en Ukraine, en plein soulèvement du peuple à Kiev. Vous y allez au nom de l'UMP pour rencontrer les partis d'opposition.

Selon vous, ce voyage a été le tournant de votre engagement. C'est-à-dire ? -Déjà, ça a été un moment passionnant, intense, très émouvant.

Vous avez cette place Maïdan à Kiev où des dizaines de milliers de jeunes viennent se rassembler pendant des mois, il fait moins 15 degrés, dans des tentes, avec des drapeaux européens. C'est la première fois dans l'histoire que des gens se font tuer parce qu'ils brandissent le drapeau européen qui, pour eux, est la promesse de la démocratie, de la lutte contre la corruption et d'un avenir européen. Nous sommes en 2014.

En France, on place le FN en tête de l'élection européenne. Le Brexit est proche. On est blasés, cyniques par rapport à l'idéal européen qu'incarnent les jeunes Ukrainiens.

C'est un moment fort. C'est un moment où j'ai voulu m'éloigner de la politique plus classique. -C'est là où j'en viens.

Vous dites que ce Maïdan vous a rendu à nouveau idéaliste. Or, la leçon que vous en tirez, c'est de quitter la politique. C'est étonnant. -C'est vrai que comme beaucoup de collègues, de gauche comme de droite, je ne me reconnaissais plus dans ce que le clivage droite-gauche avait à offrir.

Je voyais la droite, l'UMP, qui était prise dans des querelles de personnalités, d'égo, qui commençait à se crisper sur des questions d'identité et de société. J'étais favorable au mariage pour tous. J'ai vu beaucoup de dirigeants de droite aller manifester.

Donc, j'ai décidé de prendre du recul. -Vous partez à Washington et devenez chercheur dans le think tank Hudson Institute. Voyez-vous cela comme une autre forme d'engagement que la politique ?

On a le sentiment que vous êtes un chercheur engagé. -Absolument. Déjà, j'arrive à un moment passionnant, fin 2014.

Quelques mois plus tard, Donald Trump déclare sa candidature à l'élection présidentielle. Pendant un an, tous mes amis américains, républicains comme démocrates, nous disent : "Il n'a aucune chance, il va imploser en plein vol." Ils n'ont pas vu venir.

Je crois que c'était un avertissement pour l'Europe. Après ça, j'ai compris que Marine Le Pen et les populistes pouvaient l'emporter, qu'il fallait rester engagé et que Trump n'était pas un accident de l'histoire. Aux Etats-Unis, on voyait un repli des Américains sur eux-mêmes, un retrait d'Europe, une volonté de ne plus intervenir dans des conflits au Moyen-Orient ou ailleurs avec des conséquences sur notre sécurité.

Les Européens devaient en tirer les conclusions. -Ce qui est étonnant, c'est que ce think tank Hudson Institute puis le 2e, Atlantic Council, sont des cercles de réflexion considérés comme atlantistes proaméricains. Vous, à l'intérieur de ces cercles, vous défendez l'Europe autonome, souveraine, indépendante, l'Europe puissance.

Ils vous en ont voulu ? Vous les avez dérangés ? -Parfois, j'ai été le poil à gratter.

Mais quand j'ai dirigé le centre Europe de l'Atlantic Council, je les ai convaincus de faire un centre qui, pour la 1re fois aux Etats-Unis, parlait de l'Union européenne. Aux Etats-Unis, l'Europe était vue à travers l'OTAN ou les relations avec les Etats membres. Mais l'Union européenne, sur le plan de la régulation des nouvelles technologies, sur le plan commercial, militaire...

Les Américains sont un peu schizophréniques. D'un côté, ils disent qu'ils vont se retirer de l'Europe et que les Européens doivent plus investir dans leur défense. Et tant mieux.

Et quand on le fait, quand on essaie d'unir l'Europe et les instruments de la souveraineté, généralement, ils braquent, voire s'y opposent. Donc, un dialogue transatlantique important doit être mis en place entre alliés démocratiques, mais il y a une relation à réinventer. C'est ce que j'ai essayé de faire des deux côtés de l'Atlantique. -Ce que vous avez fait avec votre livre "Le paradis perdu" paru en 2019 où vous évoquez l'avènement du trumpisme et développez un concept émergé quelques années avant, celui de l'autonomie stratégique.

Or, 7 mois plus tard, Emmanuel Macron en parle dans une interview à "The Economist". Il y a un lien ? Vous étiez en contact ?

Parce que vous l'avez rencontré à Washington dès 2015. Est-ce que vous lui aviez envoyé votre livre ? Vous avez pu l'influencer ? -Emmanuel Macron s'intéresse beaucoup à ces débats et ces questions.

Il a mis l'Europe au coeur de sa campagne, c'est ce qui m'a attiré dès 2007, en m'engageant aux Etats-Unis dans sa campagne avec lui. Je crois qu'il est hanté par l'idée que l'Europe pourrait se retrouver à disparaître, à n'être qu'un théâtre des rivalités entre les Etats-Unis et la Chine, sans parvenir à avoir sa propre voie, à défendre ses intérêts. -Mais pensez-vous avoir nourri sa réflexion sur ce sujet ? -Il se nourrit de beaucoup d'experts, de beaucoup de rencontres.

Il est toujours à l'écoute et ouvert à ces échanges. Il s'intéresse aux idées. -Votre rencontre avec Emmanuel Macron date de 2015.

Vous vous engagez avec lui en 2017 à Washington avec le comité En Marche sur place, localement. Mais vous avez laissé passer les législatives pour vous présenter finalement en 2022. Vous revenez en France et vous présentez à Paris dans le 16e arrondissement.

Qu'est-ce qui motive ce retour en politique, alors que vous aviez été déçu en 2015 ? -Je crois que les 5 prochaines années sont fondamentales pour le pays. Il y a un risque que l'extrême droite arrive au pouvoir, il y a des réformes fondamentales à faire au niveau national, mais aussi européen.

Ma famille...

Mon père n'est pas né en France. Une famille qui s'est intégrée, qui a fui l'antisémitisme en Tunisie et qui est très reconnaissante à la République, qui a travaillé dur pour s'intégrer. Je me suis toujours senti redevable, l'engagement ne m'a pas quitté.

C'était le moment de franchir le cap. -A l'Assemblée, vous présidez le Groupe d'amitié avec l'Ukraine. Vous rencontrez Zelensky deux fois : à l'Atlantic Council et depuis que vous êtes député également.

Cette guerre en Ukraine, elle réunit les valeurs pour lesquelles vous vous battez : la liberté, l'Europe, la démocratie. Mais cette bataille pour ces valeurs, ne la meniez-vous pas de manière plus efficace en tant que chercheur engagé et militant ? -Non.

Ce sont des rôles différents. Dans le cadre de l'Assemblée, il y a un soutien à ce que fait la France. -Mais vous n'êtes pas aux commandes en tant que ministre. -Naturellement.

Mais il y a les livraisons d'armes, le fonds de soutien à l'Ukraine que le groupe a fait doubler lors du débat budgétaire. Je crois à la diplomatie parlementaire. Notre assemblée a un rôle à jouer dans ce soutien à l'Ukraine.

Les Ukrainiens sont reconnaissants du soutien de la France, mais aussi de ces échanges qu'ils peuvent avoir avec les Parlementaires. -On va passer à notre quizz. Voici la règle : je commence une phrase et c'est à vous de la compléter.

On y va. "Depuis que je suis député, j'évite de..." -J'évite de céder à la facilité de la violence, du clash.

C'est un monde de conflits, on se bat pour des idées. Mais c'est un monde qui peut aussi vite céder aux conflits de personnes et j'évite cela. -"Un bon porte-parole, c'est comme "un bon prof..." Etes-vous porte-parole du groupe Renaissance ? -J'ai enseigné.

C'est différent parce que...

J'ai toujours aimé l'enseignement très interactif. Je faisais beaucoup lire mes étudiants, j'essayais de les faire s'exprimer sur le sujet. Pour moi, c'est la meilleure façon d'enseigner.

Un porte-parole parle plus qu'il n'écoute. -Il y a la pédagogie. -Oui, vous avez raison.

En revanche, la politique, c'est énormément d'écoute. Dans une campagne, c'est là où l'on parle le moins. On vient rencontrer les gens sur le terrain.

Et ça, ça peut être proche d'un bon prof qui est dans la pédagogie, l'échange et l'écoute. -"Ce qui me manque le plus "de la vie américaine, c'est..." -Je ne sais pas.

J'avais une vie intéressante et agréable, mais sinon... -Vous préférez la vie française ? -Bien sûr. -Merci, Benjamin Haddad. -Merci à vous.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA

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