Éric Zemmour en conférence à Londres
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci beaucoup, merci, merci de cet accueil aussi chaleureux. J'espère que le micro marche bien, que vous m'entendez tous. Et puis, merci d'être venu jusqu'ici parce qu'on devait... Le Royal Institute, si j'ai bien compris. Je suis toujours content de venir à Londres. J'ai, je vous avoue, un rapport très particulier avec l'Angleterre. C'est-à-dire que moi, mon premier réflexe, c'est de dire comme Robespierre, je hais les Anglais. Évidemment, puisque ce sont quand même les bourreaux de Napoléon et de notre projet plus largement d'hégémonie sur l'Europe continentale. Et en même temps, je dois avouer que je ne peux m'empêcher toujours valeureux, toujours combatif, toujours vainqueur.
Vous savez, l'historien Jacques Perville dit « Quand les Anglais rentrent dans une guerre, c'est pour la gagner. » Et en général, ils la gagnent. On peut d'ailleurs l'histoire de la France et l'Angleterre comme une éthique entre la Terre et la Mer, le continent et le pays qui l'en a empêché. Qui d'ailleurs a empêché tout, la Prusse et l'Allemagne. Le monarque ne s'était pas levé, le traité de Troyes avait réglé la question et nous étions tous gouvernés sous un monarque. Et puis il y a cette histoire loufoque. L'oufoque est de 1940 avec aussi fuir la terreur là-bas en Angleterre. C'est la ville de Paris, en fait, que n'est-il ? C'est le drapeau américain.
Donc sans le savoir, notre drapeau des trois couleurs, bleu, blanc, rouge, du drapeau de l'Union Jack et du drapeau anglais. Ses rapports permanents, absolument magnifiques, sublimes et purs, solitaires, admirables. À lui tout seul, ce qu'on a connu à côté des guerres, des affrontements inexpiables. mais qui ne sont pas simples et à l'égard de tous les étrangers et de tous les compétences d'ailleurs. Je pense qu'il ne faut pas le prendre comme ça. Je ne suis pas à votre place et j'imagine que vous avez tous des anecdotes qui vous ont fait ressentir cette espèce d'impressil à vivre.
Mais je dirais, au regard de l'histoire, je pense que ce vote du Brexit est le signe d'abord d'une vitalité démocratique parce qu'après tout, les Anglais ont pu, évidemment, en référence au vote sur le référendum européen de 2005 en France. Et ça, c'est une première chose. Finalement, la classe politique anglaise, après, on a bien senti qu'il y avait une tentation chez les élites anglaises, à l'instar des élites francs, sur ce vote démocratique. Mais finalement, ils ne l'ont pas fait. C'est l'instinct de vitalité au juge européen qui a décidé de ne plus se soumettre aux technocrates européens. Je pense que c'est un bel exemple de leur reprocher, après tout.
Et d'autant plus que, contrairement aux Français, ces Anglais ont vu ce qu'on entendait et ce qu'on entend encore dans les médias français, puisque vous avez remarqué, et c'est comme d'habitude à nos dépens, que s'est reconstitué un bloc anglo-saxon très vite. Il a fallu que quelques mois, quelques années, à Lille, la Nouvelle-Zélande, vous avez vu tout ça, évidemment, ce nouveau Commonwealth, mais sous direction américaine, comme par hasard, à nos dépens. Donc, je pense qu'il faut comprendre, évidemment, vu à l'époque, les études, qui a voté contre. Et là, je ne peux pas m'empêcher de penser à mon nouvel ami, qui en l'est dit partout, et le comprend.
Nous ne sommes pas dans la même situation. Je pense que nous ne sommes pas des Anglais, nous ne sommes pas une île. Le marché commun est de l'Union Européenne, où les Anglais ont adhéré bien plus. Nous en avons perdu aussi. Prendre victoire au XXe siècle, s'est avérée une victoire à la Pyrrhus, qui nous a coûté encore plus cher qu'une défaite, je veux évidemment parler, de la guerre de 1914. Donc, nous ne sommes pas dans la même situation, la guerre de 1914, de la Révolution, de Napoléon. Et puis, nous avons eu cette défaite de 1870.
Pompidou dit dans une lettre à Malraux, c'est la première fois que la France, depuis des siècles, était battue par un pays seul, par une armée seule, a traumatisé les Français. Et que depuis, les Français, ils ont besoin d'alliés, ce qui explique beaucoup de choses, ce qui explique l'avant-guerre 14, ce qui explique surtout la pusillanimité française face à Hitler, qui avait toujours besoin de ce qu'on appelait la nounou anglaise. C'est effectivement notre rapport à ce marché commun, à cette Union européenne, même si, très souvent, les Européens vont à l'encontre de nos intérêts.
Ce qui explique aussi le comportement, qui sont très bien incarnés par Emmanuel Macron, c'est-à-dire que nos élites françaises préfèrent la poursuite de chimères fédéralistes, de chimères européistes, d'États-Unis d'Europe. Alors, on ne comprend pas cela si on ne voit pas cela, et on ne comprend pas cela non plus, si on ne voit pas cette espèce de naïveté française, d'universalité française, qui se retourne contre la France. Vous savez, c'est ce que j'appelle, moi, le syndrome de Victor Hugo.
Vous connaissez sans doute ce grand discours de Victor Hugo, qui dit, demain, il n'y aura plus d'Anglais, il n'y aura plus de Français, il n'y aura plus d'Allemands, il n'y aura plus d'Italiens, car ils seront tous frères, les Corréziens, etc., etc. Un génie insurpassable, en politique, l'est beaucoup moins, et là, en l'occurrence, il se trompe, car, comme disait le général de Gaulle, on ne fait pas d'omelette avec des eaux dures. La France, l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, ne sont pas la Bretagne, la Corrèze, la Corse, etc. Ce sont des vieilles nations, et qui ne se fonderont pas dans une nation européenne. Mais les élites françaises sont prêtes à nous emmener dans le mur pour cela.
Emmanuel Macron est un exemple typique. Et dans ses relations avec l'Angleterre post-Brexit, on voit bien que c'est cela qui l'anime. Donc, qu'est-ce qu'il fait ? Il passe son temps à faire la morale aux Anglais, « Ah, c'est pas bien, cette partie, c'est pas bien. » Et il veut les punir comme des carnements. On doit montrer, on doit montrer au peuple anglais, on doit montrer que partir de l'Union européenne, coute, partir de l'Union européenne fait mal. L'attitude moralisatrice d'instituteurs ou de... Nous n'avons pas à adopter cette attitude. Le peuple anglais a décidé, nous devons respecter le peuple anglais.
Cette attitude est contre-productive,
et en plus, est injuste, et en plus, est irrespectueuse. Et en plus, quelques jours, j'allais dire quelques heures, comment la négociation sur la pêche s'est très mal finie, et comment les Anglais nous ont un nouveau petit Trafalgar. Nous allons détruire des centaines de bateaux de pêche, cette fois, et pas de guerre. Mais c'est terrible pour ces marins, qui sont même cruellement injustes, car ces gens-là avaient des droits de pêche depuis des décennies, voire des siècles. Il y a une grande injustice. Et vraiment, c'est absolument scandaleux, ce qu'ont fait les Anglais. Mais c'est vraiment le gouvernement français qui s'est très mal débrouillé, qui a très mal négocié.
Et alors, quand on parle de négociation, quand on parle de Brexit, évidemment, on pense au génie de la négociation, une espèce de Mozart de la négociation. je veux parler, évidemment, de Michel Barnier. Tellement peu français. Ah oui, c'est normal. On ne va pas tout voir. Il ne s'est pas occupé pendant 40 ans. Il se rendait compte que l'Europe était un obstacle. Donc, il n'a pas vu cela. Et je pense que là, c'est assez tragique pour eux. Et c'est assez tragique aussi pour Michel Barnier, parce qu'il a montré, là, ses limites de grands négociateurs. D'ailleurs, les négociateurs, quand j'avais vu que, finalement, le Brexit, c'était achevé par quoi ?
Par le fait que les Anglais ne voyaient pas imposer de droits de douane pour vendre leurs produits. C'est exactement ce qu'ils voulaient. Leur objet, ils ont, contrairement à Michel Barnier, qui, lui, justement, voulait le contraire. Une européenne. Mais, finalement, l'idéologie bruxelloise de libre-échange a été la plus forte, même au propre détriment des intentions des négociateurs pour que c'est le droit. Donc, ça, je pense qu'Emmanuel Macron se trompe quand il veut punir les Anglais, quand il veut faire la morale aux Anglais. En revanche, il n'y a aucune raison qu'on ne reprenne pas des négociateurs d'opérations, en particulier militaires.
Nos premières armées du continent européen, les autres n'ont pas d'armée. Déjà, les nôtres ne sont pas brillantes. Je dirais, par exemple, que la France, c'est une armée remarquable, mais une armée échantillonesque. C'est-à-dire que nous avons un peu de tout et donc nous pouvons faire la guerre trois jours, une semaine. Et ensuite, nous nous retournons vers nos alliés américains pour avoir, parce que nous n'en prendons pas en meilleur état, en vérité, même si j'ai vu là que, depuis quelques mois, Boris Johnson a pris une décision très importante et fondée de remettre le paquet sur l'armée et sur son appareil militaire.
J'espère que les Français feront de même et je souhaite et je propose que les Français en fassent de même. Opérations, il n'y a aucune raison. Nous sommes liés, nous sommes voisins, nous avons finalement beaucoup d'intérêts communs, même si nous n'avons pas en vérité la même stratégie, parce que tout simplement, nous n'avons pas la même géographie, je l'ai dit, et pas la même histoire. Dans un bloc anglo-saxon, nous, je pense que nous devons, au contraire, que les États-Unis considèrent leurs alliés comme des domestiques. L'URSS et le communisme ont disparu depuis maintenant 30 ans, on va percevoir.
Et nous pourrions ainsi retrouver, avec Gaulienne, mais en vérité beaucoup plus ancienne que ça, d'indépendance et, on parlait de ce conflit entre la terre et la mer, et entre les deux grandes puissances que nous fument, l'Angleterre et la France, et ce conflit-là, vous allez le retrouver, la Chine et les États-Unis, qui va occuper tout le siècle qui nous attend, et où, effectivement, les Américains veulent nous embarquer dans la démocratie, et nous n'avons rien à faire dans ce combat, même si nous devons, évidemment, nous méfier des Chinois.
Donc, vous voyez, nous n'avons pas la même stratégie, la même ligne que les Anglais, mais rien ne nous empêche de nous retrouver sur certaines accords, sur certaines coopérations.
Voilà, une communauté française, ici à Londres, très importante, une personne, c'est la 5e ou la 6e ville de France, en vérité, c'est une grande métropole française, des gens qui sont de très haut niveau, de diplômes, de conditions sociales, et puis il y a d'autres qui sont beaucoup plus modestes, qui travaillent dans les restaurants, qui travaillent un peu comme ça, des jeunes qui occupent aussi, qui payent aussi leurs études, et il y a, c'est vraiment une communauté française, en fait, quelque part, quelque part, je trouve que vous êtes ce qu'on fait de mieux en France, c'est-à-dire les plus audacieux, vous avez quitté votre pays, vous faites rayonner la France, vous montrez les qualités intrinsèques de ce qu'elle a produit, de meilleurs, de plus intelligents, de plus rationnels, de plus organisés, et en cela, je suis assez fier de vous, et en même temps, comment vous dire, vous savez, je suis toujours gêné quand des Français quittent la France, mais je vais vous dire franchement, parce que, historiquement, la France a beaucoup perdu sa population au moment où nous étions des conquérants et des colonisateurs, je pense ainsi que nous avons perdu le Canada parce que nous n'étions pas assez nombreux, parce qu'il n'y avait pas assez d'émigrants français, qu'il y avait beaucoup d'émigrants anglais.
Et moi, je suis allé à l'Algérie, par exemple, parce que nous n'avons jamais réussi à envoyer des millions et des millions d'émigrants français, parce que les Français ne voulaient pas partir. En plus, vous êtes en débat de moins dix, toujours en France, c'est-à-dire des raisons économiques, des raisons sociales, je comprends très bien tout ça, vous avez pu vous épanouir davantage qu'en France, je le comprends très bien. Et puis, je pense à parler d'ailleurs avec certains d'entre vous, qu'il n'y a pas que ça, en vérité. Et que, à la gare du Nord, notre cher pays a changé.
Et à quel point notre cher pays subit une invasion phénoménale et un emplacement de populations qui crèvent les yeux, si ce n'est de nos élites qui ont fait pour que notre fille se fasse agresser, pourquoi risquer que notre fils se fasse détrousser, pourquoi risquer que soi-même, cette France qui n'est plus vraiment la France avec ses enclaves étrangères, cette France qu'on ne reconnaît plus, que vous ne reconnaissez plus, que nous ne reconnaissons plus, je comprends votre réticence à rentrer.
Maintenant, de conclusion, je vais vous dire beau compliment qu'on m'ait fait aujourd'hui, quand je suis arrivé, qui m'a dit « Je pense qu'il n'y a que vous qui me donnerait des raisons de revenir en France. » Et donc, je pense qu'on ne peut pas me faire plus beau compliment.
Éric Zemmour