Anasse Kazib, cheminot, chez Bourdin à la veille d'une journée de grève massive à la SNCF
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
On est avec Anas en ligne. Bonjour Anas. Oui, bonjour.
Bonjour, bienvenue sur RMC. Vous ferez grève demain, vous êtes un agent SNCF. Pourquoi vous faites grève ?
Je fais grève tout simplement parce que nous, on souhaite le retrait de cette réforme ferroviaire. Donc oui, je serai en grève le 3, le 4 et puis moi je suis délégué Sud Rail aussi. Donc nous, on se dit qu'il va falloir une grève reconductible par période de 24 heures, comme mon collègue qui est sur votre plateau, pour pouvoir faire retirer cette réforme définitivement.
Vous allez réussir à tenir ? Vous avez un peu de marge devant vous ? Écoutez, en tout cas, est-ce qu'on va réussir à tenir ?
On sait quand une grève commence, on ne sait jamais quand est-ce qu'elle finit. Maintenant, la réalité, c'est vrai que la question financière, elle est centrale. C'est toujours important, c'est toujours des questions d'argent, sinon on ferait 100% de grévistes.
On nous a dit que les grèves, les cheminots, ils étaient payés, etc. Au final, tout le monde se rend compte que les cheminots, ils ne sont pas payés à faire grève, que les cheminots, ils n'ont pas de prime de charbon, que les cheminots, ils n'ont pas de prime d'absence de prime. Au final, ceux à qui on veut proposer des primes aujourd'hui, c'est les cadres.
C'est de leur filer 150 euros pour faire le travail que nous, on fait chaque jour. Moi, je trouve ça scandaleux. Et c'est une attaque frontale à cette mobilisation des cadres que je rappelle le 22 mars.
Il y avait entre 30 et 50% dans certains secteurs de cadres mobilisés. Et c'est au-delà de...
Mais Anas, on sent bien qu'on est un peu à la croisée des chemins. Aujourd'hui, en gros, un Français sur deux vous soutient, un Français sur deux ne comprend pas. Est-ce que vous n'avez pas peur de les braquer, notamment avec Sudrail en décidant d'être dans une grève continue ?
C'est-à-dire, pour le coup, vraiment une grève d'usure ? Non, je ne pense pas aucunement. Il faut savoir qu'en 95, il y avait les mêmes sondages d'opinion avant les grèves de 95.
Il y avait 80% des Français qui ne soutenaient pas la grève des cheminots. 10 jours après la grève reconductive, c'est-à-dire on était à 10 jours de blocage du pays, il y avait des sondages qui étaient à 70% en faveur des cheminots. Les Français, dans leur ensemble, les usagers qui prennent le train chaque jour, c'est des travailleurs comme nous, c'est des prolétaires comme nous.
Ils savent très bien que lorsqu'il y a un blocage des cheminots, c'est aussi indique pour eux. Ils savent très bien qu'après 95, c'est les 35 heures qui ont été obtenues. Ils savent très bien qu'après 95, c'est 8 ans d'accalmie avant les premières réformes de François Fillon.
Oui, mais enfin, entre-temps, Emmanuel Macron a été élu, et il a été élu sans mentir, en quelque sorte. Il avait annoncé la couleur dès le début, quoi. J'imagine, mais ce que je veux dire, c'est qu'est-ce qu'il n'y a pas quand même une légitimité du gouvernement à faire ce qu'ils avaient déjà annoncé qu'il ferait ?
Écoutez, si on doit se dire déjà, est-ce qu'il l'a annoncé ? Il n'a jamais annoncé qu'il allait y avoir une réforme du ferroviaire. Après, qu'il l'annonce ou pas, c'est aussi un droit démocratique de faire grève et de contester.
On n'est pas encore dans une monarchie. Tout à fait. Ce n'est pas parce qu'on dit on va faire ci, on va faire ça.
Au final, on est obligé de nous la fermer et de rester chez nous. Maintenant, la réalité, c'est que Macron, il est quand même mal élu. Il est élu autour d'un front républicain pour faire barrage au Front National.
Donc, à un moment donné, la légitimité qu'il a, c'est lui seul qui peut le dire. Nous, la légitimité qu'on voit, c'est qu'il y a des carrefours qui sont massivement en grève. C'est qu'il y a des retraités le 15 mars qui étaient massivement en grève.
C'est qu'il y a une grève dans l'aérien le 3. C'est qu'il y a une grève chez les cheminots à partir du 3. Enfin, il y a les éboueurs, vous l'avez cité tout à l'heure.
Donc, il faut qu'il sente cette colère-là, en tout cas. Et il est déconnecté. Il est déconnecté.
C'est le président Jupiter, comme avait dit Bruno Le Maire. C'est Jupiter qui est au-dessus de la mêlée, qui, le 12, va aller devant les caméras des médias pour signer les ordonnances, pour faire comme si de rien n'était. Et ça, les usagers, ils le savent.
Donc, oui, on va les bloquer. Mais vous savez, moi, ce qu'ils me disent, Apolline, moi, les amis qui sont usagers, qui nous disent, c'est chiant, les cheminots, quand vous faites grève, parce qu'on n'arrive pas à prendre le train. Mais putain, si vous, vous tombez, on est foutus.
Et c'est ça, la réalité. C'est parce qu'ils savent très bien que derrière, les cheminots, et vous l'avez dit, François Ruffin l'a dit hier, les cheminots, c'est une digue. Et on sait très bien que le petit serveur dans le café, que le petit plombier qui travaille dans une PME, que si demain, les cheminots, ils tombent face à cette réforme, ils savent très bien que derrière, c'est eux qui tomberont.
Parce que derrière, on le sait, quel est notre privilège à tous ? C'est le SMIC. Et on expliquera à quel point, en Afghanistan, il n'y a pas de SMIC, et pourtant, il n'y a pas de chômage, qu'en Allemagne, le taux horaire, il est de temps, que là-bas, il n'y a pas de 35 heures, et on ira chercher l'ensemble des ouvriers de ce pays en leur expliquant qu'il y a 6 millions de chômeurs, qu'il y a 9 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, que vous comprenez, il va falloir faire des efforts.
Donc c'est ça, la réalité. Et nous, c'est pour ça qu'on va se battre. En tout cas, il y a un dicton qui dit, vous n'avez pas de train aujourd'hui pour en avoir demain, et c'est ça, cette grève-là.
En tout cas, on espère essayer de...
C'est le dicton des cheminots. Merci beaucoup. Merci, Anas, d'être venu témoigner sur RMC.
On le sent, effectivement, une détermination. Et au fond, sur les épaules d'Anas, Bernard Romain, c'est comme s'il y avait le poids absolument de tous les travailleurs de France. Tous les jours à 11h20.
Demain, je peux vous dire qu'il va y avoir du rite, parce qu'on a un peu creusé la personnalité du bonhomme, c'est Anas Casib qui sera avec le bonhomme. Agent de contrôle, aiguillère à la SNCF, fils de cheminots. Il est à la SNCF depuis 6 ans.
On nous a dit que c'est une sacrée grande gueule. On va capitonner les murs et il viendra demain dans les GGSOS Service Public.
Anasse Kazib