Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 12 mai 2026 24 min

Alain Milon : "Moi je ne connais pas de maladies incurables"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Alain Milon, je le rappelle, vous êtes sénateur à l'ère du Vaucluse et vous êtes le rapporteur du texte sur la création d'un droit à l'aide à mourir. Texte détricoté une nouvelle fois hier soir par le Sénat. On va longuement y revenir dans quelques instants. Mais d'abord, on regarde les unes de la presse régionale. Une de la presse régionale consacrée dans leur quasi-entièreté ce matin à l'antavirus. On va en regarder trois. D'abord, la vôtre, celle de la Provence, antavirus. Quel danger pose la question que pose le journal l'Est républicain sur la France qui ajuste ses précautions et puis où est-ce-France, antavirus ?

Comment sont pris en charge les patients ? Alain Milon, vous êtes sénateur mais vous êtes également médecin. Est-ce qu'il faut s'inquiéter aujourd'hui de l'antavirus ?

0:55
Invité

Je le fus, le médecin. Oui, il faut toujours s'inquiéter d'une possible épidémie virale, quelle qu'elle soit. L'antavirus, de ce que je sais, parce que je ne suis pas virologue, n'est pas aussi contagieux, ne semble pas aussi contagieux que le Covid et que les coronavirus en particulier. Donc moi, je pense que les mesures qui sont prises actuellement par la France sont les mesures exactes. Il ne faut pas s'inquiéter plus que ça. On le disait en aparté, il n'y a pas de traitement antiviraux. Quand on est affecté par un virus, on traite les symptômes, on ne traite pas la maladie elle-même, on attend qu'elle passe.

Et donc ici, cet antavirus tel qu'il est, chez cette dame en particulier, c'est un antavirus qu'elle a pris sur le bateau qui vient d'Amérique latine. Donc il y a, semble-t-il, deux types d'antavirus, les antavirus américains, qui sont certainement ceux qui entraînent des complications les plus sévères. Et en Europe, la ministre le disait, l'antavirus est connu aussi, mais il est beaucoup moins grave dans son évolution.

2:04
Présentateur

Moins létal. La souche européenne est moins létale.

2:06
Invité

Il est, semble-t-il, pas du tout létal que le virus américain. Le problème, c'est que là, on a quelqu'un qui a un antavirus d'origine Amérique latine, et donc il faut la mettre carrément en isolement, ça c'est une bonne chose. Et puis il semblerait quand même que les symptômes qu'elle présente sont importants, mais pas graves et que sa vie n'est pas en danger. Donc mettons-les en place, toutes les mesures nécessaires.

2:31
Présentateur

À l'heure actuelle, mais juste, le gouvernement qui au début parlait d'auto-isolement a finalement changé les règles hier pour dire les cas contacts doivent être isolés en milieu hospitalier. Il fallait sévir, il fallait durcir les règles ?

2:43
Invité

À cause de l'évolution de la maladie de cette dame en particulier. C'est vrai qu'à partir du moment où on voit une évolution qui n'est pas très favorable, il vaut mieux prendre des mesures beaucoup plus strictes que de continuer à prendre des mesures. L'isolement chez soi, c'est une bonne chose. On sait très bien que la quasi-totalité de nos concitoyens ne respecterait pas ce genre d'isolement. L'isolement en milieu hospitalier, en milieu fermé comme pour cette dame, là, tout le monde surveille qu'elle est bien enfermée et qu'il n'y a pas de risque majeur.

Je crois que si le gouvernement prend des mesures extrêmement strictes actuellement, c'est plus parce que d'abord il faut les prendre, mais c'est plus parce que si les mesures étaient moins strictes, elles ne seraient sûrement pas complètement respectées.

3:26
Présentateur

Et la chaîne de contamination peut être cassée ?

3:27
Invité

Et la chaîne de contamination, oui.

3:29
Présentateur

On va parler de l'actualité du Sénat. Vous êtes le rapporteur du texte sur l'aide à mourir. Et le Sénat qui a donc repris hier l'examen des textes sur la fin de vie, le texte sur les soins palliatifs a été revoté rapidement. On va y venir. Et concernant le texte sur l'aide à mourir, il y avait comme un air de déjà-vu avec le rejet, Stéphane, de l'article clé.

3:51
Invité

Oui, l'article clé, c'est l'article 2, celui qui devait instaurer l'aide à mourir et en définir un peu les contours. Il a été supprimé avec 151 voix contre et 118 voix pour. Les pours sont ceux qui étaient favorables à la version alternative que vous avez proposée. Alain Millon remplacé aide à mourir par assistance médicale à mourir. Et parmi les contres, vous aviez à la fois ceux qui étaient opposés farouchement à l'aide à mourir et ceux qui voulaient retrouver une version semblable à celle des députés. Écoutez Bruno Rotaillot, président des Républicains, sénateur et qui faisait partie des pourfendeurs de l'aide à mourir.

Lorsqu'on essaie de regarder un peu les pays qui ont autorisé la mort administrée, il y a deux évolutions. La première, c'est que, là encore je l'ai souligné, à chaque fois qu'il y a eu l'égalisation, la porte était entrebâillée et ensuite elle a été grande ouverte. En clair, les garde-vous ont sauté les uns après les autres. C'est le cas au Canada, c'est le cas en Belgique, c'est le cas en Hollande, etc. Alors, du côté des socialistes, le président du groupe Patrick Cannaire a lui aussi voté contre cet article 2, mais pour une raison totalement opposée à celle de Bruno Rotaillot, parce que selon Patrick Cannaire, la réécriture du Sénat ne va pas assez loin.

Il est une démonétisation de tout le travail qui a été fait par l'Assemblée nationale. Donc nous arrivons à la conclusion strictement inverse en termes de vote. En aucune manière, nous ne voulons cautionner ce qui est chez vous une moins-value par rapport au texte de Léoné Ticlès. Nous pensons que nous pouvons aller plus loin, mais vous voulez aller moins loin que le texte de Léoné Ticlès. Mais il faut l'assumer. Il fait ici référence, Patrick Cannaire, à la loi sur la fin de vie. Léoné Ticlès adoptée en 2016, qui prévoit une sédation profonde et continue, pouvant amener jusqu'au déchet dans des conditions là aussi très strictes.

5:42
Présentateur

Alors, sans cet article 2, ce texte sur l'aide à mourir est vidé de sa substance.

5:47
Invité

Oui, parce qu'il n'y a plus aucun dispositif qui ne définit l'aide à mourir dans ce texte, qui n'est pas, sans rappeler, le rejet du texte au Sénat en première lecture. C'était au mois de janvier, comme une histoire qui se répète là aussi, après une suppression de l'article 2. Et à l'issue des débats, la proposition de loi avait été jugée incohérente par les défenseurs et les opposants du texte. Le Sénat avait donc rendu copie blanche. On voit les résultats à l'époque du vote contre le texte en janvier.

6:13
Présentateur

Et les sénateurs n'ont donc cette fois-ci encore pas trouvé un compromis possible sur l'assistance médicale à mourir. C'est ce que vous proposiez, Alain Milon. Juste pour qu'on comprenne bien, Stéphane, qu'est-ce que ça a changé par rapport au texte des députés ?

6:25
Invité

Alors, les députés, ils souhaitent introduire dans la loi la possibilité pour un malade de s'administrer une substance létale dans des conditions très précises. Les voilà. Avoir plus de 18 ans, être français ou habiter en France de manière stable, pouvoir manifester sa volonté de manière libre et éclairée et être atteint d'une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital en phase avancée ou en phase terminale. Au Sénat, c'est là-dessus, notamment que vous n'êtes pas d'accord sur cette dernière condition. Vous préférez restreindre l'assistance médicale à mourir ? aux patients dont le pronostic vital est engagé à court terme.

Les conditions qui sont déjà en vigueur dans la loi Claes-Leonetti dont on parlait, qui date de 2016. Alain Milon, cette réécriture, elle n'a finalement pas convaincu. L'article a été supprimé. Pourquoi ? Il n'y a pas de compromis possible sur ce sujet ? Vous voyez vous-même, je n'ai pas le sentiment qu'il puisse y avoir un compromis sur un sujet aussi important que celui-là. C'est vrai que ça engage finalement la conscience de chacun et que le vote est libre. Il n'y a pas de consigne de vote dans les partis politiques et sur des sujets aussi importants.

et donc chacun, en fonction de sa conscience, en fonction de son éducation, en fonction de ce qu'il ressent, vote en conscience et en liberté, pour ou contre, et la proposition de loi telle qu'elle a été votée à l'Assemblée nationale et la proposition de loi telle que nous avons essayé de la mettre en place avec ma co-rapporteure, Mme Bonfantidossa. – Et quand vous proposez cette réécriture, vous êtes optimiste à l'idée qu'elle soit votée ou pas ? Parce que j'imagine qu'il y a eu plusieurs formules. Vous êtes arrêté sur celle-ci et il y en avait d'autres. – Il n'y a pas plusieurs formules.

Il y a où on est pour, où on est contre, où on essaye de trouver quelque chose qui permettrait de faire en sorte que le Sénat sorte un texte. Là, la seule formule que nous avons trouvée, on n'est peut-être pas suffisamment intelligent, c'est de dire que la loi Claes-Leonetti, c'était la sédation profonde et continue jusqu'au décès, et de dire donc, dans ces conditions et en phase terminale, si la sédation profonde et continue ne marche pas, on autorise le médecin, avec l'accord du patient, à mettre en place un produit létal. C'était, en somme, la solution que nous avions trouvée pour essayer de trouver un texte sénatorial. Le vrai problème maintenant, c'est qu'il n'y a pas de texte.

Le Sénat n'a pas voté l'article 2. Je rappelle quand même qu'au mois de janvier, ce n'était pas l'article 2 qui avait été mis en cause, c'est l'article 4. Mais il avait été supprimé aussi, puis il n'y avait plus de texte non plus, parce que les quatre premiers articles de la loi sont ceux qui définissent l'aide à mourir ou l'assistance médicale à mourir que nous avons mis en place. Les articles suivants sont ceux qui mettent les modalités d'application. Donc les articles importants, c'est 1, 2, 3 et 4.

Le 2 est important parce qu'il déterminait chez nous, on ne parlait plus d'aide à mourir, mais d'assistance médicale à mourir, et nous confortions la loi Claes-Léonetti avec l'administration d'un produit létal en fin de vie, ce qui est d'ailleurs la définition donnée par la Haute Autorité de Santé.

9:27
Présentateur

– Mais ça veut dire, Alain Milon, que pour vous, il fallait de toute façon aller plus loin que la loi Claes-Léonetti, parce que ça aussi, ça fait partie des débats. Il y a une loi Claes-Léonetti, est-ce qu'il faut aller plus loin ou est-ce qu'elle est suffisante ?

9:37
Invité

Pour moi, il fallait qu'on aille plus loin pour permettre au Sénat d'avoir un texte. Enfin, le Parlement est fait de deux assemblées.

9:43
Présentateur

– Mais si on le fond, pour les patients, on va venir sur l'avenir du texte, mais pour les patients, pour les Français, est-ce qu'aujourd'hui, la loi Claes-Léonetti est suffisante ou est-ce qu'il faut la faire évoluer ?

9:51
Invité

– À mon avis, pour les patients actuellement qui sont en fin de vie, d'après ce que disent les spécialistes en soins palliatifs, la loi Claes-Léonetti est suffisante. L'administration d'un produit létal n'est pas nécessaire puisque la sédation profonde et continue se fait jusqu'au décès. Donc la loi Claes-Léonetti est suffisante pour les patients en fin de vie. Nous, nous avions simplement dit en plus, on met le produit létal si le patient le demande et s'il refuse la sédation profonde et continue alors qu'il est en fin de vie. C'est tout ce que nous avons dit en plus par rapport à Claes-Léonetti et différemment de ce qu'a dit l'Assemblée nationale.

On reparlera après de l'Assemblée nationale.

10:27
Présentateur

– Oui, on va en parler de l'Assemblée nationale, mais vous, vous êtes, on l'a dit, vous étiez médecin, vous êtes aujourd'hui parlementaire. Est-ce que ça change du coup votre façon de construire ce texte et de travailler sur ce texte ?

10:37
Invité

– D'être parlementaire, oui.

10:38
Présentateur

– Mais d'être médecin ?

10:39
Invité

– D'être médecin, non.

10:41
Présentateur

– Ça n'a pas influencé votre réécriture ? – Non. – Qui est plus modérée que celle de vos collègues à l'air ?

10:47
Invité

– Qui est beaucoup plus modérée, oui. – Oui, mais non, d'être médecin, tous les médecins, quand on a des patients en fin de vie, à un moment ou à un autre, on a tous fait une fois ou deux dans notre carrière l'administration d'un produit létal. À l'époque, c'était trois médicaments, l'argue actif, l'argue, etc., on mettait ça en place et puis on faisait l'injection. La seule différence entre ce que nous avons fait à l'époque, sous la couverture évidemment de nos patrons, et ce qui est fait maintenant, c'est qu'à l'époque, on le faisait alors que ce n'était pas légal. Maintenant, ça devient légal. On légalise finalement l'administration de produits létals.

Ce que nous souhaitions, nous les rapporteurs, c'est légaliser l'administration de produits létals en fin de vie. On ne voulait pas aller au-delà, parce qu'il y a des amendements qui disaient que même à 12 mois de la fin de vie, on peut administrer un produit létal. Je regrette, mais moi, je ne connais pas de maladies incurables. Elles sont incurables à l'instant T. Si on avait eu cette loi dans les années 50, la tuberculose était une maladie incurable. Dans les années 70-80, la poliomyélite. Dans les années 80-90, le cancer du sein. Maintenant, par exemple, on parle du cancer du pancréas.

Le cancer du pancréas, c'est toujours pas une maladie curable, mais c'est une maladie dont on prolonge la vie à 4 ou 5 ans. Alors qu'il y a quelques années en arrière, le délai maximum, c'était 6 mois. On trouve des traitements. Et moi, ce que je crains, c'est qu'en mettant en place une loi telle que celle de l'Assemblée nationale, la recherche se débarrasse des maladies incurables. C'est pas rentable. Donc, pour l'instant, elles le font, parce que dans le temps, ça peut être rentable. Mais si on dit à quelqu'un, vous avez une maladie incurable, finalement, le mieux, c'est que vous disparaissiez. Je ne suis pas sûr que les...

12:37
Présentateur

Donc, en fait, ce n'est pas tant la loi telle qu'elle est écrite aujourd'hui, même par l'Assemblée nationale, que vous craignez, ce sont les dérives qu'elle pourrait engendrer.

12:45
Invité

Bien sûr, bien sûr.

12:46
Présentateur

On se souvient de cette phrase de Bruno Retailleau, c'était lors de l'examen du texte en première lecture. Le risque est qu'il devienne demain plus facile de demander la mort que d'obtenir un soin. Oui. Ce n'est pas aller trop loin que ton, c'est ça ? Non, non, non. C'est-à-dire que vous pensez qu'avec cette loi, dans une société future, les malades, les personnes âgées deviendront un poids pour la société ? C'est un vrai risque ?

13:04
Invité

C'est évident, mais vous avez dit les personnes âgées, je suis complètement d'accord, ne serait-ce que les personnes âgées. À partir d'un certain moment, on sait trousse que dans la vie, les instants qui coûtent le plus cher en matière de santé sont les six derniers mois de la vie. Le reste, ça ne coûte pas grand-chose, plus par un. Après, il y a des maladies, évidemment. Les six derniers mois de la vie sont ceux qui coûtent le plus cher. Quand vous arrivez à l'âge de 90 ans, et que vous êtes en EHPAD, et que vous avez votre voisin qui a 90 ans qui dit « bon, j'en ai marre, j'arrête, etc. » On lui fait la piqûre, il s'en va. On lui dit « écoutez, vous, pourquoi vous ne faites pas pareil ?

» Et pourquoi il n'en ferait pas ? Moi, je crois vraiment qu'il y a des débordements. On le voit d'ailleurs dans les pays étrangers où la mentalité est telle qu'actuellement, certains gouvernements, en particulier au Canada, regardent les évolutions et se posent des questions quant à la façon dont ils peuvent modifier la loi pour la rendre plus stricte que ce qu'elle est actuellement. Il y a des débordements qui se font. Alors, Bruno Rotaillot a parlé des débordements de la pauvreté. Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est des débordements.

D'abord, dans le premier temps de l'application de la loi au Canada, les débordements ont eu lieu avec les personnes les plus riches qui se faisaient euthanasier, etc. Et puis, progressivement, quand même, sont venus, parce qu'il y a eu des modifications dans la loi, les personnes handicapées. Et puis, progressivement, les personnes âgées. Et actuellement, on a un problème là-bas, aux Pays-Bas aussi d'ailleurs, parce que vous avez vu qu'aux Pays-Bas, il y a eu des propositions qui n'ont pas été retenues, où on disait à partir de 70 ans après tout, vous ne savez plus grand-chose, c'est vrai d'ailleurs. Donc, vous pourriez disparaître.

14:49
Présentateur

Est-ce que ce texte, la différence entre ce texte et la loi Leonetti, alors ça va changer les choses pour les patients, ça va aussi changer les choses pour les familles ?

14:57
Invité

Et pour les médecins ?

14:58
Présentateur

Et pour les médecins ? Bah oui. On va revenir dans quelques instants à l'avenir du texte. Mais on le disait, il y avait deux textes. Il y a deux textes qui sont examinés. Le texte sur l'aide à mourir, qui a donc été vidé de sa substance. En revanche, le texte sur les soins palliatifs, il a été radopté rapidement hier. Est-ce qu'il y a quand même encore du travail à faire ? Il y a une vingtaine de départements dans lesquels il n'y a toujours pas de service de soins palliatifs.

15:21
Invité

Honnêtement, c'est le travail qu'il faut faire. Je reviens juste deux secondes sur les soins palliatifs, justement. Au Canada, la mise en application de la loi sur l'euthanasie a entraîné une diminution de l'efficacité des soins palliatifs. Et le Canada, qui était en 11e position au niveau international sur ces soins palliatifs, a dégradé de 10 places depuis. Donc, véritablement, les soins palliatifs, ça coûte cher. Et pour l'instant, ce n'est pas mis partout. Et c'est plus facile de proposer la mort que de proposer le soin. Mais les soins palliatifs, il faut évidemment les mettre partout en place.

Et moi, j'avais proposé, mais bon, c'est peut-être parti un peu d'utopie pour l'instant, que les soins palliatifs soient mis en place dès le diagnostic de la maladie. Et pas uniquement quand le patient arrive en fin de vie. Dès le diagnostic de la maladie, parce qu'il faut évidemment les soins curatifs, mais il faut aussi des gens qui sont spécialisés dans la façon dont vous allez évoluer dans votre maladie. Et ces gens-là, ce sont les soins palliatifs. Mais pour faire des soins palliatifs sur tout le territoire national, ce qui est l'idéal, il faut aussi former les gens, former les médecins.

16:27
Présentateur

Ce qui n'est pas suffisamment le cas ?

16:29
Invité

Pas du tout. La spécialité des soins palliatifs n'est absolument pas choisie par les jeunes médecins. Pour une raison simple, c'est que quand on a 20, 30 ou 35 ans, on n'a pas envie de côtoyer la mort tous les jours. Donc, ce n'est pas suffisamment formé pour les médecins, pour les infirmiers, pour les aides-soignants. Parce que c'est un service, un soin palliatif. Les psychologues, les psychiatres, c'est un service complet, fait de plusieurs spécialités, qui travaillent ensemble pour soulager au maximum le patient. Autant au niveau des douleurs physiques que des douleurs psychiques.

17:02
Présentateur

Et face aux difficultés, on en parlait dans certains territoires sur ces soins palliatifs, les élus prennent des initiatives. C'est le cas aux Herbiers en Vendée. Bonjour Christophe Augard. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes le maire des Herbiers. Vous avez mis en place un dispositif inédit qui concerne les soins palliatifs implantés au sein d'un EHPAD. Expliquez-nous en quoi ça consiste.

17:21
Alain Milon

Exactement. Bonjour. Écoutez, merci de votre invitation. On a fait une petite innovation chez nous, avec le soutien notamment de l'ARS, qui correspond à un besoin. On s'est rendu compte que dans nos EHPAD, on avait à peu près 70 ou 82 demandes par an, notamment d'accompagnement en soins palliatifs. Et force est de constater que nos résidents, nos amis partaient un peu à droite à gauche pour aller se faire accompagner en soins palliatifs. Et donc, on a essayé de faire un espace d'accompagnement palliatif au sein de notre EHPAD. Et ça a fonctionné, il est ouvert depuis janvier dernier.

Avec 10 appartements, il y a de quoi avoir une expérimentation, parce que c'est une expérimentation sur 3 ans, mais qui va nous permettre d'accompagner bon nombre de personnes.

18:05
Présentateur

Et justement, vous le dites, c'est en place depuis le 1er janvier dernier. On a l'impression, à vous entendre, que le premier bilan est positif. L'expérimentation, elle pourrait devenir pérenne ?

18:15
Alain Milon

Alors, c'est d'autres souhaits, parce que ça fonctionne bien. Pour l'instant, nous avons, depuis janvier, accompagné 14 familles, 14 personnes et 14 familles. L'idée, pour nous, c'était aussi de permettre à nos personnes âgées de pouvoir continuer, ce que ça désire d'abord aux personnes âgées, c'était de pouvoir les accompagner sur place, à proximité de leur environnement habituel, de leur famille, etc., et de ne pas faire des kilomètres dans tous les sens. Notre souhait, c'est que ce soit pérennisé. Donc, on est parti sur 3 ans. On a beaucoup, beaucoup de demandes d'autres établissements de partout en France.

On va d'ailleurs faire un webinaire pour expliquer comment ça fonctionne, parce que ça intéresse énormément les EHPAD des quatre coins de la France.

18:55
Présentateur

– Alain Millon, que pensez-vous de cette initiative ?

18:57
Invité

– Je vous ai répondu hier, c'est super. Bravo pour ce que vous avez fait. Je pense que c'est une idée qu'il faut développer et qu'il faudrait mettre sur l'ensemble du territoire national et dans l'ensemble des EHPAD. Mais il faut aller encore plus loin, probablement. C'est vrai que les soins palliatifs doivent se faire en milieu hospitalier, en milieu des EHPAD, pour une raison toute simple, et M. le maire a complètement raison, quand on déplace une personne âgée, on aggrave sa santé, obligatoirement. L'environnement est important. C'était l'objet de ma thèse en médecine, l'influence de l'environnement sur le psychisme de la personne âgée.

Donc l'environnement d'une personne âgée est extrêmement important. Et dès qu'on la déplace, on change tout et on aggrave sa santé. Ça, c'est un point, donc bravo pour ce qu'a fait M. le maire. Il faut le mettre dans les EHPAD, mais il faut aller plus loin. Les soins palliatifs doivent se faire également à domicile. Toutes les personnes âgées ne peuvent pas aller en EHPAD ou ne souhaitent pas aller en EHPAD. Il faut donc aller, et toutes les personnes malades aussi, il faut donc les accompagner même à domicile. D'où, évidemment, l'importance du financement des soins palliatifs. Vous avez vu que la ministre a déclaré qu'elle mettait un milliard sur dix ans. Ça ne fait que 100 millions par an.

Un service de soins palliatifs, ça coûte en moyenne un million. Il y a 100 départements. On a beaucoup de travail à faire selon les soins palliatifs. Et avant de s'occuper de donner la mort, essayons de maintenir la vie.

20:17
Présentateur

Merci, merci M. le maire d'avoir été avec nous, Christophe Foga, maire des Herbiers en Vendée. On va parler justement de la suite du texte avec ce vote hier au Sénat. Parce que Stéphane, le risque pour le Sénat maintenant, c'est de sortir 100 textes de cette deuxième lecture et du coup de ne pas peser dans les négociations face aux députés.

20:37
Invité

Oui, vous le disiez, Alain Milon, les textes font la navette entre les deux chambres, entre l'Assemblée et le Sénat. Après le vote des sénateurs, le gouvernement peut convoquer une commission mixte paritaire. 7 députés, 7 sénateurs pour tenter de trouver un accord sur ce texte. Et pour négocier, il vaut mieux arriver avec un texte dans ses mains. Ça paraît assez mal embarqué et vous pourriez vous retrouver avec une copie blanche devant les députés. D'où la volonté qu'avait exprimée le président du Sénat, Gérard Larcher, de voir le Sénat adopter sa version de l'aide à mourir. C'était avant le rejet de l'article 2.

Le risque, c'est aussi qu'en cas d'échec de la commission mixte paritaire, si vous n'arrivez pas à trouver d'accord avec les députés, le gouvernement convoque une dernière lecture, Assemblée-Sénat, et qui donne le dernier mot à l'Assemblée nationale. Ce qui éclipserait complètement l'avis des sénateurs dans le texte final. Un texte d'autant plus symbolique pour Emmanuel Macron, car il veut en faire la grande réforme sociale de son deuxième quinquennat. Et les réflexions avaient été lancées en 2022 avec la Convention citoyenne sur la fin de vie.

Est-ce que vous pensez, Alain Milon, au vu de tout ce qu'on s'est dit jusque-là, que vous pouvez quand même avoir un texte à amener devant les députés en commission mixte paritaire ? Même incomplet ? Non, je pense qu'il n'y aura pas de texte. C'est ce que j'ai dit hier, d'ailleurs, juste avant le vote. Si vous votez contre l'article 2, vous votez pour le texte de l'Assemblée nationale. Je serai évidemment membre de la commission mixte paritaire si elle existe. Et j'arriverai avec, comme dit le poète, mes mains dans les poches crevées. Je n'aurais rien à dire.

22:06
Présentateur

Mais est-ce que vous pensez que le vote de vos collègues sénateurs, il se fait sur des convictions personnelles ? Ou est-ce qu'il y a aussi une portée politique, avec un nom de la présidentielle, une volonté de ne pas offrir à Emmanuel Macron sa grande réforme sociétale ?

22:18
Invité

Non, non, non. Je pense honnêtement que chacun a voté en fonction de ses convictions personnelles. Et c'est d'ailleurs très bien comme ça, c'est normal. Les élections présidentielles, c'est ensuite… Alors, certains sont peut-être préoccupés par les élections présidentielles, mais peut-être pas obligatoirement pour ce texte.

22:35
Présentateur

Il y en a même certains qui sont déjà candidats. Il y en a même certains qui sont déjà candidats.

22:39
Invité

Oui, oui, oui. Heureusement d'ailleurs qu'il y a des candidats. Sinon, on serait embêté de ne pas avoir de candidats pour les élections présidentielles. Non, mais ça n'a pas joué.

22:45
Présentateur

Il ne faut pas faire des torts non plus. Ça n'a pas joué. L'aspect politique n'a pas joué, selon vous.

22:48
Invité

Non, non, non. De ce côté-là, non, pas du tout. Je ne pense pas.

22:51
Présentateur

Ce texte, il est issu d'une convention citoyenne qui avait voté largement en faveur de la création de cette aide à mourir. Largement, 70%. Oui, c'est quand même une majorité assez confortable. Il y avait même la question de l'euthanasie dans la convention citoyenne. Est-ce que vous n'avez pas l'impression quand même d'être en décalage en refusant cette aide à mourir avec les attentes de la société ?

23:10
Invité

D'abord, je ne suis pas d'accord pour dire avec les attentes de la société. Quand on regarde les sondages, c'est vrai qu'il y a 7 ou 8 mois en arrière, 92% de nos concitoyens étaient favorables à l'aide à mourir. Quand on regarde les sondages actuels, on n'est plus qu'à 52%. Je ne suis pas sûr que si on avait donné l'information complète et si nos concitoyens avaient une information complète, ils seraient toujours d'accord pour le faire. Le problème est simple. On vous pose la question. Vous êtes jeune, à cette chance-là. Je vous souhaite de vieillir, de pouvoir vieillir.

Mais si on vous pose la question, vous êtes jeune, quand vous serez vieux, vous serez malade, vous aurez des douleurs partout, vous n'aurez plus aucune envie de vivre. Si on vous propose de mourir, la réponse naturelle, c'est oui, bien sûr. Mais si on vous dit, quand vous serez vieux, vous aurez les soins palliatifs, vous serez confortablement installés dans votre maladie, vous ne souffrirez plus ni psychiquement, ni somatiquement, et vous serez entourés. Pourquoi mourir ? Donc ça dépend de la façon dont la question est posée et de ce que l'on propose à nos concitoyens dans le curatif, dans la santé, dans l'accompagnement.

24:22
Présentateur

– Merci Alain Milon. Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada