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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 14 janvier 2023 19 min

Le député LFI Alexis Corbière : "Un grand pays, ça ne se dirige pas avec des méthodes brutales"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Karine Bécart, Éric Delvaux, le 6-9 du week-end. Bonjour Alexis Corbière. Bonjour, bonjour à tous, bonne année. Et bonne année à vous, c'est très gentil d'y penser encore tout le mois de janvier, je crois bien. Député la France insoumise de Seine-Saint-Denis. La France risque d'être en partie bien paralysée jeudi prochain, puisque les syndicats unis comme rarement appellent à manifester contre la réforme des retraites. Quel recul du gouvernement espérez-vous obtenir par la rue ?

0:31
Alexis Corbière

L'abandon du texte, tout simplement. Je crois qu'il faut le retirer, il faut être raisonnable. L'inflation a rudement touché les Français, nous tous. Inflation, dit-on, à près de 6%, mais qui honnêtement sur des produits de première nécessité, mentent parfois à 10-12, je veux dire c'est une moyenne. Il y a beaucoup une situation d'inquiétude, et ce texte, ni juste, ni justifié, on va en parler sans doute, vient tendre encore plus la situation. Et je trouve normal, c'est la démocratie sociale, c'est la grandeur de ce pays, ce pays a la passion de l'égalité, qu'on aille manifester.

Vous avez évoqué, je ne vous en fais pas repos, je veux dire paralysé, j'entends parfois sur d'autres chaînes des propos quasiment pris à notage, qu'on se calme. La belle histoire de France est écrite aussi, dans des mobilisations sociales, pour faire avancer des droits, les congés payés, c'est par la mobilisation qui a suivi les élections 36, etc. Donc, notre fierté comme citoyen, c'est pas seulement d'aller voter et on rentre à la maison, c'est de dire notamment le 19, tous dans la rue, très nombreux, pour dire nous ne sommes pas d'accord.

1:27
Présentateur

C'est intéressant parce que quand on regarde les études d'opinion, les Français majoritairement sont contre cette réforme des recettes.

1:32
Alexis Corbière

Largement.

1:33
Présentateur

Les actifs, c'est un sondage de l'Institut Montaigne, dit 93% des actifs sont contre ça. Mais dans le même temps, les mêmes Français vous disent qu'ils n'ont pas du tout envie d'être bloqués, ils ont envie de pouvoir aller travailler en janvier, en février. Vous faites comment pour concilier l'inconciliable ?

1:47
Alexis Corbière

Justement, attendez, qu'est-ce qu'ils disent les Français quand on décrypte ça ? Ils disent en vérité, Madame la Première Ministre, retirez vos textes. Parce qu'ils n'ont pas envie qu'on les brutalise sur leurs droits sociaux, et ils ont bien raison. Il y a même un nombre élevé de gens qui sont prêts à aller manifester. Maintenant, moi, comme tout le monde, j'ai des gosses, je prends le métro, et on n'a pas envie qu'on soit en difficulté. Donc, ce qui est raisonnable, personne ne va dire aux citoyens, n'utilisez pas votre droit à vous faire entendre et le droit de manifester, j'espère. Ça, c'est les pays autoritaires. Donc, effectivement, ce que fait le gouvernement a des conséquences.

Et pour que cela n'ait pas des conséquences négatives, le gouvernement doit l'entendre. Mais tout de même, j'aimerais qu'on ne banalise pas ça. Et si Madame Borne m'entend, j'aimerais lui dire avec une certaine solennité.

2:28
Présentateur

Elle est notre invitée tout à l'heure à l'avoir dit, donc n'hésitez pas.

2:30
Alexis Corbière

Qu'est-ce que vous aimeriez lui dire ? Un grand pays, ça ne se dirige pas avec des méthodes brutales. Madame Borne, le soir de l'élection d'Emmanuel Macron, je crois que c'était le 24 avril, M. le Président de la République a déclaré, il avait raison, ce vote m'oblige. Et je sais, disait-il, je le cite de mémoire, que beaucoup de mes compatriotes n'ont pas voté pour mes idées, mais pour faire barrage à l'extrême droite. Ce que je veux dire à ce micro, c'est qu'une telle réforme des retraites, qui aujourd'hui, selon les études d'opinion, on vient de le dire, est rejetée par les trois quarts des Français. 70% !

Sur lequel, y compris la méthode utilisée par le gouvernement, je ne veux pas être trop technique, mais l'article 47.1 de la Constitution, qui fait que de toute manière, il n'y aura pas un temps de débat parlementaire, il va être contraint. Donc, cette méthode-là va brutaliser le pays, et je pense que, sur le plan démocratique, et Mme Borne, ne piétinez pas la question de la démocratie. Parce qu'à force qu'il y a un doute qui s'installe dans le pays, les gens ne vont plus voter parce qu'ils disent que ça ne sert à rien d'aller voter. Donc, vous n'avez pas de légitimité, vous n'avez pas de majorité parlementaire. Donc, entendez ce qui est en train d'avoir lieu. Et enfin, parlons du fond.

Je veux dire, qui va être particulièrement percuté ? Les travailleurs, ceux qui ont commencé à travailler le plus tôt, les travailleurs les plus modestes, les femmes, est-ce que c'est ça qu'on veut ? Est-ce qu'on veut faire en sorte que la difficulté à travailler se retrouve en particulier sur les épaules de ceux qui ont commencé le plus tôt, qui sont les plus usés par le travail ?

3:51
Présentateur

Ce n'est pas juste, ça n'est pas justifié. Cette réforme des retraites, elle propose aussi quelques avancées sociales. Je pense, les carrières longues, les métiers les plus pénibles, une retraite minimum à 1200 euros. Je peux m'arrêter sur ce point ? Tout ça, vous le jetez avec l'eau du bain ?

4:05
Alexis Corbière

Mais écoutez, premièrement, je prends la retraite à 1200 euros. Elle était déjà dans le projet de loi, vous avez dit ? Oui, oui, attendez. Que tout le monde ait l'oreille fine. S'il a une carrière complète. 1200 euros bruts. Et dessus, il y aura la CSG. Et enfin, vous venez de le dire, c'était l'article 4 de la loi Fillon de 2003. Pour quelle raison, tout simplement, on n'applique pas des choses qui sont déjà dans la loi ? Et enfin, pour quelle raison ?

On voit bien, il faudrait que des millions de gens travaillent deux années supplémentaires avec une accélération, en vérité, de la réforme touraine, qui amène à ce que, tout simplement, mécaniquement, je le dis à ce micro, c'est la baisse des pensions. Quel est notre problème en France ? Et ça a été dit, j'ai participé à des réunions de travail avec M. Dussopt, ministre du Travail. C'est la faible employabilité, on me comprendra, le thème est un peu barbare, mais des travailleurs autour de 55 ans. C'est-à-dire le fait que beaucoup ont perdu l'emploi, à tel point qu'à l'âge de 62 ans, 40% des gens ne sont ni en emploi ni au chômage. Donc, le gouvernement propose un index des seniors.

Si vous rallongez la durée de travail pour bénéficier d'une retraite, vous allez retrouver à une baisse des pensions.

5:02
Présentateur

Mais le gouvernement propose éventuellement un index des seniors.

5:07
Alexis Corbière

Alors, c'est quoi un index des seniors ? C'est un répertoire, ça n'est rien une obligation vis-à-vis des entreprises.

5:12
Présentateur

Mais vous pouvez peut-être essayer de l'améliorer, parce qu'il y a encore des démarches de négociation, puisqu'il va y avoir un débat à l'Assemblée, vous en profitez pour faire quoi ?

5:17
Alexis Corbière

Un index. Alors déjà, j'ai vu que le patronat n'est pas favorable à cet index, mais la réponse, ce n'est pas de dire, oh là là, publiez le fait qu'il y a votre employabilité des seniors. C'est la loi, mon sang. Pour quelles raisons la loi devrait s'appliquer ? Mais quand il s'agit des patrons, c'est n'importe quoi un index qu'on leur demande un répertoire. Je veux dire...

5:35
Présentateur

Et bien, imposer des sanctions, en tout cas.

5:37
Alexis Corbière

Et quand bien même, il y aurait un index, Mme Bécard, pensez-vous que parce qu'on allonge la durée de départ pour pouvoir bénéficier de la retraite, d'un seul coup, les patrons vont dire, à 55 ans, pourquoi à 55 ans d'ailleurs, il y a beaucoup, souvent, des diapères d'emploi, c'est que les gens sont usés. Pourquoi ils seraient moins usés ? Parce que désormais, ce n'est plus à 62, c'est à 64 ans. C'est la pensée magique.

Vous savez, concrètement, le passage de l'âge de la retraite de 60 à 62 ans, par ailleurs qui n'est pas totalement terminé, c'est ça que le paradoxe, qu'on fait une réforme des retraites alors que la précédente réforme n'a pas totalement tiré le bilan, a eu pour conséquence, aujourd'hui, qu'il y a de plus en plus de gens qui sont au RSA parce qu'ils n'arrivent pas à avoir la totalité de leur trimestre, bon sang. Donc, ce n'est pas en rallongeant les difficultés qu'on va y arriver. Et puis, là aussi, vous l'avez déjà dit parce que je suis auditeur de France Inter, mais les retraites, c'est 346 milliards.

Et ce dont on parle, ce que nous dit le corps, c'est au mieux 3% ou au pire, on le dira comme on dirait. Donc, le système n'est pas structurellement en danger.

6:32
Présentateur

Donc, il y a un appel à manifester, de la part des syndicats, le 19 janvier. Est-ce que LFI, la France Insoumise, maintient son appel à se mobiliser le 21 janvier, deux jours après ?

6:42
Alexis Corbière

Bien sûr, parce que déjà, ce ne sont pas deux journées de même nature, si je puis me permettre. Soulignons, applaudissons...

6:47
Présentateur

Vous compattez malgré tout la même réforme ? Oui, mais attendez,

6:50
Alexis Corbière

ce sont de même objectifs. Mais ce que je veux dire, c'est que je veux saluer à ce micro-ondes et quelque part, je les en remercie. CGT, CFDT, Force Ouvrière, FSU, toutes les organisations syndicales, l'unité est là, c'est rare depuis 12 ans. Et donc, on doit comprendre...

7:04
Présentateur

Mais les Français seront là les deux fois ?

7:05
Alexis Corbière

Vous êtes sûr ? Non, attendez. Ça, c'est une journée de grève le 19. Ça, ça doit être la grosse réussite. Nous, nous avions mis aussi à l'appel d'organisations de jeunesse une journée qui a lieu le samedi, qui est maintenue évidemment, mais qui, comment dirais-je, n'est pas sur la... On comprendra. Les confédérations qui appellent une journée de grève, c'est une chose. Nous, la date du 21 est là. Elle ne s'oppose pas. Elle permet à ce qu'on puisse aussi manifester, même si on n'a pas fait grève, éventuellement, le 19 janvier. Mais j'invite chacun qui nous écoute. Les amis, ça vaut vraiment le coup de... Je sais que c'est un sacrifice. Je sais que c'est dur.

Mais ça vaut le coup de se faire entendre puissamment ce jour-là.

7:37
Présentateur

Vous n'avez pas peur d'un flop, là ?

7:38
Alexis Corbière

Deux jours après ? Je plaide. Et puis après, je verrai. Vous savez, dans ce moment-là, il n'y a qu'une chose. C'est convaincre.

7:43
Présentateur

Laurent Berger, à la CFDT, il dit lui-même qu'il n'attend pas forcément beaucoup de monde le 19 parce que faire grève aujourd'hui, c'est retirer au minimum une demi-journée de salaire. C'est cruel. C'est pour ça que c'est cruel.

7:53
Alexis Corbière

C'est cruel de brutaliser les gens et de dire vous allez perdre une journée de salaire. N'empêche que je connais ce peuple français comme vous et je suis persuadé que les gens, là, de tout ce que j'entends, ils trouvent que c'est injuste. En particulier les femmes qui ont des carrières hachées. En particulier ceux qui ont commencé à bosser à 19 ans qui vont terminer à 64 ans pour pouvoir bénéficier d'une retraite. C'est dur. C'est des carrières très longues.

8:12
Présentateur

La bataille, elle se fera donc dans la rue. Elle se fera aussi pour vous au Parlement avec une méthode qui sera un blocage un peu systématique par amendement.

8:19
Alexis Corbière

Permettez-moi de retourner l'argument. Je l'ai dit. Ce qui bloque, c'est le gouvernement avec l'article 47.1 de la Constitution qui fait que le débat est bloqué à l'Assemblée. Quelle que soit la stratégie que je vais utiliser et il est vrai qu'avec mon groupe nous allons déposer des amendements parce que nous ne sommes pas là.

8:32
Présentateur

Beaucoup, beaucoup, beaucoup.

8:33
Alexis Corbière

Oui, oui, mais c'est notre travail de parlementaire.

8:35
Présentateur

Combien ?

8:36
Alexis Corbière

De manière importante, on a évoqué le fait qu'on allait peut-être réutiliser la même méthode que la dernière fois plusieurs centaines d'amendements par député.

8:41
Présentateur

Et ça donne quel résultat l'obstruction parlementaire aux yeux des Français ?

8:44
Alexis Corbière

Non, non, c'est pas de l'opposition parlementaire. De l'obstruction parlementaire. C'est du travail parlementaire. Quand une réforme est injuste, moi j'ai été élu par des gens mandatés pour ça pour ne pas faire en sorte qu'on voit les droits sociaux reculer. C'est une agression sociale, bon sang. Je sais bien que vous et moi nous faisons des métiers intellectuels sur lesquels peut-être qu'à 64 ans ce n'est pas la même souffrance au travail, encore que ceux qui font la matinée à la France Inter, c'est dur de se lever le matin.

Mais tous les gens que je vois moi en Seine-Saint-Denis, les premiers de Corvée, les gens qui prennent le métro dès 6h du matin, mais ils sont cassés en mille morceaux, ils en ont ras-le-bol, ils sont fatigués. Mais est-ce que bordéliser l'Assemblée,

9:18
Présentateur

c'est le meilleur moyen de réattirer les classes populaires ?

9:21
Alexis Corbière

Est-ce que c'est à elle

9:23
Présentateur

que vous vous adressez ?

9:23
Alexis Corbière

Vous avez utilisé moi avec guillemets, moi je ne bordélise pas. Je n'utilise pas ce vocabulaire dépréciatif. Je suis un parlementaire. Je fais entendre la voix des gens qui m'ont élu et s'ils ne veulent pas de moi, ils ne voteront pas pour moi la prochaine fois. J'essaie de faire honneur à ça. Je fais ça proprement, du moins à la hauteur de ce que je pense, en rédigeant des amendements. Maintenant une telle réforme, effectivement, je veux que le débat parlementaire prenne du temps. Mais comprenez bien qu'on ne retourne pas tout de même la situation. L'article 471 de la Constitution c'est exceptionnel, ça n'arrive quasiment jamais.

Ça veut dire que quel que soit ce que fait la France insoumise ses députés et les députés de la NUPES, le débat va s'arrêter au bout de 20 jours, il va partir au Sénat, il reviendra et au bout de 50 jours, quoi qu'il arrive, même s'ils sont minoritaires, cela s'imposera. Par ordonnance, l'Élysée... Les gens qui m'écoutent, vous voulez ça ? A quoi sert l'Assemblée nationale ? Ça c'est un 49-3 déguisé. Un grand pays ne se dirige pas brutalement, je viens de le dire. Madame Banque qui m'écoutait tout à l'heure, je le répète, vous ne pouvez pas diriger la France comme ça. Si vous êtes une démocrate et je le crois, on n'impose pas à une immense majorité des gens des choses qu'ils ne veulent pas.

On ne méprise pas une représentation parlementaire. Sinon, il n'y a plus de règles communes.

10:28
Présentateur

Elisabeth Banque qui va vous répondre ce matin puisqu'elle sera l'invité après le journal de 9h de France Inter en répondant aux questions d'Alexandre Ben Saïd. Et les questions, vos questions, les auditeurs. Le standard est ouvert et on attend vos questions au 01 45 24 7000. Alexis Corbière, ce mois de janvier, ce sera aussi celui du projet de loi Asile et Immigration. Un texte qui prévoit entre autres une carte de séjour temporaire pour aller travailler dans les métiers dits en tension. L'intégration par le travail, ça vous parle ? C'est une bonne option ?

10:58
Alexis Corbière

Historiquement, ça s'est toujours passé comme ça de toute manière. Vous savez, il y a plusieurs manières de participer et de s'inscrire pleinement dans un pays. C'est le fait d'avoir du travail, c'est le fait pour les enfants qu'ils puissent aller à l'école publique et que d'ailleurs cette école publique soit vraiment une école de qualité pour tous selon les quartiers où on habite et pas un élément de dislocation et de ségrégation. Mais pour revenir sur ce texte qui arrive. Premièrement, je crois qu'on a un an à près de 30 textes d'immigration depuis 1980. Vous allez me trouver un peu manœuvrier ou du moins... Moi, je trouve que c'est souvent des éléments pour détourner la conversation.

C'est au moment où il y a un débat sur les retraites qui est un débat social qui nous concerne tous et vas-y que je remets un texte pour faire la conversation sur quoi ? Sur l'immigration qui serait la cause de tous les mondes.

11:45
Présentateur

Non mais c'est marrant parce qu'on vous pose une question très précise sur la régularisation de réfugiés qui pourraient passer par le travail

11:51
Alexis Corbière

et finalement... Ah ben là, je suis favorable. Ah ben là, je crois que ceux qui m'écoutent nous connaissent. On est sur du fond là et puis là,

11:57
Présentateur

vous faites un dégagement sur quelque chose de très vague sur cette nouvelle loi. Ah mais moi, je suis favorable

12:03
Alexis Corbière

de toute manière. Attendez, attendez, il y a deux choses. Je suis favorable parce que même des gens qui sont actuellement qui n'ont pas de papier mais qui travaillent, est-ce qu'ils soient régularisés ? D'accord ? Parce qu'ils sont là, ils sont utiles, ils participent à l'effort de la nation et toute leur place. Pardon, ce que nous dit M. Darmanin, c'est qu'il va mettre en passe quelque chose qui reste assez flou à l'heure où nous parlons, par qui ce sera établi par les patrons ou par les préfectures qu'il y aura pendant un an une possibilité dans les métiers de dire attention, lesquels qui décidera que ce seront les métiers en tension ?

Il y a parfois des métiers qui ne sont pas considérés en tension mais qui en vérité sont extrêmement oubliés. Mais ça, c'est le propre du débat alimentaire. J'entends bien. Non mais, moi vous savez, je suis là pour débattre à l'Assemblée donc je ferai le boulot. Maintenant, ce que je veux dire c'est qu'en permanence on a un climat qui se fait. On peut discuter de l'immigration mais qui est récurrent, qui vise à faire supporter à l'immigration tous les problèmes. L'insécurité, le chômage, etc. Et on a toujours des textes qui soi-disant vont tout régler alors que le précédent qui a été adopté on n'en a même pas tiré la totalité du bilan. C'est ça que je suis en train de dire.

Cette espèce de boursouflure parlementaire qui vise à faire écran et qui vise non seulement à détourner sur les sujets sociaux mais je le dis qui souffle souvent dans les voiles de l'extrême droite et ce n'est pas bien malin. Donc je crois que le sujet du pays ça n'est pas un problème d'immigration même si c'est un sujet

13:13
Présentateur

qu'il faut aborder. Alexis Corbière, La France Insoumise, le temps tourne. J'en viens à Jean-Luc Mélenchon qui a dit cette semaine qu'il ne sera pas candidat à sa succession pour une candidature à la présidentielle sauf si des circonstances futures décidaient autrement. Ce n'est pas très clair. Qu'avez-vous compris de cette déclaration ?

13:30
Alexis Corbière

Ce qu'il dit, c'est-à-dire qu'il ne veut pas être candidat sauf si des circonstances amènent à ce que... C'est quoi les circonstances ? Je ne sais pas. Le fait qu'il n'ait pu y avoir que lui qui ferait le boulot. C'est ça qu'il a voulu dire. Mais moi je le prends au pied de la lettre. Ce que nous dit Jean-Luc c'est qu'il fiche trois campagnes présidentielles, quelque chose de magnifique, 22% des voix. Moi j'ai eu l'honneur de participer à ses côtés à toute cette aventure. Vous savez quand on compare à certains pays comme l'Italie où la gauche n'existe quasiment plus, quels que soient les reproches qu'on peut nous faire, observez quand même qu'il y a encore une force qui est là.

13:59
Présentateur

Non mais vous dites trois présidentielles, c'est bon, ça suffit ?

14:01
Alexis Corbière

Non, je ne me permettrais pas de dire ça parce que vous savez en politique tout peut arriver. Ce n'est pas ça mon sujet. Par contre je pense qu'un des sujets c'est que nous créons les conditions là dans les deux, trois ans qui viennent pour qu'on ait un débat premièrement pour tirer le bilan de ce qui a eu lieu. On a fait un joli score mais on n'a pas gagné. Comment on fait pour garder ce que nous avons gardé ? 7 millions de voix. Comment on fait pour progresser ? Arriver à 8 millions, 9 millions de voix. Avoir une discussion sur pour quelles raisons dans certaines zones nous ne progressons pas. Voir même c'est l'extrême droite qui progresse. Analyser ça.

Deuxièmement, il y a 10 millions au premier tour, 13 millions au second tour aux gens qui s'abstiennent. Ça, ça m'intéresse. Pourquoi on s'abstient aujourd'hui ? C'est sans doute lié à la discussion tout à l'heure.

14:34
Présentateur

Et donc, est-ce qu'il faut réfléchir à la succession de Jean-Luc Mélenchon ? Qui vous verriez pour lui succéder et comment est-ce que ça devrait être organisé cette succession ?

14:41
Alexis Corbière

Alors, premièrement, évidemment que c'est une discussion qui doit avoir lieu. Je veux dire, sinon on ne serait pas à la hauteur.

Deuxièmement, évidemment, ce serait absurde et fou et le présidentialisme devenu dingue qu'en 2022, je vous dise c'est un tel ou un tel, ce n'est pas seulement le sujet, que le débat, moi, mon opinion, c'est que le débat ait lieu et comme les idées, c'est une phrase de Bernard Cazeneuve, je la lui reprends, aucune idée ne traverse toute seule une pièce, il y aura bien des femmes, des hommes qui porteront des idées et peut-être qu'il y aura une incarnation de ça et je souhaite que nous ayons un candidat de la NUPES en 2027 parce que je ne veux pas que l'extrême droite gagne, je souhaite que nous gagnons donc il faudra se rassembler mais on ne se rassemblera que sur des idées, pas sur de la discipline brutale.

Mais la NUP,

15:16
Présentateur

elle ne va pas très bien là parce que, est-ce que le premier secrétaire sortant du PS, Olivier Faure, est-ce qu'il est encore en capacité de remporter son prochain congrès là à Marseille avec ses résultats du premier tour ?

15:25
Alexis Corbière

Alors, je crois que oui, moi je trouve qu'il a fait un score quand même qui est très fort, il est quasiment à 50%, un petit peu moins, d'après ce que j'ai compris, 49, 49, 15, voilà.

15:33
Présentateur

Mais les reports de voies ne lui sont pas favorables.

15:35
Alexis Corbière

Au second tour ? Ah, je ne sais pas, pour ce qui est délire le premier secrétaire, écoutez, moi je ne veux pas m'en mêler de ce que j'entends quand même des spécialistes du PS qui pensent que c'est quand même lui qui va l'emporter, à titre personnel, je le souhaite, mais il ne faut pas trop que je le dise une chose, même si le parti socialiste reste le parti socialiste, c'est qu'il faut l'unité. Je le répète, moi j'ai 54 ans, je ne veux pas que Marine Le Pen l'emporte la prochaine fois. Je ne le veux pas pour mon pays, je ne le veux pas pour le mal que ça fera. Sans Olivier Faure,

16:09
Présentateur

que devient la NUP en fait ?

16:11
Alexis Corbière

La vie continuera, mais ce sera plus compliqué. Et je crois que, d'ailleurs, s'il est arrivé nettement en tête dans le vote du parti socialiste, c'est parce que ses adversaires ou ses concurrents, n'en mêlent comme vous voulez, malgré tout, disaient des choses qui étaient abstraites. Il faut l'unité, mais pas la NUPES. À un moment donné, la preuve du pouding, c'est qu'on le mange. L'unité des forces, c'est celle qui existe et la France Insoumise existe, donc c'est avec nous.

Mais je crois que nous avons fait de grandes choses, grâce notamment, y compris Jean-Luc Mélenchon dont on a parlé tout à l'heure et moi, j'en suis reconnaissant, mais il faut qu'on passe nouvelle période, nouvelle stratégie. On a fait la NUPES et un programme et une stratégie qui continue à s'adapter à cette nouvelle période. Je crois que c'est passionnant.

16:48
Présentateur

Alexis Corbière, vous parliez du Rassemblement National. Le ARN qui a profité de son mois de janvier, les niches parlementaires lui étaient attribuées. C'était son tour pour proposer cette proposition de loi. Par exemple, l'augmentation de 10% du salaire net pour les personnes gagnant jusqu'à trois fois le SMIC. On voit bien que le RN va chercher ça et là des propositions qui existent déjà ailleurs, notamment chez vous, à la France Insoumise. Comment est-ce que vous pouvez maintenant vous démarquer de ce parti ?

17:17
Alexis Corbière

Sourions concret. Quand moi, j'ai proposé le SMIC à 1 600 euros, ils ont voté contre. Je veux dire, ne nous faisons pas avoir. Souvent, le Rassemblement National, la matière sociale, c'est le Canadara. Vous savez, la boisson qui a le goût et l'odeur mais qui n'est pas l'alcool auquel on s'attendait. Donc, très concrètement, quand j'ai proposé, c'était moi qui proposais ça en commission au nom de mon groupe, l'augmentation du SMIC à 1 600 euros net, c'est-à-dire à 2 000... 1 600 euros. Oui. Et à 2 000 bruts, c'est important, me disent les syndicats, le Rassemblement National est contre. Donc, vous savez, de toute manière, on est dans une période où ça va être très concret.

Là, il y a un gouvernement qui veut imposer une réforme des retraites. Il y a des manifestations. Le Rassemblement National n'appelle pas à manifester. Il n'aime pas ça. Donc, je crois que quand un peuple se lève, il voit qu'il est utile pour cette bataille car ça en est une et qui fait semblant d'être son ami mais finalement n'aide pas à ce que son camp soit fort. un peuple rassemblé qui exige tout simplement plus de justice contre les inégalités, la défense de la retraite. C'est ce qui va se passer le 19.

18:19
Présentateur

Merci. Alexis Corbière, député de la France Insoumise et puis je renvoie donc pour poursuivre le débat sur la réforme des retraites après le journal de 9h. La première ministre, Elisabeth Borne, invitée de France Inter pour répondre à vos questions, les auditeurs. 01 45 24 7000 et les questions seront choisies, dirigées, relayées par Alexandra Ben Saïd. et les questions seront

18:39
Locuteur

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