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Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 25 avril 2025 18 minComplaisantFond programmatiqueInstitutions & électionsImmigration & asileJusticeSolidarités & famille

1852, l’Algérie française - France-Algérie : anatomie d'une déchirure - Ép. 2

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:40OuverteRéponse directe

    Pourquoi la libération d'Abdelkader en 1852 est-elle importante dans l'histoire franco-algérienne ?

  • 2:12OuverteRéponse directe

    Ça change quoi, 1848 et les trois départements ?

  • 2:53OuverteRéponse directe

    Est-ce que 1848 accélère l'arrivée de métropolitains en Algérie ? Les Algériens changent-ils de statut ?

  • 4:31RelanceRéponse directe

    Est-ce que 1848 accélère l'arrivée de métropolitains en Algérie ?

  • 5:37OuverteRéponse directe

    Raconte-moi le projet du royaume arabe de Napoléon III.

  • 7:30OuverteRéponse directe

    Comment la République naissante perçoit-elle l'Algérie après 1875 ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:45PrésentateurFait
    « « L'Algérie était déjà rattachée administrativement à la France par un décret de 1848. » »
  • 4:09PrésentateurFait
    « « Les militaires en Algérie ont le pouvoir politique. » »
  • 7:47PrésentateurFait
    « « 1871, c'est la dernière grande révolte de Kabylie. » »
  • 10:59PrésentateurFait
    « « Et vous verrez combien de crimes atroces, effroyables, ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. » »

Temps de parole

  • Présentateur78 %
  • Invité22 %

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0:00
Invité

« Si la France est maîtresse de l'Algérie, c'est que Dieu l'a voulu, et la nation ne renoncera jamais à cette conquête. Vous avez été l'ennemi de la France, mais je n'en rends pas moins justice à votre courage, à votre caractère, à votre résignation dans le malheur. C'est pourquoi je tiens à honneur à faire cesser votre captivité, ayant pleine foi dans votre parole. » Lettre de Louis-Napoléon Bonaparte à Abdelkader en octobre 1852. On poursuit, Benjamin Stora, notre voyage de presque deux siècles sur les relations entre la France et l'Algérie. Ce deuxième épisode commence par cette lettre de 1852.

Pourquoi est-ce que la date de la libération d'Abdelkader est importante quand on fait l'histoire des relations entre la France et l'Algérie ?

0:47
Présentateur

D'abord parce qu'Abdelkader a été un peu le symbole de la résistance à la pénétration coloniale française. Il s'est rendu en 1847, en même temps qu'un autre personnage un peu moins connu, mais tout aussi important qu'il y a Ahmed Bey à Constantine, dans le Constantinois. Donc il y a par conséquent effectivement une promesse qui a été faite à l'émir Abdelkader de pouvoir rester, de pouvoir continuer à administrer. Mais il est transféré en France, la promesse n'est pas tenue, mais Napoléon III va se souvenir de cette promesse qu'il lui a faite en essayant d'inventer un modèle politique pour l'Algérie.

Parce qu'il faut bien inventer un modèle politique dans une situation où les résistances des indigènes sont très fortes, et où l'armée perd beaucoup de monde, etc. Et l'armée d'ailleurs qui se méfie considérablement de tous ces aventuriers qui arrivent de tous les coins de la Méditerranée, eh bien il va avoir l'idée du royaume arabe, en 1860. L'Algérie était déjà rattachée administrativement à la France par un décret de 1848. Ah oui, c'est important. Ça c'est quand l'Algérie devient trois départements français. Absolument. Alger, Oran et Constantine. C'est-à-dire qu'en 1848, dans le sillage de la révolution de 1848, eh bien l'Algérie est rattachée administrativement à la France.

C'est très très très important. Ça change quoi ? Ça change tout.

2:10
Invité

J'oublie pas le royaume d'Algérie. Le royaume arabe. Le royaume arabe pour 1860, mais restons un instant là-dessus. Ça change quoi 1848, trois départements ? Ça change tout. Il y a des gens qui nous écoutent qui sont nés dans un de ces départements.

2:20
Présentateur

Absolument. Ça change tout parce que ça veut dire que c'est la mise en place de l'Algérie française. C'est-à-dire que cette partie du territoire devient partie du territoire national. Il faut savoir par exemple que la ville de Nice, le comté de Savoie, a été rattachée à la France après, en 1860. Absolument. Donc l'Algérie c'est avant. C'est en 1848. Donc ça veut dire qu'à partir de là, le nationalisme français va se développer, s'installer, se solidifier à partir de la mise en place de cette départementalisation.

2:53
Invité

Est-ce que ça accélère l'arrivée de métropolitains en Algérie ? Et deuxième question, tu peux répondre aux deux en même temps à mon avis. Est-ce que les Algériens changent de statut ?

3:02
Présentateur

Je parle des musulmans algériens. Il n'y a pas de changement de statut pour les indigènes musulmans algériens jusqu'au sénatus consul de 1865, où on leur propose, que ce soit aux musulmans ou aux juifs, on leur propose d'entrer dans la cité française, mais à une condition. C'est qu'ils renoncent à ce qu'on appelle leur statut personnel, c'est-à-dire les lois religieuses, régissant par exemple l'héritage, c'est fondamental. Les juifs et les musulmans en 1865 refusent, parce qu'ils veulent rester fidèles à leur tradition. Ça c'est très important.

Mais en 1870, il y aura le fameux décret Crémieux, qui va faire des juifs d'Algérie de manière automatique, sans renonciation à leur pratique religieuse, des citoyens français. Et ça c'est quelque chose de très important, parce que bien entendu le décret Crémieux va fracturer et séparer les indigènes juifs des indigènes musulmans en Algérie française, qui se met en place. Donc on a une situation, par conséquent, où va se mettre en place tout un système politico-administratif, avec les bureaux arabes, c'est-à-dire qu'on a les militaires qui tiennent un très très grand rôle à cette époque-là, qui tiennent aussi les registres de l'administration, qui organisent la distribution des terres.

Ils ont le pouvoir politique. Les militaires en Algérie ont le pouvoir politique. Ça ne date pas d'aujourd'hui. Ce ne sont pas les mêmes militaires. Donc on a effectivement cette tradition qui s'installe avec une opposition des colons. Et c'est pour ça que le projet de Napoléon III est à Vorte.

4:31
Invité

Ah, alors voilà. Revenons-y, mais je n'ai quand même pas oublié ma question, parce que réponds-y quand même, parce que sinon les gens vont se dire, « Ah, il avait posé une question ». Et Benjamin Storan n'a pas répondu. Est-ce que 1848, trois départements, ça va accélérer l'arrivée de métropolitains, de Français de métropole en Algérie ou pas ?

4:47
Présentateur

Très franchement, non. Ce qui va accélérer l'arrivée, c'est la misère sociale des Européens, je parle. C'est la misère terrible qui règne, les famines qui règnent en Espagne, en Italie, en Sicile. Ça, ça va attirer beaucoup de monde. Ça, c'est évident. Ce qui va attirer effectivement des gens venant d'autres horizons, etc., c'est plus tard. C'est lorsqu'il y aura la naturalisation française qui sera donnée aux gens qui sont d'origine étrangère, européens toujours, pas musulmans, espagnols et italiens, par un décret de 1889, qui va donner automatiquement, comme pour le décret Crémieux. Ça, ça va accélérer les choses. Ça, ça va accélérer les choses. Ça va faire des Français.

Et ça va faire des Français. Il y aura aussi, bien sûr, l'arrivée des Alsaciens-Lorrains, qui vont arriver après la défaite de 1870-71, et qui vont s'installer en Algérie et y construire des villages.

5:37
Invité

Alors, maintenant, raconte-moi l'histoire de ce royaume arabe, dont j'ignore tout de mille... Désolé, tout le monde n'est pas aussi savant que toi sur ce sujet. Raconte-moi, c'est quoi le projet ? Parce que moi, j'en suis là à une Algérie très française, avec trois départements, et tu me mets en 1860, donc douze ans après les départements, un royaume arabe voulu par Napoléon III, l'empereur des Français.

6:02
Présentateur

C'est là la contradiction, encore une fois, de ce qu'on appelle l'Algérie française. C'est à la fois la départementalisation, et on voit bien que ça ne fonctionne pas vraiment. C'est-à-dire que c'est à la fois la France et ce n'est pas la France. Et ça, Napoléon III, qui est conseillé par un personnage très très important, qui s'appelle Ismaël Urbain, qui s'est converti à l'islam, et qui est son conseiller.

Et qui lui dit, dans le fond, bien sûr qu'il faudrait effectivement rattacher administrativement la France à l'Algérie, mais il faut donner quand même une forme d'autonomie politique suffisamment importante, et pourquoi pas mettre l'émir Abdelkader à la tête, disons, d'une sorte de royaume arabe, qu'on pourrait dessiner, dont les contours pourraient être dessinés aux environs d'Alger et ses environs. C'est-à-dire qu'on pourrait créer un royaume à côté, effectivement, et avec la départementalisation. Là, les colons et les militaires s'opposent terriblement à cette initiative. Ils veulent, eux, uniquement la départementalisation.

Pas de possibilité d'autonomie, pas de possibilité, j'allais presque dire, d'indépendance. C'est un peu tôt. C'est trop tôt. Donc ils n'en veulent absolument pas. Ce qu'ils veulent, c'est un rattachement purement et simplement de l'Algérie à la France. C'est les colons qui décident. Et parmi ces colons, on va trouver d'ailleurs des républicains, des gens de gauche. Ce sont des gens qui sont très attachés à la Révolution française, à la France, à la France de la Révolution française. Mais il y a aussi, bien sûr, des monarchistes. Il y a aussi des gens qui sont très, très, très à droite, pourrait-on dire aujourd'hui.

7:30
Invité

J'ai hâte que tu me racontes comment la République qui s'installe en métropole en 1875, essentiellement après les grandes lois républicaines de 1875, comment elle voit l'Algérie, comment elle la perçoit. Mais avant ça, il y a une date importante, c'est 1871. C'est la dernière grande révolte de Kabylie. C'est toute la Kabylie. Pourquoi c'est une date importante ? C'est la dernière grande révolte. Pourquoi c'est la dernière ? Pourquoi il n'y en a plus après ? Non, il y en aura après.

8:02
Présentateur

Il y aura encore des grandes révoltes, par exemple. On dit toujours que c'est la dernière révolte. Pourquoi on dit ça ? Parce que c'est la plus importante. Mais il y en aura d'autres. Il y aura, par exemple, je ne vais pas toutes les citer, mais il y aura une révolte dans la Marguerite en 1900, et puis la grande révolte des Ores contre la conscription en pleine guerre en 1916. Une grande révolte en 1916. Mais enfin bref, il y a par conséquent, effectivement, sans arrêt des résistances. Et pourquoi on a retenu alors dans la mémoire collective 1871 ?

Parce que là, on a affaire, comme pour l'émir Abdelkader, à une résistance continue, organisée, planifiée, soutenue par les grandes familles, les familles kabiles, et que l'armée française va avoir du mal à réduire. Mais la peine sera terrible. Toutes les terres seront confisquées, appartenant, disons, aux kabiles, par conséquent. Et c'est très important, parce que la première grande migration vers la France, ce seront des kabiles. Pourquoi ? Parce que la plupart des terres ont été confisquées. Donc ils sont poussés à l'exil. Donc ils descendent sur la ville d'Alger dans un premier temps, et ensuite vers la métropole.

Et les premiers Algériens, entre guillemets, qui iront vers la France métropolitaine, ce sont des kabiles, précisément en rapport avec la perte de leurs terres. C'est très important, la répression de 1871, qui intervient d'ailleurs en même temps que la commune de Paris. C'est la même date. C'est-à-dire que vous avez simultanément la commune de Paris, la révolte en Kabili, et cette espèce de soulèvement, disons, pour plus d'égalité, plus de droits et plus de libertés, qui va être terriblement réprimée, et avec ensuite l'installation de la République.

9:33
Invité

On reviendra sur les kabiles de métropole dans l'épisode suivant, mais est-ce qu'il y a chez les communards français un sentiment de solidarité, voire de fraternité avec les kabiles, ou bien c'est absolument deux univers opposés ?

9:47
Présentateur

Pour être très franc, c'est encore des univers opposés. Ils vont progressivement découvrir le monde colonial. L'exemple le plus célèbre, c'est l'exemple de Louise Michel, qui va découvrir l'univers colonial dans la déportation en Nouvelle-Calédonie. Là, elle va découvrir ce qu'est le régime colonial, l'inégalité, le racisme, la séparation entre communautés, etc. Mais à l'époque, en France métropolitaine, ce monde-là est encore un monde lointain. Il n'est pas encore un monde connu.

Il reste un monde lointain, un monde fait de gens différents, c'est-à-dire d'Européens, comme on disait déjà à l'époque, et les Français de France, comme on disait aussi déjà à l'époque, s'y intéressent assez peu, dans le fond. C'est ça qu'il faut bien comprendre. C'est-à-dire qu'il y a une grande méconnaissance de l'Algérie, fondamentalement.

10:34
Invité

Et j'en viens à l'installation de la République. La Troisième République, civilisatrice, avec des principes très forts, très puissants, qui nous nourrissent jusqu'à aujourd'hui. Y a-t-il des débats, au sein de cette République naissante, sur l'Algérie ?

10:47
Présentateur

Et oui, il y a en particulier un fameux débat, affrontement, entre Jules Ferry et Georges Clémenceau. Et par exemple, à la Chambre des députés, contre les propos suprémacistes de Jules Ferry, Georges Clémenceau déclare, je le cite, « Et vous verrez combien de crimes atroces, effroyables, ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. La conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s'approprier l'homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n'est pas le droit, c'en est la négation.

Parler à ce propos de civilisation, c'est joindre à la violence, l'hypocrisie. C'est très puissant. Il ne parle pas de l'Algérie en particulier ? Non, il parle en général. Parce qu'à l'époque, il y a effectivement chez les républicains, de gauche, la volonté d'étendre les colonies. Alors on le verra avec la Tunisie, en 1881-83, puis surtout en Indochine, avec le Tonkin, la NAM, etc. Et Georges Clémenceau s'oppose à la colonisation parce qu'il faut aussi dire la totalité de cette opposition, c'est parce qu'il pense que l'urgence, c'est l'Alsace-Lorraine. Oui, il y a des priorités. La priorité, c'est cela. Ce n'est pas l'extension coloniale.

12:08
Invité

Y a-t-il des voix anticoloniales qui émergent au début du XXe siècle dans des courants très à gauche, notamment des socialistes français ? Est-ce que ça existe, ça, à l'époque déjà ?

12:20
Présentateur

Alors ça existe, bien sûr. Le cas le plus célèbre qui va modifier sa position et devenir très anticolonialiste, c'est Jean Jaurès. Jean Jaurès, au point de départ, n'est pas, disons, un anticolonialiste parce qu'il pense effectivement comme beaucoup de Français à l'époque, qu'on va apporter la civilisation, la lumière, la révolution française. Et il va s'apercevoir effectivement que c'est de l'hypocrisie. Et donc il va devenir un anticolonialiste. Et on trouvera dans le courant de réfusards

12:45
Invité

beaucoup de partisans d'anticolonialisme. Pour finir cet épisode, il y a deux dates que j'aimerais mettre en avant et en lumière avec toi. C'est 1905, la loi de séparation des Églises et de l'État. Et puis 1914, le début de la Première Guerre mondiale. 1905, est-ce que la laïcité s'applique de la même manière en métropole et en Algérie, départementalisée depuis 1848, si j'ai bien écouté ?

13:12
Présentateur

Eh bien non, précisément. C'est-à-dire que la séparation de l'Église et de l'État, elle existe uniquement par rapport à une seule religion, qui est la religion catholique. La religion chrétienne, et aussi en partie, bien sûr, avec la minorité juive. Mais pas du tout l'islam. L'islam ne fait pas partie, disons, et ne rentre pas dans le pacte républicain à cette époque-là. Elle est mise en dehors du pacte républicain. Ça, c'est la première chose qu'il faut dire. La deuxième chose qu'il faut dire, c'est que la Troisième République, les grandes lois de la Troisième République, ne tiennent pas compte du colonisé qui reste aux portes de la cité.

C'est-à-dire que le colonisé n'entre pas dans la République. Il n'a pas la citoyenneté pleine et entière. Il est à la marge de la République et des grandes lois républicaines qui sont votées à cette époque-là. Et ça va perturber le modèle républicain français, c'est-à-dire le fait de tenir à l'écart, disons, de la République, ceux qui composent la majorité de la population. Car c'est la majorité de la population. Les indigènes sont la majorité. C'est quoi le rapport de population au début du XXe siècle ? Il est de 1 à 9, déjà à cette époque-là. Donc il y a de plus en plus d'Européens qui arrivent, bien entendu.

Mais à partir de la fin du XIXe siècle, il y aura une reprise démographique dans la population indigène qui est majoritairement paysanne.

14:38
Invité

Et ce nombre est utile pour la deuxième date sur laquelle je voulais qu'on revienne ensemble, 1914. Que fait-on des Algériens musulmans, notamment en 1914, en août 1914, quand la guerre est déclenchée ? Eh bien, ils sont enrôlés de force. Là, ils deviennent des Français.

14:57
Présentateur

Là, ils sont considérés comme Français. D'ailleurs, la conscription va devenir obligatoire, mais des familles musulmanes vont refuser cette conscription. Par exemple, à Tlemcen, en 1911, il y aura l'exode des familles musulmanes de Tlemcen vers le Moyen-Orient. Donc refus de la conscription obligatoire. Pourquoi ? Parce qu'ils ne veulent pas servir dans les rangs de l'armée française. Et donc ils vont se diriger vers la Syrie, vers Damas, là où est l'émir Abdelkader, d'ailleurs, là où il va mourir. En 1883, l'émir meurt à Damas. Il sera enterré à Damas en 1883. Et son corps sera rapatrié dans l'Algérie indépendante en 1966. Ah oui.

Et il y aura une révolte dans les Ores, en 1916, très importante, refus de conscription. Mais ceci dit, 173 000 hommes sont quand même mobilisés dans la Première Guerre mondiale, qui vont servir beaucoup dans les usines d'armement à l'arrière du front. Et puis, en première ligne, 173 000 hommes. Bien sûr, les Européens aussi participent à cette guerre. Les Juifs d'Algérie, c'est très important. Pourquoi ? Parce que de 1870, la date du décret Crémieux, jusqu'en 1914, il y a une grande hésitation dans l'entrée dans la cité française, parce qu'il y a beaucoup d'antisémitisme en Algérie. Il ne faut pas se rappeler, il ne faut pas oublier que le député d'Alger porte un nom, c'est Drummond.

Édouard Drummond est le député d'Alger avec son ami Max Régis, qui mène des campagnes férocement antisémites. Oui, la France juive. La France juive. Drummond, il est député d'Alger. Ah oui. Donc c'est ça qu'il faut bien comprendre, c'est qu'effectivement, la communauté juive, même si elle a la nationalité française, elle hésite véritablement à entrer dans cette cité où l'antisémitisme est si virulent. Et c'est dans la Première Guerre mondiale et par la guerre et par le sang versé, à ce moment-là, qu'ils vont entrer dans cette cité française, dans la Première Guerre mondiale.

Ce sera le cas aussi d'un certain nombre de notables indigènes musulmans qui vont, par la guerre, acquérir, disons, un statut qui leur est donné. Ils vont découvrir aussi dans la Première Guerre mondiale ce qu'est la métropole. Et dans la métropole, ça je me réfère aux mémoires de Messali Hadj qui a été soldat de la Première Guerre mondiale. Et Messali dit nous découvrons, je découvre dans la métropole qu'il n'y a pas de tutoiement. C'est-à-dire qu'il y a une forme de respect de l'indigène qui n'existe pas en Algérie.

Et il y a une fraternité dans les tranchées et une fraternité avec le mouvement ouvrier, avec la gauche française qu'il va découvrir dans la France de 1917-1918 qui est beaucoup plus égalitaire bien sûr que ce qu'il a connu dans l'Algérie coloniale dans sa bonne ville de Tlemcen. Donc ça aussi c'est très important. C'est-à-dire que le fait d'être dans la guerre c'est aussi la découverte d'un monde industriel, d'un monde du salariat et de l'égalité et donc de la naissance d'une conscience à la fois sociale et nationale. Et précisément cette conscience nationale

17:56
Invité

et Messali Hadj ce sera au cœur de notre prochain épisode sur la France et l'Algérie. Merci.

18:03
Locuteur

Merci. Merci.